Louis-Philippe et la France. La chose est bien connue : la Restauration et la Monarchie de juillet sont des périodes négligées par nos manuels scolaires, parce que cette partie de la vie nationale vient contredire l'idéologie officielle du "sens de l'histoire" et qu'elle est interprétée comme un "retour en arrière" par rapport à la Révolution, la Terreur et l'Empire jugés porteurs de progrès. Les bouleversements de 1789, les crimes contre l'humanité de 1793 et la boucherie des guerres napoléoniennes ont toute l'indulgence des professeurs hexagonaux, pour qui l'histoire du XIXe siècle commence avec celle de la République, c'est-à-dire en 1875. Mais il n'en est pas de même pour l'école historique anglo-saxonne dont les meilleurs représentants, par pragmatisme d'observateur et en raison d'une immersion culturelle radicalement étrangère à l'idéologie gallo-républicaine, ont toujours porté un regard aigu mais serein, clinique mais critique, ouvert mais croisé, sur l'histoire moderne de l'Europe.
Munro Price est l'un d'eux. Actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford, il s'est penché avec une perspicacité inégalée jusqu'à ce jour sur les presque vingt ans de règne du dernier roi, sinon du dernier monarque français. En bon anglais vivant dans une monarchie parlementaire, c'est à l'aune de ce démocratisme tempéré si typiquement anglo-saxon, que Munro Price, qui fut professeur associé à l'université de Lyon, décrypte dans la monarchie de juillet la formation politique de la France moderne, notamment à travers une première réelle expérience parlementaire que l'anarchie révolutionnaire n'avait pas permise à la première République. Ce point de vue tout britannique explique sans doute l'absence de Bainville, Marie de Roux et Halévy dans les références bibliographiques proposées et qui témoignent, nonobstant, d'une érudition de haute volée.
La mise en perspective originale de la politique de Louis-Philippe repose ici sur la révélation, par l'auteur, d'une entente particulier entre le monarque et sa soeur Adélaïde et ce, dès leur jeunesse. L'anglophobie du jeune prince après le drame familial, son engagement dans l'armée nationale, sa présence à Jemappes et Valmy, son voyage dans la jeune fédération des Etats-Unis d'Amérique, son mariage, son retour avec les Bourbon dès 1814, son action politique entre 1815 er 1830, son accession au trône et son gouvernement, tout est scruté à travers la correspondance qu'il entretient avec sa soeur. Le dépouillement de ces archives quasi inédites constitue l'apport le plus considérable à cette étude capitale. Le livre de Munro Price est d'ores et déjà une référence incontournable.