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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 09:47
 BERNANOS Georges 6
 
La prière de Bernanos
 
Demain, comme chaque deuxième dimanche de mai, nous célébrerons Jeanne d'Arc. On fleurira ses statues un peu partout en France, des prises d’armes ou des festivités civiles auront lieu dans la plupart des grandes villes et ceux d'entre nous qui habitent Paris ou qui s'y trouveront pour l'occasion auront à cœur de défiler comme chaque année devant la sainte à cheval, casquée et vêtue d'or, de la place des Pyramides.
L'an dernier, la fête de Jeanne d’Arc aurait du prendre un relief particulier. Elle coïncidait en effet avec le six centième anniversaire de la naissance de Jeanne et avec le cent cinquantième anniversaire de son mentor moderne, M. Maurice Barrès. Mais la République ne l’entendait pas de cette oreille. Elle ne s’est mise en frais ni pour l'un, ni pour l'autre. Nos deux lorrains n'ont eu droit à aucune commémoration officielle. Il est vrai que nous étions en pleine frénésie présidentielle et que le culte de la Pucelle n'a jamais fait bon ménage avec la démocratie. Les deux candidats qui cherchèrent, bien timidement d’ailleurs, à récupérer l'image de Jeanne, n'en tirèrent aucun avantage et c’est tant mieux.
Cette année, il serait bien venu de placer l'hommage à Jeanne sous le patronage de Georges Bernanos. Ses textes johanniques sont moins connus que ceux de Barrès, de Péguy ou de Claudel mais ils sont d’une grande beauté. Qui peut lire Jeanne relapse et sainte sans être pris par la force du texte, sa puissance poétique et par sa profonde vérité ? Le petit document que nous publions ci-dessous est une prière des jours sombres. Il vient du Brésil. Bernanos, après avoir connu l'amertume de l'exil, puis le drame de la défaite de la France, commence à recouvrer l'espoir. Il pensait être venu en Amérique du Sud pour y cuver sa honte. Mais, comme il le dit dans sa Lettre aux Anglais, "je n'y ai pas cuvé ma honte, j'y ai retrouvé ma fierté, et c'est le peuple du Brésil qui me l'a rendue".
En réalité, cette prière à Jeanne d'Arc, rédigée en mai 1941 et qui sera diffusée en juin sur les ondes de la BBC, ne contient que de premières traces d’espoir. Le temps de la sérénité, celui de la patrie retrouvée seront encore long à venir. "Je ne crois pas, nous dit Bernanos, à la prochaine restauration de l'Honneur... Le grain que nous aurons semé devra pourrir d'abord sous la terre avant de germer dans de nouveaux cœurs, pour un nouveau printemps. Je ne connaîtrai pas ce printemps." De fait, lorsqu’il reviendra d’exil en juin 1945, il ne retrouvera pas dans la France de la Libération le visage du pays qu'il aimait.
On a voulu nous faire croire, à nous aussi, que ce visage aimé de la France ne réapparaitrait plus. Ne nous a-t-on pas dit et répété, des décennies durant, que les nations n’avaient plus d’avenir, la France encore moins qu’une autre ? Et que l’amour du pays, l'attachement à ses traditions, à ses paysages, à son histoire ne seraient bientôt plus que des sentiments d’un autre âge, à l’heure de l’Europe et du « village global » ? Combien de fois a-t-on cherché à rabaisser la France, à la ravaler au rang de nation de second ordre, sans autre perspective que d’être diluée, aspirée, dissoute dans le grand magma européen ?
Ce n’est pourtant pas le sens que prend l’histoire. En Europe, le mythe fédéraliste ne fait plus rêver personne. D’Athènes à Rome, de Lisbonne à Madrid, c’est contre lui qu’on se révolte et ce sont les vieux drapeaux nationaux que la jeunesse exhibe avec fierté dans les rues et les places de la colère. A l’échelle du monde, le jeu des empires hérité de Yalta a laissé place à un autre système, multipolarisé, où nouveaux Etats et vieilles nations réussissent à cohabiter. L’hégémonie culturelle des Etats Unis est contestée, rejetée, battue en brèche, y compris sur le continent américain. En Asie, en Afrique du Nord, dans le monde arabe, les régimes corrompus mis en place du temps de la décolonisation ou de la guerre froide sont balayés par le printemps des peuples. On assiste partout au retour des nations.
Et la France ? Son tour viendra. A la différence de la nation vaincue de 1940, elle n’a plus d’ennemi, elle est libre. L’effort de tout un peuple pendant six décennies lui a redonné les moyens de la puissance. Il lui reste à reprendre confiance en elle, à se débarrasser de ses fantômes et à retrouver le goût des projets. Elle devra également faire le ménage et se libérer des mauvaises élites qui ne lui apportent plus rien parce qu’elles servent en réalité d’autres intérêts que les siens. C’est là que la prière de Bernanos nous touche par son actualité. Lorsqu’il évoque les traitres, les lâches, les imbéciles et les capitulards, c’est aux mauvaises élites de l’époque que son discours s’adresse, aux gouvernants qui ont trainé son pays dans la boue. Comment ne pas faire le lien avec ceux qui nous dirigent aujourd’hui ? C’est de ceux-là qu’à notre tour nous demanderons demain à Jeanne de nous protéger. 
La Revue Critique.

 

Prière à Jeanne d'Arc

 

Vois la grande pitié qui est au pays de France,
Va et délivre-le, Jeanne !

 

 Jeanne, les chrétiens vous nomment Sainte et vous honorent comme telle, mais tout soldat français, croyant ou incroyant, a le droit de vous appeler Jeanne, car c'est sous ce nom-là que vous ont connue les gens de guerre.

Jeanne, nous savons bien que les honneurs ne vous ont jamais tourné la tête en ce monde, ils ne vous l'auront certainement pas tournée dans l'autre. Vous n'avez pas renié vos amis, votre place est toujours parmi les hommes d'armes. Nous parlerons aujourd'hui dans leur langage, le seul - avec celui de vos Saintes - que vous ayez compris et aimé.

Jeanne, nous vous apportons ce qui reste de l'Honneur français, afin que, posant sur lui les mains, vous lui rendiez la vie, comme vous avez jadis ressuscité le cadavre d'un petit enfant. Nous vous apportons aussi la Honte, car nous ne refusons pas notre part de honte. Ni dans l'Honneur, ni dans la Honte, nous ne nous séparons de la Nation.

Jeanne, l'ennemi est à Orléans, mais il est aussi dans la Ville du Sacre. Il tient Notre-Dame de Reims, Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Rouen, Notre-Dame d'Amiens, Notre-Dame de Chartres. il fait boire ses chevaux dans la Seine, la Loire et la Meuse. Il est aussi dans votre petit village natal. C'est lui qui cueillera cet automne les mirabelles de Domrémy.

Jeanne, entre lui et nous ce compte est ouvert, et nous le réglerons tôt ou tard. Ce que nous implorons ce soir de Votre Grâce, c'est qu'elle ne nous laisse pas frapper dans le dos, qu'elle nous protège des Traîtres, des Lâches et des Imbéciles. Nous en appelons solennellement à vous devant Dieu, contre les Misérables qui, pour retarder l'heure du châtiment, offrent en hommage à l'ennemi, le nom et les morts de Verdun, mettent nos étendards en gage, et empruntent à la petite semaine sur l'Honneur de la Patrie !

Georges Bernanos.
Mai 1941. Message diffusé par la BBC.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:16
La leçon de Florange
 
Lorsque les socialistes sont au pouvoir, la question n'est pas de savoir s’ils vont tenir leurs promesses mais quand ils vont y renoncer. En 1983, il leur avait fallu un peu plus de deux ans pour prendre le « tournant de la rigueur » et passer du « changer la vie » aux sirènes de Bruxelles et du patronat. En 1989 avec M. Rocard, comme en 1997 avec M. Jospin, l’état de grâce avait duré moins d’un an, après quoi l’on avait libéralisé et privatisé à tour de bras. M. Hollande fait encore plus fort : six mois à peine après l’élection présidentielle, il ne reste à peu près rien de ses promesses, ni sur l’Europe, ni sur l’Allemagne, ni sur les retraites, ni sur la jeunesse. Et comme aux pires moments du mitterrandisme, voilà qu’on déverse l’argent public à pleines poignées, au nom d’une compétitivité illusoire, dans les poches de grands patrons qui n’auront jamais été aussi avides, aussi nuls et aussi arrogants.
Mais ce qui vient de se passer à Florange dépasse toutes les bornes. Que les socialistes oublient leurs engagements, passe encore, mais qu’ils le fassent aussi sciemment, avec la parfaite bonne conscience des gens qui n’ont rien à se reprocher, montre que la situation du pays leur échappe totalement. Ce soir, avec la Lorraine, c’est toute la France industrielle qui est en état de choc. La reculade de Florange renvoie un écho terrible à Gémenos chez Fralib, à Saint-Nazaire chez STX France, à Rouen chez Petroplus, à Revin chez Electrolux, à Angers chez Thomson, à Toulouse chez Sanofi et chez tous ceux qui se battent chaque jour, dos au mur et la rage au ventre pour défendre leur emploi et sauvegarder leur usine. Ce soir, ce sont des millions de salariés qui se sentent floués par les mensonges, les bassesses, la lâcheté de ceux qui sont censés nous gouverner et qui, en réalité, ne comprennent plus rien et ne dirigent plus rien.
Oui, il y a eu mensonge et mensonge d’Etat. Depuis des mois, on a volontairement trompé les métallos et les élus lorrains sur les vraies intentions du gouvernement. En dépit des engagements du candidat Hollande, des rodomontades de M. Montebourg, des assurances de M. Ayrault, jamais, au grand jamais, le pouvoir ne s’est donné les moyens d’affronter le trust Mittal et de faire triompher l’intérêt collectif. On a parlé des mois durant d’une loi de réquisition industrielle. Où en est-elle ? Nulle part. On a agité l’hypothèse d’une nationalisation - au point de donner des vapeurs à cette pauvre Mme Parisot – avant de prétendre qu’elle exposerait l’Etat à des risques juridiques. Lesquels ? Mystère. On a soutenu que l’Etat ne saurait pas gérer la sidérurgie, alors qu’il l’a géré pendant des lustres, via le corps des mines. Qui craint-on ? A qui a-t-on peur de déplaire ? A Bruxelles ? A Londres ou à Francfort ? Ou au patronat méprisable [1] qui a pris fait et cause depuis des mois pour le grossium Mittal, contre ses salariés français !
Oui, le pouvoir s’est conduit avec bassesse et avec lâcheté. On a entretenu l’espoir des salariés de Florange pendant toute la campagne électorale, on leur a fait les mêmes fausses promesses que M. Sarkozy vis-à-vis de ceux de Gandrange. Les élections gagnées, on les a reçus, à grand renfort de presse, en leur assurant qu’ils n’avaient plus rien à craindre. Comment oublier les extases de Mme Filipetti devant les métallos de Florange venus fêter son entrée au gouvernement ? Et les visites sur place, très médiatiques, de M. Montebourg ? Qui pouvait imaginer que le pouvoir continuait à discuter avec M. Mittal ? Que tout en flattant les uns, on cajolait les autres ? Les rumeurs de nationalisation, allègrement colportées dans les médias, n’étaient que de la poudre aux yeux. En réalité, on négociait depuis des semaines sans illusions la fermeture des hauts-fourneaux de Florange. Quant aux fameux repreneurs de M. Montebourg, à supposer qu’ils existent, gageons qu’ils rient encore du rôle qu’on leur aura fait jouer !
Les socialistes auraient tort de penser que ce dossier sera sans suite. La reculade de l’équipe Hollande va faire le tour du monde et on peut compter sur M. Mittal pour populariser l’image des piètres négociateurs qu’il a eus en face de lui. En France, les effets ne seront guère meilleurs. Les syndicats, qui ont fait confiance à M. Montebourg, ont perdu la face dans le dossier lorrain. Nul doute qu’ils ne fassent, à un moment ou un autre, payer l’addition au pouvoir, notamment si M. Mittal devait s’amuser à ne pas tenir le peu d’engagements qu’il a pris. Florange renvoie également aux salariés l’image d’un Etat irrésolu, velléitaire, et in fine impuissant à assurer leur défense. Voilà qui n’est pas de nature à améliorer un climat social déjà très lourd. Faute d’arbitre, de voie de recours crédible, ne risque-t-on pas de voir les conflits sociaux se radicaliser et la tentation de la violence gagner du terrain, au moment même où le chômage atteint chez nous des niveaux inégalés ? En choisissant la voie de la capitulation à Florange, le pouvoir a-t-il pris conscience du vent qu’il a semé et de la tempête qu’il risque de récolter ?
Pour le chef de l’Etat et son Premier ministre, ce dossier sera sans doute oublié dans quelques jours. Il est vrai que leurs cotes de popularité auprès des ouvriers peuvent difficilement descendre en dessous des niveaux où elles sont actuellement ! M. Hollande a clairement fait une croix sur la gauche populaire et il attend le moment propice pour provoquer une alliance à l’allemande entre un centre présentable et une social-démocratie décomplexée. Mais les vrais socialistes – car il en reste quelques-uns? Qu’ont-ils à gagner dans cette affaire ? Et M. Montebourg ? Peut-il rester au gouvernement après un pareil camouflet ? Ses premières explications, hier soir, étaient très embarrassées. Après PSA, après Petroplus, et maintenant après Florange, il ne lui reste plus beaucoup de temps pour tirer les conséquences de ses échecs et abandonner le navire de M. Hollande avant qu’il n’entre dans les eaux de MM. Borloo et Bayrou. Pour M. Montebourg, le courage, c’est maintenant !
Que l’on prenne bien garde à la leçon de Florange. Elle illustre ce que nous disons ici même depuis des mois : la question sociale a fait son retour en France [2] et c’est autour de cette question sociale que va s’opérer la recomposition du paysage politique français. Qu’on le veuille ou non, c’est elle qui est à l’origine de la montée du Front national, dans une France industrielle où les hommes, les territoires se sentent repoussés aux marges de notre histoire. C’est elle qui travaille depuis des mois la droite républicaine, jusqu’à provoquer, comme on l’a vu ces derniers jours, la scission entre une aile bonapartiste, populiste, revendicative et une aile européiste, libérale, à l’aise dans la mondialisation. Les mêmes mouvements, les mêmes ruptures menacent la gauche de gouvernement. Qu’une partie de ses troupes, effrayée par la montée du chômage, lassée par l’échec des politiques libérales, inquiète des conséquences d’une guerre classe contre classe, fasse dissidence et « l’arc républicain » s’effondrera. C’est alors qu’en France, tout redeviendra possible.
Hubert de Marans.  
 

[1]. L’odieuse campagne médiatique déclenchée depuis 10 jours par le grand capital « français » contre la nationalisation du trust Mittal a du ouvrir les yeux de ceux qui gardaient quelques illusions sur le MEDEF de Mme Parisot. On murmure, qu’en interne, les patrons patriotes sont au bord de la révolte. A défaut de nationaliser Mittal, pourquoi ne demandent-ils pas à Montebourg de nationaliser le MEDEF ?
[2]. On se référera notamment aux chroniques de notre ami Henri Valois : « Révoltes ouvrières » (1) à (28).  
 
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 22:34

Une étape

Le scrutin du 22 avril n’est ni un accident, ni une rupture. Ceux qui n’ont voulu y voir qu’une manifestation passagère de « malaise » ou de « défoulement » et qui n’ont d’yeux que pour le second tour se trompent et ils trompent les électeurs qu’ils essaient de rassurer. Mais ceux qui parlent de coup de force, de situation prérévolutionnaire, de comportement insurrectionnel des Français (dans un quotidien de gauche du matin !) trompent tout autant l’opinion, quand il ne cherche pas à la manipuler. Ce scrutin a une signification. Il marque à l’évidence une nouvelle étape dans le rejet du système politique actuel. On peut penser – et nous le pensons - que ce système est à bout de souffle et qu’il se terminera par une crise. Mais il n’est pas sérieux de dire ou d’écrire, sous le coup de l’émotion, que cette crise de régime est pour demain.

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : lors de l’élection présidentielle de 1995, les candidats antisystème avaient rassemblé 10 millions de suffrages ; ils en rassemblent près de 12 millions en 2012.  Plus du tiers des électeurs refusent désormais de jouer le jeu des candidats et des partis traditionnels. Chiffres énormes, considérables et, qui plus est, tendanciellement croissants ! Sont-ils pour autant de nature à ébranler le régime ? A l’évidence non. Les partis du système gardent la main sur une majorité de l’électorat et l’on a encore vu dimanche dernier qu’ils savent mobiliser quant il le faut les abstentionnistes. Sous la IVe République, il a fallu attendre plus de 10 ans pour que la conjonction des mécontentements tourne à l’émeute et mette le pouvoir à genoux. Il en faudra plus pour venir à bout du système que nous subissons aujourd’hui.

Car pour qu’il y ait crise, il ne suffit pas que la méfiance hante les urnes. Il faut un programme révolutionnaire et une personnalité qui l’incarne. Ce programme et cette personnalité n’existent pas. Les électeurs de Mme Le Pen et ceux de M. Mélenchon n’ont pas de projet commun, même s’ils font souvent le même diagnostic sur l’état du pays et s’ils subissent les mêmes injustices. On a pu penser au début de cette campagne que la gauche révolutionnaire et que la droite de combat allaient croiser leurs tirs sur les mêmes objectifs : l’euro, la dictature des marchés, les traités allemands, l’austérité, la mondialisation, l’Europe ouverte à tous les vents qui détruit nos emplois et ruine notre économie… Eh bien non ! Chacun a préféré son petit fond de commerce : l’insécurité, l’immigration pour Mme Le Pen, l’antifascisme et le laïcisme pour M. Mélenchon.  Si ces deux-là ont gagné leurs galons de chefs de partis, aucun d’eux n’a l’envergure d’un révolutionnaire ou d’un homme d’Etat. Au point que certains de leurs électeurs se demandaient le 22 avril au soir si leur vote n’avait pas servi à rien.

Qu’ils se rassurent, leur vote a servi à quelque chose. Et d’abord à apeurer le système, à défaut de le déstabiliser. La classe politique et les médias aux ordres ne s’attendaient pas à une telle ampleur du vote protestataire. Ils s’étaient fait à l’idée que l’élection se jouerait au centre autour des électeurs de M. Bayrou, que le Front national ne retrouverait pas son niveau de 2002 et que la vigoureuse campagne du Front de gauche ne se traduirait pas dans les urnes. C’est le scénario inverse qui est apparu dimanche soir et les commentateurs avaient la mine des grands soirs de défaite. Qu’on prenne les chiffres comme on voudra – par région, par classe sociale ou par classe d’âge -, on est toujours ramené aux mêmes résultats : un profond désenchantement des milieux populaires et d’une partie des classes moyennes pour la démocratie bourgeoise, un vote massif de la jeunesse en faveur du Front national, de la gauche et de l’extrême gauche révolutionnaire. Le visage de cette France-là n’était jamais aussi clairement ressorti des urnes !  

L’autre surprise de ce scrutin, c’est l’évolution des rapports de force au sein de la gauche et de la droite. Le vote protestataire ne s’était manifesté jusqu’ici que d’un côté de l’échiquier politique et il était facile à la classe politique, comme on l’avait vu en 2002, de jouer sur les réflexes « antifascistes » ou « antiautoritaires » des Français. Avec l’émergence du Front de gauche et la montée du Front national à un niveau inégalé, la situation est complètement nouvelle. Le système est pris en tenaille entre deux forces qui, à gauche comme à droite, ont les moyens de peser sur l’orientation des majorités et des gouvernements futurs. On voit d’ailleurs que les deux candidats du second tour ont été obligé d’infléchir leurs discours pour tenir compte de ce nouveau rapport de force : sur l’Europe, sur l’Allemagne, sur le contrôle des banques, sur la mise au pas des marchés, sur l’affirmation de notre souveraineté nationale, les déclarations de M. Hollande et de M. Sarkozy se font, chaque jour, plus fermes et plus affirmatives. Les électeurs antisystème savent à quoi s’en tenir : ils ne se font aucune illusion sur ces discours, ni  sur ce que sera la pratique réelle du vainqueur du second tour, une fois qu’il sera élu. Mais ils savent aussi que les batailles politiques finissent par se gagner sur les idées : c’est autour des questions sociales et nationales que s’organise ce second tour et ce sont ces questions qui vont durablement structurer le débat politique en France.

D’autant qu’ils ne sont plus seuls à exprimer ces préoccupations. Toutes les enquêtes d’opinion confirment qu’elles sont partagées par une partie croissante de l’électorat modéré. On l’avait vu lors des primaires du PS avec l’excellent score fait par M. Montebourg et ses amis. On le voit aujourd’hui au sein de l’UMP où de véritables factions s’organisent contre le discours dominant. Les législatives qui vont suivre le second tour déboucheront-elles sur une profonde recomposition du paysage politique ? On peut le penser, en particulier à droite. Et l’échec de M. Bayrou permettra plus difficilement à l’oligarchie de se recomposer autour d’un pôle centriste, atlantiste et européiste qui n’existe plus qu’à l’état de trace. Voilà une autre bonne surprise du scrutin du 22 avril.

Le second tour s’annonce sous de mauvais auspices pour le pouvoir. L’actuel chef de l’Etat est promis à une défaite cuisante et sa majorité pourrait voler en éclat à l’issue des législatives, voire même avant. Dans cette configuration, c’est l’ensemble du système politique qui sera ébranlée par la secousse sismique du 22 avril.

Dans ce contexte, quel peut être le choix des patriotes pour ce second tour ?

Certains lecteurs et amis de la Revue Critique s’orientent vers l’abstention. S’ils souhaitent la défaite de M. Sarkozy, ils n’entendent pas cautionner la politique de son adversaire et ils veulent continuer à faire entendre le 6 mai la puissante clameur antisystème qui s’est exprimée le 22 avril. Nous comprenons leur attitude.

D’autres lecteurs, d’autres amis nous ont confirmé leur intention de voter pour M. Hollande. Ils n’ont aucune illusion, ni sur l’homme, ni sur sa politique. Mais ils savent que la réélection de M. Sarkozy signifierait à nouveau cinq ans de malheurs pour notre pays. Alors que sa défaite peut rouvrir le jeu politique en France et envoyer dans toute l’Europe un puissant message de lutte et d’espoir. Ce choix d’espoir sera aussi le nôtre.

Le groupe de la Revue Critique.

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 22:00
Nos consignes
 
A quelques heures du premier tour, il est difficile de tirer un bilan de cette campagne présidentielle: l'abondance d'offre, de programmes, de candidats donne un peu le vertige. On ne discernera vraiment les propositions essentielles que dans la confrontation du second tour. Le sentiment général est que l'on a beaucoup proposé et peu débattu, que les propositions ont été peu confrontées avec la réalité et que les Français n'y ont pas trouvé leur compte. Etonnant régime que cette démocratie où une débauche d'argent, de mots, de propagande et de discours débouche sur autant de déception, de frustration et de mécontentement !
Mais on aurait tort de croire qu'il n'est rien sorti de ces quelques six longs mois de précampagne, puis de campagne. On a assisté au contraire à des évolutions intéressantes et à quelques bonnes surprises qui ont permis de clarifier et, disons-le, d'assainir le débat politique.
Certaines de ces clarifications sont venues de la gauche. L'affaire Strauss-Kahn fait partie des coups du sort qui montrent que la Providence continue à veiller sur le destin de ce pays. Il suffit de  mettre en parallèle les scores que DSK faisait en mai dernier dans les sondages et ce que l'on sait aujourd'hui de lui pour prendre conscience du danger auquel nous avons échappé.  Le succès remporté par M. Montebourg lors de la primaire socialiste atteste qu'un nouveau corpus d'idées, inspiré de Proudhon et de la deuxième gauche, est en train d'émerger au sein du PS. Nous ne pouvons que nous féliciter de l'échec de Mme Joly et du courant euro-écologiste, comme nous nous réjouissons du retour d'une gauche de la gauche, eurosceptique, anticapitaliste, qui peut aiguillonner la social-démocratie vers des voies qu'elle avait désertées. 
D'autres clarifications sont venues de la droite. M. Bayrou, que l'on a présenté à un moment comme le troisième homme, voire comme le concurrent de M. Sarkozy, n'a pas su reconstituer autour de lui la dynamique qu'il avait créée en 2007. Son discours est apparu pour ce qu'il est réellement, celui de la vieille démocratie chrétienne, européiste et atlantiste, moralisante, dure avec les classes populaires et indulgente avec les puissants. Cette élection sera sans doute son chant du cygne. Ni M. Bayrou, ni M. Borloo, ni a fortiori M. Morin ou M. Raffarin, n'ont su redonner vie à une voie centriste qui rame désormais à contre-courant de l'histoire. Leur seul espoir repose sur un éclatement de l'UMP et sur le reflux d'une partie des dirigeants libéro-conservateurs vers le centre. Mais dans cette hypothèse, que pèsent un Bayrou ou un Borloo face à un Juppé ou à un Fillon? 
Ce premier tour peut être lui aussi porteur de bonnes nouvelles. La première, et la plus attendue des patriotes, serait celle d'un échec cuisant de M. Sarkozy. Il le mérite doublement. Parce que l'homme qui a trahi pendant tout son mandat les millions de Français de bonne foi qu'il a entraînés derrière lui en 2007 est un imposteur. Et que l'homme qui a sciemment, volontairement, abaissé l'Etat, affaibli notre défense nationale, sacrifié notre diplomatie, celui qui a fait de nous les vassaux de l'Amérique et les obligés de l'Allemagne ne mérite aucune indulgence. Il laisse derrière lui un bilan calamiteux, l'un des pires que la France ait eu à subir depuis la Libération. Les patriotes ne doivent égarer aucun vote, aucun bulletin, aucun suffrage sur le candidat de la honte et de l'abaissement de la France.
Nous les incitons en revanche à porter leurs suffrages sur les candidats qui s'élèvent contre le système et que l'affrontement largement factice entre une droite libérale et une social-démocratie molle ne satisfait plus. Ils plébisciteront les candidats qui portent un regard critique sur l'Europe telle qu'elle se construit, qui refusent la mondialisation financière, ruineuse pour notre économie et pour nos emplois, et qui remettent en cause le dogme de l'euro. Même si ces candidats se situent aux deux extrémités de l'échiquier politique, même s'ils ne portent pas les mêmes valeurs et quand bien même nous réfuterions certaines de ces valeurs, le nombre de leurs électeurs, le poids des suffrages qui se sera porté sur eux aura une signification profonde. Ils exprimeront la colère du peuple français, son refus de la société marchande, sa volonté de rupture avec l'Europe libérale et sans frontière qu'on cherche à lui imposer.
Nous les inviterons enfin à privilégier la candidature de M. Nicolas Dupont-Aignan. Car il propose, tout comme nous, une France libre de ses alliances, une sortie rapide de l'euro et de l'OTAN, une rupture avec l'idéologie libre-échangiste et libérale. Car il défend, tout comme nous, le principe d'un Etat fort, indépendant du jeu des partis, garant et arbitre et capable d'agir dans la durée. Et parce qu'il refuse, tout comme nous, la logique de ceux qui cherchent à dresser nos concitoyens les uns contre les autres, à diffuser la haine et à divertir les Français du seul combat qui vaille, celui du redressement national et du retour de la France dans le monde.
Le groupe de la Revue Critique. 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 10:30
En lisant, en écoutant Jean-Luc Mélenchon MELENCHON-Jean-Luc.jpg
 
Jusqu’où ira M. Mélenchon ? Il y a quelques semaines encore, personne n’aurait parié un rouble sur sa présence dans le tiercé de la présidentielle. Et voilà brusquement que le lait monte sur le feu et qu’il devient la coqueluche des médias et des sondages. Feu de paille ou phénomène durable ? On ne sait pas encore très bien mais le candidat du Front de Gauche crée incontestablement la surprise. On attendait Mme Le Pen et son patriotisme social, mais elle a gâché ses chances en faisant la même campagne que son père, sectaire et sécuritaire. M. Bayrou aurait pu, lui aussi, jouer le troisième homme mais il a préféré défendre l’Europe et la Commission au moment où en France tout le monde déteste et l’Europe et la Commission. M. Sarkozy n’amuse plus personne et M. Hollande endort tout le monde. L’heure est donc à M. Mélenchon.
L’homme n’est pas sans qualités. Son goût pour les idées, son sens de la formule nous changent des platitudes officielles et apporte au débat politique un air vivifiant. M. Juppé lui trouve du charisme et M. Moscovici du génie, eux qui en sont également dépourvus. M. Mélenchon a-t-il pour seule fonction de relancer une campagne présidentielle particulièrement morne ? Son trop plein d’idées est-il destiné à compenser l’hébétude des autres candidats ? On soupçonne qu’il vaut mieux que ça et que le soupir de satisfaction qui parcourt l’assistance lorsqu’il monte à la tribune a une signification plus haute. S’il a du style, du répondant, du panache et une vraie culture, s’il parle au cœur et à l’esprit, il suscite aussi la bonne humeur. Et nos Français, qui sont parmi les derniers peuples à croire que la politique peut être à la fois une science, un art et une fête, y trouvent leur compte et le font grimper dans les sondages. De là à adhérer à son corps de doctrine, il y a un pas. Beaucoup ne le franchiront pas.
Le candidat du Front de gauche n’est d’ailleurs pas dupe de son succès. Il sait qu’il est plus populaire que ses idées et que certaines d’entre elles n’ont rien de populaire. C’est  pour cela qu’il ne faut pas se contenter de l’entendre. Il faut l’écouter avec une oreille attentive. Il faut le lire avec application, le crayon à la main. C’est alors que, le charme de l’orateur ne jouant plus ou opérant moins, les contradictions de M. Mélenchon finissent par apparaître et qu’on découvre un personnage beaucoup plus ambigu qu’on ne pouvait le penser de prime abord. Qu’on l’écoute sur l’Europe, sur la Nation et sur la République et on lui trouve vite un autre visage.
 
Européiste impénitent
 
Notre candidat s’est largement exprimé sur l’Europe et souvent dans des termes qu’ici-même nous n’aurions pas reniés. Lorsqu’il pointe le capitalisme financier et la mondialisation comme les causes principales de nos malheurs, lorsqu’il démontre, chiffres, faits, perspectives historiques à l’appui, que la crise de l’euro et des dettes souveraines ne sont que les ultimes avatars de la « financiarisation du monde », nous le suivons sans réserve. Lorsqu’il cogne à tour de bras sur les banques, les technocrates de Bruxelles, les nains de la BCE et du FMI, tous les « affameurs », toutes les fausses élites qui font leur miel du malheur des peuples, nous accourons pour lui prêter main forte. Et lorsqu’il fait huer les « ours savants » de la social-démocratie, ces capitulards qui ont déjà voté en acte ou en pensée les mauvais traités que l’Allemagne veut nous imposer à toute force, nous les conspuons avec lui de bon cœur.
Mais si le réquisitoire est bon, les réponses de M. Mélenchon sont étonnamment faibles au regard des orages qu’il annonce : pas question de toucher à l’euro, au prétexte que c’est aujourd’hui « la monnaie des Français et pas seulement celle du gouvernement conservateur allemand », pas question non plus de revenir sur la BCE - même si on laisse entendre qu’il faudra un jour envisager sa mise « sous contrôle démocratique » -, presque rien sur le protectionnisme, sinon qu’il doit surgir dont ne sait quel « consensus européen », une vague déclaration de principe sur les pouvoirs de la Commission qu’il faudra réduire « au profit du Parlement européen », sans que l’on sache d’ailleurs si ce serait un vrai progrès... Au final, beaucoup de bruit pour rien ! Lorsque M. Mélenchon reproche à M. Hollande d’attaquer le capitalisme et la finance « avec un pistolet à bouchons », c’est l’hôpital qui se moque de la charité ! Lui, c’est avec un canon à patates qu’il monte à l’assaut des Grosses Bertha des marchés, des Goldman-Sachs et des agences de notation.
Pourquoi tant de prudence et de faux semblants ? Parce que M. Mélenchon est d’abord et avant tout un démocrate. Il est persuadé que l’Europe ne changera que si elle vire à gauche. Il prophétise que les électeurs européens vont porter au pouvoir des coalitions progressistes en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs et que la gauche radicale sera en situation de peser dans ces coalitions pour imposer un changement de cap. Illusion, triste illusion, amère illusion ! Quand M. Jospin et ses amis gouvernaient à Paris, qui tenait les rênes à Berlin sinon M. Schroeder ? A Londres sinon M. Blair ?  A Madrid sinon le mirobolant M. Zapatero ? A Rome sinon l’austère M. Prodi ? Qu’ont fait ces brillants représentants de l’internationale Socialiste pour s’opposer aux visées libérales de la Commission ? Rien, absolument rien. Bien au contraire, ce sont eux qui ont distillé le venin du Traité constitutionnel que M. Mélenchon s’est employé à combattre de toutes ses forces. Quant à la gauche radicale, il suffit de voir comment la social-démocratie traite l'équivalent local du Front de Gauche en Sarre, au Bade-Wurtemberg ou en Andalousie pour se convaincre que M. Mélenchon a encore du chemin à faire.
Ce n’est pas en redonnant le pouvoir à ceux qui ont fait Maastricht et préparé Lisbonne que l’on changera le rapport des forces en Europe. L’émancipation des nations européennes – M. Mélenchon devrait le savoir - sera l’œuvre des nations elles-mêmes. C’est en sortant de l’euro, en nationalisant leurs propres établissements de crédits, en recouvrant leur propre souveraineté financière et douanière, que nos pays seront en mesure de faire bouger l’ensemble du continent. Mais ce discours est étranger à M. Mélenchon. Son vieux fond trotskiste et internationaliste s’insurge contre un tel schéma. Le candidat du Front de Gauche demeure, quoi qu’il en dise, prisonnier des vieilles lunes européistes, du mirage des Etats Unis d’Europe, du traité de Rome et des chimères de MM. Monnet et Schumann. S’il veut supprimer Lisbonne, il ne renie pas Maastricht et ses constructions improbables. S’il n’aime pas Mme Merkel, il est persuadé que le peuple allemand est prêt à changer de cap, alors que Mme Merkel est aujourd’hui l’esprit et l’âme du peuple allemand. S’il déteste la Commission et ses sbires, il n’est pas prêt à faire son deuil du mythe d’un continent sans frontières, bien lisse, sans histoire, débarrassé de ses différences et de ses peuples.
 
Patriote sans patrie
 
M. Mélenchon aurait-il un problème avec la Nation ? C’est un mot qu’il a visiblement du mal à prononcer. On ne le trouve ni dans ses discours, ni même dans l’abondante littérature du Front de Gauche. Il lui préfère le mot de Patrie, qu’il affuble systématiquement de l’adjectif « républicaine », au cas où certains viendrait à penser qu’il verse dans un nationalisme de mauvais aloi.
Il n’y a pourtant aucun risque que le candidat du peuple cède à d’aussi dangereuses sirènes. Sa patrie présente en effet toutes les qualités du républicanisme le plus intègre. Elle ne démarre qu’en 1792, s’épanouit avec la Terreur, survole l’Empire et les Restaurations pour faire une nouvelle mais courte apparition en 1848. C’est cette même « patrie républicaine » qui revient après Sedan en 1870, qui soutient la Commune et qui fonde la République sur nos faiblesses et sur nos défaites. Au XXème siècle, son panthéon est tout aussi sélectif : on y célèbre Jaurès, Blum, Thorez, Mitterrand et Mendès, mais ni Clémenceau, ni Foch, ni Poincaré, ni de Gaulle, ni Leclerc ou de Lattre n’y ont véritablement leur place. On y préfère les périodes d’affrontements, de luttes, de ruptures et de divisions aux moments où la France se rassemble, où elle se reconstruit et où elle repart en avant. La patrie de M. Mélenchon respire le sang et la poudre. C’est le fil rouge qui relie, depuis deux siècles, toutes nos luttes intestines et nos guerres civiles. C’est l’histoire d’un peuple sans mémoire longue, profondément divisé et qui, au fond, ne s’aime pas.
On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi les propositions de M. Mélenchon sur l’Europe ou sur la remise en ordre du monde sont si peu crédibles. Parce qu’elles sont de l’ordre du discours, de l’incantation et non pas de l’ordre de l’action. Si l’on veut engager, comme il le propose, une lutte à mort contre le libéralisme sauvage, le capitalisme débridé et les marchés en furie, encore faut-il s’en donner les moyens. Cela suppose un Etat fort, respecté, habile à trouver des alliés de par le monde, manœuvrier, organisé pour agir vite, pour frapper là où on ne l’attend pas. Or, un tel programme suppose l’union, l’union des Français autour d’objectifs clairs, d’un gouvernement ferme, de perspectives solidement tracées. Un tel programme suppose aussi la confiance, c’est-à-dire la paix civile, l’assurance que tous, citoyens de bonne volonté, de gauche comme de droite, bleus, blancs ou rouges, croyants ou incroyants, tireront la barque dans le même sens. Tel n’est pas l’esprit du programme de M. Mélenchon : sa « révolution citoyenne », son « insurrection démocratique » ont beau être présentées sous les dehors les plus pacifiques, elles ne visent qu’à rouvrir le chemin de nos vieilles discordes, qu’à épuiser la France dans des débats stériles, qu’à affaiblir l’Etat et la nation, à l’heure même où il faut les conforter.
En voulez vous des preuves ? Prenons la question de la laïcité : alors que les religions ne menacent en rien la paix civile, alors qu’elles peuvent être, au contraire, un formidable allié dans la lutte contre l’argent facile et la société de consommation, pour quelles raisons revenir sur le Concordat, pourquoi agiter à nouveau les spectres de la loi de 1905 et de la loi Falloux, pourquoi inquiéter les esprits avec l’islam ? Les immenses défilés des années 80 contre la loi Savary n’ont-ils pas suffi à ouvrir les yeux des plus enragés des laïcards ? Et faudra-t-il que les juifs, que les musulmans s’en mêlent et qu’ils entraînent derrière eux tous les agnostiques de ce pays. N’avons-nous pas d’autres choses à faire que de donner au monde le spectacle de nos guerres de religion ?
Prenons maintenant la question du nucléaire militaire : alors qu’un consensus s’est établi chez nous depuis des décennies autour de la force stratégique, pourquoi vouloir le rompre en annonçant une dénucléarisation unilatérale de nos forces ? Pourquoi rouvrir, là encore, des débats qui ont été heureusement tranchés et qui font que la France, malgré sa taille moyenne, fait partie des puissances qui compte dans le monde actuel ?  Au nom de quelle idéologie mondialiste absurde, de quel pacifisme aveugle vouloir nous désarmer dans un monde où les autres ne désarment pas et qui n’a jamais été aussi menaçant ? En rouvrant ce débat, M. Mélenchon cherche en réalité à recréer les vieilles divisions droite-gauche de l’époque de la guerre froide. Il joue également avec le sentiment antigaulliste et atlantiste qui existe encore aujourd’hui au sein d’une partie de la gauche française. En réintroduisant ces querelles d’un autre temps, il montre les limites de son « patriotisme », mal assimilé, peu réfléchi, largement superficiel.
 
Républicain sans tête
 
Mais c’est sur les institutions que M. Mélenchon est le plus inquiétant. On sait que le candidat du Front de Gauche tient tout particulièrement à ses idées de changement de régime. Elles sont au centre de tous ses discours, elles furent le point de ralliement du rassemblement qu’il organisa il y a quinze jours de la République à la Bastille. Avec sa VIe République, nous passons de l’ambigüité, du risque au danger réel, immédiat, mortel. Il est clair que si M. Mélenchon devait participer demain à une coalition de gauche, c’est sur cette partie de son programme qu’il mettra la pression la plus forte sur ses partenaires. Autant ses idées sur l’Europe et sur l’économie peuvent gêner ses futurs alliés sociaux-démocrates, autant ils sont prêts à se rallier à un « aggiornamento » constitutionnel qui fait partie de leur propre héritage politique. Voilà un domaine où l’on peut faire la révolution à bon compte, la conscience tranquille, sans mécontenter les marchés, et en prenant sa revanche sur plus d’un demi siècle de monarchie républicaine. Une partie du PS autour de M. Montebourg n’est-elle pas prête à pousser dans le même sens ?
C’est sur cet aspect crucial que nous appelons la vigilance de nos lecteurs et que nous leur recommandons une lecture attentive du programme du Front de Gauche. La constitution de la VIe République y figure presque in extenso. On y retrouve toutes les tares, tous les travers, tous les vices de nos précédents régimes parlementaires, la IIIe et la IVe République, de sinistre mémoire. Régime d’assemblée, privé de toute stabilité par l’introduction généralisée de la proportionnelle, livré au grenouillage incessant des partis, des groupuscules, des sociétés de pensée et des lobbies, la république mélenchonienne est le condensé de ce que cinquante ans d’antigaullisme et d’héritage de la SFIO peuvent produire de pire. Même le Mitterrand de 1965, celui du « coup d’Etat permanent » n’aurait pu imaginer, avec un pareil luxe de détails, une machinerie aussi parfaite pour priver la France de toute forme de gouvernement, d’action publique et d’Etat.
Cette rêverie – ou plutôt ce cauchemar – démocratique procède, comme il se doit, du républicanisme le plus obtus et le plus archaïque : on y encense les départements, « impérissables conquêtes de la Révolution française », on s’y méfie des Régions, résurgences potentielles de l’Ancien régime, réputées faire de l’ombre à la République une et indivisible, on y proscrit naturellement toute forme de tutelle d’une collectivité sur une autre, on y chante un hymne passionnée aux 36000 communes de base françaises, menacées, comme on le sait, par les affres de l’intercommunalité ! Bref, un pays ingouvernable des pieds à la tête, livré aux délires de tribunes des rhéteurs et des avocaillons, un régime velléitaire, bouffi d’idéologie et de mythes, mais sans force, sans cerveau, dépourvu de durée et de volonté.
Tout cela est si comique, si grotesque, que certains d’entre nous pourraient être tentés de dire : Chiche ! Allons-y ! Vaccinons une fois pour toute le pays de ces fantasmes de démocratie modèle ! C’est oublier que nous avons subi cette anarchie légale dans deux périodes récentes de notre histoire, de 1874 à 1940 et de 1946 à 1958, et que l’expérience s’est achevée dans chacun des cas par la ruine du pays, l’effondrement de l’Etat, la discorde civile, doublés en 1940 par la défaite et l’occupation du territoire national. Plus jamais ça ! Plus jamais l’humiliation, la honte et le déshonneur ! Voilà la supplique des générations qui nous ont précédées. Pas de VIe République, leur répondons-nous. En attendant de pouvoir leur dire un jour : Plus de République, du tout !
 
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*   *
 
Voilà M. Mélenchon tel qu’en lui-même. Voilà ce qu’il en est de ses idées, une fois qu’on les a débarrassées du charme des formules et des bons mots, du brillant de la rhétorique et de l’éloquence. Le candidat du Front de Gauche n’est pas « l’homme au couteau entre les dents ». Mme Parisot et M. Copé peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Il n’est pas non plus Robespierre, ni Saint Just, ni Lénine, ni Trotski, même si ces figures font partie de son panthéon personnel. Il y a trop de santé, d’amour de la vie, d’alacrité, de gout de la liberté, de vraie culture chez le personnage Mélenchon pour qu’on puisse le confondre avec ses idoles sanglantes.
Sa vraie figure de référence, c’est Jaurès. Jaurès, le bourgeois et l’intellectuel venu au peuple, le républicain venu tardivement au socialisme, mais resté foncièrement et avant tout républicain, Jaurès, profondément, authentiquement français, mais que le jeu des idées et des figures de rhétorique a souvent ébloui, au point d’aveugler son patriotisme. Jaurès, persuadé, tout comme M. Mélenchon, que le monde court vers son unification et que les idées nationales, les faits nationaux sont des réalités d’hier. Jaurès et Mélenchon, convaincus l’un et l’autre, qu’au nom d’une liberté formelle, la France peut tenter le diable politique sous toutes ses formes : le retour au parlementarisme, le jeu des partis, l’abaissement de l’Etat.
Nous croyons, tout au contraire, que le monde dans lequel nous vivons est plus incertain et plus dangereux que jamais. Et que la France a besoin, pour y vivre et pour y grandir, d’un Etat fort, d’un chef légitime et de la paix civile. Dans l’état actuel des choses, la Constitution de la Ve République garantit ces conditions impératives. La force que représente aujourd’hui la gauche radicale, les jeux d’alliances auxquels elle participera demain peuvent les compromettre. C’est le seul point sur lequel la percée de M. Mélenchon peut légitimement inquiéter les patriotes.
Hubert de Marans.
 
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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 23:54
Ils n'ont pas eu l'Hôtel de la Marine !
 
La République, c'est le gouvernement des imbéciles...                                                                                                Léon Daudet.
 
Voilà une histoire qui a failli tourner au scandale d'Etat et qui se termine bien. Le cas est suffisamment rare sous le régime actuel pour qu'on le souligne et pour qu'on s'en réjouisse: l'Hôtel de la Marine, ce chef d'oeuvre de l'architecture du XVIIIe siècle, ce haut lieu chargé d'histoire, restera finalement dans le giron de l'Etat. Mieux encore, c'est désormais le musée du Louvre qui veillera sur son avenir.
Ainsi en a décidé le gouvernement, après des mois d'incertitude où l'on a vu les intérêts les plus vils et les plus bas, tout ce que la République comporte de ministres affairistes, de trafiquants d'art, de financiers véreux, d'énarques douteux tourner autour de la merveille de Gabriel comme autant de guêpes autour d'un pot de miel. Il aura fallu des mois de combat aux amis de l'art et du patrimoine français pour empêcher cette sottise. Car c'est d'abord à l'Association des amis de l'Hôtel de la Marine et à son président, l'intrépide vicomte de Rohan, que l'on doit cette belle victoire. C'est l'Association qui fut à l'origine d'une pétition qui recueillit en quelques mois plusieurs dizaines de milliers de signatures, c'est elle qui mobilisa les savants, les académiciens, les artistes, les hommes de lettres, des dizaines de personnalités françaises et étrangères contre une décision de privatisation inique, c'est elle qui informa les médias, qui alerta l'opinion publique  contre le mauvais coup qu'on préparait dans son dos.
Car la France a bien failli perdre l'Hôtel de la Marine [1]. Un petit groupe de prédateurs lorgnait depuis longtemps sur le site. Il a senti venir son heure lorsque l'Etat décida de déménager l'état-major de la marine vers le futur "pentagone" de Balard. Que faire du site historique de la rue Royale, se lamentait-on alors au ministère de la Défense, et comment couvrir les frais d'un tel ensemble lorsqu'on n'a plus les moyens de faire face aux besoins courants des armées ? On imagine que nos prédateurs furent rapidement et bien reçus. Grâce à un réseau d'amis proches du pouvoir, ils n'eurent pas beaucoup de mal à convaincre un Etat désargenté et peu imaginatif que leur projet était le bon : hôtels, restaurants, galeries commerciales, appartements de luxe et argent à gogo,.... Le processus de privatisation, mené dans la plus grande discrétion, aurait sans doute suivi son cours si le pivot de l'affaire, le ministre de la Défense de l'époque, Hervé Morin, n'avait été débarqué du gouvernement.
On connait la suite : son successeur, Alain Juppé, averti des aspects douteux du dossier, plaida pour qu'on y mette un terme. La presse et l'opinion commençaient d'ailleurs à s'agiter. Le gouvernement dut faire machine arrière. On désigna rapidement une commission, présidée par M. Giscard d'Estaing, qui conclut que l'Hôtel devait rester propriété de l'Etat et qu'il fallait adosser son activité sur celle du musée du Louvre, tout proche et qui a des besoins d'espaces. Le bon sens l'emportait. Il aurait pu prévaloir dès le départ si l'argent n'avait pas, sous le régime sarkozien, une odeur aussi tenace [2] 
Tout revient donc dans l'ordre. Il est même possible qu'en cas d'alternance, le projet ruineux, mal concu et sans doute inutile, du "pentagone" de Balard soit remis en cause et que le site de la rue Royale conserve quelques temps encore ses fonctions militaires. On s'en réjouira. Après tout, l'art et la marine ont longuement fait bon ménage et la Royale a rendu suffisamment de services au pays pour qu'elle ait droit, dans Paris, à un monument à sa gloire. Laissons les bons esprits de l'Amirauté et du Musée du Louvre y réfléchir ensemble et dessiner le meilleur projet. Quant à Louis XV, il peut retrouver le sourire, son Hôtel de la Marine est à nouveau entre des mains sûres.
Sainte Colombe.
 

[1]. Voir notre article précédent : "Ils n'auront pas l'Hôtel de la Marine !", La Revue Critique du 25 janvier 2011.
[2]. Nous encourageons nos amis à conserver les noms des protagonistes de ce dossier : l'ex ministre de la défense Hervé Morin et l'actuel ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, qui ont, au mieux, laissé faire et surtout les deux complices du juteux projet de reprise, l'ancien ministre de la culture Donnedieu de Vabres et l'homme d'affaires Alexandre Allard. Aux dernières nouvelles, ces deux-là ne décolèrent pas contre leurs amis sarkozystes de les avoir lâchés et fait perdre beaucoup d'argent. Gageons qu'on retrouvera ce duo de choc dans d'autres aventures !

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 00:02
La fin des dindons ?
 
Rien ne sera donc épargné à M. Guéant et aux dindons de la Place Beauvau ! Après les écoutes téléphoniques de la saga Bettencourt, après les "fadettes" de M. Squarcini, après l'affaire Hortefeux, voilà que remonte à la surface une nouvelle histoire de barbouzes qui en dit long sur les moeurs de la Sarkozie policière. Selon des sources concordantes, l'Inspection générale des services (IGS) est soupçonnée d'avoir truqué une enquête administrative afin de nuire à plusieurs haut-fonctionnaires de police proches du PS. L'affaire aurait débuté en janvier 2007, alors que l'actuel chef de l'Etat était encore ministre de l'intérieur. Elle se serait terminée, fin 2007, par la suspension des agents incriminés dont un des directeurs de la préfecture de police de Paris. La Justice vient de mettre ces fonctionnaires hors de cause et elle a trouvé dans cette histoire suffisamment de faits troublants pour ouvrir six informations judiciaires à l'encontre de l'IGS. Voilà qui nous promet un beau déballage !
Les premiers détails publiés par la presse sont accablants. Voilà qui n'est pas de nature à améliorer l'image des hommes et des services qui opèrent dans la proximité du pouvoir : mensonges, manipulations, procès-verbaux truqués, intimidations, méthodes de cow-boys, ou de voyous, comme on voudra... Il convient bien évidemment d'attendre les suites que les tribunaux donneront à tout celà mais si les faits sont avérés, nous sommes une nouvelle fois en présence d'une de ces histoires de pieds nickelés qui fait rire la moitié de l'Europe à nos dépens. Les Français, eux, ne rient plus car ces coups tordus à répétitions sont indignes du pays, de sa police et de sa justice. Ce sont en revanche les marques de fabrique d'un pouvoir qui n'a que trop souvent mélangé les affaires de l'Etat et les pantalonnades. Tout celà a assez duré et il faut que ce pouvoir parte. Au plus vite. C'est maintenant une question de salubrité publique car il y va de la réputation de l'Etat, de ceux qui le servent, tout particulièrement dans les domaines où la sécurité des Français est en cause.
Il y a urgence car la police va mal. Nous avons dénoncé ici même, il y a quelques mois, l'ambiance malsaine qui y règne : un état-major politisé à l'extrême, des unités de police judiciaire insuffisamment conrôlées et qui connaissent pour certaines des faits de corruption, une base inquiète, peu valorisée, peu motivée [1]. Certains de nos lecteurs avaient trouvé que nous exagérions. Les affaires de corruption de Lyon, de Grenoble, de Marseille et du Carlton de Lille leur ont, depuis, ouvert les yeux. Les "fadettes" de MM. Squarcini et Péchenard, les déboires que rencontrent aujourd'hui le préfet de police de Paris et le patron de l'IGS confirment ce que nous disions de l'attitude des état-majors proches du ministre.
Quand au moral exécrable du personnel, il ne fait aucun doute et les syndicats en expliquent aisément les causes : le pouvoir a menti aux policiers, comme il a menti à l'ensemble des fonctionnaires. Les effectifs supplémentaires annoncés en 2007 n'ont jamais eu l'ombre d'une réalité et la RGPP a fait sa mauvaise besogne dans la police comme ailleurs.  Bilan : plus de 10.000 postes supprimés depuis 2007. On comprend dans ces conditions que les résultats ne soient pas au rendez-vous et que l'opinion porte un jugement sévère sur l'action des forces de l'ordre : selon une enquête de l'Observatoire de la délinquance parue en décembre dernier [2], moins d'un Français sur deux juge la police efficace et la même proportion considère que sa présence sur le terrain est à peu près inexistante. Constat terrible, après dix ans de sarkozysme policier !
Les Français sont en droit d'attendre des changements rapides dans ce domaine. Il faut, bien sûr, que M. Guéant s'en aille car il est largement à l'origine, hier comme directeur de cabinet à Beauvau puis à l'Elysée, aujourd'hui comme ministre, de cette situation désastreuse. Il faudra aussi, dès l'alternance faite - car elle se fera - limoger les mauvais serviteurs. Ceux qui ont gaspillé leur temps et leur énergie dans les coups tordus et les cabinets noirs, alors que la sécurité du pays aurait du être leur seul et unique souci. Qu'ils s'en aillent, les amis, les comparses, les compères, les complices, les acolytes et tous ceux qui ont démultiplié leur action néfaste dans les services. Il faut une épuration, une sévère épuration de la haute police si l'on veut que l'institution policière soit à nouveau digne de ses traditions.
Il faudra faire plus. Jamais sous la Ve République, le corps préfectoral n'aura eu autant de pouvoirs, autant de leviers entre les mains que sous M. Sarkozy. Une véritable ligne de commandement s'est mise en place de la dernière des préfectures jusqu'à Matignon, jusqu'à l'Elysée, auprès de chaque ministre, moyen, petit ou grand. Pour contrôler les affaires, surveiller l'administration et veiller à ce que l'idéologie du pouvoir se diffuse partout. On sait que le Général de Gaulle se méfiait des préfets et qu'il les avait cantonnés, pour l'essentiel, dans les besognes de représentation et de maintien de l'ordre public. Ce corps est devenu trop puissant au sein de l'Etat. Trop proche du pouvoir, trop politique, il est largement à l'origine de la politisation de la police et des dérives que l'on constate aujourd'hui. Il faudra songer à le dissoudre et l'alternance qui se présente sera, là encore, le bon moment pour agir. Comme partout ailleurs en Europe, la police française doit être affaire de bons professionnels, de bons spécialistes. L'ère des proconsuls, celui du jacobinisme policier, a fait son temps. Il faut résolument tourner cette page.
Il doit en être de même du rattachement pour emploi de la gendarmerie nationale au ministère de l'Intérieur. C'est l'exemple même de la mauvaise réforme, réalisée pour de pures raisons   d'économie budgétaire et qui ne peut conduire qu'au nivellement par le bas des missions de la police nationale et de la gendarmerie. Tout conduit pourtant à reconnaître qu'il existe plusieurs métiers distincts derrière le mot-valise de "sécurité" et que les missions de défense opérationnelle du territoire, de protection civile, de sécurité intérieur, de contre espionnage relèvent davantage d'une logique militaire que policière. Il y a là un vaste champ de réflexion à engager pour aboutir à une vraie réforme de la gendarmerie, dont la présence au sein du ministère de la Défense doit être réaffirmée.
Ces mesures sont indispensables. Elles sont aussi urgentes. Les questions de sécurité sont aujourd'hui parmi les premières priorités des Français. Voilà un sujet que les adversaires du chef de l'Etat auraient tort de négliger, alors que le bilan de M. Sarkozy y apparait chaque jour plus  mince.
Hubert de Marans.
 

[1]. Hubert de Marans, "Dindons, volaille et gros chapons", La Revue Critique du 14 octobre 2011. 
[2]. Enquête réalisée par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) en décembre 2011 et publiée dans son bulletin statistique Grand Angle n°28. 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 11:37
Pour la Hongrie
 
Nous somme tous des patriotes hongrois !
 
La situation en Hongrie continue d’agiter tout ce que Paris compte de grandes âmes, de gens d’esprit, de pasteurs méthodistes et de banquiers philanthropes. Hier soir encore, Le Monde consacrait toute la première partie de son éditorial aux « dérives antidémocratiques » de M. Orban, à sa constitution « infâme » et à ses lois « scélérates ». On en appelait évidemment à l’Europe, à l’esprit du traité de Rome, aux mannes de Monnet, de Schumann et d’autres grandes consciences bruxelloises… Et – pour la première fois – on réclamait même des sanctions ! Eh oui, des sanctions, des vraies, des sérieuses, des sévères. On doit bien reconnaître que sanctionner un gouvernement issu d’élections démocratiques n’est pas chose facile. Mais, tant pis. Après tout, qui aime bien châtie bien!
C’est en lisant la seconde partie de l’éditorial qu’on comprenait mieux ce qui mettait notre chroniqueur mondain dans une fureur aussi noire : la politique économique du gouvernement hongrois ! « En vertu d’un curieux credo nationaliste, M. Orban semble avoir décidé  que son pays, pourtant gravement atteint par la crise, pouvait s’en sortir seul. Il refuse de se plier aux conditions posées par l’UE et le FMI pour accorder leur aide»… Ah ! il refuse de subir les diktats de ces messieurs de Francfort et de New York ? Ceux là même qui viennent de saigner à blanc la Grèce et qui s’apprêtent à mettre à plat l’Italie, l’Espagne et le Portugal ? C’est entendu !
Que M. Orban ait des méthodes passablement autoritaires, qu’il soit un peu chatouilleux sur les questions de drapeau, d’ordre et de religion, qu’il apprécie modérément le mot République, qu’il vient d’ailleurs de congédier de sa constitution, passe encore ! Mais qu’il se refuse de se prosterner devant M. Draghi et Mme Lagarde, de se faire mener par le bout du nez par le dernier des eurocrates, là on bascule dans l’aveuglement criminel ! Vous voulez d’autres preuves que M. Orban est un proto-fasciste ? il ne croit ni à l’indépendance des banques centrales, ni à la concurrence libre et non faussée, ni à l’intelligence de M. Van Rompuy, ni à l’honnêteté de M. Juncker !
Un pays qui élit massivement un gouvernement de redressement national pour le sortir d’une crise où l’Europe l’a plongé, qui approuve tout aussi massivement une nouvelle Constitution où les mots de patrie, d'honneur et d'histoire retrouvent un sens, qui a la bonne idée (au passage) de se débarrasser de la République et de toute la verroterie « démocratique » issue de l'époque stalinienne, qui défend ses droits, ses emplois, son économie face à la finance internationale et aux gnomes de Bruxelles. Qu'est-ce que c'est, selon Le Monde, Libération et notre belle presse bourgeoise ? Une quasi dictature !
Et des pays comme l'Italie ou la Grèce à qui l’on impose comme dirigeants, par simple cooptation, sans aucune élection, des employés de Goldman-Sachs, des voyous notoires, des banquiers véreux, qui ont pour certains prêté la main à la faillite de leur pays et qui n'ont été placé là que comme garde-chiourmes des marchés et des prédateurs. Qu'est-ce-que c'est, selon Le Monde, Libération et consorts ? Des pays libres et démocratiques ! A tel point qu’on voudrait qu’il en soit de même pour la France. M. Lionel Stoléru n’affirmait-il pas placidement la semaine dernière dans les colonnes du Monde que « la démocratie est incapable de sécréter et de soutenir des dirigeants politiques qui ont le courage de prendre des décisions impopulaires mais nécessaires » [1] ? Et qu’il fallait songer à confier le pouvoir à «des hommes courageux » comme MM. Camdessus, Trichet, Pascal Lamy ou Claude Bébéar. Et pourquoi pas directement à Mme Parisot ?
La Hongrie est aujourd’hui le symbole de l’Europe qui résiste. Elle le fait au nom du droit des peuples à maîtriser leur destin, comme elle le fit, il y a un peu plus d’un siècle, au nom du droit des hommes à vivre, fiers et libres. Les manifestations d'opposants hongrois, que nos médias passent généreusement en boucle, rassemblent en réalité bien peu de monde. Selon l’homme de la rue à Budapest, on y compte surtout des vieux, des fonctionnaires et, par-dessus tout, des adeptes de l'ancien régime communiste. Ce régime qui prit le pouvoir par la tricherie, le mensonge et par le crime, qui interdit toute constitution, toute vie démocratique, toute expression syndicale, un régime de policiers, de bourreaux et d’assassins qui imposa pendant près d'un demi siècle à la Hongrie une République aux mains tachées de sang. C’est le souvenir de ce passé abject que nos amis hongrois veulent aujourd’hui exorciser, en approuvant une Constitution qui met à nouveau en avant les symboles de leur identité, leur langue, leur territoire, leurs libertés. C’est peut-être aussi d’un passé plus lointain, mais tout aussi cruel, dont ils veulent se délier : celui du Traité de Trianon de 1920, où les puissances alliées, et en premier lieu la France républicaine et laïque, cherchèrent à punir et à humilier la Hongrie catholique et habsbourgeoise en réduisant des deux tiers sa population et son territoire.
L’Union européenne et sa cohorte de politiciens ignares, de fonctionnaires soumis et de banquiers voraces pensent pouvoir se mettre en travers de ce processus de mémoire et de renaissance nationale. Ils rêvent de diktats, de punitions et de sanctions. Qu’ils prennent garde ! La Hongrie ne s’est pas détachée de l’Union soviétique pour retomber dans une autre forme d’empire, mieux camouflé mais tout aussi tyrannique. Elle résistera et sa résistance peut demain en susciter d’autres. En 1956, le peuple français, malgré ses dirigeants de l’époque, apporta spontanément son soutien à l’insurrection de Budapest. Certaines soirées parisiennes de novembre 1956 furent l’occasion de rappeler aux complices français des bouchers du Danube qu’ils devaient se tenir à carreau. Car à Paris, on n’aime pas beaucoup ceux qui insultent les peuples libres. Ce soir, nous sommes tous des patriotes hongrois !
Hubert de Marans.
 

[1].  Lionel Stoléru, « Il faut changer de gouvernement, la crise exige un nouveau Premier ministre », Le Monde du 30 décembre 2011. Il est stupéfiant (et encourageant !) de voir M. Stoléru insulter aussi ouvertement la démocratie dans les colonnes du Monde. Dire que le régime est incapable de secréter des hommes qui ont le sens du long terme et le courage de prendre des décisions difficiles est une vérité première. Encore faut-il que ces hommes aient la légitimité pour le faire et que leurs décisions soient prises dans le sens de l’intérêt national et non pas de celui du capitalisme international. M. Stoléru, encore un effort pour devenir royaliste !
 
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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 21:49
Guerre chez les dindons
 
On a appris en début de semaine la mise en examen de M. Bernard Squarcini, ci-devant directeur central du renseignement intérieur. Un de plus, direz vous. Et il est vrai que cette qualification juridique s'attachant à un des plus hauts gradés de la hiérarchie policière n'a pas véritablement déclenché la verve des chroniqueurs. Une colonne par ci, deux colonnes par là. Le Monde, qui est - à son corps défendant - à l'origine des déboires judiciaires de M. Squarcini se paye même le luxe d'ignorer le sujet, ou presque. Et pourtant ...
M. Squarcini est l'illustration de ce que nous disions ici-même la semaine dernière [1]: la haute hiérarchie de la police et du renseignement est totalement noyautée par le pouvoir, qui y a placé ses hommes de main. Un clan utilise ouvertement ces rouage essentiels de l'Etat pour régler ses affaires personnelles, faire espionner ses ennemis, ses anciens amis, des hommes d'affaires, des politiques, des journalistes, et pour mettre la justice sous contrôle.
Que reproche-t-on précisément à M. Squarcini ? D'avoir mis sur écoute des journalistes et des protagonistes de l'affaire Bettencourt.  D'avoir perdu son temps et celui de ses collaborateurs dans des affaires de basse police, au lieu de se consacrer à leur mission essentielle, centrale, la sécurité de la France et des Français. Et comble de tout, nos Vidocq de bas étage se sont fait prendre la main dans le sac, comme des débutants et ils sont maintenant la risée du pays. Ils ont l'air de dindons, de dindons ridicules, à la merci des dernières révélations du Monde et du Canard Enchainé. Voilà le beau résultat du passage de M. Squarcini, le protégé du chef de l'Etat, à la tête de nos services de sécurité.
Aux dernières nouvelles, M. Squarcini ne nierait même plus les faits. Il chercherait simplement à élargir le cercle des dindons, à ne pas payer tout seul les pots cassés. Il aurait même livré à la justice d'autres noms, parmi lesquels celui de M. Péchenard, autre protégé de M. Sarkozy, qui préside aux destinées de la Police nationale. C'est lui qui aurait ordonné à M. Squarcini d'agir. M. Péchenard devrait être entendu, lui aussi, par la justice dans les prochains jours. De là à ce que l'affaire dégénère en guerre ouverte entre les dindons, il n'y a plus qu'un pas. Il pourrait être vite franchi !
Hubert de Marans.
 

[1]. Hubert de Marans, "Dindons, volaille et gros chapons", La Revue Critique du 14 octobre 2011.

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 23:13
Dindons, volailles et gros chapons
 
L’Etat va mal, très mal. Cinq ans de négligence chiraquienne puis cinq ans d’agitation sarkozyste ont mis l’administration française sur le flanc. Ici, c’est la RGPP qui a frappé, taillant sans vision, sans méthode, à l’aveugle dans les effectifs, dans les moyens des services, dans les budgets d’intervention. Là, c’est Bruxelles qui a sévit avec la complicité tacite, voire explicite du pouvoir, en imposant des transferts de compétence, des privatisations ou la suppression pure et simple de certaines missions. Ici encore, c’est une décentralisation mal pensée qui a conduit l’Etat à maintenir des effectifs là où les  missions sont désormais assurées par d’autres, alors qu'ailleurs, là où l’Etat est attendu, les moyens manquent. Certaines administrations ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, l’agriculture, le tourisme, l’équipement, la culture, les douanes, les services de l’emploi… Ailleurs, dans les ministères dits « régaliens », on a voulu mettre la main sur la haute administration, placer des pions, tisser des réseaux, transformer les hauts fonctionnaires en rouage, en agent docile d’un pouvoir que rien n’arrête, qu'aucun scrupule n’étouffe, qui se sert au lieu de servir. Les meilleurs sont partis, ou ils sont rentrés dans le rang, laissant la place aux plus serviles, aux « encartés », aux copains et parfois aux coquins.
Certaines administrations, certains grands corps ont pu faire de la résistance, parce que leur statut ou leur poids dans le système administratif les protégeait. Les diplomates ont tenu bon sous Kouchner et ils profitent aujourd’hui du bouclier Juppé. Les enseignants bénéficient de la puissance de leurs syndicats. Des contre-pouvoirs se sont organisés à Bercy, autour de l’Inspection des finances, corps presque intouchable. Une partie des cadres supérieurs de l’armée s’est retirée sur l'Aventin ; elle attend son heure et fera payer cher, si elle le peut, à ceux qui ont affaibli notre appareil de défense. Mais ailleurs, partout ailleurs, c’est le découragement, c’est un sentiment profond de gâchis, de dégoût, d’abandon. La mauvaise ambiance générale favorise la gabegie et l’absentéisme à la base, l’opportunisme, l’arrivisme, voire l’affairisme au sommet. On signale de plus en plus souvent des affaires de corruption, y compris des cas graves, des réseaux organisés.  L’administration française à qui le gaullisme avait redonné ses lettres de noblesse est retombée dans la médiocrité, la politisation ou le trafic d’influence, comme sous la IIIe ou sous la IVe République. Les voyous qui nous gouvernent ont fini par construire la voyoucratie dont ils rêvaient.
Cette situation est particulièrement alarmante dans la police. La haute police, celle que l'on appelle "politique", est l’exemple même du système noyauté. MM. Guéant et Hortefeux en ont fait leur chasse gardée. Nul doute que la place Beauvau ne soit le siège l'été prochain, en cas d'alternance, d'une épuration assez sévère. Cette épuration est hautement souhaitable. Trop d'écoutes, trop d'officines, trop de mœurs de cabinets noirs. Comme à l'époque de M. Giscard d'Estaing, un clan s'est ouvertement servi des rouages de l'Etat pour régler ses affaires personnelles, faire espionner ses ennemis, ses anciens amis, des hommes d'affaires, des politiques, des journalistes, et pour mettre la justice sous contrôle. Faute impardonnable, on a utilisé le cœur du système - les services de renseignements intérieurs – dans des conflits purement politiques, des affaires d’argent, des histoires de boniches. La haute police s’est transformée en basse police. Comme si ceux qui ont en charge la sécurité publique n'avaient que cela à faire. Comme s'il ne rodait pas au-dessus de l'Etat et des citoyens des risques suffisamment graves, des dangers suffisamment prégnants pour qu'on puisse distraire un instant ces hommes de leur métier. Au lieu de quoi on les a transformés en dindons, en dindons ridicules, soumis au dernier caprice du prince, terrorisés par la dernière enquête du Monde ou le dernier écho du Canard Enchaîné, emberlificotés dans des histoires de fadettes, d’écoutes illégales, de barbouzeries à trois sous.
Ces dérives rejaillissent sur toute l’institution policière. On en voit les effets dans les récentes affaires de corruption – parmi les plus graves découvertes depuis les débuts de la Ve République – de Lyon et de Grenoble. Les liens – maintenant avérés - de certains des plus hauts responsables de la police judiciaire de ces deux grandes villes avec la pègre et le trafic de stupéfiants sont des symptômes, des symptômes plus qu’inquiétants d’un mal profond. Si la hiérarchie est aussi gangrenée en Rhône Alpes, que se passe-t-il  à Marseille, à Nice, en Corse, en région parisienne, là où l’on trouve les gros bataillons du grand banditisme ? Les gros chapons de Lyon et de Grenoble ont-ils fait ailleurs des émules ? Au-delà des quatre arrestations réalisées début octobre, à quelle niveau de la hiérarchie policière se situent les complices, les hommes de main, ceux qui savaient parce qu'ils en croquaient, ceux qui fermaient les yeux et qui se taisaient ? On nous fera difficilement croire que l’affaire était circonscrite à quelques individus. Les « caponnières » de Lyon et de Grenoble étaient certainement bien fournies et on trouvera peut-être des ramifications ailleurs. Attendons les résultats de l’enquête puisqu’il y a maintenant enquête. Il faut espérer qu’ils arriveront vite et qu’ils permettront de dissiper le malaise que cette affaire a provoqué chez les policiers de la base et notamment chez ceux qui, dans les banlieues, sont engagés dans une lutte à mort contre la criminalité et le trafic de drogue.
L’attitude de la base, voilà la vraie question. Il est difficile de savoir ce qui se passe réellement dans la tête de chaque policier mais l’heure est certainement à la désillusion, à un certain désarroi collectif. M. Sarkozy a construit son mythe sur son passage au ministère de l’intérieur. Il avait su s’attirer la sympathie de la profession en multipliant les annonces et les coups de menton, en obtenant en 2003 la création de 13 500 postes de policiers et de gendarmes supplémentaires, en prenant fait et cause pour la police, y compris dans des affaires où l’attitude des fonctionnaires n’était pas toujours défendable. Cette réputation l’a suivi pendant un temps à l’Elysée. Jusqu’à ce que la logique folle de la RGPP s’abatte également sur les commissariats. Entre 2007 et 2011, près de 5000 postes ont été supprimés et de nombreuses voix s’inquiètent aujourd’hui de la diminution de la présence policière sur la voie publique. En 2009, la Cour des Comptes estimait le nombre d’heures passées sur le terrain à seulement 34% du potentiel disponible. Les syndicats soulignent également le manque de formation des jeunes, embauchés à la hâte, la faiblesse de l’encadrement, les effets des fausses promesses sur une profession soumise à rude épreuve et largement désabusée. Les « volailles », comme disent affectueusement les Français en parlant de leur police, sont, elles aussi, déprimées.
Il est vrai que les dérives que l’on constate au sein de la hiérarchie policière n’ont pas de quoi rassurer la profession, ni les citoyens. D’un côté une politisation extrême, de l’autre des comportements mafieux. Voilà qui nous ramène presque 80 ans en arrière, aux temps bien sombres de Camille Chautemps, d’Eugène Frot et de l’inspecteur Bonny ! Le mélange des affaires, de la police et de la politique est le signe d’un Etat en déroute. Cela se termine généralement mal, lorsque la justice, retrouvant un sursaut de fierté et d’indépendance, finit par mettre les dossiers sous les yeux des citoyens. Ou lorsque la base de la police finit par emboîter le pas à la justice et à demander le départ des mauvais chefs. C’est alors généralement que la clique au pouvoir tire sa révérence et qu’elle disparaît. Volontairement lorsqu’il lui reste trois sous de décence, par obligation lorsque les élections sanctionnent sa défaite, par la force lorsque la manifestation ou l’émeute l’obligent à quitter la place. Pour la plus grande chance du pouvoir actuel, il y aura des élections l’an prochain et il pourra – peut-être – passer au travers des gouttes. Il laissera un Etat en loques. A nous d’imposer à ses successeurs de le restaurer.
Hubert de Marans.
 
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N°1 - 2009/01
 
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