Par la Revue critique des idées et des livres
la sologne aux étangs | ||
De ces châteaux au front sévère, au grave accueil, Le Chêne-Rond, la Loge aux Cerfs, la Fauconnière, Le gentilhomme-loup, terré dans sa tanière, Ne sort que pour courir le lièvre ou le chevreuil. Là, vit un monde un peu lointain, presque fossile. Là, tenant son esprit raide comme le corps, Dans des abois de chiens, des fanfares de cors, Une race hautaine avec morgue s'exile. Des hobereaux distants, nourris de préjugés, Sont les chefs désuets de très vieilles familles Où s'ossifie un lent convoi de saintes filles Qui ne quittent jamais des parents très âgés. Et dans leur vie atone, immuablement blanche, Où l'amour n'a passé qu'à travers des romans, Les visites seraient les seuls événements, Si Monsieur le Curé ne dînait le dimanche. | ||
andré foulon de vaulx (1873-1951). Le Vent dans la nuit (1920). | ||
paysages de normandie | ||
Des chemins creux bordés de hêtres et d'ormeaux, Entre deux hauts talus où quelque chèvre broute, S'engagent sur le blanc poussiéreux de la route Et cernent de fraîcheur la grâce des hameaux. Ce ne sont que sentiers que le feuillage encombre, Petits prés habités par des pommiers en fleurs, Murailles de fourrés pleines d'oiseaux siffleurs, Corridors de verdure où règne la pénombre. C'est Manneville ; c'est Ectot ; c'est Saint-Léger ; Et, proprette, disant une vie humble et vraie, La moindre des maisons, qu'environne une haie, Mêle à l'air embaumé l'odeur de son verger. Et, le long d'un couloir que la broussaille emmure, Dans les taillis, surgit parfois, inopiné, Le museau gauche et vif d'un poulain étonné Qui s'exerce les dents à ronger la ramure. | ||
andré foulon de vaulx (1873-1951). L'Allée du silence. (1904). | ||
matin d'automne | ||
Septembre aux pieds cornus et coiffé de raisins Secoue au grand soleil sa chevelure jaune ; Et glorieux, vêtu de pampres, tel qu'un faune, Il danse un pas furtif à l'entour des bassins. Dans l'eau de plomb qui dort d'un lourd sommeil, il mire Son visage pensif et sa fauve toison ; Son rêve a la langueur de l'arrière-saison, Et sa tristesse est d'or autant que son sourire. Les feuillages sont roux, du manteau qu'il revêt. Il étend son ampleur sur l'herbe calcinée. Dans le calme engourdi de cette matinée Son souffle imperceptible est doux comme un duvet. Sa sérénité molle avec faste allongée D'un geste solennel s'étire noblement ; Et l'Heure, sous le bleu voilé du firmament, Dispose en réseaux lents sa tiédeur orangée. Sous les bois, des rayons d'ambre et de nacre ont lui, Où le vol d'un insecte ivre d'air se balance. Tout le parc est grisé d'un inerte silence : Versailles se complaît dans un auguste ennui. Et dans le cœur aussi que l'amour abandonne La sève se dessèche et s'en va peu à peu. Les baisers qu'on échange ont comme un goût d'adieu : Et ce n'est pas l'hiver, mais c'est déjà l'automne ! | ||
andré foulon de vaulx (1873-1951). L'Allée du silence. (1904). | ||
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