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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 22:48
A nos amis polonais      



 Drapeau-polonais.jpg

 

La disparition du Président Lech Kaczynski, de son épouse, du chef d'état-major de l'armée polonaise ainsi que de nombreux responsables civils et militaires de premier plan est une tragédie pour la Pologne et pour tous ses amis en Europe et dans le monde. Les nombreux Français qui connaissent les liens du sang, de la culture et de l'histoire qui unissent nos deux pays sont ce soir en deuil. Ils ressentent le double drame qui touche la grande nation polonaise en perdant ses chefs au moment même où elle allait commémorer la tragédie de Katyn et le massacre de plus de 20.000 de ses officiers par l'abjection communiste, alliée en la circonstance à l'abjection nazie. Les patriotes français  n'oublient pas que le 1er septembre 1939, c'est la Pologne seule, prise en traître  par des ennemis sans honneurs et mal garantie par ses alliés, qui subit le premier choc face aux barbaries coalisées. Ils n'oublient pas non plus la fraternité de combat qui unit les combattants polonais et français libres jusqu'à la victoire et la part que prit la Pologne libre à la libération de notre pays. Ce soir, tous les Français de coeur disent à leurs amis, à leurs frères polonais qu'ils partagent leur douleur et leurs larmes et qu'ils peuvent compter sur eux. Vive la Pologne !

La Revue Critique.

 

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 18:42
Maurras...                    
malgré tout

 

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Quel esprit étonnant que Charles Maurras ! Et comme il sait séduire ! On a beau être prévenu contre le maître d'école, le faiseur de doctrines, ses dérives, ses égarements et ses obsessions, on a beau avoir pris ses distances avec son action et avec ses idées, le hasard des relectures ou la découverte d'un texte à nouveau publié sont presque toujours des émerveillements. On comprend pourquoi Maurras a été l'un des hommes les plus adulés, mais aussi les plus haïs, de sa génération. Tout comme Barrès, parfois même mieux que Barrès parce qu'il est moderne, c'est un enchanteur. Le charme de sa pensée agit puissamment lorsqu'elle parle à notre intelligence, au meilleur de nous même. Quand cette pensée s'élève au dessus des contingences de la vie politique et des disputes du moment, elle porte haut, très haut.

En rééditant tout récemment le Soliloque du prisonnier  [1], les Editions de l'Herne nous donne l'occasion de retrouver le pouvoir d'envoûtement de Maurras. C'est un texte singulier, ni un écrit de combat, ni un essai littéraire, mais une sorte de témoignage, un fragment de testament politique que le vieux prisonnier écrit d'une plume presque allègre du fond de sa geôle de Clairvaux. Nulle diatribe contre les hommes de son temps, nul plaidoyer passionné pour ce qui fut fait, ce qui fut écrit dans les années sombres, à peine quelques allusions au détour d'une page à l'actualité récente. Le Soliloque est un livre d'idées, d'idées politiques mais d'idées pures, c'est un discours qui renoue avec l'esprit des oeuvres de jeunesse - on y retrouve le charme d'Athinéa, la profondeur de l'Avenir de l'intelligence -  mais écrit avec la sûreté, la fermeté et l'expérience de l'homme mûr. Tous les grands thèmes de la pensée maurrassienne y sont présents: la Nation, cellule vivante de la civilisation, la France et son destin singulier d'héritière de la Grèce et de Rome, l'alliance des producteurs dans une nouvelle aristocratie. On y trouve également une superbe défense de la Latinité, cet espace de grande et d'antique liberté, de dialogue des hautes cultures, espace d'aventure et de rêve héroïque, que Maurras oppose à "l'abonimable utopie d'une Europe confédérée sous la direction de l'Allemagne", de ses banquiers, de ses marchands  et de ses casernes.

Pour Maurras, le propre de ce monde latin, c'est qu'il vit sans frontière, au gré des fleuves, des villes et des poètes qui les ont chantés. "Je suis un drôle de Méditerranéen; ma Méditerranée ne finit pas à Gibraltar, elle reçoit le Guadalquivir et le Tage, elle baigne Cadix, Lisbonne et s'étend, bleue et chaude, jusqu'à Rio de Janeiro. Elle atteint le cap Horn, salue Montevideo, Buenos Aires et, sans oublier Valparaiso ni Callao, elle s'en va, grossie de l'Amazone et de l'Orénoque, rouler dans la mer des Caraïbes, caresser amoureusement nos Antilles, puis Cuba et Haïti, ayant reçu le Meschacébé du grand enchanteur de Bretagne; elle court au Saint-Laurent et, sauf de menues variations de couleur ou de température, va se jeter dans la baie d'Hudson où elle entend parler français. Le caprice de cette Méditerranée idéale le ramène alors à notre hémisphère, mais non pas nécessairement pour revoir Balèares, Cyclades, Oran ou Alger, car ni Anvers ni Gydnis ne lui sont plus étrangers que les Polonais et les Belges ne lui apparaissent barbares: ma Méditerranée ne demande pas mieux que de devenir nordique ou baltique pourvu qu'elle rencontre, ici ou là, les deux lucides flammes d'une civilisation catholique et d'un esprit latin."

L'union des Latins est-elle possible ? Elle le sera, nous dit Maurras, il faut faire que ce rêve devienne réalité car le monde en a besoin pour revivre. "L'humanité à venir exigera, pour condition primordiale, ce noyau actif, attractif, organisateur. (...) Ainsi tendrait à se reconstituer le Koinon du règne humain, conscience de cette grandeur dans cette unité qui est déjà exprimée de Virgile à Mistral avec une force fière, modérée et douce; les plus amples généralités de l'esprit y sont vivifiées par la généralité de l'âme, tant pour servir l'ensemble que pour l'utiliser sans en exclure personne ni rien". Difficile de rester insensible à de telles perspectives auxquelles le vieux prisonnier au fond de sa cellule donne la couleur des prophéties !

Optimiste, Maurras ? Incorrigible optimiste ! Oui, nous dit-il, les désordres du monde auront une fin, la raison finira par l'emporter, il existe dans l'univers - pour qui sait les voir - tant de signes  de ce retour à la lumière. "Nos plus amers dépôts stagnants d'inintelligence ne sont pas immortels; La face du monde a vu flotter sur elle d'autres flaques d'aliénation mentale et morale, plus fortes que des modes, épidémies ou endémies. Elles n'ont eu qu'un temps..." Et notre Martégal d'annoncer, avec la sereine tranquillité des serviteurs d'Apollon, la fin du jacobinisme, de l'étatisme et du démocratisme, l'avènement de nations fortes et confiantes, organisées en corps et communautés libres, l'union des producteurs dans une nouvelle aristocratie de l'intelligence et du travail, une autre organisation du monde fondée sur des jeux d'alliance souples entre les Etats et sur le retour à des formes d'association plus pérenne, celles que Montesquieu appelait les "républiques éternelles" : "ce sont les plus fixes possibles, les plus capables de tenir pour former des supernations, donc recherchées, trouvées, conclues selon la loi des parentés de corps et d'esprit les plus prochaines et conduites de proche en proche selon les concordances et les raisons primordiales des affinités de naissance et de formation". La première de ces alliances, selon Maurras, sera naturellement celle des Latins.

Certains s'étonneront de la part faite dans le Soliloque aux questions internationales et il est vrai que le livre fait alterner des vues brillantes sur la physique des nations avec des considérations particulières à tel ou tel pays, Suisse, Allemagne ou Amériques. On s'étonnera à tort car Maurras s'est toujours passionné pour la politique étrangère et Kiel et Tanger comme Le Mauvais Traité figurent parmi ses meilleurs livres. Il va même jusqu'à rappeler, avec un léger sourire, que "plusieurs années avant Bainville et Poincaré, il était correspondant de la Nacion de Buenos Aires" et que dans plusieurs pays, les cercles Charles Maurras coexistaient avec les cercles Bainville. Non, semble nous dire Maurras, et quelque soit la tendresse qu'il éprouvait pour son ami historien, le disciple n'a pas étouffé le maître et le maître revendique la paternité du plan d'ensemble, de la vue générale qui sous-tend ce que l'on appelle "la politique étrangère de l'Action française". Un autre livre, lui aussi paru très récemment, confirme cette fascination de Maurras pour la scène internationale, l'originalité de ses thèses et la constance avec laquelle il y revient dans toute son oeuvre. Il s'agit de l'ouvrage publié sous la direction du professeur Georges-Henri Soutou, de l'Institut, Entre la vieille Europe et la Seule France. Charles Maurras, la politique extérieure et la défense nationale  [2]. Les auteurs y mettent en lumière les différents thèmes de la géopolitique maurrassienne, comment Maurras les extrait de sa philosophie politique et comment ils les composent en visions de l'avenir. L'autre mérite de ce livre, c'est de confirmer, de la façon la plus argumentée qui soit, l'existence d'un fil rouge de la politique extérieure française qui relie Maurras, Bainville, de Gaulle, Pompidou et que nous retrouvons aujourd'hui chez Hubert Védrine.

Livre d'idée, disions nous du Soliloque, mais livre qui donne aussi envie d'agir, malgré les inerties et les pesanteurs du monde, avec l'assurance que le juste, le bien et le bon finiront, d'une manière ou d'une autre, par prendre l'avantage. Enthousiasme et lucidité sont les deux marques de fabrique de cet ouvrage dont on sort plus fort. Ce ne sont pas les moindres ruses du séducteur Maurras. 

Paul Gilbert.



[1]. Charles Maurras, Soliloque du prisonnier. (Editions de l'Herne, mars 2010, 96 pages).

[2]. Sous la direction de Georges-Henri Soutou, de l'Institut, Entre la vieille Europe et la seule France. Charles Maurras, la politique extérieure et la défense nationale. (Economica, novembre 2009, 438 pages).

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 10:00
Encore l'abstention

Nos amis du Lyon Royal ont publié hier les résultats d'un sondage Obea-InfraForces pour 20 Minutes et France Info qui désespérera l'oligarchie politicienne et ravira le Parti des Politiques.  Nous renvoyons aux excellents commentaires du Lyon, en ne retenant ici que quatre données. En ce qui concerne l'appréciation des hommes politiques, 67% des Français les considèrent comme en dehors des réalités et près de 60% comme n'ayant aucune vision de l'avenir. Et pour ce qui est de l'abstention, moins de 10% des abstentionnistes déclarent ne pas s'intéresser à la politique et plus de 80% ne votent pas parce qu'ils considèrent peu ou prou que l'oligarchie ne les représentent plus. Intéressant sondage qui confirme, malgré le bourrage de crâne sur le désenchantement des Français pour la politique, que le vrai problème se situe du côté des candidats et non des électeurs. En croisant les différentes réponses, on peut esquisser le portrait robot du candidat idéal selon les sondés : sérieux, concret et visionnaire dans le même temps, préoccupé des intérêts du pays et de ses habitants, intègre, très travailleur, distant à l'égard des partis. Un mélange de Richelieu et de Colbert en quelque sorte ! La classe politique actuelle a un peu de souci à se faire si elle veut que le taux d'abstention se résorbe !

  Hubert de Marans.

 

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 17:47

La France qui se bat

 

Lundi 8 mars 
- Les Salines Cerebos de Bayonne pourraient fermer en septembre 2010, selon les syndicats. La société, filiale du groupe allemand K+S, convoque pour le 9 mars un comité central d'entreprise extraordinaire. L'établissement compte 65 salariés.
Mardi 9 mars 
- Total officialise la fermeture de la raffinerie de Dunkerque. L'établissement, qui emploie 370 salariés directs et plus de 400 emplois de sous-traitance dans le Nord-Pas de Calais, sera définitivement fermé d'ici à 2013. Le plan de reconversion du site - moins de 300 emplois  annoncés - est extrêmement limité.
- Les discussions ont repris aujourd'hui chez Philips après la suspension de la fermeture de l'usine de Dreux par la justice. La direction doit justifier la fermeture de ce site de production de téléviseurs LCD qui emploie 212 salariés.

Mercredi 10 mars
 
- Le travail a repris chez Siemens VAI MT de Saint Chamond et de Montbrison (Loire) à la fin des négociations qui ont permis de sauver 380 postes sur 600 et d'obtenir pour les salariés licenciés une indemnité supra légale de 25 à 45.000 euros.
Jeudi 11 mars

-  Le fabricant de stores Luxaflex de Tourcoing, filiale du néerlandais Hunter, a annoncé la fermeture de son unité de production et la suppression de 65 emplois sur 112.
Vendredi 12 mars
- A la suite de l'annonce de la fermeture de la raffinerie Total de Dunkerque, la CGT, majoritaire dans la branche pétrole, a lancé un mot d'ordre de grève dans les raffineries françaises pour le15 avril prochain.
- Les salariés du fabricant de compresseurs et d'outils pneumatiques Sullair Europe retiennent, depuis le 10 mars, le nouveau dirigeant de leur usine de Montbrison (Loire). Ils réclament au groupe américain actionnaire (United Technologies) des négociations sur l'accompagnement social de la fermeture du site.  
Samedi 13 mars
- Fin de conflit chez ST-Ericsson de Caen. Direction et syndicats ont signé un plan de sauvegarde de l"emploi. Le site, qui emploie 114 salariés, doit fermer en juin.
Jeudi 18 mars
- Heuliez serait sur le point d'être repris par un groupe turc. C'est le ministre de l'industrie, Christian Estrosi, qui a fait cette annonce mardi dernier, avant de recevoir les représentants du personnel.
 
Lundi 22 mars 
- A Calais, le tribunal de commerce a adopté le plan de continuation pour le dentellier Noyon. La solution permettra de préserver 215 salariés sur 450.
Mercredi 24 mars
- A Vénissieux, la direction de l'usine Bosch a engagé les discussions sur un plan social qui prévoit la suppression de 153 postes dans le cadre de départs volontaires. Cette réduction des effectifs intervient près de 6 ans après un accord sur le passage de 35 à 36 heures de travail hebdomadaire, sans compensation de salaires.
Jeudi 25 mars
- Les 135 salariés de l'entreprise textile SAIC-Velcorex Concord, à Saint Amarin (Haut-Rhin), ont débuté une grève illimitée, sans nouvelle depuis un mois de leur actionnaire, le groupe Bernard Krief. Le tribunal de grande instance de Mulhouse doit statuer fin mars sur le sort de SAIC Velcorex, mis en redressement judiciaire en janvier 2010.
Vendredi 26 mars
 - Près de 500 salariés du groupe Teleperformance (centres d'appels) sont candidats au départ volontaire. Après l'annonce de la fermeture de deux centres en Île de France, les syndicats avaient multiplié les actions pour obtenir un plan de départs volontaires pour 475 personnes, permettant d'éviter les licenciements secs.
- Le fabricant de grues américain Manitowoc Cranes, qui a supprimé l'an dernier 530 emplois en France, s'apprête à fermer son site de La Clayette (Saône-et-Loire) et de transférer l'activité et 116 salariés sur son autre site de Saint-Nizier-sous-Charlieu (Loire).
Samedi 27 mars
- Le juge des référés du tribunal de grande instance de Toulouse a suspendu, à la demande de l'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC, le plan social de l'usine de composants électroniques Freescale. Il s'agit d'une grande victoire pour les syndicats qui s'opposent à la fermeture du site et à la suppression de 820 emplois.
Mardi 30 mars
 -Le groupe Kohler France (sous contrôle américain) a confirmé la fermeture de l'usine Jacob Delafon de Brive en juillet 2010 et la suppression de 159 postes. L'essentiel de la production devrait être transféré au Maroc, en Espagne et en Inde. Les salariés, mis devant le fait accompli, ont décidé l'occupation du site.

Henri Valois.

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 10:30
Le retour du Général                

de Benoît Duteurtre
Mis en ligne : [5-04-2010]
Domaine : Lettres
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Benoît Duteurtre, né en 1960, est romancier, essayiste et critique musical. Après Le voyage en France (Gallimard, prix Médicis 2001), Service clientèle (Gallimard, 2003), et La petite fille à la cigarette (Fayard, 2005), il a publié récemment La cité heureuse (Fayard, 2007), Les pieds dans l'eau (Gallimard, 2008), Ballets roses (Grasset, 2009).


Benoît Duteurtre, Le retour du Général Paris, Fayard, mars 2010, 219 pages.


Présentation de l'éditeur.
Le général de Gaulle est de retour. Après un appel à la résistance, prononcé lors d'un piratage télévisuel, il se lance dans une ultime bataille pour la " grandeur de la France ". Toujours vaillant sous son képi à deux étoiles. ce revenant passionne l'opinion publique. A-t-il vécu jusqu'à cent vingt ans ? S'est-il fait hiberner comme le héros de Louis de Funès ? S'agit-il d'un imposteur ? Dans cette fantaisie romanesque. Benoît Duteurtre revisite la mythologie française et sa dernière figure légendaire - confrontés aux urgences de la mondialisation. Réflexions et observations sur l'époque alternent avec le portrait de ce Général un peu foutraque qui reprend le pouvoir, parle comme un révolutionnaire et ranime jusqu'à l'absurde les idéaux de la vieille Europe.

La critique de Baptiste Liger. - Lire, n°383, mars 2010.
 La révolte de l'oeuf mayonnaise. Connaissez-vous la recette de la mayonnaise ? A tous ceux qui n'auraient jamais ouvert un livre de Michel Oliver, rappelons qu'il faut réunir un jaune d'oeuf, de l'huile d'arachide (ou d'olive), du sel, du poivre, du vinaigre et de la moutarde - certains ajoutent du citron, d'autres un peu de ciboulette ou de curry. Que viennent faire ces considérations gastronomiques dans la critique du dernier roman de Benoît Duteurtre ? C'est que la guerre de l'oeuf mayonnaise a commencé. Le héros du Retour du Général est en effet parti en bataille le jour où, dans un bistrot parisien, on lui a servi ce classique de la restauration nationale avec une sauce même pas "maison". Comment peut-on proposer aux clients un tel ersatz industriel ? Le cafetier bredouille quelques explications malheureuses, avançant une "nouvelle norme d'hygiène" et une "directive de Bruxelles" relative aux sauces émulsifiées. Il n'en faut pas plus à ce consommateur nostalgique et enragé pour lancer une pétition en faveur de l'oeuf mayonnaise de tradition. S'il ne partage pas forcément ce combat, Mustapha Zeggaï n'en est pas moins remonté contre cet Hexagone qui perd ses valeurs. D'origine algérienne, cet infirmier se prépare à une soirée tranquille en famille, devant la télé, avec sa femme et son fils Maurice. C'est alors qu'en plein milieu de l'émission Le Grand Voyage, la petite lucarne se brouille. Toutes les chaînes semblent phagocytées par un mystérieux faisceau unique. Apparaît soudain à l'écran un vieillard en uniforme bien connu, lançant un appel au bon peuple : "Moi, général de Gaulle, j'invite les citoyens français, avec leur intelligence et leur volonté [...], tous ceux qui partagent notre colère devant la situation à laquelle est réduit notre pays - comme la protestation autour de l'oeuf mayonnaise en a donné l'illustration - à se mettre en rapport avec moi..." S'agit-il du canular d'un humoriste connu ? Ou l'homme de Colombey-les-Deux-Eglises revient-il de l'au-delà avec tante Yvonne pour sauver un pays qui part à vau-l'eau ? Il fallait bien l'imagination de Benoît Duteurtre pour nous offrir cette fable truculente. Portrait d'une France dépassée par les enjeux de la mondialisation, Le retour du Général en agacera peut-être certains, à cause de sa mélancolie certes joyeuse mais un peu réactionnaire (le péché mignon de Duteurtre). Le ton est drôle, enlevé, vachard, et certaines saynètes irrésistibles appuient judicieusement là où ça fait mal. Bref, la mayonnaise a pris. Reste à cuire les oeufs durs...

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 10:00
Quand Mme Aubry s'interroge

Est-ce la lucidité ou l'odeur de la victoire et la perspective des postes à prendre qui stimulent l'intelligence des politiques ? On préférerait évidemment la première option mais il existe après tout des grâces d'Etat et l'espoir du succès n'est pas toujours le plus mauvais conseiller. Mme Aubry a dressé ce soir, dans un entretien accordé au site Médiapart, un procès sans complaisance du quinquennat. Peu importe ce qui a motivé cette condamnation.  Elle est claire, sans bavure et le fait qu'elle émane de la principale responsable de l'opposition lui donne une force particulière.

Que nous dit Mme Aubry ?  "Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans", observe-t-elle. "Il faut donner le temps pour que la réforme soit comprise et que les gens se l'approprient. Pour moi, être à la tête d'un pays, c'est faire en sorte de le projeter dans  l'avenir. Le temps actuel est un temps qui ne permet pas de prendre en considération la complexité de la société, le temps de la démocratie et le temps de l'action", analyse-t-elle. Du coup, on est obligé de faire les choses rapidement et brutalement, car la visée électorale est plus importante que la visée politique".

Il n'y a rien à rajouter ni à retrancher à ces propos. On pourrait même dire qu'ils tombent sous le sens. Combien de Français percoivent aujourd'hui, au travers de la désastreuse expérience du sarkozysme, l'erreur monumentale que nous avons commise en réduisant le mandat présidentiel à 5 ans. On ne pointera jamais assez la responsabilité de Lionel Jospin et de quelques socialistes ivres de pouvoir dans cette décision calamiteuse. La "divine surprise" est que ce soit aujourd'hui la première secrétaire du PS qui mette ce sujet au coeur des débats.

Le diagnostic est bon, il faut maintenant agir. Les socialistes sont-ils prêts à revenir sur la décision prise il y a 10 ans, à susciter un nouveau référendum, à l'inscrire en bonne place dans leur plateforme présidentielle ? " La réflexion n'est pas officiellement ouverte au sein du PS", nous précise Mme Aubry, "et ce ne sont là que des réflexions personnelles". Dont acte et l'on imagine les réactions et les oppositions que cette prise de position va susciter au sein de la maison socialiste, et singulièrement chez les "républicains orthodoxes" comme MM. Montebourg, Peillon ou chez les partisans du régime présidentiel, comme MM. Strauss Kahn ou Fabius. Tant mieux: si la décision est difficile à prendre, c'est précisément qu'elle est importante et attendue. Sur ce sujet capital, Mme Aubry joue sa crédibilité.

   Paul Gilbert.

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 14:04

Printemps 2010
La face de Méduse
de l'Amérique
 

Les idées et les livres

- Les habits neufs du jacobinisme, par Bertrand Rouzaud.  [lire]
La préciosité est de retour. Madame de Lafayette trouve à nouveau le chemin du coeur des enfants du siècle et Honoré d'Urfé, si oublié, est de nouveau à la mode. L'occasion de retrouver un charmant texte de Pierre Gilbert publié en 1910 et qui n'a pas pris une ride. Eternelle jeunesse de l'amour courtois.

- La face de Méduse de l'Amérique, textes présentés par François Renié.  [lire]
L'affaiblissement de l'empire américain, l'émergence de la Chine, de l'Inde et du Brésil, le réveil de la Russie et la perte de confiance dans la construction européenne commencent à dessiner les contours d'un autre monde, sans puissance hégémonique, où le jeu s'ouvre à nouveau entre les peuples. Cette réalité, que la crise financière internationale rend soudain parfaitement visible, a été imaginée et pensée depuis une dizaine d'années par des groupes d'intellectuels venus de toutes les disciplines. L'avenir qu'ils anticipent est celui d'un retour des nations. 

- Présence de Mistral, par Jean-René Bernard.  [lire]
En 1663, François Le Tellier, marquis de Louvois, devient secrétaire d'Etat à la guerre. Ingénieux, organisé, doté d'une énorme puissance de travail, il permet en vingt ans à Louis XIV de réformer les armées et de faire de la France la première puissance militaire d'Europe. Malgré l'incendie du Palatinat et les dragonnades, dont il ne fut pas seul responsable, son bilan est impressionnant et les effets de sa politique se feront sentir jusqu'au milieu du XIXème siècle. Portrait d'un homme d'Etat.

- Carnets de voyage, de Paul-Jean Toulet.  [lire]
Et si La Fontaine avait mal tourné? Et s'il avait ajouté à ses vers, à son goût du libertinage et de la paresse, la rapine, le brigandage et le larcin. Qu'on se rassure : dans ce petit pastiche très XVIIème siècle, Jules Lemaître veille au grain et notre Jean reste dans les immoralités convenables. A déguster.

- Le jardin français, poèmes de J. A. Nau, O. de la Fayette, R. Frêne. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
L'affaire Proglio. - Nominations européennes. - Le congrès de la CGT.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Retour de la question sociale. - Le laid Paris.

- Les livres, par Eugène Charles, François Renié.
Lettres de château (Michel Déon). - Une histoire politique de la littérature (Stéphane Giocanti). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:40

La Flandre en vert de gris

 

La Libre Belgique titre ce soir : " Voilà que  le chaudron communautaire belgo-belge est entré en phase d'ébullition en l'espace de 24 heures". Et la faute en revient, comme d'habitude, aux irrédentistes flamands et à leurs provocations contre la communauté francophone. Le ministre flamand de l'intérieur, Geert Bourgeois, vient en effet d'annoncer qu'il ne nommerait pas trois maires francophones, pourtant régulièrement élus dans des communes de la périphérie flamande de Bruxelles. Au prétexte qu'ils auraient fait distribuer des convocations électorales en français, ce que la réglementation flamande condamne même lorsque les électeurs sont francophones.  On voit à quel niveau d'apartheid sont aujourd'hui confrontés les populations francophones résidentes en Flandre ! Le ministre en question est évidemment un séparatiste bon poids, membre du groupe ultra Nouvelle Alliance Flamande, qui fait la pluie et le beau temps au sein du "gouvernement" régional. Les séparatistes, qui ont  le vent en poupe, et qui espèrent rafler la mise lors des élections législatives de 2011, cherchent toutes les occasions de faire parler d'eux et de réveiller chaque fois que possible la querelle linguistique.

L'affaire produit évidemment de gros remous en Wallonie. Le président des Fédéralistes démocrates francophones, M. Olivier Maingain, s'est déclaré extrêmement choqué par ces "pratiques, dignes de l'occupation allemande", de l'époque où l'occupant nommait lui même les bourgmestres belges. Et ce d'autant que les autorités flamandes ne s'en tiennent pas là. Non content de refuser la nomination des trois maires, le dénommé Bourgeois vient de faire savoir aux municipalités concernées qu'elles devraient impérativement élire d'autres candidats. De là  à faire désigner directement les postulants par la Kommandantur d'Anvers, il n'y a plus qu'un pas ...

L'ambiance devient lourde en Flandre. Le Conseil de l'Europe, saisi de plaintes régulières pour ségrégations non seulement de la part des francophones mais aussi des communautés immigrées, prépare un rapport qui pourrait faire beaucoup de bruit. Il faut que ce rapport soit lu et diffusé  et que ces pratiques, indignes de l'Europe, soient non seulement dénoncées mais condamnées et éradiquées. La France, en particulier, s'honorerait à dire qu'elle n'acceptera pas d'avoir à ses portes des voisins aussi peu fréquentables. 

  Jacques de Poncheville.

 

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 10:00
La République des vieux

Quelques chiffres glanés dans les gazettes, qui permettent de mieux comprendre la gravité du  phénomène abstentionniste. Ce qui frappe au premier abord, c'est son caractère massif : près de 54% au premier tour des régionales, c'est à dire plus de 23 millions d'électeurs français qui ont fait la grève du scrutin. Cet brutalité des chiffres a une signification immédiatement politique: si l'on additionne la masse des abstentionnistes, les votes blancs ou nuls et les suffrages qui se sont portés sur des listes d'extrême droite ou d'extrême gauche, 63% des électeurs, c'est à dire près de deux Français sur trois, ne se reconnaissent plus dans le système politique qui prétend les représenter. Quant aux deux groupes politiques dominants, l'UMP d'une part, le PS d'autre part,  ils rassemblent aujourd'hui moins d'un électeur sur quatre. On mesure mieux ainsi la caricature qu'est en train de devenir la démocratie française.

Autre réalité, géographique celle là. La carte de l'abstention record rejoint grosso modo celle de la France industrielle traditionnelle, située au nord d'une ligne Le Havre-Marseille. En Lorraine, dans le Nord, en Champagne Ardennes, en Picardie, mais aussi en Provence, la conjonction de l'abstention, du refus d'expression et des votes aux extrêmes groupe jusqu'à 70% des électeurs. La situation de certains grands bassins d'emploi industriels donne le vertige : près de 80% de votes "hors système" à Roubaix, à Tourcoing, 76% à Saint Chamond, plus de 80% à Vaulx-en-Velin comme dans beaucoup de banlieues ouvrières... Dans une grande partie du territoire, la France officielle, le pays légal sont durablement discrédités.

Mais le phénomène est d'abord et surtout social. Un sondage TNS Sofres/logica (1) réalisé entre les deux tours fournit un portrait robot de l'abstentionniste: il est jeune (72% des électeurs de 18 à 34 ans se sont abstenus!), il appartient à une catégorie sociale défavorisée (69% d'abstentions chez les ouvriers, 64% chez les employés), il est plutôt urbain, et, fait marquant qui confirme l'ancrage de l'abstention dans le corps social français, il s'est déjà abstenu massivement lors des dernières élections de 2008 et de 2007. A l'inverse le portrait du "républicain méritant" renvoie l'image d'une France âgée, plutôt à l'aise, détentrice d'un statut et.... désormais minoritaire. Une République des vieux, des bourgeois et des nantis qui vit en parfaite osmose intellectuelle et politique avec les oligarchies qui nous dirigent. Comment disions nous en 68 ? Démocrates, vous êtes vieux, votre régime aussi ! 

 Paul Gilbert.

 


(1). Sondage effectué les 19 et 20 mars par TNS Sofres/Logica pour Le Monde, Le Point, France 2, France 3

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 10:30
Démocratie et relativisme     

Par Cornelius Castoriadis
Mis en ligne : [29-03-2010]
Domaine : Idées

 

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Cornelius Castoriadis (1922-1997), philosophe, économiste et psychanalyste, fut un des grands critiques du totalitarisme communiste. Il a défendu le concept d'« autonomie politique ». En 1949, il fonde avec Claude Lefort le groupe Socialisme ou barbarie, d'où sort la revue du même nom, qui se dissout au printemps 1967. Castoriadis est l'auteur de La société bureaucratique (1973), Capitalisme moderne et révolution (1979),  Carrefours du labyrinthe (6 tomes de 1978 à 1998), Ce qui fait la Grèce (2 tomes, 2004-2008).



Cornelius Castoriadis, Démocratie et relativisme. Débats avec le MAUSS, Paris, Mille et une nuits, février 2010, 142 pages.


Présentation de l'éditeur.
En décembre 1994, Cornelius Castoriadis (1922-1997), qui fut le principal animateur du groupe et de la revue Socialisme ou Barbarie (1949-1967), économiste, psychanalyste et philosophe, rencontre des chercheurs de La Revue du MAUSS (le Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), dont Alain Caillé, Jacques Dewitte, Serge Latouche, Chantal Mouffe... L'auteur de L'Institution imaginaire de la société (1975) et de la série des Carrefours du labyrinthe (1969-1999) prend acte de la situation nouvelle créée par la fin de l'URSS et par l'idéologie qui se diffuse à la suite des thèses de Fukuyama. Accords et désaccords surgissent au fil du débat. Castoriadis aborde les problèmes de la mondialisation : la question de l'universalisme et du relativisme culturel, le retrait des citoyens de la sphère publique, la fragilité de la démocratie.

Recension de Serge Audier.
  Le Monde du 5 mars 2010
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Le diagnostic de Castoriadis. -  Le philosophe Cornelius Castoriadis (1922-1997) a été l'un des plus grands critiques de gauche du totalitarisme communiste, notamment dans le groupe Socialisme ou barbarie (1949-1967) animé avec Claude Lefort. Il est resté pour sa part attaché à un projet de démocratie directe dans un horizon anticapitaliste, mais en rupture avec Marx. Ce texte reprend un dialogue de 1994 avec des chercheurs du Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (Mauss). Il traite du sens de la démocratie et de sa situation après la fin de l'URSS. Pour Castoriadis, les démocraties libérales ont sombré dans une phase d'apathie civique, sous domination d'une oligarchie économique et politique, et leur rayonnement décroît. Au coeur du débat, se trouve la question de savoir si les valeurs d'autonomie et de démocratie ont d'autres sources qu'en Occident et comment elles peuvent faire l'objet d'une appropriation originale dans les sociétés non occidentales.

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N°1 - 2009/01
 
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