| Journal de Valéry Larbaud Domaine : Lettres | ![]() |
L'autre Valéry. La première édition du Journal de Valéry Larbaud ne représentait qu'à peine la moitié des journaux retrouvés et publiés aujourd'hui (1901-1935). De longs passages sont en anglais (on aurait aimé une traduction), d'autres ont été reconstitués à partir de fragments, de pages arrachées. Dans "son cher exutoire", Larbaud dévoile sa vie au quotidien avec ses manies, ses tics, ses obsessions : ses horaires, l'itinéraire de ses promenades avec son chien, ses visites au médecin. Cet enfant unique, surprotégé par sa mère, souffre de rhumatisme articulaire et des séquelles d'un paludisme contracté à Saint-Yorre où son père était propriétaire des sources. D'où une hyperexcitabilité cérébrale, des crises de Mood qui le poussent à s'isoler et le portent à la création. Fin gourmet, il partage avec son ami Léon-Paul Fargue (avec qui il fonde la revue "Commerce") des repas fins. Larbaud n'a jamais quitté l'enfance; il continue à collectionner des figurines de plom, apprécie la compagnie des petites filles, jusqu'à sa rencontre avec Maria, la femme de sa vie. D'une grande sensibilité artistique, il écume les musées en Angleterre ou en Italie. Lecteur boulimique, traducteur scrupuleux (de Ramon Gomez de la Serna, Butler...), ce dandy polyglotte qui ne cesse de lutter contre son mal, se fatigue autant des femmes que de la médiocrité de la littérature. Les négociations de boutiquiers à propos de Fermina Marquez, entre Fasquelle et Gaston Gallimard, le dépassent. Il est outré quand Malraux lui vole la vedette en lançant Faulkner à sa place. Entre les arrivés et les ratés, il n'y a qu'un pas. Fou d'"Ulysse", il co-traduit le roman de Joyce qui paraît en 1929. En 1934, il craint de rencontrer Sylvia Beach, l'éditrice : "Comment (Joyce) n'a -t-il pas pu voir à quel point la B(each) et l'autre (Adrienne Monnier), l'ont exploité, bafoué, dénigré". Atteint d'hémiplégie et d'aphasie en 1935, il passe les vingt-deux dernières années de sa vie cloué dans un fauteil. Avant de mourir, il se redressa et s'écria : "Adieu, les choses d'ici-bas".