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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 09:00
Ma France

De plaines en forêts de vallons en collines

Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
jean ferrat
Jean Ferrat (1930-2010).

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 11:40

Vent mauvais

Comme nous l'avions pressenti (RCIL du 9 janvier 2010), les projets de colonisation de Jérusalem Est, que le gouvernement Israélien soutient ouvertement, sont en train de précipiter le Proche-Orient dans une nouvelle crise, sans doute moins brutale que celle de Gaza, mais peut-être plus structurelle. La récente visite en Israël du vice-président américain Joe Biden a montré jusqu'à quel niveau de provocation l'extrême droite israélienne et les ultras orthodoxes juifs sont prêts à aller. L'enchaînement des évènements, qui a conduit en quelques jours l'administration américaine d'une position conciliante à une attitude d'extrême fermeté à l'égard de Tel Aviv, a été bien décrit par la grande presse.  Les tenants et aboutissants de cette situation méritent en revanche d'être mieux explorés.

Le premier constat, que nous faisions d’ailleurs dès janvier dernier, porte sur l'extrême faiblesse politique du gouvernement israélien. M. Netanyahu cherche à donner l'image d'une équipe soudée autour d'une rhétorique guerrière et sans concessions, mais la réalité est toute autre. Pour conserver par tous les moyens le pouvoir, la droite israélienne a fait le choix d'alliances dangereuses avec les petits partis colonialistes et ultrareligieux. Sur 30 ministres, pas moins de 10 sont originaires de l'Israël Beiteinou d'Avigdor Lieberman, du parti ultra orthodoxe Shass ou du Foyer Juif. Ils détiennent plusieurs postes clés, dont la diplomatie, l'intérieur, la sécurité, l'habitat ou l'équipement. Autant dire qu'ils sont en situation de peser de tout leur poids dans les décisions du gouvernement, en jouant s'il le faut de la provocation lorsqu'ils sentent que le Premier ministre et les ministres du Likoud se rapprochent des Palestiniens ou de l'administration Obama.

C'est précisément le scénario qui vient de se produire lors de la visite de M. Biden. Celui ci se rendait en Israël à la faveur de la reprise du processus de paix indirect avec les Palestiniens, pour jouer les bons offices et désamorcer le cas échéant les oppositions qui pouvaient surgir dans l'un et l'autre camp. Or, c’est le jour même ou M. Biden commençait ses consultations que le gouvernement israélien annonçait la construction de 1600 logements dans la colonie ultra orthodoxe de Ramat Shlomo, en plein cœur de la Jérusalem arabe. Cette annonce faisait l'effet d'une bombe, contraignant à la fois les Etats Unis à la condamner sévèrement et M. Netanyahu à multiplier les explications embarrassées. On sait depuis que c'est le ministre de l'intérieur, membre du parti religieux Shass, M. Eli Yishaï, qui est à l'origine de cette décision intempestive, très certainement destinée à faire échouer les pourparlers. Après diverses tergiversations, M. Netanyahu n'a pu que confirmer ce projet, démontrant par là même une nouvelle fois qu'il est devenu l'otage de la droite extrême.

Le deuxième constat concerne l'attitude des Etats Unis. Après son discours du Caire du 4 juin  dernier, le Président  Obama a placé énormément d'espoir dans la reprise du processus de paix au Proche Orient. Tirant à la fois les leçons de la fin des jeux d’alliance issus de la guerre froide et de l'échec du projet de Grand Moyen Orient de George Bush, l'administration américaine a fondé sa stratégie sur l’idée d’une paix profitable à tous. Elle a pris le soin de s'entourer d'alliés solides dans la région, renforçant ses liens avec l'Egypte, la Turquie, la Jordanie et l'Arabie saoudite et prenant même langue avec l'incontournable Syrie de Bashar Al-Assad. Elle a par ailleurs dépêché au Proche Orient un émissaire permanent, M. George Mitchell, chargé de maintenir ouvertes à toute force les discussions entre Israéliens et Palestiniens. Or, force est de constater que ce processus est en échec, essentiellement du fait de l'intransigeance du gouvernement israélien. L'Amérique commence à se lasser de cette situation. Elle est effarée de l'inconscience de l'équipe Netanyahu qui joue avec le feu, sans comprendre que les rapports de force ont changé dans la région et que l'Amérique ne sera plus éternellement dans son camp. La réaction extrêmement violente de l'administration Obama, après le "camouflet" reçu par le vice-président Biden, pourrait marquer un véritable tournant dans le dossier du Proche Orient.

Troisième constat, la stratégie des Palestiniens est, elle aussi, en train d’évoluer. M. Abbas, le Président de l’autorité palestinienne n’a pas surréagi aux annonces concernant les logements de Ramat Schlomo. Il s’est contenté de suspendre le processus de négociation avec Israël dans l’attente d’un moratoire des constructions dans le secteur arabe de Jérusalem. Cette attitude responsable a d’ailleurs été salué par le vice-président Biden qui n’a pas manqué d’opposer «  le courage et la conviction » de Mahmoud Abbas et de son Premier ministre, Salam Fayyad, et les provocations de la partie israélienne. Elle n’est pas, comme on l’imagine, sans calcul. En cherchant à apparaître, aux yeux de la communauté internationale et en premier lieu des Etats Unis, comme des victimes et non plus comme des agresseurs, les Palestiniens veulent se donner le rôle des bons élèves. Ils espèrent ainsi faire avancer l’idée de créer rapidement un Etat palestinien indépendant, sous l’égide de l’ONU et avec la bénédiction de Washington. Pour autant, il n’est pas exclu qu’on assiste à de nouvelles manifestations violentes contre les projets de colonisation, à Gaza et dans les territoires occupés, forçant les Israéliens, comme on l’a vu hier à Jérusalem, à utiliser des moyens de répression disproportionnés. Cette double attitude palestinienne – sang froid au sommet et contestations à la base – pouvant même participer d’une même stratégie visant à souffler le chaud et le froid.

Reste un dernier constat, qui concerne l’attitude des grands voisins d’Israël. La Turquie qui fut longtemps pour Tel Aviv un allié et interface précieux vis-à-vis du monde arabe, a repris sa liberté et se refuse aujourd’hui à servir d’intermédiaire pour des négociations avec la Syrie et l’Iran. Là encore, c’est l’attitude inconsidérée du gouvernement israélien qui est à l’origine de ce divorce diplomatique, bien plus que l’orientation islamiste du gouvernement d’Ankara, qui sait être pragmatique dans d’autres occasions. Les bonnes relations, construites dans la durée avec l’Egypte, ne sont plus qu’un lointain souvenir après la guerre de Gaza. Quant à la Syrie, elle estime, à juste titre, que la situation d’Israël se dégrade chaque jour un peu plus et que ce n’est évidemment pas le moment de négocier quoi que ce soit. Ses intérêts d’aujourd’hui sont au Liban. Elle ne sortira du bois qu’à partir du moment où la création d’un Etat palestinien sera à l’ordre du jour et pour, autant que faire ce peut, tirer quelques marrons du feu.

L’imbroglio du Proche Orient change d’aspect. Ce qui apparaissait jusqu’à présent comme immuable est en train de bouger. La clé du dossier reste bien sûr à Washington mais les Américains d’aujourd’hui, concurrencés par la Chine dans leur rôle de superpuissance mondiale, ne sont plus ceux d’autrefois. Ils n’ont plus l’éternité devant eux et l’opinion américaine, qui veut sortir des bourbiers du Proche et du moyen Orient, veut des résultats. L’isolement du gouvernement israélien, sa mauvaise appréciation des rapports de force et, pour tout dire, sa légèreté, en font la victime toute désignée des évolutions en cours. L’opinion israélienne commence à comprendre que la pente est mauvaise. Réagira-t-elle à temps ?

Claude Arès.


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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 11:40

Nullités coûteuses

Selon les Echos d'aujourd'hui, "La nouvelle chef de la diplomatie européenne, la Britannique Catherine Ashton, a fait valoir (sic) hier sa volonté d'améliorer sa pratique des langues européennes, alors qu'elle est est régulièrement critiquée pour ne parler qu'anglais". Lors de ses diverses interventions devant le Parlement de Strasbourg ou lors de conférence de presse, Mme  Ashton s'est montrée incapable d'aligner trois mots de suite en français. Son espagnol est effroyable. Quant à l'allemand, elle l'éructe comme une marchande d'huile grecque déchiffrant dans la presse d'outre Rhin la solidarité européenne. C'est tout dire.

Il était difficile jusqu'à présent de discerner les vrais talents de Mme Ashton. Elle a été complètement absente des évènements d'Haïti et n'a même pas essayé de baragouiner quelques mots de compassion en créole, ce qui nous aurait permis d'entrevoir ses qualités de coeur. Sur la scène internationale, elle est inexistante ce qui permet difficilement d'apprécier son savoir-faire diplomatique. On sait maintenant que tout cela est du à un autisme linguistique quasi complet. C'est rassurant.

On apprend dans le même temps par l'excellent Daily Mail de Londres, que Catherine Ashton serait la dirigeante politique la mieux payée du monde. Son salaire annuel, 363.000€, est supérieur à celui d'Hillary Clinton et à celui d'Angela Merkel. Et si elle reste cinq ans à son poste, elle recevra une « poignée de mains dorée » (comme disent les Anglais) de plus de 513.000 €. Et notre journal londonien de souligner perfidement que personne au Royaume Uni n'a voté pour l'institution d'un tel poste, et que personne dans l'Union européenne n'a jamais voté pour Catherine Ashton. A ce prix là, on a sans doute demandé et obtenu de Mme Ashton qu'elle se taise définitivement. Ou qu'elle ne s'exprime qu'en anglais et avec cet affreux accent travailliste que personne ne comprend en dehors de Londres. C'est en effet mieux comme cela.

Mais, à défaut de Mme Ashton, le cirque Barroso ne dispose t'il pas d'une autre personnalité inutile, ridicule et bien payée, qui pourrait s'exprimer à sa place ? Vous pensez bien sûr à M. Van Rompuy, né à la politique européenne le même jour que Mme Ashton et qui est en quelque sorte son frère siamois. Manque de chance, M. Van Rompuy est aussi timoré que sa collègue britannique, il ne discourt a peu près correctement qu'en flamand  et, la plupart du temps, ses propos sont sans intérêt, comme on l'a encore vu il y a quelques jours au sommet européen de Grenade. Bref, aucune des deux attractions du cirque Barroso pour remplacer l'autre. Qui disait qu'avec Lisbonne, l'Europe parlerait d'une voix claire au reste du monde ? 

François Renié.

 

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 19:42
Le voyage
en Grèce

un récit d'Eugène Marsan
voyage en grèce
 
Voilà une série de cartes postales rédigées par Eugène Marsan lors d'un voyage en Grèce en 1927. L'écriture lumineuse de Marsan lèche ses sujets avec délice et son enthousiasme, plein de candeur, fait merveille. En hommage au pays des Hellènes, la patrie de coeur de tout honnête homme, victime la semaine dernière de la muflerie allemande. 
 
Le voyage en Grèce
 
I. – Jusqu’en Grèce.
 
Nous avons parlé des six écrivains français qui, le mois dernier, allaient partir pour la Grèce, Boissy, Billy, Marcel Boulenger, Meunier, Plessis et un autre... Ils sont partis, ils sont revenus ; et à présent, ils parlent, ils décrivent les merveilles qui les ont enchantés, ils répètent en tous lieux qu'aucune éloge de la Grèce n'a menti. La réalité passe même tout ce que l'on avait pu concevoir ou pressentir.
Leur bonheur a commencé à Marseille, au lever de l’ancre, bien qu'il plût, mais la promesse que leur esprit berçait leur tenait lieu, pour une fois, de cet ensoleillement des falaises bigarrées qui est inoubliable. Puis les six furent heureux sur la mer, qui changea seulement de couleur, sous leurs yeux, de la perle à l'améthyste, non point de forme. C'était une fuite insensible, quelquefois une légère oscillation ou pulsation. La chance apaisait le vent, leur composait un monde limpide, immatériel, sans obstacle.
Les bouches de Bonifacio, le Stromboli, Charybde et Scylla ou la Calabre et la Sicile. On passe dans la mer ionienne. Ithaque, par-dessus Céphalonie, lève la tête, semble-t-il, pour contempler Zante. Les six ne quittaient plus le pont... On entre en Grèce entre deux châteaux, entre deux anciennes forteresses dont on imagine à l'instant qu'elles ont inspiré le moyen âge de Moréas. De là, on passe dans le golfe miroitant. Le jour va partir et il étincelle comme une armure. La porte d’argent par où il s'en ira est doucement posée sur les flots, un peu à notre droite, en arrière, entre deux monts : mais il va devenir impossible à nos regards d'en soutenir l'éclat. Cette petite ville, à droite, ou ce grand village, enfin ces maisonnettes et cette étroite plage, ce n'est rien : c’est où Agamemnon réunit les rois.
Il se peut que d'autres couchants aient plus de splendeur. Aucune lumière ne fut jamais plus belle que celle-là qui doucement s'éteint entre tant de courbes heureuses où quelques couronnes de neige décorent le front de l’Eurymanthe, de l'Hélicon, du Cithéron...
La terre s'est resserrée de part et d’autre, en même temps que la nuit. Le bateau glisse entre deux parois comme dans le fond d'une trémie. Une odeur de chèvrefeuille, puis une odeur de foin coupé nous enveloppe. Et tel est le commencement du beau voyage des six.
Si vous allez jamais à Athènes, le premier jour, ne bougez qu’à la fin de l'après-midi, un peu avant la chute du soleil. Alors courez à l'Acropole. Mais arrivé en haut, ne prenez pas à droite, il est trop tard : à sept heures, la porte sera fermée. Prenez à gauche, par la route où se trouve une petite église vouée à saint Démètre. Derrière cette église, à cinquante pas, il y a un rocher qui affleure, c'est la pointe de la Pnyx. Gagnez ce rocher, les yeux baissés, et là, tournez-vous brusquement, et regardez, avec tout ce que vous avez jamais eu d'âme. Le miracle des hommes est là, le Parthénon rose et doré. Comme si tout l'espace avec ses légers flocons était Minerve, et qu'il reposât dans sa main ouverte. Il faudra que vous baissiez la tête parce que vous sentirez des larmes, homme trop heureux.
 
II. — Les roses d’Athènes.
 
Redescendre de la colline, entrer dans une maison amie, dans l’une de ces courtoises maisons d'Athènes, dignes de tout ce que l'on a jamais dit de plus flatteur de la politesse française, goûter d'une coupe de fruits exprimés, les plus riches en arômes qu'il y ait au monde, saluer Minerve, saluer Diane, saluer Héra toutes les trois vêtues en Parisiennes consommées, apprendre que Diane a été, un an en ça, championne de tennis à Paris, et puis tourner la tête pour découvrir tout a coup, dans le cadre d'une baie encore le Parthénon.
Il apparaît de profil. Dans ce commencement d’une douce nuit, après le soleil, avant les étoiles, dans ce reste de jour, dans cette calme lumière, le rose de feu du marbre s’est mystérieusement assombri ou violacé. L’on voit, comme sur un graphique, les marques de l’explosion. Les poudres, en éclatant sous la bombe, ont ouvert le temple en son milieu. A gauche et à droite, elles ont couché les colonnes dont les vestiges sont là par terre. De quoi s'embarrasse-t-on ? L’identité de tous ces fragments est-elle trop incertaine ? Messieurs les professeurs, à vous de vous efforcer. Mais comment ne relèverait-on pas, comment n’essaierait-on pas de remettre en place, tout ce qui est là, gisant ? Plus complète, la sublime figure n’en serait pas plus belle. Elle serait encore plus émouvante. Le souvenir et le songe ressembleraient encore mieux à la forme passée
Comme il faut prendre garde au mélange, à la superposition des images dans la mémoire ! Au balcon de cette gentille hôtesse, aux pieds de l'Acropole, l’heureux voyageur n'était pas allé si loin dans les raisonnements. Il avait subi, sans plus, et presque sans souffler mot, l’ascendant du rythme, l'enchantement des colonnes cadencées, la magie des proportions. C'est le lendemain matin, à pied d'œuvre, sous la conduite d'un archéologue, qu'il conçut la théorie, probablement très banale, qui vient d'être rapportée. Alors le Parthénon lui parut grand, dans l'espace, comme la plus vaste des cathédrales gothiques. Et il n'en est rien ; sous les instruments de mesure, la merveille est, paraît-il, bien plus petite. La grandeur que le regard lui prête, si elle est une illusion des sens n’en comble pas moins l'âme. L'on n'est contraint de ratiociner, l'on n'est contraint de traduire ainsi les choses par le biais des comparaisons qu'après, pour rendre sensible à autrui une telle grandeur morale non point diminuée mais parfaite par l'idée d'équilibre et de pondération. Le sentiment que l'on éprouve est ensemble d'une plénitude et d'une allégresse dont on avait pu avoir jusque-là le soupçon et l'envie, non pas cette radieuse possession. Comme une colonne dorique peut être forte ! Comme une colonne droite peut être galbée ! Dans cet ardent couloir des péristyles, choisissez des yeux deux beaux fûts, et bougez jusqu'à ce que le ciel vienne se loger entre eux, ce pan de ciel : attendiez-vous que les deux longs côtés de ce triangle curviligne— curviligne, oui vous saviez cela d'avance — fussent d'un arc si prononcé ?
Tout est divers ici, dans l'unité. L'ordre grec est vivant, plein d'approximations, de soins exprès, de décisions arbitraires et souveraines. Le sol a des pentes subtiles, calculées. Et le temple lui-même, orgueil d'Athènes, n'a pas été posé sur la colline en son centre, en son beau milieu. Il a été posé à gauche, au sud, à la place choisie, telle quelle, pour qu'il parût le plus beau possible. Et les jeunes filles de l'Erechthéion — pour parler d'elles, enfin, que l'on découvre avec saisissement — paraissent droites comme des peupliers ou sinueuses comme de l'eau selon qu'on les regarde de face ou que l'on se penche pour étendre leur silhouette. Double aspect bien voulu pour interpréter à la fois le mouvement, le frisson de la vie, et la stabilité, la fixité, la permanence. Si bien que les Caryatides, les filles de Caryae en Laconie, ont perdu leur nom, dérobé par les architectes.
Il faut redescendre, à la fin, Athènes au mois de mai est pleine de roses. Ces grosses roses rouges. Ya-t-il un Athénien, par un si beau soir, qui n'ait pas encore envoyé un bouquet de roses à la dame de ses pensées ?
 
III. – Les montagnes de la Grèce.
 
Pourquoi sont-elles les plus belles du monde? Elles ne sont pas les plus hautes, elles ne sont pas les plus escarpées. Elles ne sont pas les plus pittoresques au sens courant du mot, leurs gorges ne sont pas les plus creuses, leurs bois ne sont pas le plus profonds. Qu'est-ce donc qui, en elles, émeut à ce point ? Le prestige de leurs noms ? Mais celui lui qui sait distinguer le plaisir qu'il doit à ses yeux sent qu'il serait à peine moins ravi s'il ignorait ces noms, s'il ignorait tout. Avec sa belle plaie candide, miroir du soleil, le Pentélique serait aussi noble et harmonieux s'il n'était point le Pentélique. Sous la couronne des scintillants nuages, qui ne le quitte pas, le Parnasse, avec un nom barbare, n'en aurait pas moins ce charme et cette douceur dans la gravité.
Non, ceux qui ont loué la Grèce n'ont pas menti. La beauté de la terre y répond à celle des cieux. La beauté de ces montagnes n'est pas une idée, ou c'est une juste idée des formes et des couleurs. Belles lignes infléchies dans le bleu du firmament, et tous ces gris indéfiniment rompus de roses innombrables et de violets légers... Mais le bleu du firmament n'est pas un bleu cruel. Le ciel de la Grèce en mai ressemble à celui de l'Ile-de-France par un doux mois de juin. La même gamme, dans le haut. Il est transparent aussi, il est clément, il est à la fois allègre et serein, et toujours floconneux, pour mieux briller, pour soudain saisir et répandre entre deux volutes un faisceau de rayons.
La voiture roule vers Sunium sous un tel ciel. Elle a traversé les landes, puis les flancs pourprés du Laurium. Elle débouche aux pieds d'une dernière élévation qu'il faut gravir, et la mer paraît entre les colonnes étincelantes, les colonnes élancées du temple à Poséidon, blanc comme un cygne. Les premières Cyclades, l'Argolide, Egine : le « sublime promontoire » est pareil à la forme d'un navire entouré par une escadre d'îles et de rivages qui ne semblent pas peser, qui semblent flotter dans l'espace si clair. Les courbes s'entre-croisent ou se prolongent bien : tout est grâce et grandeur, eurythmie. La mer de Myrto est tout entière un saphir, mais fluide, sans la densité des pierres. On croit songer. C’est échapper au temps. Un autre jour, la voiture a quitté la ville pour traverser l'Attique, gagner le bourg charmant et ombragé qui s'appelle Thèbes, cingler vers Delphes. Tous ces noms, oui. A Thèbes, Boissy et Meunier n'ont de cesse qu'ils n'aient découvert l'Acropole, le rocher sacré, et dans la belle plaine ils croient voir, comme dit le texte, « étinceler les armures », mais c'est une eau d'un bleu de fer bien poli. Les montagnes sont de plus en plus belles et majestueuses. La majesté croît sans que l'élégance disparaisse. Celles-ci, après la grasse terre rouge de l'incomparable oliveraie, celles-ci, où nous allons atteindre au terme du voyage, ont peu à peu acquis une âpreté ... Dans ces roches que travaillait une vapeur de feu, les Anciens avaient vu le centre du monde. Apollon qui était adoré là n'a pas été ce dieu riant et facile, il n'a pas été ce génie frivole que les barbares ont attribué aux peuples méditerranéens. Il a été plein de mystère. Sa face éclatante et révélée était la cime, l'accomplissement d'un univers où  la flamme comptait avec ses deux pouvoirs, dévastateur et bienfaisant.
Les hautes roches tournent à pic au-dessus de la vallée fertile. Sur la pente des monts les troupeaux épars ressemblent à des poignées de raisins de Corinthe. Et la voiture qui tourne magistralement sur les lacets vertigineux est saluée par des bouquets de fleurs. C'est à l'entrée de chaque village dix gerbes de fleurs des champs qui sont jetées dans la voiture à la volée. Non pas d'un geste de commande, pour nous inventé par le poète qui nous attend, mais par gentillesse et par goût, spontanément, selon la coutume de ces bergers. Dites-moi un autre pays où l'on ait le cœur si amène, et l'aménité si ingénieuse, si poétique ? En vérité, nous étions baignés de poésie. C'est la poésie dans tous ses modes que nous rencontrons. Ce qu'on appelle ainsi : inanimée et latente dans les choses, et captée par l'homme qui en nourrit sa rêverie, sa religion, son habitude, le chant de sa bouche.
 
IV. – Prométhée à Delphes.
 
Les terrasses de Delphes n'ont pas coulé dans la vallée. A peine les années ont-elles émietté leur bord.
Tout en haut, contre la roche à pic, le Stade. Sur le premier palier, la ville, c'est-à dire le temple à Apollon entouré des monuments de toutes les cités de la Grèce. Le temple a eu toutes ses colonnes jetées contre le sol pour redevenir poussière. Sa puissante assise creusée de mystérieuses galeries garde encore dans ses dalles l'ondulation de la terre qui tremble. Mais il fallait qu'Athènes fût privilégiée dans les siècles. Les débris retrouvés ça et là ont permis de reconstruire l'adorable Trésor de cette merveilleuse blancheur qu'enveloppe un voile, une buée, et comme le rayonnement d une chair vivante.
Entre les deux, à mi-chemin des cimes, dans le plein de la coupe, le Théâtre. Il est intact. Tous ses degrés sont là, peut-être émoussés, mais présents, émouvants. Il a perdu juste ce qui le bornait du côté du Levant, un mur plus ou moins haut, ou quoi que ce fût : les archéologues en disputent. Il est donc tout ouvert sur l'espace. Les destins lui ont donné ce fond où le ciel et les montagnes se répondent comme deux voix.
Nous sommes arrivés le soir, venant de Thèbes, par les vertigineux lacets. Nous avions le cœur saisi de la grandeur quasi farouche des ombres et des cimes mêlées. Le poète Angelos Sikelianos, l'hôte qui nous a appelés à toucher de la main le songe parfait qu'il a conçu, est là au bord de la route. Impatient de nous voir, inquiet à frémir, et — plus profondément — tranquille, serein, assuré dans la compagnie des idées et des formes.
Il nous reconnaît, s'empare de nos mains, de nos regards. Quelles gens sommes-nous ? Avons-nous confiance ? Sommes-nous déjà touchés ? Il nous parle de la courte pluie qui, devant nous, comme par l'intervention d'un dieu, a rabattu la poussière. Il n'en est pas alarmé et prédit paisiblement le soleil. Il connaît le rythme des nuages et des vents dans le ciel de Delphes. Puis il procède, avec une lenteur mesurée, avec 'une juste prudence, par allusions. Savons-nous bien pourquoi il a rêvé de faire entendre la voix de Prométhée, humain bienfaiteur des hommes sur ces sommets dont la majesté n'est pas indifférence, mais domination, sujétion de tous les éléments inférieurs. Ses raisons sont les mêmes qui conseillaient aux Anciens de situer dans ces rochers si grands moralement le centre, le nombril du monde.
Tout le jour nous avons couru sur les pentes, allant et venant entre les ruines et ces aires de pierre dure où dansaient les garçons et les filles. Il est cinq heures. Le soleil n'a plus sa force, bien qu'il doive croître en beauté. La foule. Plus d'une belle s'est assise dans son blanc ou noir costume du XVIe siècle ; et ce sont des Grecques, regardez-les, vraies filles de celles dont l’image a été sculptée et peinte pour émerveiller à jamais. Silence religieux.
Le rocher factice, qui depuis le matin attirait sans cesse notre attention un peu dépitée, a commencé de prendre dans la lumière du soir la légèreté, la couleur qui furent prévues. Et les syllabes d'un poème moderne dont nous allons admirer pas à pas la fidélité et le bonheur prennent leur vol. Ce chant de la parole grecque, toujours le même ; cette poésie égale dans la force et dans la nuance ! Nous sommes gagnés. Les têtes se baissent pour un plus grand recueillement, lorsque derrière les deux arcs ou les deux longs boucliers miroitants des Phaidriades, un Echo double et prolonge les cris de Prométhée.
Reproduire la pose d'une statue ne serait rien. Reproduire les poses de mille statues serait facile. Imaginez-les. Imaginez une théorie de jeunes filles rivales des statues, et représentez-vous ces mille attitudes. Mais de l'une à l'autre de ces poses, imaginez les passages, imaginez les mouvements qui les relient. Telles étaient les Océanides que nous avons vous vues. Elles bougeaient ainsi, dansaient ainsi, s'immobilisaient ainsi, et cependant chantaient. Lorsqu'elles allèrent — en deux files qui se rejoignaient au centre du cercle et de là s'avançaient — lorsqu'elles allèrent vers le rocher de Prométhée, élevant leurs mains vers le ciel invoqué ...
Nous avions vu, dans ce ciel, des aigles voler, si prés que leur aile dessinait contre l'azur un blason. Nous avions vu ce ciel peu à peu rougir. Les rayons du couchant, partis derrière nous et reflétés de l'autre côté sur les pentes, revenaient cerner d'un trait de feu les contours du rocher. Est-ce qu’il vous en faut tant pour avoir à contenir trop d'émotion ?...
Plus tard, et assez tard dans la nuit, la montagne passée ou tournée — comment savoir aujourd'hui par quels sentiers ? — nous sommes plusieurs qui disons de temps en temps deux ou trois mots, sous un bouquet d'arbres frais. Et parmi les veines d'eau qui chantent, ouvertes dans celle grande masse noire, il y en a une, selon nos désirs, qui est celle de la fontaine Castalie.
 
Mai 1927.
eugène marsan.  
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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:30
Petit monarque                        
et catacombes
         


de Olivier Maulin
Mis en ligne : [8-03-2010]
Domaine : Lettres

 

Olivier-Maulin-copie-2.jpg

 

Olivier Maulin, né en 1969, est écrivain. Il a été sacré "Prince des poètes"  en novembre 2009. Il a publié récemment  En attendant le roi du monde (L’Esprit des Péninsules, 2006), Les évangiles du lac (L'Esprit des Péninsules, 2008), Derrière l'horizon (L'Esprit des Péninsules, 2009).


Olivier Maulin, Petit monarque et catacombes Paris, Balland, L'Esprit des péninsules, octobre 2009, 286 pages.


Présentation de l'éditeur.
Palais de l'Elysée, 1992. Le président Mitterrand est malade, le régime usé. Rodolphe Stockmeyer, jeune dilettante, y effectue son service militaire, entouré d'une galerie de personnages hauts en couleur. Tandis qu'éminences grises et autres chargés de mission se débattent dans les affres de la basse politique, les couloirs du palais bruissent bientôt d'une surprenante nouvelle, celle du retour imminent du roi... Après En attendant le roi du monde et Les Evangiles du lac, Petit Monarque et Catacombes mêle avec brio humour féroce, satire politique et nostalgie d'un monde antérieur à la grande catastrophe, celle du désenchantement généralisé.

La critique de Pascal Magne. - Le choc du mois, n°35, novembre 2009. 
Maulin l'enchanteur. En attendant le roi du monde, son premier roman, avait réuni dans un même élan enthousiaste les critiques littéraires Jean-Claude Lebrun de L’Humanité et Christian Authier du Figaro Magazine, avant de remporter le prix Ouest France/Étonnants Voyageurs, en 2006. Autre exploit qui n’est pas près de se reproduire : Olivier Maulin avait réussi le prodige de réconcilier Points de vue et la revue Éléments ! Chapeau bas pour quelqu’un dont le manuscrit fut tout d’abord oublié dans un tiroir par Éric Naulleau, le patron des éditions L’Ésprit des Péninsules, l’alter ego d’Eric Zemmour dans l’émission « On n’est pas couché ». Il fallut une lettre d’insultes maulinesque en diable pour réveiller l’homme de lettres de sa torpeur, qui s’exécuta ensuite de bonnes grâces après avoir reconnu le talent du bonhomme. La publiera-t-on un jour cette lettre ? Il y a prescription.

À l’heure de clore (définitivement ?) sa trilogie avec la parution le mois dernier de Petit monarque et catacombes, toujours aux éditions L’esprit des Péninsules, et de partir vers d’autres horizons littéraires, notamment le roman policier, Olivier Maulin a eu la gentillesse de bien vouloir nous livrer quelques clés pour que les lecteurs du Choc du mois ne tombent pas tous de leur chaise en le lisant pour la première fois. Avis de tempête aux lecteurs distraits : la lecture de Maulin l’enchanteur est fortement déconseillée aux pisse-vinaigre et autres fesse-mathieu, qui se piquent de littérature. Scandales, cris d’orfraies et hululements moralisateurs assurés dès la troisième page… Faut reconnaître, c’est du brutal !

Maulin, c’est la puissance de feu d’une grosse farce poétique avec des personnages échappés de Voyage au bout de la nuit, et les flingues de concours d’un A.D.G. ou d’un Michel Audiard. Avec en prime, le goût des solstices païens, des bacchanales romaines et des banquets grecs à faire rougir les zombies de la gay-pride et tous les « mutins de Panurge » du Marais et de San Francisco réunis. La quarantaine venue, notre satiriste a fait sienne la remarque de l’écrivain colombien Nicolas Gomez Davila, auteur du trop peu connu Le Réactionnaire authentique : « Dans la société qui s’esquisse, même la collaboration enthousiaste du sodomite et de la lesbienne ne nous sauvera pas de l’ennui ». Comme dirait Suzy Fuchs : « Tu sais, il faut que tu comprennes une chose, c’est qu’on n’est pas des hippies pourris qui pensent que les esprits sont tous gentils. Nous, on sait qu’ils peuvent être terribles. Pigé ? » À l’instar de Lucien, le héros qui inspire ce triptyque anarchiste et royaliste, Maulin prône dans ses romans l’harmonie dans la débauche. C’est un symposiarque qui veut bien utiliser ses vices dans ses romans pour accéder à un état qui les transcende. « Il faut mettre du rite partout, sinon on est foutus », ne cesse d’affirmer ses personnages dans ses romans.

Comme ses illustres devanciers, Olivier Maulin n’a pas le cœur sec ni le cul serré quand il écrit. Il a la plume drôle, voire acide, et un talent de dialoguiste indéniable, que lui reconnaissent même ses détracteurs les plus acharnés. Ses héros ressemblent à s’y méprendre aux clochards célestes et aux perdants magnifiques, chers à l’ami Blondin. Ils ont d’ailleurs l’insulte abondante et le coup-de-poing facile devant la connerie contemporaine, surtout quand ils ont ingurgité quelques ballons de gentiane et pintes de bière. Mais pas que… Certains de ses personnages les plus exaltés ne répugnent pas aussi à passer à l’action directe contre les marchands du temple, aux coups d’État qui finissent mal et aux restaurations royales fantasmées. Il faut dire que Maulin est ouvert à tous les fanatismes pour la résurrection du Grand Pan. Chez cet Alsacien particulièrement attachant, l’ogre rabelaisien a décidé une fois pour toutes d’écraser le cartésien. Sa famille littéraire a des racines profondes qui plongent au cœur de l’Europe buissonnière : de l’anarcho-communiste tchèque Jaroslav Hasek, écrivant le burlesque Brave Soldat Chvéïk, à l’anarcho-païen finlandais Arto Paasilinna, inoubliable auteur du Lièvre de Vatanen. Comme eux, Maulin redoute par-dessus tout le désenchantement généralisé de la société occidentale. Son remède ? « Le retour du sacré et de l’oint royal ».

Maulin n’a jamais caché son inclination pour l’imaginaire et la langue médiévale. Qui est-il au juste? « Un chrétien paillard médiéval à la Léon Bloy, aimant le guignol et le grand style », nous a-t-il avoué après avoir vidé une bouteille d’un honnête picrate. Sous le sceau de la confidence, il a même parlé de la décadence de l’Europe, qu’il date du xve siècle, « à peu près l’époque où le peuple a cessé de danser dans les cimetières », amorçant selon lui une longue descente « vers l’ennui mortel et la civilisation bourgeoise ». Pourquoi pas, après tout… La littérature contemporaine ne l’inspire guère. Dans un récent entretien accordé à la revue Éléments, il avait même lâché, comme soulagé, qu’il n’en lisait plus pour se consacrer à présent exclusivement à la lecture de vieux ouvrages de fabrication de cloches d’églises, de livres pratiques sur l’élevage de porc et de vieux traités d’équitation à l’usage de la cavalerie française. Dont acte. Que dire de ses romans ? Il ne voit que cette phrase, de Davila toujours : « Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles ».

« C’est elle qui avait eu cette idée foireuse. Elle était d’origine portugaise et comme les choses n’allaient pas brillamment à Paris, elle avait pensé “rentrer au pays”. Cette conne m’avait transformé en immigré ». Le ton est donné. Avec son premier roman, En attendant le roi du monde, Maulin explorait les dédales de la tradition lusitanienne. En toile de fond ? Dom Sébastien, le roi caché qui restaurera le destin du Portugal pour établir le cinquième empire. Mais avant de se mettre en quête d’un roi qu’ils n’avaient d’ailleurs jamais eu l’idée de chercher auparavant, Romain et Ana vont échouer dans une pension de famille miteuse de Lisbonne. Rencontrer Dulce, une pétulante nymphomane, et Cécile qui aboie quand on la baise. Faire la connaissance de Pépé, un ancien colon d’Angola cloué sur son fauteuil roulant qui tape des fados à faire pleurer des bars entiers. Puis tomber sur Lucien, un grutier qui se prend pour un chaman, et parle en direct et sans intermédiaire avec le baron Roman Fédorovitch von Ungern-Sternberg. Lui, il voyage dans le monde des esprits dès qu’il fait l’amour. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de croiser des anges pourchassés par une meute de cavaliers bouriates ni George Bush manquer de s’étrangler en avalant un bretzel. En le lisant, les puceaux pourront toujours apprendre quelques positions originales dans la partouze finale.

Prévenons les prudes derechef de jeter un voile pudique sur les pages décrivant la rencontre avec les esprits de la forêt dans le deuxième opus, Les Évangiles du Lac. Paru en 2008, ce roman d’initiation burlesque suit les pérégrinations d’un publicitaire trentenaire parisien, lassé par la vie de bureau, qui fait l’apprentissage du recours aux forêts le temps d’un week-end à Kruth, une petite bourgade des Vosges alsaciennes. Il y a aussi l’abbé Nonno, un curé de choc, en rangers, qui pensent que « c’est cuit depuis ce laïcard de Philippe le Bel », Suzy la païenne qui jette des crapauds dans les bûchers de la Saint-Jean en criant : « Tournez, tournez, cabus. Devenez aussi gros que mon cul », Fifty-Fifty « sept générations sur les rails dont trois dans le contrôle », disciple de Fourrier et mystiques du rail, un Grec, un écureuil et un simple d’esprit. Troisième et dernier tome, Petit monarque et catacombes nous plonge dans la mitterrandie finissante. Nous sommes en 1992. Rodolphe Stockmeyer, appelé deuxième classe, fils de vigneron, effectue son service militaire comme loufiat au vestibule d’honneur, au Palais de l’Élysée. La planque est bonne: il observe le président Mitterrand traîner son cancer dans un château à la dérive, en éclusant quelques bouteilles de Romanée Conti. Reste le point d’orgue, une scène qu’on lit et relit, une fois, deux fois en riant, dix fois en rêvant qu’elle se produise un jour :

« – Agence France Presse, bonjour, a dit une voix.

– Bonjour Monsieur, a répondu Pierrot. Je vous appelle pour vous communiquer une information de la plus haute importance.

– Je vous écoute.

– Alors voilà. Ce matin très tôt, il y a eu un coup d’État à l’Élysée…

Quelques secondes de silence du côté de l’AFP…

– Un coup d’État à l’Élysée ?

– C’est ça.

– Ne quittez pas.

Au bout du fil, des bruits de combiné et des murmures étouffés pendant une minute…

– Un coup d’État, donc… Vous pouvez m’en dire plus.

– Bien sûr. Avec la complicité de la garde républicaine, un petit commando dont j’ai l’honneur de faire partie a rétabli le roi sur le trône de France, à l’aube, sans tirer un seul coup de feu ni verser une goutte de sang.

– Bonne nouvelle, a dit le type. C’est une super info, les gars. Et comment il s’appelle votre roi ? Louis XXVI ?

– Bois-Bois Ier.

– Bois-Bois… Ier ? »       


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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 11:40

Selon les Grecs, l'UE ne fonctionne plus !

M. Papandréou achève ce soir à Paris sa tournée européenne et il sera mardi prochain à Washington où il rencontrera le Président Obama. Côté Union Européenne, le Premier ministre grec a reçu les réponses qu'il craignait. Une fois de plus, l'Allemagne ne paiera pas ! Pas un cent, voila en substance la réponse du ministre allemand de l'économie, Rainer Brüdele, que Mme Merkel a enrobé hier d'un verbiage diplomatique plus courtois mais qui ne changeait rien au fond. Pas un liard, a repris en choeur M. Juncker, chef de file des ministres des finances de l'Eurozone,  qui ne voit pas pourquoi son Etat voyou, le Luxembourg, irait hasarder son bel argent, si malhonnêtement gagné, chez ces "marchands d'huile". "Ces corrompus, ces gaspilleurs, qu'ils vendent leurs îles !", comme l'a dit hier la presse allemande avec la délicatesse qui la caractérise. "Nous n'avons pas la corruption dans les gènes", a rétorqué M. Papandréou, "pas plus que les Allemands n'ont le nazisme dans les leurs !" On attend avec délectation la presse grecque de demain, qui en connaît, comme on le sait, un rayon, dans l'amabilité antitudesque.

Côté Français, des bonnes paroles, des mots mielleux mais rien de bien concret. On atermoie en espérant que le vent de Berlin tournera. "C'est effrayant !", s'est exclamé ce soir une des membres de la délégation grecque, "Au sein de la zone euro, on a vu l’Allemagne jouer un rôle décisif, sans en discuter avec les autres ! Ce n’est pas parce qu’ils sont puissants qu’ils peuvent décider seuls. Ce n’était pas ça, l’esprit de l’Union européenne… S’il n’y a pas de mesures européennes contre les spéculateurs, ce qui nous arrive arrivera à d’autres pays de la zone euro. Et si la Grèce est presque en état de demander l’aide au FMI, c’est bien que l’UE ne fonctionne pas…"  Il n'y a pas de doute : si les Grecs devaient se prononcer ce soir par référendum sur le traité de Lisbonne, ce serait non, non et non !

Ce qui n'est plus seulement une crise de l'euro, mais bien une crise politique au sein de l'Union  prend ce soir des proportions inquiétantes. Les surréactions des dirigeants allemands et des médias d'outre Rhin ont provoqué de vives inquiétudes au Portugal, en Irlande et en Espagne, pays dont les économies connaissent les mêmes symptômes que la Grèce. A Lisbonne, à Madrid, à Dublin, mais aussi dans les capitales d'Europe de l'est, on découvre le masque effrayant de la rapacité allemande et la rapidité avec laquelle tout une partie de l'Europe du Nord se solidarise avec Berlin. L'autre champ d'inquiétude concerne la réaction grecque. M. Papandréou n'a pas caché que s'il n'obtenait rien de l'Europe, il s'adresserait derechef au FMI et aux américains. Avec un effet immédiat, comme l'a laissé entendre hier M. Trichet, qui serait de semer le doute sur la solidité de l'euro et de l'ensemble des économies de l'Eurozone.  Voilà donc une menace que les dirigeants européens auraient bien tort de ne pas prendre au sérieux !

 

François Renié.

 

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 14:40
Crise de confiance

La France n'a plus confiance : ni dans ses responsables politiques, ni dans ses médias, ni dans  ses chefs d'entreprise. Sondage après sondage, enquête après enquête, la réalité est là, implacable et pourtant largement occultée : il y a désormais un fossé entre le peuple français et ses élites et ce fossé va grandissant. Après les dernières élections européennes, où la France s'était illustrée par un taux d'abstention parmi les plus élevés, on annonce un nouveau record d'abstention pour le prochain scrutin régional. Comme si, faute d'être compris et entendus, les Français avaient décidé de faire la grève de la démocratie avec leur pied. 

Deux publications viennent de fournir des données et des analyses intéressantes sur cette profonde lassitude du corps social. La première, qui traite plus particulièrement de la crise de confiance de la jeunesse française, est parue dans le numéro de janvier 2010 de la revue Etudes  [1], sous la plume du sociologue Olivier Galland. Son diagnostic est éloquent :

Les jeunes Français sont parmi les plus pessimistes de tous les Européens. Ils n’ont pas confiance dans l’avenir et ils n’ont pas confiance non plus dans les autres et dans la société en général. Dans une récente enquête de la Fondation pour l’innovation politique, 20 % seulement des jeunes Français se déclarent très confiants dans leur avenir, contre par exemple 60 % des Danois ou des Américains. Cet état d’esprit est inquiétant pour un pays développé comme la France. La jeunesse représente l’avenir, c’est là qu’on devrait trouver l’enthousiasme, l’envie de réussir, de créer et d’innover. Ce n’est pas vraiment l’image que donne la jeunesse française. En plus d’être pessimistes, les jeunes Français apparaissent relativement conformistes : la même enquête montre qu’ils pensent surtout à se conformer à ce qu’on attend d’eux et qu’ils sont moins nombreux que les autres jeunes Européens à penser qu’ils ont la maîtrise de leur destin personnel, comme s’ils avaient le sentiment d’être le jouet de forces extérieures à eux-mêmes qu’ils ne maîtrisent absolument pas.

Comment comprendre et expliquer cette situation ? Olivier Galland avance dans un premier temps un ensemble de causes qu'il appelle générationnelles parce qu'elles sont liées à des discriminations particulières qui frappent la jeunesse. Il est clair que ce que l'on appelle pudiquement la "flexibilité du travail", et qui recouvre en réalité un formidable durcissement des conditions de travail et d'accès à l'emploi, touche en tout premier lieu les jeunes qui sont devenus une sorte de variable d'ajustement de l'économie. Et il est tout aussi vrai que cette situation affecte principalement la grande masse des jeunes issus des classes défavorisées et d'une partie des classes moyennes, qui ressentent leur intégration au monde du travail comme un véritable calvaire. Olivier Galland y ajoute une circonstance aggravante qui tient à la sous représentation de la jeunesse dans un système politique français, tenu depuis toujours par les notables et par les vieux.

Mais notre auteur va plus loin. Pour lui, cette désaffection de la jeunesse trouve surtout son origine dans la crise du modèle méritocratique républicain, c'est à dire d'un système qui se refuse, par conformisme ou par culte de l'égalité, à différencier l'éducation selon les besoins et selon les rythmes des jeunes. Et de citer à l'appui de sa thèse les nombreuses  enquêtes nationales ou internationales qui confirment la médiocrité du système éducatif français et son élitisme absurde qui marginalise une grande partie de la jeunesse, décourage ses projets et ruine par avance son entrée dans la vie active : 

Une autre enquête passionnante de la Direction de l'évaluation et de la prospective du ministère de l'Education nationale montre un effet de découragement impressionnant au fur et à mesure de l'avancée dans la scolarité. L'étude qui a permis de suivre un échantillon de 8000 élèves au cours de leurs quatre années de collège met en lumière une chute de la motivation scolaire, une montée du stress et un accroissement des attitudes de fatalisme et de démobilisation. Les élèves font preuve à la fois d'un grand conformisme scolaire ("il faut aller le plus loin possible") et d'une forme de résignation et de désenchantement ("je me demande à quoi ça sert de faire des études") et 70% se disent inquiets en pensant à l'avenir. Beaucoup adoptent des attitudes de repli et d'abendon ("je cesse d'écouter, je ne fais pas l'exercice"). Les élèves mettent également en avant le durcissement du style d'enseignement : en avançant dans la scolarité, ils sont plus nombreux à trouver les professeurs moins sympathiques, moins disposés à faire avancer même les faibles. L'enquête montre que le découragement ne touche pas que les élèves faibles, mais qu'il atteint également, et même plus nettement, les élèves justes moyens. Le tableau que dresse cette étude est donc assez sombre et illustre parfaitement l'idée que l'école n'arrive plus à enclencher une pédagogie de la réussite. A mesure de l'avance dans les études, la peur de l'élimination s'accroît, l'image de soi se dégrade.

Constat terrible ! Et qui n'est pas sans raison politique. Comme l'explique Olivier Galland, "de leur côté, les politiques ont peur des jeunes et ils croient souvent préférable de les contourner pour tenter de faire passer les réformes éducatives, plutôt que d'entrer de plain-pied dans un débat transparent". Une fois encore, c'est l'arrogance des élites politiques et technocratiques, leur incapacité à sortir des solutions toutes faites ou de partis pris idéologiques qui sont en cause. Au travail comme à l'école, les Français, jeunes ou vieux, ont le sentiment de n'être ni compris, ni entendus par un système qui ne travaille plus pour eux.

"La société française est fatiguée psychiquement", nous dit en écho le médiateur de la République, Jean Paul Delevoye, dans un entretien donné au Monde le 21 février dernier [2]. M. Delevoye, ancien ministre et qui présida pendant de longues années l'Association des maires de France, est un observateur attentif de la société française et son cri d'alarme n'en a que plus de valeur :

Je suis inquiet car je perçois, à travers les dossiers qui me sont adressés, une société qui se fragmente, où le chacun pour soi remplace l'envie de vivre ensemble, où l'on devient de plus en plus consommateur de République plutôt que citoyen. Cette société est en outre en grande tension nerveuse, comme si elle était fatiguée psychiquement. (...) Je ne peux que constater que l'angoisse du déclassement augmente. Sont déjà confrontés à cette réalité un certain nombre de nos concitoyens, ceux qu'on ne connaît pas, que parfois on ne soupçonne pas, et qu'on peine à dénombrer, formant la "France des invisibles". J'estime à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près. Je suis inquiet de voir que des personnes surendettées peuvent se retrouver en plan de redressement personnel (PRP) pour la deuxième ou troisième fois parce que leurs dépenses dépassent structurellement le montant de leurs ressources.

Pour M. Delevoye, les réponses sociales sont insuffisantes. Cette crise de la société française a pris une dimension politique et il ne mâche pas ses mots pour dénoncer les responsabilités et la légèreté des classes dirigeantes :

Observez ce qui s'est passé au fil des campagnes présidentielles. En 1995, le grand thème, c'était la lutte contre la fracture sociale, on se demandait alors encore comment vivre avec l'autre. Sept ans plus tard, en 2002, le thème dominant est devenu la sécurité, se protéger de l'autre dans une société fragmentée, inquiète et sans espérance collective. Politiquement, cela peut mal tourner. L'histoire a montré que le ressentiment et la peur nourrissaient le populisme. C'est pourquoi je pense que la question du vivre ensemble va s'imposer comme le thème central de la présidentielle de 2012. (...)  Le moment est difficile pour les politiques : la distanciation par rapport à eux a rarement été aussi forte, en même temps il y a une très forte attente de réponses politiques. Cela traduit une inadéquation de l'offre à la demande. D'un côté, trop de gestion des émotions collectives, le plus souvent médiatisées, de l'autre, pas assez de construction d'une vision collective. La politique n'est pas de l'ordre du magique. La question de l'appropriation, par les citoyens, de la décision politique, est devenue essentielle.

On ne saurait mieux dire. C'est bien l'ensemble de nos institutions qu'il faut rebâtir, par le haut comme par le bas.  Mais il y a peu de chance que cette réforme intellectuelle et morale aboutisse dans une République où les jeux malsains des dirigeants et des partis ont repris de plus belle. A moins que les Français décident d'y mettre eux-mêmes un jour la main... 

Paul Gilbert.

 


[1]. Olivier Galland, La crise de confiance de la jeunesse française, Etudes, janvier 2010.

[2]. Entretien avec Jean-Paul Delevoye, Le Monde, dimanche 21 et lundi 22 février 2010.


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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 23:40
Et si Allègre avait raison ?

Claude Allègre n'est pas sans défauts, c'est même le moins que l'on puisse dire.  Il nous arrive, comme tout un chacun, de ne plus supporter son ton péremptoire, ses facilités de langage, ses jugements outranciers et l'attitude condescendante qu'il adopte dès qu'il se trouve en face d'un contradicteur un peu opiniâtre. Il fait partie de ces gens qui ont le don d'irriter jusqu'à leurs amis les plus proches et leurs partisans les plus convaincus et qui desservent souvent par eux-mêmes des thèses ou des opinions par ailleurs excellentes. On doit définitivement se faire à l'idée que cohabitent en lui deux personnalités singulières et antagonistes : un savant incontestable et un histrion de haut vol et que rien ne changera cette double réalité.

Est-ce une raison pour traiter Claude Allègre comme le dernier des faussaires et des imposteurs, ainsi que l'a fait la semaine dernière le journal Le Monde [1]? Notre ex Ministre vient de publier un livre qui est un vrai procès à charge contre les tenants du réchauffement climatique, puisqu'il met en cause non seulement leurs travaux mais aussi leur honnêteté intellectuel. L'ouvrage tombe après l'échec du sommet de Copenhague, dans un contexte où la communauté scientifique internationale est plus divisée que jamais sur ces questions et où les prévisions émises par le GIEC sont fortement contestées. Dans tous les pays ces sujets font désormais débat sauf en France et sauf dans les colonnes du Monde, où le livre d'Allègre est présenté d'emblée comme un brûlot sans fondement. L'exécuteur des basses oeuvres, un certain Stéphane Foucart, ne se donne d'ailleurs même pas la peine de résumer les thèses de l'ouvrage, il se contente de nous livrer, dans un article qui tient plus du rapport de police que de l'honnête compte rendu, la liste des erreurs de références ou de citations qu'il a relevées comme autant de preuves de l'inconsistance de la pensée allégrienne. Bien que tout cela ressemble, sur le fond comme sur la forme, à un parfait petit procès stalinien, nous n'y verrons, eu égard à la nature et à l'orientation confessionnelle du Monde, qu'une querelle de suisses !

Naturellement Claude Allègre a beau jeu de revenir à la charge et il ne s'en prive pas dans une tribune en réponse [2] où les coups de bâton pleuvent de plus belle sur les épaules des sectateurs de l'apocalypse climatique. Oui, nous dit-il, le fonctionnement du GIEC pose problème et il n'est pas sain de laisser l'avenir du monde entre les mains de quelques esprits qui n'ont plus rien de scientifique. Oui, le réchauffement climatique est une tendance avérée, mais sans qu'on puisse l'imputer intégralement à l'homme, et ses impacts qui n'apparaîtront que sur le très long terme peuvent être anticipés et l'homme s'y adapter. Oui, il existe aujourd'hui une idéologie du réchauffement climatique, fondée sur la peur, qui sert des intérêts financiers bien palpables, en particulier aux Etats-Unis, et vis à vis  de laquelle les grands pays émergents sont en rébellion; prendrons nous le risque de conflits internationaux graves au prix de cette idéologie? Et Claude Allègre de conclure :

Voyons si le dossier climatique est ou non, pour une planète minée ici par une crise historique et le chômage, là par la famine et le manque d'eau potable, la priorité des priorités. Je dis que non. Il faut croire au progrès  et en l'avenir, et l'avenir, c'est la croissance verte et l'innovation. Mais l'avenir ne se bâtira ni en circuit fermé ni avec des oeillères, encore moins en propageant la peur. En ce sens, Copenhague n'est pas un un simple dérapage, mais un signal d'alarme. Il faut repartir de zéro, ou presque.

Il y a incontestablement dans tout cela des questions qui méritent débat et dont certains en  France ne veulent pas débattre, par conformisme ou par calcul politique. Évoquant ici même le cas de M. Cochet et des partisans du malthusianisme et de la décroissance [3], nous avions souligné le risque de pensées millénaristes qui peuvent insensiblement nous ramener dans les mêmes errements que ceux des religions totalitaires du XXe siècle. En bon pédagogue, Claude Allègre nous invite à la prudence, à l'esprit critique et à refuser la peur.  Nous sentons bien qu'il a raison. 

Paul Gilbert.

 


[1]. Stéphane Foucart, Le cent-fautes de Claude Allègre. - Le Monde, samedi 27 et dimanche 28 février 2010.

[2]. Claude Allègre, Climat: les questions qui restent posées. - Le Monde, jeudi 4 mars 2010.

[3]. Paul Gilbert, Le Capitaine Cochet. - RCIL, mardi 15 décembre 2009.

 

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 11:40

Sale Europe !

Les dirigeants européens avaient annoncés le 11 février leur intention de venir au secours de la Grèce, en proie aux spéculateurs internationaux. Ils n'en feront rien. L'Allemagne qui, une fois encore, a jeté son glaive dans la balance des décisions bruxelloises, n'entend pas se sacrifier à ces "loqueteux" de Grecs qui ne savent pas tenir leur économie. Elle avance d'ailleurs que les traités interdisent clairement toute subvention ou  tout sauvetage d'un pays de la zone euro par un autre, condition qu'elle a elle-même imposée. M. Juncker, président de l'Eurogroupe et tous les aigrefins des milieux financiers européens, s'alignent bien évidemment sur la position de Berlin. Quant au gouvernement français, il fait le dos rond : il est évidemment hors de question  de déjuger le chef de l'Etat qui s'est bruyamment jeté dans les bras des Grecs, mais on ne saurait imposer quoi que ce soit à l'Allemagne dans cette Union où elle fait à peu près ce qu'elle veut et où nous sommes désormais verrouillés à double tour.  

La première victime de ce scandaleux diktat allemand, c'est évidemment le peuple grec et son gouvernement. On oublie en effet de rappeller, à Bruxelles, à Francfort et dans les milieux financiers de l'Union, que la Grèce a du faire des efforts considérables pour adopter l'euro en 2002, sans doute bien au-delà  de ce que son économie était en mesure de supporter. Elle doit faire face depuis deux ans à une récession sans équivalent dans les autres pays de l'Union, alors que ses bases sociales restent extrêmement fragiles. Malgré tous ces handicaps, M. Papandréou et  le nouveau gouvernement socialiste ont décidé avec courage d'accepter la purge d'austérité que réclame Bruxelles et d'en assurer l'impopularité. Ils attendaient en retour des gestes d'amitié et des engagements concrêts et ils recoivent aujourd'hui des coups de bâton. On ne s'étonnera pas de voir dans les prochaines semaines des manifestations monstres dans les rues d'Athènes, en espérant qu'elles ne prennent pas, dans le contexte actuel, un tour insurrectionnel. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que si le gouvernement grec n'obtient alors rien, il ne lui restera plus qu'à sortir unilatéralement de la zone euro, au risque d'ouvrir une nouvelle crise de grande ampleur en Europe. Avons nous réellement besoin de celà ?

On sent bien, par ailleurs, que la crise grecque est susceptible de faire des petits dans d'autres pays - Espagne, Portugal, Italie - dont les économies connaissent peu ou prou les mêmes fragilités. On s'inquiète à Barcelone, on manifeste contre les plans d'austérité à Rome, à Milan, à Madrid et à Lisbonne et les foules commencent là encore à y être nombreuses. Les inepties de Maastricht, le malthusianisme de la BCE, l'aveuglement libéral des principaux dirigeants de l'Union ne sont plus des mots, ils touchent concrètement des millions de citoyens dans leur vie, leur emploi et jusque dans la souveraineté de leur pays. Si la Grèce, abandonnée à son sort, doit sombrer dans les difficultés et avec elle une partie de l'Europe du sud, nul doute que ce seront tous les traités qui seront pointés du doigt et avec eux l'image de cette "sale Europe", de cette Europe nantie et arrogante, dont Mme Merkel, M. Juncker, M. Trichet, M. Van Rompuy et quelques autres sont aujourd'hui les figures tutélaires. Gare à l'épisode grec car, mal traitées, ses conséquences peuvent se répandre dans l'ensemble du continent comme une trainée de poudre. Alors, ne vaut-il pas mieux finalement que l'Allemagne paye ! Ce ne serait que justice et, dans le cas de figure, la meilleure façon sans doute de servir ses intérêts bien compris.

François Renié.

 

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 18:47

La France en lutte

 

Vendredi 12 février
- Le plan de reprise d'Heuliez par le groupe Bernard Krief est de moins en moins crédible, le candidat à la reprise n'ayant toujours pas débloqué les 15 M€ nécessaires à la poursuite de l'activité. Des discussions sur une solution alternative de reprise ont démarré entre l'Etat et la région Poitou-Charentes.
- Nouvel échec des négociations salariales chez Ikea France. Des débrayages sont prévus dans ving-trois des vingt-six magasins français du groupe et l'on estime, de source patronal, que le mouvement pourrait se durcir dans les prochains jours.
 

Lundi 15 février
 
- Le gouvernement confirme qu'il recherche une nouvelle solution de reprise pour Heuliez, prenant officieusement acte de l'échec de la solution Bernard Krief. Les 600 salariés du groupe d'équipement automobile manifestent leur inquiétude et leur refus d'une reprise au rabais.

mardi 16 février

-  Philips annonce la fermeture définitive de son usine de Dreux (212 postes supprimés) et interdit à ses employés d'accéder au site. Réactions de colère dans la population et chez les élus. - La fermeture de la raffinerie dunkerquoise de Total devrait être officialisée le 29 mars prochain. Les syndicats CGT et SUD ont lancé un mot d'ordre de grève dans toutes les raffineries du groupe pour le 17 février.

Vendredi 19  février
- Le tribunal de grande instance de Chartres a ordonné la reprise du travail à l'usine Philips de Dreux et "la suspension du projet de licenciements collectifs" dans l'attente d'une meilleure consultation des représentants du personnel. Grande victoire pour les organisations syndicales qui veulent se battre sur le maintien de l'emploi et de la production. 
 

Mardi 23 février
- Le chantier naval STX de Saint-Nazaire (sous contrôle sud-coréen) doit recourir au chômage partiel et se séparer de ses intérimaires, faute d'activité. Le gouvernement évoque la perspective d'une commande de porte-conteneur passée prochainement par MSC (armateur de fret)
- Dans un article sur la situation économique et sociale, le journal Le Monde affirme que le ministre du travail Xavier Darcos veut "refuser les plans sociaux visant les salariés âgés dans les entreprises qui vont bien". Annonce immédiatement démentie par le Gouvernement.

Mardi 2 mars
- Selon le ministère du travail, l'année 2009 aura enregistré un nombre record de plans sociaux: 2242 contre 1061 en 2008.
- La Poste est officiellement devenue une société anonyme. Malgré le mouvement de contestation lancé à  l'été 2009, la dérégulation décidée par Bruxelles est en marche; elle pourrait se traduire par une réduction des implantations postales en particulier dans le monde rural (17000 points de vente actuellement sur le territoire).

Mercredi 3 mars
- A Saint-Chamond (Loire), des salariés de l'usine Siemens ont retenu deux cadres du groupe pour les contraindre à négocier le plan de sauvegarde de l'emploi lié à la fermeture du site (370 emplois concernés).
- Chez ST Ericsson à Caen, les organisations syndicales ont décidé d'occuper les locaux afin d'obtenir des conditions de départs "convenables" pour les salariés licenciés de ce site (114 emplois concernés).
 


Henri Valois.

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N°1 - 2009/01
 
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