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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 11:00
Aveuglements

Même si pouvoir sarkozyste a subi dimanche soir une défaite réjouissante et sans appel,  le grand vainqueur de ces élections régionales reste, qu'on le veuille ou non,  l'abstention. Malgré la mobilisation des états-majors politiques et le bourrage de crâne médiatique, elle s'établit au second tour à un niveau à peine inférieure au premier. Lorsqu'un électeur sur deux refuse de voter, lorsque la gauche régresse globalement en voix par rapport au 2ème tour de 2004 et qu'elle ne doit sa victoire qu'à un reflux encore plus grand des votants de droite, on est vite ramené à cette question centrale : qu'est-ce qui est au coeur de cette "grève du scrutin", qui depuis un peu plus de vingt ans, paralyse, lentement mais sûrement, la démocratie française, au point d'atteindre aujourd'hui de tels records ?

N'espérez surtout pas trouver des réponses à ces questions dans la grande presse nationale. Ses éditorialistes on très vite repris leurs schémas habituels. Dans un article intitulé "le rebond", Etienne Mougeotte du Figaro ne retenait  lundi matin que l'inquiétude de la bourgeoisie de droite, exaspérée par la taxe carbone, le niveau des charges sociales, l'immigration, et le dirigisme économique et qui exige que le gouvernement revienne à ses valeurs. Pour Libération, dont  les tropismes sont aussi facilement discernables, le vrai problème est moins l'abstention que le retour du Front National, l'hydre que le sarkozysme avait eu la bonne idée d'éradiquer et qu'un peuple ignorant et apeuré est en train de faire renaître.

Le Monde cherche à faire plus subtil, même si on tire finalement assez peu de choses de l'éditorial qu'Eric Fottorino consacre à "la France inquiète". Peut être parce que ses conclusions sont écrites à l'avance. Pour lui, l'abstention est un mal à mettre sur le compte de nos incurables spécificités nationales. Nous sommes en face "d'une France au bord de la crise de nerfs, incapable de se projeter dans un avenir commun, se détournant du collectif et souffrant de se  fragmenter sans trouver dans l'Etat ou la politique un secours adapté à ses maux. [...] Samedi encore, dans nos colonnes, Jacques Attali soulignait à la fois le potentiel industriel de notre pays, sa place de leader dans de nombreux secteurs et sa tendance à l'autoflagellation". Dans un instant de lucidité, Fottorino explore bien une autre piste, "cette crainte du déclassement, plus forte chez nous que partout ailleurs en Europe". Mais, effrayé par ce qu'on pourrait en tirer, notre éditorialiste revient très vite à sa première explication : tout cela est français, irrationnel et donc "très largement inexpliqué et en grande partie mystérieux par sa profondeur".

Conclusion jugée sans doute un peu courte, puisque Le Monde reviendra dans la semaine sur la question de l'abstention, à travers un entretien avec le sociologue Eric Maurin. Celui ci émet d'ailleurs des conclusions très proches de celles d'Eric Fottorini, même s'il cherche à les étayer un peu mieux. L'abstention est un climat "installé depuis longtemps dans le paysage politique français. Il est caractéristique d'une société parmi les plus fragmentées et les plus inquiètes du monde développé". Et notre sociologue de pousser plus avant encore sa pensée : " de fait, à chaque tournant de notre histoire économique, comme celui que nous vivons actuellement, certains métiers, certaines classes sociales voient leur positions s'effondrer. Dans les années 1950, avec l'avènement de la société salariale, cela a été le cas du monde des petits commerçants, des petits artisans - ce qui a donné naissance au poujadisme. (...) Avec la globalisation technologique et commerciale, nous assistons désormais à un nouveau tournant : toute une partie des classes moyennes et du secteur privé - les représentants de commerce, les techniciens, l'encadrement intermédiaire, les contremaîtres, mais aussi les agriculteurs, etc. - se retrouvent en grande difficulté, tant sur le plan du pouvoir d'achat que sur le plan résidentiel".

Ainsi donc tout est clair ! L'abstention reproduit un clivage que nous connaissons bien, celui du monde ancien et du monde nouveau, de la France qui s'adapte et de celle qui s'y refuse, des classes high tech et de celles dont l'avenir est condamné par la mondialisation. Combien de fois l'avons nous entendu cette rengaine :  en 1992 contre la France du non à Maastricht, en 2005 lors de ce référendum si "franchouillard" contre le Traité constitutionnel européen ! La France serait donc une sorte de "mouton noir" du monde occidental,  une mauvaise France, une  France qui pense mal, qui vote mal et qui se conduit mal. Et où se trouverait la cause de cette singularité française ?  Dans ces mauvaises classes, ignorantes, dépassées, qui s'accrochent à leur passé et qui empêchent le pays d'évoluer vers les rivages du capitalisme mondialisé. Qu'on les fusille, comme aurait si bien dit M. Thiers !

La vision du Monde n'est en rien singulière. C'est, avec des mots plus choisis, la même que celle qui sévit à Libération, au Figaro, aux Echos et ailleurs. Celle qui veut que la France soit d'abord malade de son peuple ! Voilà la conviction, la pensée qui est profondément ancrée aujourd'hui dans les cerveaux de l'oligarchie sans âme et sans racine qui détient chez nous le pouvoir. Pour elle, l'abstention n'a finalement qu'une importance relative, elle n'est que le reflet déformé des changements sociaux qui accompagnent la nécessaire mise au pas de la société française. Elle ne voit pas, elle ne perçoit pas, du haut de sa suffisance, que le silence de l'opinion peut être le prélude à de terribles tempêtes. Tant pis pour elle ! 

 Paul Gilbert.

 

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 11:35
Le souvenir de Mistral

Mistral disparut un 25 mars 1914, dans les premiers jours d'un printemps calme, quelques mois avant la terrible tempête qu'il pressentait et qui devait saigner à blanc ce Midi des bourgs, des plaines et des bois qui faisait toute sa vie. Dans la Revue critique du 10 avril 1914, l'hommage à Mistral était rendu par un autre poète, lorrain celui là, Lionel des Rieux, qui devait tomber dix mois plus tard au bois de Malancourt, à la tête de sa section. Voilà comment l'homme de l'est saluait la mémoire du grand Provençal :
Mistral est entré dans l'immortalité. Nous ne verrons plus sa noble et haute figure, la mâle allure de son feutre gris campé sur ses beaux cheveux blancs. Nous n'entendrons plus sa voix chaude et prenante clamer le verbe de Provence. Il est mort, celui qui, illustre en sa sereine simplicité, nous apparaissait ainsi qu'un héros antique, quelque dieu descendu sur terre, Apollon gardant les troupeaux d'Admète. Mais une vie nouvelle s'ouvre pour lui ; et nous nous répétons les termes de l'admirable lettre de Barrès à Mme Mistral : "C'est maintenant l'apothéose qui commence. Maillane devient un lieu sacré, un temple à ciel ouvert, où les générations iront en pèlerinage réciter les poèmes immortels sur la tombe du héros et méditer, comme nous avons tous fait, l'exemple d'une vie si puissante et si pure. Plus que Saint-Trophime et l'Arc de Saint-Remi, tout autant que le Rhône et la Durance, son œuvre durera. "
Barrès avait raison. Les grands poèmes de Mistral ont duré, ils sont universellement connus et Mireille, Calendal, Nerte et le Poème du Rhône sont traduits dans toutes les langues que parlent les gens d'esprit. Mais Mistral est également un grand prosateur et ses contes, ses récits, ses fabliaux et ses cascarelettes, publiés pendant près d'un demi-siècle dans l'Almanach provençal (Armana prouvençau), font encore aujourd'hui la joie du peuple du Midi. Voilà, pour célébrer la mémoire de notre Maillanais, une de ses moralités où s'exprime sa proverbiale bonhommie:


Les pénitents

Les Pénitents de Malaussène, blancs et gris, faisaient, un an, les Rogations. Comme ils dépassaient les faubourgs, les blancs devant, les gris derrière, un coq mal avisé traversa la procession; et pour le chasser, un bâtonnier des blancs frappa sur le cacaraca, pan ! et le tua raide.
Sans faire semblant de rien, un des pénitents blancs le cacha sous son habit... Et les pénitents gris, qui avaient vu la chose, se mirent à chanter :

Pénitents blancs
Qui êtes devant,
Couvrez au moins la queue qui se voit tant !

Mais les pénitents blancs ne perdirent pas la note, et leur firent ce répons :

Pénitents gris
Qui l'avez vu
N'en dites rien
Nous le mangerons tous ensemble.
Frédéric Mistral.
(Almanach provençal,1880).


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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 11:40

Double jeu allemand

Le vice-Premier ministre grec a accusé hier,  preuve en main, l'Allemagne d'encourager ses banques à "spéculer contre les obligations grecques". M. Pangalos  a dénoncé le double jeu de Berlin qui "en misant contre les obligations de son partenaire et ami grec, et en permettant aux institutions monétaires et de crédit de participer à ce jeu misérable",  permet "à des gens en Allemagne de gagner de l'argent". Et le ministre grec de rajouter " Tandis que les pays du sud de l'Europe souffrent de la baisse de l'euro, les exportations allemandes profitent de cette baisse".

Voilà donc la tartuferie allemande une nouvelle fois mise à jour. Athènes a parfaitement raison de faire valoir que derrière les cris de vestale et de vierge effarouchée de Mme Merkel se cache une véritable stratégie de reprise en main de l'économie européenne par l'Allemagne, au seul profit des intérêts allemands. Il est même curieux, voire suspect, que ces analyses ne soient pas davantage relayées dans les capitales des grands pays de la zone euro, en Italie, en Belgique et en France notamment. Les Britanniques, parfaits connaisseurs de ces grandes manoeuvres politico-financières, décortiquent tout cela avec beaucoup de finesse et d'esprit politique (il suffit pour s'en convaincre de parcourir les éditoriaux économiques de la presse d'outre Manche, et en particulier ceux du Daily Telegraph - très circonspect vis à vis de l'Allemagne - pour s'en convaincre). Et tout cela n'est évidemment pas de nature à les convaincre de rejoindre rapidement l'Euroland !

A défaut d'éclairer nos politiciens et nos médias - complètement traumatisés par l'idée d'une crise majeure en Europe - les turpitudes allemandes devraient à tout le moins mettre en alerte les milieux économiques et financiers européens. On murmure déjà que les attaques qui ont lieu depuis quelques jours contre les obligations portugaises et espagnoles seraient également d'origine allemande. Qui, sinon la Banque centrale européenne, est le mieux placé  pour avertir les gouvernements de cette situation et s'employer à y mettre de l'ordre?  Trichet agira-t-il ? Rien n'est moins sûr.

  François Renié.


 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 11:30
Le XXe siècle                             
idéologique et politique     


Par Michel Winock
Mis en ligne : [22-03-2010]
Domaine : Idées

 

winock.jpg

 

Michel Winock, né en 1937, est un historien spécialiste de l’histoire de la République française et des mouvements intellectuels du XIXe et du XXe siècles.   Il est professeur des universités en histoire contemporaine à l'institut d'études politiques de Paris. Il a récemment publié  La gauche au pouvoir : L'héritage du Front populaire, (Bayard, 2006), 13 mai 1958. L'agonie de la IVe République, (Gallimard, 2006), La gauche en France, (Perrin, 2006), La mêlée présidentielle, (Flammarion, 2007), Clémenceau, (Perrin,  2007), 1958. La naissance de la Ve République, (Gallimard, 2008), L'élection présidentielle en France, (Perrin, 2008).



Michel Winock, Le XXe siècle idéologique et politique, Paris, Perrin, collection Tempus, octobre 2009, 540 pages.


Présentation de l'éditeur.
Le XXe siècle a été le temps des grandes violences collectives : deux guerres mondiales, apogée et effondrement des régimes totalitaires, génocides, drames de la décolonisation et crises économiques. C'est donc peu de dire que les certitudes d'avant 1914 ont été ébranlées : la démocratie libérale à forme parlementaire, le patriotisme, la nation ou la stabilité des monnaies comme des statuts. Avec son sens habituel de la mise en perspective pédagogique, Michel Winock passe en revue les grandes catégories de l'histoire politique et idéologique de ce XXe siècle. S'intéressant aussi bien à la validité du modèle républicain après 1918 qu'au glissement vers la démocratie directe dans les années 1960-1980, aux avatars du sentiment national comme aux affrontements idéologiques, il éclaire des points d'histoire controversés, telles l'hypothèse d'un fascisme français ou les origines idéologiques de Vichy. Michel Winock écrit ainsi une sorte de manuel politique à l'usage du citoyen.

Entretien avec Michel Winock.
  Le journal du Dimanche du 23 décembre 2009.
.
Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Le mot est apparu lors de l’affaire Dreyfus. Plusieurs pétitions avaient été lancées et signées par des universitaires, des écrivains, des savants en faveur de la révision du procès. Clemenceau, dans L’Aurore, pour les rassembler d’un mot, avait écrit : "C’est la protestation des intellectuels", un terme à peu près inconnu comme substantif. Barrès, dans le camp des antidreyfusards, l’a repris pour se moquer de ce "Bottin de l’élite" qui croit qu’une société se fonde sur la logique ; ces "aristocrates de la pensée", disait-il, sont coupés du peuple; ils ne sont plus en accord avec leur groupe naturel. Jacques Julliard et moi avons dirigé un Dictionnaire des intellectuels français (Seuil, 1997). Il offre une photographie assez large, mais déjà vieille de douze ans! Une chose est sûre: le "grand écrivain", devenu la figure par excellence de l’intellectuel, est mort dans les années 1980. Depuis Voltaire, l’écrivain s’identifiait le plus souvent à l’intellectuel engagé. Ce personnage a disparu. Nul "grand écrivain" – et il en existe en France – n’est pour autant une "conscience" qui prendrait parti avec autorité dans les combats de son époque. La figure s’est effacée avec les morts successives de Sartre (1980), Aron (1983), Foucault (1984).
Quelle est la situation actuelle des intellectuels en France ?
On peut distinguer quatre grandes catégories d’intellectuels. 1) Il y a d’abord l’"intellectuel professionnel". Ainsi Bernard-Henri Lévy qui a fait profession d’en exercer le "métier". C’est une rupture par rapport à la tradition. Jusqu’alors, l’intellectuel était un savant, un professeur, un auteur qui prend parti. En ce sens, l’intellectuel était un amateur, pas un professionnel. L’intellectuel professionnel se confond, à mon sens, avec l’intellectuel médiatique, convoqué par les journalistes, pour parler de tout et de rien. Bernard-Henri Lévy en est le prototype. Ils sont une poignée. Ils ont réponse à tout. Leur légitimité est surtout le fait des médias. 2) Deuxième catégorie: l’"intellectuel spécifique" dont parlait Michel Foucault. Il intervient sur la place publique, lui aussi, mais à partir de ses connaissances professionnelles. Les "spécifiques", de plus en plus nombreux, n’entendent pas se mêler de la politique en général. Ils témoignent à partir de ce qu’ils connaissent ou expérimentent dans leur profession. Ainsi de l’urgentiste Patrick Pelloux, de l’écologiste Nicolas Hulot ou de l’économiste Thomas Piketty. Pierre Bourdieu a été l’intellectuel spécifique le plus célèbre, voire autoproclamé. Une des tentations de l’intellectuel spécifique, toutefois, lorsqu’il est devenu médiatique, c’est d’échapper à sa spécificité pour donner des avis sur des choses dont il n’est pas expert… 3) Une troisième catégorie regroupe les "intellectuels anonymes", l’immense troupe de celles et ceux qui interviennent dans le débat public à travers le courrier des journaux, Internet, la radio interactive. Au temps de l’âge d’or des intellectuels, il n’y avait pas 10% de bacheliers. Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 65% d’une classe d’âge. Les rapports avec l’élite intellectuelle ne sont plus les mêmes. Beaucoup de gens peuvent se prévaloir de lire, de réfléchir et de récuser les maîtres-penseurs. La parole publique n’est plus monopolisée par les politiques et les intellectuels. Aussi, les gens du spectacle (chanteurs, acteurs, cinéastes…) ont-ils paru d’assez bons porte-parole de M. Tout-le-Monde. On se souvient de l’audience de la pétition en faveur des sans-papiers. Reste à savoir si les "people" sont le peuple. En tout cas, ils ont mis fin au "grand écrivain". 4) Quatrième catégorie enfin: celle des "penseurs". Puisque de nombreux organismes catégoriels savent faire campagne contre toutes sortes d’inégalités, on a donc moins besoin d’un Jean-Paul Sartre pour protester. En revanche, on a besoin de penseurs: le souci de protester passe après le besoin de comprendre le monde indéchiffrable dans lequel on vit. Marcel Gauchet, les revues Le Débat, Esprit, Pierre Rosanvallon et toute l’équipe de La République des idées, pour ne citer qu’eux, s’efforcent d’analyser les évolutions actuelles. Le penseur a quitté le registre de "J’accuse" pour celui de "Je veux comprendre".
L’affaire Polanski semble avoir montré les limites des intellectuels médiatiques.
Elle n’a mobilisé, en effet, que ses pairs, ce qui ne l’a peut-être pas servie. La nouvelle génération préfère, je crois, la noria des "experts". On entend beaucoup les économistes. Il y en a, bien sûr, de grands, mais on a rarement vu un économiste nous éclairer sur le sens du monde et devenir une conscience.
L’intellectuel est-il de gauche ?
En 1898, quand Barrès moque les "intellectuels", ceux-ci sont de gauche mais, depuis l’entre deux-guerres, lors des grandes batailles, une certaine droite se veut intellectuelle et s’affirme telle. Maurras, Brasillach, Pauwels, les Hussards : Nimier, Laurent, Blondin, Déon, des historiens comme Raoul Girardet ou Philippe Ariès. La revue Commentaire (fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova) fait appel à de brillants esprits de la droite libérale. Il faut aussi penser au philosophe Pierre Manent ou à l’économiste Nicolas Baverez.
Le peu d’estime de Nicolas Sarkozy pour les intellectuels est-il révélateur de l’époque ?
Le président de la République est assez représentatif de la nouvelle culture, médiatique et "people". On se demande toujours s’il lit autre chose que les discours qu’on lui prépare. Il affecte une vulgarité, voire une grossièreté, qu’il estime probablement efficace pour se rapprocher du "peuple". D’où une certaine dose chez lui d’anti-intellectualisme. En même temps, comme il est viscéralement politique, il se sert d’intellectuels pour les besoins de telle ou telle action, même s’il préfère les experts aux "professeurs de morale".
Entretien réalisé par  Marie-Laure Delorme et Jean-Maurice de Montremy.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 10:00
Le printemps
des environs de Paris


Zéphyr a bien raison d'être amoureux de Flore ;
C'est le plus bel objet dont il puisse jouir ;
On voit à son éclat les soins s'évanouir,
Comme les libertés devant l'œil que j'adore.

Qui ne serait ravi d'entendre sous l'aurore
Les miracles volants qu'au bois je viens d'ouïr !
J'en sens avec les fleurs mon cœur s'épanouir,
Et mon luth négligé leur veut répondre encore.

L'herbe sourit à l'air d'un air voluptueux;
J'aperçois de ce bord fertile et tortueux
Le doux feu du soleil flatter le sein de l'onde.

Le soir et le matin la Nuit baise le Jour ;
Tout aime, tout s'embrase, et je crois que le monde
Ne renaît au printemps que pour mourir d'amour.
flore-et-zephyr-copie-2.jpg
Marc-Antoine de Saint-Amant (1594-1661). - Oeuvres poétiques. (1930)

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 11:00
Clarifications

Il faut vraiment ne rien comprendre à ce qui se passe dans la tête des Français pour s'étonner  du niveau d'abstention atteint au premier tour des élections régionales. Nous dénoncions ici même il y a quelques semaines le fossé grandissant qui sépare le peuple français de ses classes dirigeantes. En voilà une nouvelle fois la confirmation. Quant aux abstentionnistes, il ne faut pas être grand clerc pour savoir où on les trouve : dans les quartiers populaires, dans les campagnes, dans les régions industrielles où le refus de vote atteint 70, 75%, dépasse même parfois 80%. Pour les habitants de ces quartiers, de ces régions, l'expression démocratique ne répond plus à aucun espoir, ne correspond à aucun besoin. Constat terrible du désenchantement dans lequel vivent bon nombre de nos concitoyens. Et il y a peu de chances que les choses s'améliorent au second tour !

Mais cet ultime dimanche d'hiver ne nous a pas livré que ces douloureuses confirmations.  Il nous a également apporté quelques joies. Le plaisir de voir les têtes de MM. Besancenot et Bayrou rouler dans la sciure électorale n'est pas mince. Nous avons savouré avec délectation le score dérisoire de ces deux grandes vedettes de télévision, nourries aux hormones et montées en graine par le buzz médiatique, et qui voient, brusquement, le sol se dérober sous leurs pieds et les caméras se tourner vers d'autres soleils éphémères.

La mine de mauvais perdant de Bayrou, exposée sur toutes les chaînes, était un rare régal. Du haut de ses 4% d'électeurs, le Béarnais feignait encore de crâner. "De tout cela nous ferons l'analyse et nous tirerons les leçons, bien sûr. Et ce que nous devrons changer, nous le changerons", répondait-il invariablement aux journalistes venus lui faire l'inventaire de ses malheurs. Mais on sentait bien que le ton n'y était plus, que le ressort était cassé. Sur les plateaux de télévision,  le MODEM prenait d'ailleurs l'eau de toutes parts. L'inusable Corinne Lepage annonçait le départ de son quarteron de militants, les ex Verts ralliés un peu rapidement au centrisme new age lorgnaient avec envie sur les scores de leurs camarades d'Europe Ecologie. Il y a là une belle curée en perspective et ceux qui dénoncent la mystification barouyste depuis son origine ne la rateront pour rien au monde. Exit enfin la pseudo troisième force sauveuse de Républiques en péril, exit les démochrétiens parés des plumes de la respectabilité et de la modernité, exit l'européisme sournois et l'atlantisme mal dissimulé, exit le mendésisme à peine retouché qui cherchait à se faire passer pour du gaullisme ! Soyons sûr qu'à quelques exceptions près - dont Bayrou lui-même, prisonnier de son personnage - tout ce petit monde aura passé le Rubicon d'ici aux prochaines cantonales, pour retrouver l'UMP, ses investitures, ses postes et ses prébendes.

Autre clarification utile, celle qui concerne le fashion-trotskysme. Besancenot, généralement à la fête dans les soirées électorales, était dimanche dernier le grand absent des plateaux de télévision. Le NPA, qui avait visiblement du mal à digérer son retour au statut de groupuscule, ne daigna même pas nous déléguer Krivine. A l'annonce des résultats de l'ex LCR, les larges sourires qui s'esquissaient du côté du Front de gauche, du PS et d'Europe Ecologie montraient que l'on peut être de gauche sans être obligatoirement bons camarades. Là encore, il y a fort à parier que les lendemains d'élections vont se traduire par des règlements de comptes sanglants et qu'il ne restera plus grand chose du mirobolant parti des travailleurs modernes et branchés et de ses congrès réglés par Jean-Paul Gaultier et Dries van Notten. Dur retour à la réalité pour toute une génération d'extrême gauche, lassée des lectures collectives du Barbichu sanglant et des confrontations stériles avec les automates de lutte Ouvrière, et qui escomptait bien sortir par le haut de la marginalité. Les meilleurs iront grossir les rangs du Front de Gauche et redonner des couleurs à une gauche protestataire qui a toute sa place dans le paysage politique français. Quant à Besancenot, si La Poste n'est pas capable de lui proposer un poste de directeur de la Communication, c'est à désespérer du service public à la française ! 

  Hubert de Marans.

 

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 11:40

Le hideux visage de l'Allemagne

Mais où sont passés les européistes ? Où sont ils, ceux qui se félicitaient l'été dernier de la tenue de l'euro ? Où se cachent ces experts qui professaient doctement cet hiver que la monnaie commune était notre meilleur rempart contre la crise. Il aura suffi de bien peu de choses, de deux ou trois incantations spéculatives proférées dans quelques arrières boutiques de la Goldman Sachs pour que toutes leurs belles certitudes s'évanouissent et que l'Europe monétaire découvre qu'elle est aussi vulnérable que l'Amérique. Et comme cette triste réalité n'a rien à voir avec la dérégulation financière mise en oeuvre depuis tant d'années, à coup de directives et de traités par Bruxelles et sa Commission, que la libéralisation des mouvements de capitaux, la suppression des contrôles des changes, la fin de la surveillance des activités bancaires n'y sont évidemment pour rien, il a fallu rapidement trouver un coupable, de préférence pauvre et sudiste.  Ce coupable tout désigné est aujourd'hui grec. N'en doutons pas, il sera demain, s'il le faut,  espagnol, portugais, italien ou, pourquoi pas, français.

C'est l'Allemagne, une fois de plus, qui est prête à porter le fer. L'Allemagne irréprochable, qui fait la leçon au reste de l'Europe, qui se donne en exemple et qui exige qu'on soit sans pitié pour ceux qui ont fauté. L'Allemagne oublieuse des mains tendues qui l'arrachaient, il y a quarante ans, à l'opprobre, au silence et à la solitude où les crimes des nazis auraient du l'enfermer pour l'éternité. L'Allemagne sans mémoire des dollars des plans Marshall qui permirent sa résurrection, l'Allemagne insouciante des milliards d'euros de fonds européens engloutis pour financer sa réunification et lui permettre aujourd'hui de parler haut. Quatre Allemands sur cinq, nous dit-on, ne veulent pas payer pour les grecs ! Chiffre effrayant, désaveu terrible pour ceux qui pensent que l'Europe de l'altruisme et de la générosité est à nos portes. A ceux là, il faut communiquer d'urgence les articles qui fleurissent depuis quinze jours dans la presse d'outre Rhin. Ils seront édifiés par l'arrogance, la suffisance, la tartufferie petite bourgeoise, le mépris des autres qui règnent dans l'opinion allemande, y compris et peut-être même d'abord dans ses élites. Il faut aussi qu'on leur communique le discours effarant que Mme Merkel a fait hier soir devant le Bundestag pour demander l'éviction sans état d'âme de la Grèce de la zone euro. Ce soir là, cette mégère casqué et botté portait le visage le plus hideux de l'Allemagne.

Le pire, c'est que l'attitude teutonne n'est sanctionnée par aucune remontrance. Bruxelles et son Cirque Barroso sont muets comme des carpes, preuve que leur marge de manoeuvre vis à vis de l'Allemagne est à peu près nulle. Aucun commentaire non plus dans les capitales nord européennes, trop contentes sans doute que  Berlin dise tout haut ce qu'elles pensent tout bas, à l'image du luxembourgeois Juncker, assis sur son tas d'or, et qui n'entend rien lâcher, pas un sou, pas un liard, même pas l'aumone aux Grecs. Ni Londres, ni Paris n'ont vraiment réagi aux éructations d'Angela. M. Fillon s'est même félicité dans un récent déplacement à Berlin des convergences qui existent entre les deux pays sur "le désordre monétaire internationale". Seule, Mme Lagarde a fait le procès de la soit-disante compétitivité allemande, qui se fait, comme on le sait, sur le dos de ses partenaires européens par le jeu de salaires bas et d'un cours élevé de l'euro. Procès fort, argumenté, mais qui vient un peu seul. Quant aux oligarques socialistes, tout à leur campagne des régionales, ils n'émettront pas une critique qui puisse géner l'Allemagne. Peut-être quelques propos compassionnels pour les Grecs, mais pas plus. MM. Delors, Moscovici, et tous les bons apôtres de l'Europe sans frontières, sont bien sûr aux abonnés absents.

M. Papandréou  veut garder son sang-froid. Il a à nouveau indiqué ce matin que si la générosité de ses partenaires faisait défaut, il pourrait se tourner vers le FMI, ouvrant par là même une véritable suspicion sur la réalité de l'union monétaire européenne et sur la solidité de l'euro. Gageons que si la Grèce en était réduit à une telle extrémité, elle ne laisserait pas l'affront allemand impuni. La seule chose sûre, ce soir, comme l'indique l'éditorialiste du Monde, c'est que "la crise de l'euro est loin d'être terminée".

  François Renié.

 

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 11:00
Rapaces

Nos amis du Lyon Royal, qui n'ont décidement pas les yeux dans leurs poches, signalent un entrefilet paru le 11 mars dans le journal Le Monde qui remplira d'aise tous ceux, retraités, ouvriers, employés, paysans qui peinent à boucler leurs fins de mois. La catégorie des milliardaires se serait accru en 2 ans, malgré la crise et la mise sous surveillance des bonus, de près de 30%. Et dans ce palmarès, l'Europe et la France ne sont naturellement pas en reste. Comme le dit le Lyon Royal à l'adresse des chômeurs, des jeunes diplomés dans la galère et des patrons de TPE au bord de la faillite: continuez, vous voyez bien que vos sacrifices ne sont pas inutiles !

  Henri Valois.

 

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 19:30
Le naufrage                             
16 juin 1940                                                         


de Eric Roussel
Mis en ligne : [15-03-2010]
Domaine : Histoire
eric-roussel-copie-1.gif 

Né en 1951, Éric Roussel est écrivain et journaliste. Spécialisé dans l'histoire politique il a été critique littéraire au quotidien Le Monde de 1979 à 1984. Depuis cette date il collabore au Figaro littéraire. Sa biographie de Georges Pompidou fait autorité. Il s'est également intéressé à Jean Monnet, dans un livre unanimement salué, puis à Charles de Gaulle, à travers une biographie fondée sur de nombreuses archives inédites, notamment étrangères, et qui a marqué une étape dans l'historiographie du fondateur de la Cinquième République. Il a récemment publié Mitterrand ou la constance du funambule, (Jean-Claude Lattès, 1991), Jean Monnet, (Fayard, 1995), Charles de Gaulle, (Gallimard, 2002),  Pierre Mendès France, (Gallimard, 2007).



Eric Roussel, Le naufrage, 16 juin 1940, Paris, Gallimard, Octobre 2009, 266 pages.


Présentation de l'éditeur.
Etrange théâtre, ce 16 juin 1940, que la ville de Bordeaux devenue la capitale improvisée d'une France déjà largement envahie par les troupes hitlériennes : trois conseils de ministres en vingt-quatre heures, présidés par deux chefs de gouvernement successifs, Paul Reynaud et le maréchal Pétain, l'un à bout de résistance, l'autre usé par l'âge et décidé à arrêter les combats. Un monde s'écroule au milieu d'un immense exode et d'un chaos indescriptible. Une république se meurt dans une indifférence quasi générale. Ce moment dramatique, écrit Eric Roussel, marque la vraie rupture de 1940, non seulement parce que tout un pays bascule alors dans l'inconnu, mais surtout parce que cette journée révèle, en miroir, les causes immédiates et lointaines, politiques autant qu'intellectuelles, culturelles et morales, d'une défaite qui, au fond, n'est pas si étrange. Récit d'un naufrage prévisible, ce livre interroge également à frais nouveaux les failles méconnues et les faiblesses parfois insoupçonnées de cette IIIe République finissante qui va expirer à Bordeaux dans le tumulte, l'incertitude et, pour beaucoup, l'inconscience de la partie terrible qui se joue alors; il retrouve les grands protagonistes de ce drame et d'autres visages moins connus ; il en restitue les opinions, les engagements, les passions, les arrière-pensées... Mais dans ce chapitre si sombre on entrevoit aussi, portés par une prescience et une détermination inespérées, les germes d'une régénération politique nationale et d'une configuration inédite des rapports entre les peuples européens : le 16 juin aura été l'école de deux hommes aussi exceptionnels que différents, Charles de Gaulle et Jean Monnet.

Recension. - L'histoire, février 2010.

Ce 16 juin 1940... Quel jour éclaire mieux le "naufrage" que connut la France en ce printemps-été 1940 ? Le 13 mai ave l'enfoncement de ses lignes dès le début de l'offensive allemande, le 17 juin avec le discours de Pétain appelant à l'arrêt des combats, le 22 juin avec la signature de l'armistice, le 10 juillet avec le vote, par les députés et sénateurs réunis au casino de Vichy, des pleins pouvoirs au Maréchal ? En 1968, Emmanuel Berl s'en était tenu à cette dernière date dans un essai de la collection "Trente jours qui ont fait la France", réédité récemment par Gallimard. Eric Roussel a choisi le 16 juin, un concentré de toutes les défaillances, scandé par trois Conseils des ministres, le dernier sanctionnant la démission de Paul Reynaud, remplacé par Pétain et un nouveau gouvernement. En amont de ces vingt-quatre heures dramatiques, la déroute militaire et l'exode sur les routes ajoutent à la précision des événements mais aussi, en coulisses, à des jeux de pouvoir dont les partisans de l'armistice se montrent les champions. D'une plume alerte, toujours sobre, mais avec une belle clarté, Eric Roussel revient sur des épisodes souvent négligés, comme ce projet d'union entre la France et l'Angleterre, concocté par Jean Monnet, auquel Churchill et de Gaulle font semblant de croire, ne serait-ce que pour faire gagner du temps à un Paul Reynaud en sursis. Cela ne suffira pas. Paul Reynaud cède la place à Pétain. On connaît la suite. Mais, nous dit Eric Roussel, si cette journée fut décisive pour de Gaulle, témoin dans la pagaille de Bordeaux du passage de témoin entre Reynaud et Pétain dans l'effacement total du président Lebrun, ce n'est pas seulement parce qu'elle déclencha chez lui le choix de l'exil et l'appel à la résistance. A plus long terme, c'est bien cette "journée terrible, l'une des plus sombres de notre histoire" qui imposa à de Gaulle "l'idée de reconnaître au chef de l'Etat en cas de force majeure des pouvoirs exorbitants du droit commun". Grosse à la fois de Vichy, de la France libre et de la Constitution de la Ve République, voilà bien une journée qui fit la France.


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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 19:42
Le poète a toujours raison
 

Jean Ferrat est mort samedi, dans ces montagnes de l'Ardèche qu'il aimait et qui lui servaient de refuge depuis quarante ans. Si sa France n'avait pas toujours le même visage que la nôtre, si elle répondait parfois du nom de Robespierre, là où nous lui donnons plus volontiers le sourire d'Henri IV, la candeur de Jeanne ou la haute figure de Richelieu, c'était bien au fond le même pays. Sa voix familière enchanta notre jeunesse des poèmes d'Aragon. Elle vibra en 1968, reflétant les luttes et l'espoir de la jeunesse, de la nouvelle classe ouvrière, de ce peuple du travail qui construisit de ses mains les usines que la bourgeoisie ferme où délocalise aujourd'hui. Son regard clair, son port de mousquetaire et son bonheur de vivre étaient aussi de chez nous. Salut, camarade !

Paul Gilbert.

 
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