| Hiems nova Pour fêter le retour normal de l’âpre hiver. J'ai gravi, dès le jour, ma montagne rouillée. Le vent du nord-ouest a soufflé tout hier. J'en voulais savourer la rafale mouillée, Jeux de pluie aux clartés du ravin partiel, Sur le treillis brumeux des branches dépouillées. La lumière est instable aux décors irréels Des vallons d'ombre ensoleillés de claire brume Où se joignent, pour fuir, des lambeaux d’arc-en-ciel. Le roc ruisselle et luit et les pics d'argent fument. Sous le vent brusque obstinément ailé de nuit, Et l'aile sombre éteint le rayon qui s'allume; Et tout le paysage pâle tourne et luit, Cependant qu'au taillis fauve des petits chênes Chaque feuille légère et plaintive bruit. Et le mont tout entier pleure des larmes vaincs. * Ah! fuyez, derniers étourneaux, par bandes souples! Virez, dans le brouillard, d'un miroitement d'ailes. Pour qu'en votre étain mat vibre quelque étincelle! Déjà les corbeaux tournoyants voltent par couples, A contre-vent, là-bas, presque légers et grêles Sur l'abîme, perdus aux remous des nuages. Et boivent le désir de leurs amours sauvages. * L'hiver! l'hiver! la chambre tiède où l’on va suivre, A travers le poème obscur et doux du livre, Aux songes des carreaux que le frimas fait vivre, La fougère ou le lys qui s'inscrivent en givre ! | ||
| Olivier Calemard de La Fayette. (1877-1906), Le Rêve des Jours (1904). | ||
| Vent de Limagne Pour Henri Cellerier. J'aime la brise incertaine et frivole Dont le frôlis n'émeut que les corolles Légères, les frisselis doux des folioles Au faîte gris des trembles grêles, Et la ronde ténue et frêle qui s'envole, Des éphémères sur les prêles... — J'aime avec toi, surtout, le vent large et puissant. Je n'ai pas tes sapins dans les sables, tes landes, Tes horizons barrés de vols éblouissants, Ni l'or de tes sous-bois alourdis de lavande; Mais la sève frémit en mon vieux sol de feu, Mes prés touffus et verts s'étoilent de narcisses, Mes terreaux mordorés font des pétales bleus, Et de hauts boutons d'or penchent leurs lourds calices. Pour garder mes labours d'argile rouge ou brune, J'ai des orgues de pierre en prière, où s'unit L'extase de la vague à l'orgueil du granit, La grâce de la houle aux splendeurs de la dune. Et tu croirais qu'aux jours des fusions premières, Le vent de mes sommets a durci brusquement Les laves qui roulaient leur clair bouillonnement Hors du rose cratère aux vapeurs de lumière. J'ai de jaunes iris qui flambent dans les joncs. J'ai des roseaux géants jaillis de l'eau rouillée; Mes printemps font gonfler de monstrueux bourgeons. Mes automnes des fruits pesants par corbeillées. Oui, j'aime le grand vent sur tout cela, le soir, Le vent du nord-ouest chargé de pluie et d'ombre Qui pousse sur nos monts, d'un bref coup d'aile noir. Avec des vols obscurs, la Fécondité sombre ! | ||
| Olivier Calemard de La Fayette. (1877-1906), Le Rêve des Jours (1904). | ||
| Poème ... tu, lentus in umbra.. Que de poudroiements blonds tamisent la feuillée Sur l'ombre claire où se bercent les tiges chaudes, Près du rayon vivant qui glisse, danse et rôde De la ronce fleurie à la rose mouillée ! Toi, couché sur la berge entre les roseaux jaunes, Vois à travers tes cils qu'irise la lumière Trembler des reflets d'eau sous les feuilles des aulnes, Et, comme en un palais d'irréelles verrières, Par-dessus les blocs d'ombre et les lourdes fougères, Vibrer les libellules d'or de la clairière ! * Ah! laisse pour un jour ta chimère et sommeille !... Sous la verte clarté qui croule des ramures Et brûle au front du saule en lumières vermeilles Que la brise balance au rythme d'un murmure, Les doux moucherons bleus ont du ciel sur les ailes... Et tes yeux large ouverts où le soleil ruisselle Voient passer dans son or leur prisme en gouttes pures! Ah! qu'importe à ton cœur fatigué le problème Dont la douleur se mêle au souffle des lilas ? Il ne veut plus savoir s'il le porte en lui-même, Le compagnon divin qu'il ne rencontre pas ! Les cloches des troupeaux tintent dans la hêtraie... On entend le bétail brouter près du taillis... — Eloigne ce désir céleste qui t'effraie, Dors, sous les peupliers puissants et recueillis. Et que tu sois le dieu- qui se retrouve à peine Ou la bête qui monte en créant l'idéal, Dis a ton âme, en f endormant, que la fontaine Ignore sans souffrir la cascade du val! Vois, deux martins-pêcheurs éclatants se poursuivent Jusque dans l'ombre où luit le feu bleu de leur col: Laisse, laisse comme eux, sur les fraîches eaux vives, Ton rêve fuir sans but, pour le plaisir du vol! | ||
| Olivier Calemard de La Fayette. (1877-1906), Vers et Prose (décembre 1906). | ||
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