Par la revue critique des idées et des livres
| Haute-Isle | |
| C’est là, cher Lamoignon, que mon esprit tranquille Met à profit les jours que la Parque me file. Ici dans un vallon bornant tous mes désirs, J’achète à peu de frais de solides plaisirs. Tantôt, un livre en main, errant dans les prairies, J’occupe ma raison d’utiles rêveries : Tantôt, cherchant la fin d’un vers que je construi, Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui ; Quelquefois, aux appas d’un hameçon perfide, J’amorce en badinant le poisson trop avide ; Ou d’un plomb qui suit l’œil, et part avec l’éclair, Je vais faire la guerre aux habitants de l’air. Une table au retour, propre et non magnifique, Nous présente un repas agréable et rustique : Là, sans s’assujettir aux dogmes de Broussain, Tout ce qu’on boit est bon, tout ce qu’on mange [est sain. La maison le fournit, la fermière l’ordonne, Et mieux que Bergerat l’appétit l’assaisonne. Ô fortuné séjour ! ô champs aimés des cieux ! Que, pour jamais foulant vos prés délicieux, Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde, Et connu de vous seuls oublier tout le monde |
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Nicolas Boileau (1636-1711). - Epitre VI. (1676)
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