| La chanson des roses On nous place au mois de Marie sur les autels des Saintes vierges et près de nous les femmes prient en regardant brûler les cierges ; les femmes prient ? les femmes rêvent que nos mères furent cueillies il y a vingt ans peut-être tout là-bas dans la prairie... Et leur front longtemps se penche sur les grains du chapelet, car c'était un beau dimanche d'amour, de fleurs, de clarté... Jeunes gens et jeunes filles vers nous s'inclinent au printemps, heureux amants qui vont chantant par les chemins et les prairies, et qui cueillent nos fleurs surprises pour les oublier dans un champ... Car nous sommes les fleurs d'amour, les fleurs de rêve, et nous mourons aux carrefours, ainsi qu'à la fin d'un beau jour s'éteint la chanson sur les lèvres. | ||
| Touny-Lérys. (1881-1976), Choix de poèmes. (1933). | ||
| La terrasse du Tarn .... De la terrasse, où je m'accoude, mon œil plonge Et suit contre la rive, où paresseux s'allonge Son grand corps de serpent qui glisse vers la nuit, Le Tarn mystérieux qui dans les branches luit Et transporte du bleu de ciel sur ses écailles... Je suis tout seul, je sais que je suis une paille Pour celui qui, de loin, regarde l'horizon Et voit mon corps étroit dressé sur ce balcon ; Je sais que je suis peu de chose entre ces choses, Mais je rêve et me trouve heureux, mes yeux se closent, Car la paix infinie, qui sur les champs s'étend, Ainsi qu'au cœur des fleurs en mon âme descend. Et je me sens alors, accoudé sur ce marbre, Eternel comme lui, vibrant comme les arbres, Fluide ainsi que l'eau qui, là-bas, va porter, A travers les galets arrêtés dans le sable. De ce soir calme et doux, mais, hélas! périssable, Un peu de ciel crépusculaire en un reflet.... | ||
| Touny-Lérys. (1881-1976), La Pâque des Roses. (1909). |
| Le soir dans le jardin ... C'est un soir de printemps, chaud comme un soir d'été Le nom de la saison distingue l'un de l'autre Deux soirs également vaporeux, parfumés Des lourds géraniums éclos devant la porte Et de ces mille odeurs que le zéphir supporte Et qui tissent son voile adorable et léger... Mon chien s'est étendu sur la terre, il respire Lentement, son museau reposant sur mon pied; Il est blanc, il est doux, il est tranquille; il sait Qu'auprès de moi il peut dormir, il peut rêver ; Et quand je dirai « Kim », son œil roux, qui chavire Dans sa paupière, ira vers mon regard chercher Le geste indicateur du chemin où marcher. Et qu'il suivra, le nez au vent, quêtant un lièvre... En attendant, il rêve en dormant ; moi je rêve Eveillé, le cœur ému par la douce chose Qu'est le soleil mourant parmi les briques roses Tandis qu'en le lointain, que va couvrir la nuit, Le soc d'une charrue, par intervalles, luit, Et qu'un chant, voix de flot invisible, déferle, Et pur, mystérieux comme un reflet de perle, M'apporte en cet instant de calme volupté La joie du laboureur qui, là-bas, a chanté Et qui met, comme moi, son orgueil et sa gloire A garder la Beauté, au fond de sa mémoire, De cette heure reçue et qu'il peut conserver... | ||
| Touny-Lérys. (1881-1976), La Pâque des Roses. (1909). |
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