| Sur l'arc vert... Sur l’arc vert de la plage apaisée Où le matin mélodieux descend, Ta maison pâle entre les palmes balancées Est un sourire las sous un voile flottant. Ces longs stores sont des paupières affligées; Des fleurs se meurent dans la nuit des banyans, Des fleurs du violet velouté si souffrant De tes doux yeux couleur de pensée. Ces lourds parfums égarants, confondus, Des bosquets fragrants comme des temples d’Asie… … Brouillards embaumés sur l’horizon défendu ? Est-il vrai qu’il soit cruellement revenu, Cédant à quelque nostalgique fantaisie, Trop tard, le trop aimé que tu n’attendais plus ? | ||
| John-Antoine Nau. (1860-1918), Hiers bleus (1904). | ||
| La goélette La femme rude, à l'air hagard, aux yeux meurtris, Qui regarde, penchée à sa haute fenêtre, Le port, gouffre étroit dans les rocs fauves et gris, Puis le ciel floral où des étoiles vont naître, L'exquis et triste vol des goélands dans l'air, Le doux adieu lilas des falaises voisines, Les clochers roses qui veillent sur les collines. Et la ville, au grand jour dure neige de pierre, Qui darde maintenant sa flèche incarnadine Vers les nuées où glissent des formes changeantes, La femme navrée aux prunelles expectantes Dont le regard, obstinément revient au port, Ne voit plus, sur les courtes vagues mutinées, La noire goélette roulant bord sur bord Ou se cabrant en virevoltes forcenées, Comme prête à briser la chaîne qui la tient Mouillée à l'abri des récifs grondants, mais bien Une âme sombre qui bondit, emprisonnée. | ||
| John-Antoine Nau. (1860-1918), Vers la Fée Viviane (1908). | ||
| Plages Il en est d'un blanc pur, brillant, presque argenté; J'en sais d'un noir roux de feu mort, Enfers près des candeurs mourantes des jetées; J'en sais d'or — et d'ajoncs — sous le ciel vert du Nord, Bosquets nains, micacés par les vagues heurtées. Et la plage rose, à l'aube incarnat, Parterre en sable fin, je la suis comme en rêve, Longue, longue, sous le ciel de grenats ! Et les bulles d'écume en pâles rubis crèvent Sur la douceur florale de la grève, Sur la plage rose à l'aube incarnat. D'autres s'incurvent sous l'enlacement des branches Flagellées par le vent salin, — — Dansez, feuilles et fleurs, aux plis des mousses blanches! - Frigide, un autre dort sous un ciel hyalin, Dans les parfums brefs, sous les bises franches. Et la lointaine, si voilée au crépuscule, — Dont le fier horizon strié d'or violet S'apaisait lentement sous des brumes de tulle, La rouge où le sang du soleil coulait, La blonde où la grotte ouvrait un mauve palais, — Et la lointaine, si voilée au crépuscule! J'en sais une douce et tiède, un miroir De rêves gris et de mélancolies, Où de tristes beaux yeux se mirèrent un soir Et qui reflète un si douloureux désespoir Dans les vagues remous de ses nacres pâlies ! | ||
| John-Antoine Nau. (1860-1918), En suivant les Goélands (1914). | ||
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