épinal basque | ||
Dans ce paradis basque, Deux douaniers bleus Ont l'air de deux bons masques Égarés aux cieux. Sur la route d'automne, Or, azur, encens, Couleur des Trois Couronnes Et couleur du Temps, Ils vont, plus poétiques Qu'il n'est de raison : Et le ciel, sympathique, Est bleu-horizon. | ||
alphonse métérié (1887-1967). La Revue hebdomadaire (juillet 1924). | ||
matin de mardi-gras | ||
Matin de Mardi-Gras. Le printemps sur la ville Epanouit le sourire des dieux. Il fait un temps de départ et d'adieux, Le jour léger est plus gai que Banville. Devant les magasins et le long des jardins, Des femmes vont, comme des étrangères ; Une sœur passe, ombre noire et légère, Dont le deuil rit à ce matin mondain. Décapités, les masques sont aux devantures, Et le soleil caresse leur laideur. Mais à côté voici la pure odeur Du mimosa des petites voitures. Voici les mimosas et des roses qu'on vend A cette dame en robe neuve et verte, Et puis voici dans leurs caisses ouvertes Des bouquets blancs que je touche en rêvant… O narcisses de la montagne, qu’on m'emmène ! — Oui, des oiseaux volent au haut des tours, Et sur la rue et les toits d'alentour Un couvent sonne et bénit la semaine ; L'azur immaculé brille sur les faubourgs... Mais, tout courants, qu'ils sont beaux, les nuages, Et ce matin printanier de voyage, Qu'il serait clair sur Prague ou sur Hambourg ! Dans la gare au repos froide comme une église, Le ciel d'un bleu transparent et nouveau Paraît plus tendre à travers les carreaux : Qu'ils sont heureux, les porteurs de valises ! Hélas, car c'est un temps de départ et d'adieux, Le jour léger est plus gai que Banville... Et cependant le printemps sur la ville Epanouit le sourire de Dieu. | ||
alphonse métérié (1887-1967). Le Livre des soeurs. (1922). | ||
l'adieu au voyage | ||
Nous n'irons plus jamais dans les Villes heureuses, Mon âme... Tu sais bien que tout serait changé. Il ne faut pas revoir les rades amoureuses, Quand on n'est plus pareil au grand vaisseau léger. Quand on n'a plus le cœur de la belle mouette, Du libre vent amer et du romanichel, Il faut sous son manteau magique de poète importer dans l'exil le ciel passé — le ciel... O Solitude sainte et qu'on disait fidèle, Nous n'irons plus ensemble aux auberges, les soirs, Et nous ne serons plus dans l'aube où l'on attelle Ce passant bienheureux sous les peupliers noirs. Nous ne connaîtrons plus la maison dans la lande D'où l'on voyait, si loin, rose avec son clocher, Cette petite ville étrange de Hollande Où des femmes en deuil passaient sans se toucher. Et je n entendrai plus au bord de la Tamise, Sous un pont d'ombre et d'or par la brume grandi, Solitude ! ô compagne adorable et soumise, Notre pas fraternel que la joie alourdit. Nous ne pousserons plus la barrière rustique D’un chimérique enclos dans le pays de Vaud, Comme au seuil d'une vieille estampe romantique Où tout redevenait si tendre et si nouveau. — Ni la petite ville endormie et française Où l'on entre au matin sur les pavés du roi, Ni le torrent avec sa route de mélèzes Et le poteau-frontière auprès du pont de bois, Ni les villages purs ni les cités barbares, Les verts canaux flamands, les bleus chemins toscans, Ni les ports orageux ni les fumeuses gares, Ni les tombeaux herbeux où jouaient des enfants, Ni la place gothique et sa chère fontaine, Ni les feux et les tours des capitales d'or, Tout ce qui fait enfin sa musique lointaine Au fond d'un temps de conte où ma jeunesse dort. Nous n'irons rien revoir, Solitude chérie : II ne faut pas vouloir, tout serait trop changé, Etre — fantôme amer au bord de la prairie — Ce jeune voyageur des grands ciels étrangers. ... Mais je songe souvent, honteux de ces chimères, Evoquant à mourir ces lumineux instants, Que le vrai paradis, s'il est pareil — ô Mère, Au plus pur de nos jours retrouvés hors du temps, Que le vrai paradis, s'il nous rend l'éphémère Et nous donne à jamais nos gloires de vingt ans, Ce doit être, là-haut, une ville où l'on erre. Une Ville inconnue où l'on erre, au printemps... | ||
alphonse métérié (1887-1967). Le Cahier noir. (1923). | ||
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