Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 19:00
Naissance
du XXe siècle          
              



  
                  


Il faut aller voir l'exposition que les Galeries du Grand Palais consacrent à la dernière période de Renoir. Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, il faut même s'y précipiter car elle se termine dans quelques semaines. Et parce qu'on y découvrira à nouveau que le talent et l'indépendance d'esprit, conjugués avec une parfaite assimilation de l'héritage du passé, font le meilleur de l'art français.  

On a beaucoup calomnié le dernier Renoir. Il est vrai qu'à partir de 1890, il prend ses distances avec l'impressionnisme, qu'il entre au musée et devient la coqueluche des collectionneurs, qu'il se met en quelque sorte en réserve de la modernité. Mais c'est oublier que Renoir n'a jamais été un impressionniste de la stricte obédience. Son amitié pour Manet, pour Courbet et pour Monet n'a en rien entamé sa volonté de rester libre  et de parcourir un chemin bien à lui. Toute son oeuvre des années 1860 et 1870 en témoigne : si les effets de lumière et la virtuosité des couleurs, traits dominants de l'impressionnisme, sont bien là, la trame du dessin reste parfaitement apparente et le sujet ne s'évanouit jamais complètement sous la couleur. C'est que Renoir est à la fois un peintre de la liberté et un élève de la tradition. Ses maîtres s'appellent Watteau, Fragonard, Ingres, et ce Raphaël, dont il admire les fresques à Rome, et qui lui donne envie de réapprendre la peinture à quarante ans !

Si Renoir donne brusquement cette inflexion à son oeuvre, s'il décide de "rentrer dans le rang", ce n'est aucunement pour tomber dans l'académisme. Il est à la recherche d'une synthèse que la maturité de son art lui permet maintenant d'envisager et de réussir : concilier l'impressionnisme avec le meilleur du passé et avec un certain bonheur de peindre et de vivre. Comme Cézanne, c'est la lumière de la Méditerranée qui lui permet de toucher au but. A partir de la fin des années 1890, il séjourne régulièrement dans le sud, pour s'installer définitivement à Cagnes sur Mer. Il retourne également à l'atelier, au dessin. " Le dessin est l'âme de la sculpture, comme il est l'âme de la peinture" écrit-il, "rien n'aide le goût comme l'habileté de voir vite et de dessiner rapidement. Quand vous avez beaucoup dessiné, que vous pourrez rendre rapidement ce que vous voyez, rien de plus facile que de faire des groupements ou arrangements nécessaires à la décoration". Il cherche enfin, là encore comme Cézanne, à renouer avec ce qu'il y a d'éternel dans l'art, en déclinant inlassablement les mêmes thèmes, à la recherche de cette nature vivante, de ces  êtres de chair et de sang qui le fascinent dans la peinture italienne.

Voici des paysages, tous ou presque inspirés par le sud méditerranéen, voici des scènes mythologiques, où Renoir met en scène sa vision idyllique du monde, voici des figures familières, parents, amis, collectionneurs, et tous ces grands portraits de baigneuses qui révèlent une maîtrise du dessin et une pureté du trait si proche de Ingres. L'art de Renoir n'a plus rien à voir avec celui du "peintre de l'immédiateté", qui caractérisait ses années impressionnistes, il est très construit, très maîtrisé. L'artiste passe des heures devant son chevalet, il corrige, il reprend, il prend l'avis des nombreux amis qui viennent le visiter à Cagnes, sa nouvelle Arcadie. Jusqu'à la nuit, Renoir travaille et peint. Il s'essaie même un instant à la sculpture, à l'occasion d'une rencontre avec le jeune artiste catalan Richard Guino, que lui recommande Maillol. De cette collaboration naîtront des oeuvres d'une grande originalité, dessinant là encore un trait d'union entre l'antique et la modernité.

Ce qui frappe surtout chez ce Renoir tardif, c'est l'empreinte qu'il va laisser sur ses successeurs. Matisse et Bonnard ont régulièrement fait le pèlerinage à Cagnes et passé de longues heures à converser avec le maître. Matisse gardera le souvenir des figures de fantaisie peints par Renoir à la fin des années 1910, dont on retrouvera l'écho dans la série des odalisques qu'il réalise à Nice à la fin des années 1920. Pierre Bonnard partage, quant à lui, avec Renoir le rêve d'une Arcadie classique et ensoleillée qui hante sa première période. Il en est de même pour  Maurice Denis, ami et confident, qui trouve dans la thébaïde de Cagnes avis, encouragements et réconfort. Mais c'est bien sûr chez Picasso que l'empreinte de Renoir est la plus forte. Les nus picassiens du début du siècle, monumentaux, rosés, ont plus qu'un air de famille avec les dernières baigneuses de Renoir. L'expérience des deux artistes est marquée, presque sur la même période, par les mêmes évolutions : retour à l'atelier, au dessin, à la construction, influence de la tradition et dans les deux cas de Raphaël.... Ce n'est pas un hasard si Picasso, qui surnommait Renoir " le pape de la peinture", en a fait, avec Matisse, l'artiste le plus représenté dans sa collection personnelle. Il savait ce que ce "classique" tardif avait de profondément moderne et ce que lui devait l'aventure picturale du XXe siècle.

Sainte Colombe.

 


Renoir au XXe siècle. Galeries nationales du grand Palais. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h30 à 22h, le mercredi de 10h à 22h, le jeudi de 10 à 20h. Jusqu'au 4 janvier 2010.
Partager cet article
Repost0
18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 22:00
Partage de midi                        

 

                  
     



partage-de-midi.jpg


La Comédie Français donne une vingtaine de représentations exceptionnelles de Partage de Midi de Paul Claude, du 11 septembre au 3 octobre au Théâtre Marigny. Avec les mêmes acteurs et dans la même mise en scène que la production présenté au printemps dernier à la salle Richelieu, qui connut un immense succès. L'interprétation en est parfaite; Marina Hands (Ysé) et Eric Ruf (Mesa) sont prodigieux de force et de sensibilité. Après les dernières répliques, l'émotion étreint à un tel point la salle, qu'un long silence se fait avant les applaudissements. Un des plus beaux spectacles de la saison à Paris. Courez, il reste quelques places.

 

Jacques du Fresnois.

 

La critique d'Armelle Héliot, Le Figaro du  11 septembre 2009.
Le retour d'Ysé, la sulfureuse de Claudel. Ysé est une légende. L'un des grands rôles que toute comédienne rêve un jour d'incarner, à l''égal de Phèdre ou de Bérénice. Ysé est un mythe, car son nom étrange et beau scintille, tel celui de la Prouhèze du Soulier de satin comme une étoile dans le ciel profond des amours exaltées. Ysé est splendide, car, de toutes les héroïnes de Claudel, elle est sans doute la plus sensuelle, la plus intrépide, la plus sulfureuse aussi. C'est qu'elle appartient à sa vie. Alors qu'il compose Partage de Midi, il écrit à son ami Francis Jammes : "... Je fais un drame qui n'est autre que l'histoire un peu arrangée de mon aventure. Il faut que je l'écrive, j'en suis possédé depuis des années". Le sentiment de la "possession"  au sens diabolique revient sans cesse sous sa plume. C'est un peu le vocabulaire d'Ysé... La première version de la pièce est achevée en 1905. C'est cette version qui est jouée au Marigny,  là même où fut crée en 1948 celle dite "pour la scène". Jean-Louis Barrault avait convaincu l'écrivain  de laisser représenter son oeuvre et, aussi torturé qu'il fut par l'apparition d'Ysé sur scène,  il fut bouleversé, fasciné par la grâce impérieuse d'Edwige Feuillère, qui était entouré de Barrault lui-même, Mesa "le petit curé", Jacques Dacqmine, De Ciz, l'époux, Pierre Brasseur, Amalric, l'aventurier.  Une femme, le mari, ses amants. Plus de soixante ans après cet évènement mémorable, sous les beaux lambris du théâtre, c'est la production qu'avait représenté la Comédie française en avril 2007, qui est reprise. Il a fallu à Olivier Giel, homme essentiel de la Maison de Molière, beaucoup d'énergie pour que cette renaissance soit possible. Car, entre-temps, Marina Hands avait quitté la troupe et c'est Pierre Lescure qui l'engage et permet ce retour bouleversant. La mise en scène d'Yves Beaunesne s'inscrit dans un beau décor de Damien Caille-Perret, pont du navire et espace métaphysique, avec des changements à vue, du cimetière de Hong-Kong à la maison assiégée d'un port du sud de la Chine. Les comédiens réunis sont époustouflants, intelligence à fleur de peau, emportement ou renoncement à fleur de voix. Christian Gonon est De Ciz, Hervé Pierre, Amalric, Eric Ruf, Mesa. Et Marina Hands est donc Ysé, que joua en 1975, à la Comédie française, sa mère, la sublime et déchirante Ludmilla Michaël... C'était dans une mise en scène d'Antoine Vitez. Marina Hands le dit et on la croit: elle n'aurait pas pu oser jouer Ysé si elle avait vu ce spectacle... C'est que quelque chose de très intime palpite entre le "personnage" et ses interprètes. Edwige Feuillère, donc Ludmilla Michaël, mais aussi Marie-Christine Barrault dans une mise en scène de Jacques Rosner, Nicole Garcia avec Brigitte Jacques, Hélène Lausseur avec Alain Ollivier. On n'oublie jamais ces Ysé. On oublie jamais Ysé parce qu'elle vient de la vraie vie. Transfigurée, elle est celle que Claudel nommait Rose et qui s'appelait Rosalie Vetch. Il l'avait rencontrée en 1901 sur l'Ernest-Simmons. Trente ans, splendide, quatre enfants. "C'est elle", avait-dit Claudel en voyant Feuillère. Lui, Claudel, il avait plus que Mesa : le don du poétique. Il est comme Ysé, il aime le feu.



Paul Claudel, Partage de Midi. - Mise en scène de Yves Beaunesne. Avec Marina Hands (Ysé), Eric Ruf (Mesa), Christian Gonon (De Ciz), Hervé Pierre (Amalric). - Théâtre Marigny, Paris 8e (Métro Champs Elysées-Clémenceau). - Jusqu'au 3 octobre 2009.

Partager cet article
Repost0
29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 16:00

Dufy, le plaisir      


Exposition Raoul Dufy

Mis en ligne : [29-11-2008]

Musée d'art moderne de la ville de Paris

Jusqu'au 11 janvier 2008.


 



Le musée d'art moderne de la Ville de Paris
remet à l'honneur le "peintre de la joie", Raoul Dufy (1877-1953), célèbre de son vivant puis tombé en désuétude. Il s'agit de la première rétrospective qui lui soit consacrée à Paris, depuis sa mort.


Raoul Dufy, le plaisir. - Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 11 Avenue du Président Wilson, Paris 16 ème. - Tous les jours de 10h à 18h, jeudi  de 10h à 22h. Fermé le lundi et les jours fériés. - Jusqu'au 11 janvier 2009.

 

Présentation. - "Raoul Dufy, le plaisir" expose 120 peintures, 90 dessins, gravures ou livres illustrés, des céramiques et des tissus avec l'objectif de "remettre au premier plan un artiste trop vite jugé", dit Fabrice Hergott, directeur du musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Raoul Dufy a été très célèbre de son vivant puis sa réputation a considérablement décliné dans les années 70, quand le regard s'est modifié. "Je n'étais pas suffisamment radical", dit-il. Le titre de l'exposition est tiré d'une phrase de Gertrude Stein, collectionneuse de Picasso, mais aussi de Dufy : "Raoul Dufy est plaisir", écrit-elle en 1946, pour évoquer le "joie de vivre" exprimée dans la peinture de l'artiste, toute de couleurs, de formes légères, d'arabesques. Le musée d'art moderne de la Ville de Paris possède une riche collection de cet artiste, dont la monumentale "Fée Electricité". Ce tableau de 600 m2 en 250 panneaux est abrité de manière permanente dans une salle qui lui est dévolue, et termine l'exposition.

Dufy, natif du Havre, participe au début du siècle à l'aventure de l'art moderne. Il flirte avec le fauvisme dont il garde dans ses paysages le goût de la couleur. Il se rapproche un temps du cubisme mais ajoute aux compositions qu'il peint au côté de Braque, des balustrades, des palmes. "Malgré tous mes efforts (...), mes études, celles que je préfère, prennent un tour décoratif", dit-il. Dufy s'intéresse à l'art populaire, grave un bestiaire tiré des livres médiévaux pour illustrer un ouvrage d'Apollinaire, créé des céramiques, s'intéresse à la mode. Sa rencontre avec le couturier Paul Poiret en 1909 amènera l'artiste à dessiner des tissus, aux superbes motifs floraux. Plusieurs d'entre eux, ainsi que quelques robes, sont exposés. Cela "lui amènera la reconnaissance publique et sociale, et en même temps lui sera reproché", dit M. Hergott. La critique d'art le soupçonne "de mondanité, de légèreté, il n'est pas assez pur", alors qu'au contraire, ce travail va "enrichir sa peinture", ajoute-t-il. Il y exploite notamment le principe de la série, de la répétition. "C'est moderne depuis Warhol. A l'époque, c'était très audacieux", dit le directeur.

Le monde de Dufy est un monde idéal, peuplé d'une humanité idéale, il veut représenter un "monde de parade". L'oeuvre pour lui "doit évoquer la joie de vivre. Il ne veut pas cacher le malheur mais le tenir à distance", dit-il. Après les séries d'ateliers, de fenêtres, de rues pavoisées, l'exposition se conclut avec celle des cargos noirs, métaphore de la mort. La palette du peintre vieillissant est devenue sombre. Le cargo, à peine esquissé voire gratté à l'ongle sur la toile, s'avance vers le port.


Partager cet article
Repost0

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche