Par la Revue critique des idées et des livres
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à la flandre
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J'aime tes grands prés verts, tes plaines de houblon, Tes vastes champs d'épis où courent les calandres, Et, par les beaux matins de brume, tes filandres Prenant dans leurs lacis l'herbe et le colza blond. Surtout, j'aime tes soirs qui défaillent, ma Flandre, Et tes bois sanglotants comme des violons Aux appels répétés, si mornes et si longs, Des cloches vers ton ciel de grisaille et de cendre. Et ton pâle soleil qui meurt sur tes canaux, Et ce vent qui, sans fin, pleure entre les roseaux Son hymne de tristesse et de lente agonie. Tes horizons d'automne éternel, doucement En mon âme ont versé leur langueur infinie, Un charme de souffrance et de recueillement. |
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léon bocquet (1876-1954). Flandre (1901).
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les jardins
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Les beaux jardins de Flandre aux treillis bigarrés De capucines d'or, de gesse, de troènes, Du bout de l'horizon ourlent les lisérés De leurs enclos touffus de plantes et de graines. En contours sinueux, ils glissent vers les prés Entre les pavots blancs, les seigles, les aveines, Et dévalent sans fin et, degré par degré, Aux berges des ruisseaux où coassent les raines. L'ombre y chante, et l'amour des soirs vient abriter, Sous la fraîcheur des vertes sèves de l'été, Le trouble des baisers aux yeux qui s'extasient. Et l'Heure, à l'éventail argenté du bouleau. Disperse le parfum mourant des tanaisies Vers le vent tiède et doux qui passe au fil de l'eau. |
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léon bocquet (1876-1954). Flandre (1901).
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les bateaux
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Ils sont venus de tout là-bas, des mers du Nord, Traînés par les chevaux à la forte encolure, Et des filles, l'air frais grisant leur chevelure, Poussaient le gouvernail de bâbord à tribord. Les hommes sur la gaule appuyés au plat bord, Les petites maisons et les vertes toitures. Les volets blancs, les pots de fleurs et les boutures. Lentement ont passé d'un fort à l'autre fort. Ils sont venus au long des chemins de halage D'un bourg à l'autre bourg, de village en village. Et d'écluse en écluse, aux canaux réguliers. Ils dorment maintenant amarrés près des berges Sous l'ombre des ormeaux et des grands peupliers Où fume le repos tranquille des auberges. |
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léon bocquet (1876-1954). Flandre (1901).
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