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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 10:30

Médias, la faillite

d'un contre-pouvoir                 


Par Philippe Merlant et Luc Chatel
Mis en ligne : [9-05-2010]
Domaine : Idées

 

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Philippe Merlant est journaliste depuis 1975 (France Inter, L'Equipe, Libération, Autrement, L'Entreprise, L'Expansion, Transversales Science Culture), aujourd'hui à l'hebdomadaire La Vie. Luc Chatel est rédacteur en chef de l'hebdomadaire Témoignage chrétien.



Philippe Merlant et Luc Chatel, Médias, la faillite d'un contre-pouvoir, Paris, Fayard, septembre 2009, 326 pages.


Présentation de l'éditeur.
Combien faudra-t-il encore d'affaires comme celles du "bagagiste de Roissy" ou du "RER D" pour que les journalistes s'inquiètent du fossé qui se creuse entre eux et les citoyens? Pourquoi ces derniers ont-ils de plus en plus le sentiment que les médias, passés du côté des puissants, ne constituent plus un contre-pouvoir susceptible de les défendre? Pour tenter de comprendre les raisons de cette défiance, Philippe Merlant et Luc Chatel nous invitent à visiter l'envers du décor. Nourrie de leur propre expérience de journalistes, leur enquête ne se contente pas de pointer les dérives - "suivisme", course au scoop, autocensure... Elle décrit de manière très concrète les conditions de formation des journalistes et de fonctionnement des rédactions, montrant notamment comment les impératifs de rentabilité et de rapidité ont des impacts sur les différents maillons de la chaîne. Une plongée au coeur du monde de l'information, qui ouvre des pistes vers un journalisme enfin réconcilié avec son public.

Recension de Antoine de Tarlé.
  Etudes - mars 2010
.
La littérature critique sur les médias est très abondante. Toutefois, le présent ouvrage retient l’attention à plus d’un titre. Tout d’abord, il est écrit par deux professionnels expérimentés qui s’appuient sur de nombreux cas concrets. Par ailleurs, Ph. Merlant et L. Chatel se gardent de tout discours idéologique sur les pouvoirs et les médias. Ils considèrent à juste titre qu’avant de fustiger des pressions exté­rieures d’origine politique ou écono­mique, il conviendrait que les journalistes reconnaissent leurs propres faiblesses. Ils mettent notam­ment en cause l’absence d’imagination et le côté moutonnier des rédactions, ce qu’ils appellent le mimétisme. Cela conduit les journaux à traiter tous de la même façon et en même temps les mêmes sujets. Or, de nombreux thèmes, tout aussi intéressants pour le lecteur, sont négligés parce qu’ils ne sont pas dans l’air du temps et qu’il faudrait déployer un effort de réflexion et d’écoute qui semble rebuter les respon­sables des rédactions. On saura gré aussi aux auteurs de ne pas proposer de solution toute faite à cette dérive préoccupante des médias. Ils se conten­tent d’ouvrir des pistes pour inciter les journalistes à mieux accepter la diver­sité de la société et à rester à l’écoute des lecteurs. Ils soulignent que le jour­nalisme citoyen prôné par certains ne peut être efficace que si des profession­nels prennent en charge la production de l’information. Ce livre empreint de bon sens devrait être étudié dans toutes les écoles de journalisme. 


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:42
La Savoie 
et la France               
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Le 150ème anniversaire du rattachement de la Savoie et de Nice à la France était l'occasion pour le gouvernement de rendre hommage à ces deux belles provinces qui ont tant contribué à l'histoire récente de notre pays. Il n'en a rien été. A peine quelques commémorations officielles, la plupart d'ailleurs à l'initiative des collectivités territoriales ou des associations locales. Rien ou presque de la part de l'Etat, si ce n'est un discours particulièrement insipide de M. Sarkozy, fin avril à Chambéry.

Et pourtant le 22 avril 1860, c'est avec enthousiasme que les Savoyards et que les Niçois se donnèrent à la France.  Les cloches sonnèrent à pleines volées à Chambéry, à Annecy, à Bonneville et à Moutiers lorsque, le 14 juin, les représentants de l'Empereur prirent officiellement possession de la province. "Nous étions des Français de coeur, nous sommes désormais des Français de droit", voilà ce que disaient les discours de bienvenue des nobles montagnards, voilà ce que disaient les foules rassemblées pour accueillir dans la joie les émissaires de la France...

La Savoie a prospéré dans l'ensemble national, elle en est désormais une des régions les plus riches et les plus dynamiques. Elle attend à juste titre une reconnaissance et un hommage que l'Etat républicain ne lui a jamais donné que du bout des lèvres. L'article que nous reproduisons ci-dessous, extrait de la Revue critique du 25 septembre 1910, montre que le cinquantenaire du rattachement ne fut pas mieux fêté par le gouvernement de l'époque. Il est vrai que les Savoyards, profondément catholiques, n'étaient pas perçus comme de bons sujets par le pouvoir jacobin et anticlérical qui sévissait alors à Paris. Ils souhaitent désormais s'affranchir du vieux cadre républicain qui les a divisés en deux départements et se donner leurs propres institutions. C'est sans doute pour celà que la République regarde aujourd'hui encore ces hommes libres avec suspicion. 

  Claude Cellerier.

 

 

Les fêtes du cinquentenaire.

 

Moûtiers-Tarentaise, septembre 1910.

 

Le 24 mars 1860 fut signé à Turin l'acte de cession de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France. Le 22 avril, par 130.533 oui contre 235 non, le peuple de Savoie donna son assentiment enthousiaste au traité. Le 14 juin, le sénateur Laity prit officiellement possession de la nouvelle province française au nom de l'Empereur. Cinquante ans se sont écoulés; la commémoration s'imposait, les cœurs savoyards ne l'ont pas négligée. Quel jour choisir pour célébrer la fête ? Ces trois dates : 24 mars, 22 avril et 14 juin, en rappelant le pacte des souverains, l'assentiment populaire, la réalisation, marquaient des anniversaires précis. Mais on pouvait aussi bien commémorer l'annexion dans son ensemble en choisissant tout autre jour de l'année qui ne fût l'anniversaire d'aucune de ses étapes.

C'est des Savoyards de Paris qu'est venu le signal de nos fêtes. L’Alliance catholique savoisienne a fait coïncider son assemblée générale annuelle avec la célébration solennelle du cinquantenaire, et l'a placée sous le patronage de ceux qui furent les principaux promoteurs du mouvement de 1860. Elle a convoqué le 10 avril, à la salle des fêtes de Saint-Honoré d'Eylau, les Savoyards de Paris et les Savoyards de Savoie. Ce fut une journée parfaite, uniquement savoyarde. M. Jules Challamel, président de l'Alliance, en fut l'organisateur et l'âme. Tous nos pays : Savoie propre, Chablais, Faucigny, Maurienne, Tarentaise, y étaient représentés. Des discours sur l'annexion furent prononcés par M. Hippolyte Perret et par M. Antoine Pillet. Le baron du Bourget lut une étude sur la fameuse brigade de Savoie. On chanta les chansons du pays : la Pernette, la Marion et le bossu, Mon père avait cinq cents moutons; on grignota des rioutes apportées de Chambéry en les arrosant de vin blanc de Savoie. Un Te Deum solennel, un banquet où M. Emmanuel Dénarié et le chanoine Lavorel, d'Annecy, parlèrent au nom de tous, terminèrent la journée. 

En Savoie, la fête eut lieu le 12 juin. C'était le dimanche le plus rapproché du 14, et ce jour était en outre l'anniversaire de la ratification du traité par le Sénat français. A Chambéry, la journée fut joyeuse, la fête vraiment populaire. Des drapeaux et des guirlandes aux maisons, des jeux dans les rues, une joie franche, unanime et sans apprêt, égayèrent la vieille capitale du duché. L'archevêque avait prescrit un Te Deum dans toutes les paroisses de son diocèse ; il présida lui-même celui de la cathédrale et prononça un discours sur l'annexion. Au théâtre, sous la présidence du maire, qu'entouraient, avec le général Borson seul survivant du groupe de l'annexion, les représentants des familles Greyfié de Bellecombe, Costa de Beauregard, Dénarié, M. Antoine Pillet rappela dans une conférence la longue suite de notre glorieuse histoire et les faits précis qui motivèrent et légitimèrent notre réunion à la France. On ne parla pas d'opinions politiques. Le maire, qui est à la tête d'un conseil municipal entièrement gouvernemental, présida avec tact et uniquement en Savoyard cette réunion de Savoyards. Emmanuel Dénarié, qui a tant d'esprit et tant de cœur, fit une allocution charmante. « Au fond, dit-il, nous sommes bien tous de la même famille ; il en est où l'on se querelle beaucoup, où chacun, quand il n'y a pas de chef, croit avoir la meilleure méthode pour organiser la maison, et nous sommes un peu de ces familles-là. Mais dans les anniversaires tristes ou joyeux, la famille se réunit sous le poids d'une même pensée ou dans l'exaltation d'un même sentiment. » Là, comme à Paris le 10 avril, l'âme savoyarde eut sa journée et nous l'avons sentie revivre.

A Annecy, la fête fut plus bruyante. On avait annoncé à grand fracas une cavalcade dont le succès fut médiocre, ses organisateurs n'ayant pas su lui donner le cachet local et historique que les circonstances commandaient. La garnison sortit de la ville et y revint aussitôt pour figurer l'entrée des troupes françaises en 1860. Le maire harangua la population du haut du balcon de l'Hôtel de Ville ; le préfet reçut le conseil municipal. L'évêque avait prescrit un Te Deum dans toutes les églises. Le Chablais, le Faucigny, la vallée de l'Arve, s'associèrent aux réjouissances et aux prières.

En Tarentaise, où notre évêque présida le Te Deum à la cathédrale, nous eûmes une journée retentissante. Le bruit que firent tous les pompiers du département venus à Moûtiers avec leurs musiques pour la réunion annuelle de leur fédération, accentua notre joie de fêter le cinquantenaire. Nos maisons étaient couvertes de drapeaux et de feuillages. Ceux qui pavoisent pour Jeanne d'Arc et ceux qui pavoisent encore pour la prise de la Bastille se trouvèrent unis dans le même sentiment de piété savoyarde.

En Maurienne, il n'y eut point de fête... L'évêque n'avait pas suivi l'exemple de ses collègues et n'avait prescrit aucun Te Deum. Les municipalités n'organisèrent rien... Cela prouve que chez nous chaque pays fait à sa tête, et c'est une ombre à notre tableau qui lui donne plus de relief. Il était bon que sur un point de la province le silence et l'abstention donnassent une leçon à nos maîtres...

Il faut le dire, sur toute cette joie du cinquantenaire, il a flotté non pas un regret de ce qui s'est fait il y a cinquante ans et qui est fait pour toujours, mais un sentiment de réserve, une sorte de gêne due à la façon dont le pacte de 1860 est exécuté par le gouvernement de la République. La Savoie s'est donnée et on la pille. Le parti conservateur et le clergé furent les artisans de l'annexion contre les libéraux qui n'en voulaient pas ; on les moleste et on les vole. Des engagements solennels avaient été pris de respecter les droits acquis de la province ; ces droits sont anéantis chaque jour un peu plus par la machine à voter que les Parisiens ont installée à la place du gouvernement... Qui s'étonnera que notre élan vers l'union des cœurs, en cette année 1910, ait été voilé de mélancolie? Le chanoine Lavorel l'a dit à l'un des derniers dîners des publicistes chrétiens : « Nous aimions bien nos princes, mais il fallait opter entre « la France et l'Italie. Découragés par la persécution que * Cavour avait fait subir depuis cinq ans à nos prêtres et « à nos religieux, nous nous portâmes du côté de la France « avec d'autant plus d'entrain que nous saluions en elle la « grande nation catholique et que nous comptions partager « ses gloires. Il est probable que si nous avions prévu les « persécutions dont nous avons été victimes dans le quart « de siècle qui a précédé le jubilé d'aujourd'hui nous aurions montré moins d'enthousiasme en 1860. Mais nous n'avons pas de contrition. Nous sommes de vrais Français... »

 

*
*  *


Telles furent les fêtes, les vraies fêtes du cinquantenaire. En face de cela il faut montrer et il faut flétrir l'attitude du gouvernement, qui a été hideuse.

Au mois de janvier, quand se constitua à Chambéry, « pour répondre au désir exprimé par les représentants des familles qu'on avait vues en 1860 à la tête du mouvement annexionniste », un comité chargé de préparer la commémoration, ce comité voulut prendre contact avec la préfecture et lui marqua son désir d'agir en communion avec elle ; il fut nettement éconduit. Dès ce moment le gouvernement manifesta sa volonté de ne s'associer en rien à ce que nos fêtes allaient avoir de proprement savoyard et de faire sa fête à part. Le 12 juin, quand nos populations, sous la pression de leur sentiment guidé par les évêques et par les municipalités, célébraient joyeusement l'annexion, le préfet de Chambéry et ses fonctionnaires demeurèrent, par ordre, étrangers à la fête. Le dimanche 12 juin, toutes les maisons de Chambéry furent pavoisées, toutes sauf le palais ducal qui sert de logement au préfet et les demeures des employés de l'Etat. En revanche, le mardi 14, quand chacun de nous avait repris son travail de chaque jour, le préfet fit pavoiser et illuminer...

Le mot d'ordre venait de Paris. Le 10 juillet, on réunit au grand palais les Savoyards de Paris et là, dans un banquet que présidait M. Antonin Dubost, sénateur du Dauphiné, assisté de M. Brisson, député de Marseille, et de M. Briand, le Nantais, on prétendit commémorer l'annexion. « Des vertus savoisiennes, de ce qui distingue notre nation des autres provinces françaises, de ce qui fait notre honneur et notre orgueil, de nos grands hommes et de nos plus chers souvenirs historiques, pas un mot n'a été dit par ces tristes politiciens », nous rapportait au lendemain de cette cérémonie la Savoie républicaine. En revanche, Gambetta et Garibaldi furent exaltés et M. Pichon célébra comme gloires savoyardes Lamartine et Jean-Jacques Rousseau. Rien ne se peut imaginer de plus honteux pour nous.

Enfin, pour accentuer cela, pour essayer de noyer dans le marais de la politique républicaine notre réveil savoyard, le gouvernement, s'appuyant sur la complicité toute naturelle de nos Quinze-Mille, organisa ce voyage de M. Fallières, dont les journaux ont rapporté à la France les détails. Le seul choix de la date du 4 septembre constitue une grossièreté. Le 4 septembre était le seul jour de l'année qu'il fallût éviter. Le 4 septembre, c'est Sedan et la déchéance de l'Empire. Commémorer à la fois l'annexion, qui fut l'œuvre de Napoléon III, et la chute du même Napoléon III, inviter la Savoie à manifester la joie qu'elle éprouve d'être devenue française et l'inviter en même temps à piétiner la mémoire de celui qui la lui procura, une pareille pensée ne pouvait germer que dans des âmes sollicitées par la bassesse et fermées à toute pudeur. Les Savoyards qui furent députés à Paris en 1860 pour régler avec l'Empereur les questions de détail que soulevait l'annexion, furent entourés d'égards et comblés d'honneurs par Napoléon III et par l'impératrice. Le souvenir en est pieusement gardé dans nos familles. Et les représentants de ces familles, ils ont eu le front de les inviter à leur réjouissance du 4 septembre ! Auront-ils seulement compris la portée des refus qui leur ont été opposés ?...

Que pouvaient-ils imaginer encore pour donner à leur fête un caractère anti-savoyard ? Ils ont pensé à Jean-Jacques Rousseau. Oui, ils ont inauguré, le 4 septembre, à Chambéry, une statue de Jean-Jacques Rousseau ! Le souvenir des Charmettes n'implique nulle honte pour nous : nous ne sommes pas responsables. Mais c'est cette saleté qu'ils sont allés évoquer pour l'associer à leur fête en glorifiant le misérable « citoyen de Genève » qui n'est des nôtres ni par sa naissance, ni par sa mort, ni par ses idées, et dont les crimes furent exactement au contre-pied des vertus savoyardes. Dans la patrie de saint François de Sales, de Joseph de Maistre, de tant d'autres gloires moins éclatantes mais dont nous ne sommes pas médiocrement fiers, ils sont venus glorifier Jean-Jacques !

Ces honteuses cérémonies ont été accompagnées d'une revue des troupes acclamées au Champ de Mars et puis, d'Aix-les-Bains à la mer de glace, ils ont exhibé le triste représentant du « parti radical et radical-socialiste » et ils l'ont fait parler... voici comment. Voici qui est extrait, mot pour mot, du texte officiel du discours prononcé au banquet d'Annecy. Voici ce que M. Fallières nous a dit au nom de la France :

Croyez-vous donc qu'il n'y a pas avantage, pour un grand pays comme le nôtre, de pouvoir se parer aux yeux du monde des merveilles que la nature a accumulées sur votre sol, avec une incomparable prodigalité ? Des lacs enchanteurs, des vallées sans rivales, des glaciers éternels, des monts gigantesques, et par-dessus tous les pics qui l'environnent, notre Mont Blanc qui pousse dans les nues une cime tellement élevée qu'il faut traverser toute l'Europe et aller jusqu'au cœur du Caucase pour en trouver une qui soit plus haute que la sienne. Voilà ce que vous nous avez donné.

Cela mérite d'être conservé comme un modèle de bouffonnerie. Cependant ne rions pas. Il est bien fâcheux pour tous les Français que le « chef de l'Etat » s'exprime en adjectifs. Et il est humiliant pour nous Savoyards que, parce qu'on a oublié de seriner au pauvre homme quelques  « traits » de notre histoire, il ait dû se rabattre sur la géographie et nous louer du nombre de kilomètres qu'il faudrait parcourir en partant de chez nous pour trouver une montagne plus haute que la plus haute des nôtres...

 

*
*  *

 

 La morne indifférence de nos populations à de si cruels attentats contre leur nationalité pourrait faire croire à qui ne nous connaît pas que la Savoie est morte, broyée à jamais par la centralisation républicaine. Au contraire, de magnifiques symptômes de renaissance se manifestent. En cette même année 1910, Jules Challamel, à Paris, supprime la Savoie républicaine qu'il avait créée lui-même il y a cinq ans, renonce au ralliement et fonde le Réveil savoyard... Louis Dimier fait à l'Action Française son cours sur l'histoire de Savoie qui, reproduit par nos journaux, a porté partout la vérité historique... A Chambéry, le Bulletin Savoyard, sous la direction de François Grange, répand chaque mois dans la province la vérité politique... L'âpreté de nos vainqueurs à glorifier leur victoire et à en jouir marque aux yeux de tous leur impuissance à la fonder sur le sentiment populaire... L'ombre du grand Savoyard revient planer sur nos esprits; nous allons commémorer solennellement dans quelques semaines le centenaire des Considérations sur la France... Mattis est de chez nous. On a vu par lui comment le sang des enfants de la Savoie est capable de réagir sous l'étreinte de l'étranger de l'intérieur ; et l'on n'oubliera pas plus tard que le premier coup porté à la tête du régime fut d'un poing savoyard...

Rien n'est perdu.

Georges de Fonclare.

(Revue critique des idées et des livres, 25 septembre 1910)


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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 17:47

La France qui se bat

 

Jeudi 1er avril 
- Technicolor (ex Thomson) a annoncé un plan social touchant sa filiale Grass Valley et concernant 625 salariés. En France, 327 postes sont supprimés, dont 182 postes à Rennes. Cette filiale avait été mise en vente sans succès par Technicolor.
- Après la suppression de quelque 800 postes de visiteurs médicaux en 2008, puis la fermeture de quatre centres de recherche en France, Sanofi-Aventis arrêtera son site de production de Romainville d'ici fin 2013 et supprime 207 postes de travail.  Le plan prévoit également l'abandon des activités chimiques du site de Neuville-sur Saône (Rhône), où travaillent près de 800 personnes.
Vendredi 2 avril
 
- Deux sociétés du groupe Bernard Krief Consulting, l'entreprise textile SAIC-Velcorex Concord et les meubles Authentika, ont été placées en liquidation judiciaire, entraînant la suppression de 210 emplois.
Samedi 3 avril

-  L'usine de l'équipementier automobile Sodimatex de Crépy-en-Valois (Oise), est occupée par une quarantaine de salariés qui menacent de mettre le feu à une citerne de gaz pour réclamer un plan social. La fermeture du site entraînerait 92 licenciements.
Mardi 6 avril
- Les salariés d'Arbel Fauvet Rail, l'un des derniers fabriquants français de wagons de marchandises, basé à Douai, sont en grève depuis près d'une semaine. L'entreprise, en difficultés, est à la recherche de repreneur. L'effectif a été réduit à 230 postes en 2009.  

Jeudi 8 avril
- Les employés de France Champignon, qui occupaient depuis le 2 avril le site de Beaufort-en Vallée (Maine-et-Loire) depuis l'annonce de sa fermeture, bloquent l'usine voisine de Longué. Les 150 salariés de Beaufort demandent une prime de départ de 50.000 euros.
Lundi 12 avril
- L'entreprise Lejaby, filiale du groupe autrichien Palmers Textill, présente un plan de fermeture de trois de ses quatre ateliers de production : Bourg-en-Bresse et Bellegarde dans l'Ain, Le Teil en Ardèche. L'arrêt de ces ateliers entrainera la suppression de près de 200 emplois.

Mardi 13 avril
- Reprise en 2009 par un groupe chinois, l'entreprise Plysorol, fabricant de contreplaqué okoumé, vient d'être placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lisieux (Calvados). Le groupe emploie 450 personnes sur trois sites (Lisieux, Epernay, Fontenay-le-Comte).
Mercredi 14 avril
- Les salariés du groupe de maintenance industrielle Isotherma, filiale du groupe Bernard Krief Consulting, ont décidé de suspendre le travail dans l'attente du paiement de leur salaire du mois de mars. Les sites de Montivilliers et Gonfreville-l'Orcher (Seine Maritime) sont  particulièrement touchés.
- Les syndicalistes de l'usine Thales Alenia Space de Cannes, qui occupaient les locaux depuis le 24 mars pour obtenir une hausse des salaires ont trouvé un accord avec leur employeur. Les négociations salariales se poursuivent.
- le groupe PSA annonce la fermeture de son site de pièces détachées situé à Melun-Sénart. 400 emplois sont supprimés, sans licenciement sec selon la direction.
Jeudi 15 avril
- Fin du conflit social chez Sodimatex à Crépy-en-Valois (Oise). Chacun des 98 employés concernés par la restructuration touchera une prime moyenne de 51000 euros. 
- Le groupe américain Steelcase (mobilier de bureau) annonce la fermeture d'une de ses trois usines françaises, celle de Marlenheim (Bas-Rhin), qui emploie 200 personnes. Le plan de restructuration présenté au comité central d'entreprises prévoit le reclassement de 130 à 150  salariés. 
 Vendredi 16 avril
 - Une trentaine de salariés de l'usine Essex de Mâcon, qui fabrique du fil de cuivre émaillé, retiennent le directeur du site et le directeur des ressources humaines dans leurs bureaux.  La direction a annoncé le 29 mars dernier la fermeture de l'usine et les salariés demandent une prime de départ de 120 000 euros par salarié.
Samedi 24 avril
- L'intersyndicale d'Airbus a appelé les salariés à la grève afin de soutenir les revendications  qu'elle présente en matière de politique salariale, de conditions de travail et de reprise des embauches. Les syndicats soulignent qu'Airbus s'apprête à procéder à 800 recrutements  en Allemagne et s'alarment d'un possible transfert d'activités de Toulouse vers Hambourg.
Jeudi 29 avril
- Les deux cadres et l'avocat du groupe Trèves (équipement automobile), séquestrés depuis le 26 avril par les salariés de l'usine PTPM d'Aÿ (Champagne-Ardennes), ont été libérés. Opposés à la fermeture du site annoncée en 2009, les salariés se battent pour des conditions décentes de départ et pour la réindustrialisation du bassin d'emploi. La direction s'est finalement engagée à ouvrir des négociations et à verser une prime de départ significative. 

Henri Valois.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 08:30
Louis-Philippe                          
Le prince et le roi
 
de Munro Price
Mis en ligne : [2-05-2010]
Domaine : Histoire
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Munro Price, spécialiste de l'histoire du XVIIIe et du XIXe siècle français, a été professeur associé à l'université de Lyon. Il est actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford. Il a récemment publié:  The fall of french monarchy (Pan Books, 2003), The perilous crown (Pan Books, 2007).


Munro Price, Louis-Philippe, le prince et le roi, la France entre deux révolutions, Paris, Editions de Fallois, novembre 2009, 478 pages.


Présentation de l'éditeur.
L'enseignement de l'histoire en France a eu tendance à négliger la Restauration et la monarchie de Juillet, régimes jugés à contre-courant puisqu'au lieu de conduire la France à la République, ils la ramenaient à la monarchie. Passe encore pour la Restauration, imposée par les puissances en guerre contre Napoléon, mais en juillet 1830, alors que la République était à portée de main, elle avait été en quelque sorte confisquée par Louis-Philippe et ses partisans. Or c'est à une tout autre lecture que nous convie cet ouvrage. Son premier mérite est de rappeler aux lecteurs quelques idées simples, mais que, tout à notre habituelle conception révolutionnaire de l'Histoire de France, nous avons tendance à oublier. En premier lieu, cette période, et plus particulièrement la monarchie de Juillet, a été essentielle à la formation politique de la France moderne parce qu'elle a posé les bases du système parlementaire. Par ailleurs, elle constitue la seule véritable mise en oeuvre en France d'une monarchie parlementaire, les tentatives des débuts de la Révolution française ayant rapidement échoué. Enfin, la monarchie de Juillet fut le moment où le système politique français se rapprocha le plus du système politique britannique. Nul n'est mieux placé qu'un historien anglais pour nous le faire toucher du doigt, tout en nous montrant la contradiction entre l'anglophilie de Louis-Philippe et le manque de pragmatisme dont il fit preuve à la fin de son règne, si français et si peu britannique.  

Article de Benoît Gousseau. - Politique magazine, janvier 2010.
Louis-Philippe et la France. La chose est bien connue : la Restauration et la Monarchie de juillet sont des périodes négligées par nos manuels scolaires, parce que cette partie de la vie nationale vient contredire l'idéologie officielle du "sens de l'histoire" et qu'elle est interprétée comme un "retour en arrière" par rapport à la Révolution, la Terreur et l'Empire jugés porteurs de progrès. Les bouleversements de 1789, les crimes contre l'humanité de 1793 et la boucherie des guerres napoléoniennes ont toute l'indulgence des professeurs hexagonaux, pour qui l'histoire du XIXe siècle commence avec celle de la République, c'est-à-dire en 1875. Mais il n'en est pas de même pour l'école historique anglo-saxonne dont les meilleurs représentants, par pragmatisme d'observateur et en raison d'une immersion culturelle radicalement étrangère à l'idéologie gallo-républicaine, ont toujours porté un regard aigu mais serein, clinique mais critique, ouvert mais croisé, sur l'histoire moderne de l'Europe.
Munro Price est l'un d'eux. Actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford, il s'est penché avec une perspicacité inégalée jusqu'à ce jour sur les presque vingt ans de règne du dernier roi, sinon du dernier monarque français. En bon anglais vivant dans une monarchie parlementaire, c'est à l'aune de ce démocratisme tempéré si typiquement anglo-saxon, que Munro Price, qui fut professeur associé à l'université de Lyon, décrypte dans la monarchie de juillet la formation politique de la France moderne, notamment à travers une première réelle expérience parlementaire que l'anarchie révolutionnaire n'avait pas permise à la première République. Ce point de vue tout britannique explique sans doute l'absence de Bainville, Marie de Roux et Halévy dans les références bibliographiques proposées et qui témoignent, nonobstant, d'une érudition de haute volée.
La mise en perspective originale de la politique de Louis-Philippe repose ici sur la révélation, par l'auteur, d'une entente particulier entre le monarque et sa soeur Adélaïde et ce, dès leur jeunesse. L'anglophobie du  jeune prince après le drame familial, son engagement dans l'armée nationale, sa présence à Jemappes et Valmy, son voyage dans la jeune fédération des Etats-Unis d'Amérique, son mariage, son retour avec les Bourbon dès 1814, son action politique entre 1815 er 1830, son accession au trône et son gouvernement, tout est scruté à travers la correspondance qu'il entretient avec sa soeur. Le dépouillement de ces archives quasi inédites constitue l'apport le plus considérable à cette étude capitale. Le livre de Munro Price est d'ores et déjà une référence incontournable.

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 08:00
Haute-Isle
 
C’est là, cher Lamoignon, que mon esprit tranquille
Met à profit les jours que la Parque me file.
Ici dans un vallon bornant tous mes désirs,
J’achète à peu de frais de solides plaisirs.
Tantôt, un livre en main, errant dans les prairies,
J’occupe ma raison d’utiles rêveries :
Tantôt, cherchant la fin d’un vers que je construi,
Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui ;
Quelquefois, aux appas d’un hameçon perfide,
J’amorce en badinant le poisson trop avide ;
Ou d’un plomb qui suit l’œil, et part avec l’éclair,
Je vais faire la guerre aux habitants de l’air.
Une table au retour, propre et non magnifique,
Nous présente un repas agréable et rustique :
Là, sans s’assujettir aux dogmes de Broussain,
Tout ce qu’on boit est bon, tout ce qu’on mange
[est sain.
La maison le fournit, la fermière l’ordonne,
Et mieux que Bergerat l’appétit l’assaisonne.
Ô fortuné séjour ! ô champs aimés des cieux !
Que, pour jamais foulant vos prés délicieux,
Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde,
Et connu de vous seuls oublier tout le monde

 

desportes.jpg 

 

Nicolas Boileau (1636-1711). -  Epitre VI. (1676)


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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 10:40

Attitudes indignes 

Sur la crise grecque et sur les grandes manœuvres au sein de ce qu’on appelle encore (pour combien de temps !) l’Union européenne, que dire qui n’ait pas été dit et redit, y compris ici même, depuis des semaines ? Que l’Europe a la fièvre ? Mais il suffit d’ouvrir nos journaux : ils sont pleins de thermomètres en fusion ! La fébrilité des gouvernements et des milieux financiers y est scrutée, analysée, catégorisée jour après jour, degré après degré, reportée sur les mêmes courbes que celles qui mesurent la montée des taux d’intérêts consentis à la Grèce. D’ailleurs pour rien. Les commentateurs n’ont aucune nouvelle sérieuse à se mettre sous la dent et  se contentent de lever les bras au ciel en nous assurant que tout cela finira mal. On s’en doutait déjà. Depuis Lisbonne, et même, pour certains d’entre nous, depuis Maastricht !

Sur les premières leçons politiques à tirer de cette crise, nous renvoyons nos lecteurs à l’excellent billet publié lundi par Jean-Philippe Chauvin. Tout y est dit : l’indispensable soutien au peuple grec, l’attitude abjecte des Allemands, les mensonges déversés depuis tant d’années sur la soit-disante solidarité européenne, les masques qui tombent et qui ne laissent apparaître, en fait d’Europe, qu’un triste canton de la gouvernance mondiale où les pauvres, même grecs, sont traités comme des chiens. Tout y est dit et bien dit.

Deux mots, deux mots seulement, l’un sur l’attitude de la presse française, l’autre sur la morgue dont font preuve certains banquiers.

Avez-vous remarqué avec quelle suffisance les pisse-copies de la presse nationale traitent nos amis grecs, surtout depuis qu’ils sont à terre ? Pour Le Figaro, ce n’est qu’une demi-surprise : grecs ou pas, ce sont d’abord des pauvres après tout ! Quant aux Allemands, toujours si corrects … Pour Libération, rien d’étonnant, le journal appartient désormais aux banques et les banquiers, ces derniers temps, ne sont pas très grecs ! Pour Les Echos et La Tribune, c’est plus simple encore, ils ont toujours appartenu aux banques ! Mais Le Monde, Le Monde, notre cher journal genevois de langue française, d’ordinaire si attentionné pour la veuve et l’orphelin, l’aveugle et le paralytique ! Eh bien Le Monde n’a pas hésité, lui non plus, à verser dans la caricature et la facilité. Les politiciens grecs : tous corrompus ! La classe moyenne grecque : elle s’est gavée de fonds européens pour se payer des voitures et se livrer au farniente ! Les travailleurs en colère : ils sont aveuglés par leurs acquis ! Les jeunes diplômés : révulsés par leur pays de voleurs et de fainéants, ils ne rêvent que de partir ! Pour aller où : en Allemagne bien sûr ! Voilà ce qu’on pouvait lire ces derniers jours, à longueur de colonnes, dans le soit disant quotidien français de référence, au moment même où tout un peuple se débattait, presque seul, face aux vautours de la finance internationale. Même Bild sait faire parfois plus fair play et plus mesuré. Pauvre presse française, elle aura montré une nouvelle fois le peu de cas qu’elle fait de la liberté et la dignité. Il faudra un jour en refaire une autre, vraiment libre.

Quant aux banquiers, s’ils ont, eux aussi, la morgue un peu facile, il n’est pas impossible qu’ils la ravalent assez vite. Il y a en effet deux façons de régler ses comptes, lorsqu’on est un Etat en difficulté. La première, c’est de rembourser ponctuellement ses dettes et de réduire drastiquement ses déficits. C’est la seule que nos banquiers ont appris à l’école. Mais il en existe une autre, plus expéditive, qui consiste à ne plus rien rembourser et à décréter unilatéralement un moratoire sur son débit. C’est le droit le plus strict des Etats et certains, comme l’Argentine, en ont encore usé récemment. Qu’aurait à perdre la Grèce à agir de la sorte, si l’Allemagne devait réellement l’acculer à la faillite ? Et qu’auraient à perdre demain le Portugal, l’Espagne, ou l’Irlande si on les poussait aux mêmes extrémités ? La faillite de quelques banques anglo-saxonnes, allemandes ou françaises ? Pour les Etats, si leur souveraineté est à ce prix, cela n’a pas la moindre importance. Aussi peu d’importance que de voir des banquiers avaler leurs chapeaux, leurs cigares et se précipiter d’un gratte-ciel de Manhattan ou de Francfort. Quant tout va bien, les financiers sont persuadés d’être les maîtres d’un jeu qu’ils ont écrit et les nations, débonnaires, se gardent bien de les détromper. Mais quant les choses vont mal, il n’y a plus de jeu qui vaille à l’exception de celui, brutal, des nations. A la vitesse où les choses évoluent sur les marchés européens, certains créanciers de la Grèce devraient commencer à réprimer leurs sourires.

  François Renié.

 

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 13:40

Pierre Nora et l’identité française

  

La revue Le Débat publie, dans son dernier numéro, une remarquable étude de Pierre Nora sur « les avatars de l’identité nationale » (1). Il y traite à la fois de la façon dont cette identité s’est constituée, de la manière dont elle s’est transformée dans la période récente et des raisons du trouble qui l’affecte actuellement. Nous en extrayons plusieurs passages qui expriment la diversité et la complexité d’un sujet qui ne peut pas se réduire à la caricature qu’a voulu en faire le débat Besson.

Pierre Nora insiste en premier lieu sur les traits généraux du modèle français: ancienneté, continuité, unité, liaison avec l’Etat et rapport enraciné à l’histoire. Il y ajoute la diversité, facteur essentiel sur lequel nous insistions nous aussi il y a quelques mois à propos du débat sur « l’identité nationale » (Revue critique du 8 janvier 2010). C’est bien souvent le jeu des différences, des identités locales ou régionales, des cultures et des religions, voire des antagonismes, qui a forgé notre histoire, qui a fait et continue à faire à la fois sa richesse et sa singularité.

A ces caractères originaux il faudrait ajouter un catalyseur : les forces d’éclatement. Si paradoxal que cela puisse paraître, on peut soutenir que la France s’est aussi fondée sur les puissances de dispersion. L’appel à l’unité n’a, probablement, été si fort, si permanent qu’à cause des forces de disruption et de diversité que la France a comportées. La phrase dont on finit par ne plus savoir si elle est de Michelet, Paul Vidal de la Blache, Lucien Febvre ou  Fernand Braudel, le dit nettement : « La France est diversité ». » A mon sens, la France n’est pas d’abord diversité, elle est plutôt division : aucun pays sans doute n’est composé d’autant de pays, de peuples différents, de langues ou de réalités physiques différentes, de forces hétérogènes ; autant d’éléments inconciliables qu’il a fallu politiquement concilier, dans une permanence d’autorité étatique. Surtout, cette apparence de continuité a gommé la permanence des déchirements- Armagnacs et Bourguignons, guerres de Religion, Fronde, etc. -, comme la profondeur des ruptures que la France ancienne a pu connaître, le passage des Mérovingiens aux Capétiens par exemple, celui de la monarchie féodale à l’Etat royal, ou à la monarchie absolue.

Autre élément essentiel : la Révolution française. Elle marque, selon Nora, trois ruptures dans la perception de l’identité collective : temporelle, spatiale et sociale. Cette dernière rupture, sociale, c’est celle du Tiers Etat qui exclue de la nation les « ennemis de la liberté » : noblesse, privilégiés. Puis, graduellement, on marginalise ou on diabolise tout ce qui peut s’opposer de près ou de loin aux idées de la Révolution et de la République : clergé, paysannerie, milieux catholiques, cadres de l’armée ... Le ciment républicain de l’unité française, c’est d’abord l’ennemi intérieur, le déviant, le « mauvais patriote », puis, par glissement, l’ennemi extérieur à qui l’on fait la guerre  : 

La Révolution renforce d’abord la hantise de l’ennemi, qui est liée à la guerre et à la permanence de la guerre, peut-être plus forte et plus constante en France qu’elle n’a été dans aucun pays d’Europe. Ni l’Espagne, ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni l’Angleterre n’ont vécu d’une manière aussi intense, ni intériorisé la permanence de la guerre et, donc, la conscience militaire de soi.  La France a dû faire la guerre à tous les pays du monde, à part la Pologne et les Etats-Unis. Elle a vu des ennemis partout à l’extérieur et à l’intérieur. (…) Ce sentiment de l’adversaire est congénital à l’identité depuis la Révolution.  La disparition de la France contre-révolutionnaire, la victoire des Lumières sur la religion, le ralliement de la droite à la République ont été, à leur façon, puissamment générateurs d’un trouble de l’identité nationale. La République avait besoin d’ennemis. Comme disait de Gaulle : « La France est faite pour les grands moments et pour les grands périls ». Tout cela explique que la Révolution renforce l’idée d’identité qui devient convulsive en 1792 et 1793. C’est à ce moment là que se constitue toute la symbolique de l’unité. Le « salut public », la « patrie en danger » ont par exemple stimulé ce besoin juridique déjà bien ancré de garantir l’unité de la nation, ce réflexe autarcique du « seul contre tous », sur lequel repose beaucoup de l’imaginaire national. (…) C’est pendant la Révolution que l’appel permanent à l’unité est devenu un thème conjuratoire et obsessionnel.

Il est frappant de voir comment ce concept d’adversaire, d’opposant intérieur puis d’ennemi extérieur structure l’identité républicaine tout au long du XIXe siècle et jusqu’au XXe siècle. La laïcité à la française, si ambiguëe, si différente de celle des autres pays, en est une retombée directe. L’ennemi d’hier, c’était le chrétien et singulièrement le catholique, porteur d’une autre histoire que celle des Lumières. L’ennemi d’aujourd’hui, ce peut être le musulman, car comme l’indique Pierre Nora « l’islam dans son principe, ne faisant guère de différence entre le politique et le religieux, repose le problème que l’on avait cru résolu avec le christianisme ». Rien d’étonnant donc à ce que le rejet non seulement de l’islamisme mais de l’islam rassemble aujourd’hui autant de républicains des deux bords, des conservateurs jusqu’aux laïcs militants.

Mais, au-delà de la querelle religieuse, Pierre Nora a raison de souligner que ce qui est au cœur du malaise français depuis une trentaine d’années, c’est une forme de nostalgie du passé qui n’a plus prise sur le présent. La nation héritage, celle des historiens,  tendant à faire disparaitre la nation projet, celle des politiques :

Pendant une bonne trentaine d’années, des années 1940 aux années 1970, le gaullisme et le communisme, ces deux phénomènes symétriques, contradictoires et complémentaires, ont pu masquer la réalité. Ils ont pu, chacun à leur façon, entretenir l’illusion qu’une grande histoire et qu’un grand destin étaient réservés à la France. Tous deux  ont combiné à des doses variables, les deux thèmes majeurs dont l’entrelacement a tissé l’histoire de la France contemporaine, Nation et Révolution. Et à ce titre chacun a pu représenter une version concentrée, synthétique, plausible et prometteuse de l’histoire nationale. (…) La France ne s’est jamais vraiment remise de leur effacement simultané. La France se sait un futur, mais elle ne se voit pas d’avenir. C’est la raison du pessimisme des Français. Non pas un pessimisme individuel, mais collectif – historique, peut-on dire. (…) La nation selon Renan supposait la solidarité des deux notions dont nous vivons très précisément la dissociation : la nation comme héritage et la nation comme projet. Le passé qui n’apparaît plus comme une garantie de l’avenir et l’absence d’un sujet historique porteur : le noyau dur de la fameuse « crise » de l’identité nationale est là. Pas ailleurs.

Nous renvoyons là encore aux analyses developpées ici même en décembre et janvier dernier, ainsi qu’à l’entretien plein de finesse donné au Monde en novembre dernier par le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim (Revue critique du 23 décembre 2009) sur « la France par les rêves ».

La notion d’identité nationale va-t-elle progressivement s’éclipser au profit des nouvelles identités sociales, mémorielles ou patrimoniales qui émergent au sein de la société française ? Plus ou moins, nous répond Pierre Nora. Il est clair que ces revendications identitaires prennent du poids. Mais le paradoxe, c’est qu’elles nous renvoient souvent à une autre vision de la France, plus vaste, plus ouverte, plus généreuse aussi, que celle que nous a transmise le XIXe siècle. Et que c’est à cette France-là qu’elles souhaitent se rattacher:

Allons plus loin : elles étaient, elles sont à leur manière, une revendication de l’universalisme français contre une France infidèle à elle-même, rétrécie et, pour reprendre l’expression désormais consacrée, moisie. Il est pourtant impossible de ne pas remarquer combien ces revendications identitaires et mémorielles s’inscrivent à l’intérieur de la nation comme un appel à la reconnaissance. A part  les mini-nationalismes breton et corse – et encore… -, toutes résonnent, y compris les plus apparemment radicales, comme des demandes d’inscription au grand livre de l’histoire nationale. Il y faut le symbole, la loi, la Constitution, la parole officielle d’Etat.

Ce mouvement identitaire peut être une chance pour la France, pour peu qu’on sache le comprendre et l’accueillir. Le dialogue est déjà largement entamée entre chrétiens et musulmans. Attention, nous dit Pierre Nora, à ne pas tomber pour autant dans l’angélisme. La reconnaissance des identités a ses limites. Elle ne doit conduire ni aux dérives communautaristes, dont les Français ne veulent pas, ni au déni de l’histoire:

Autant ne pas prendre la mesure de la nouvelle revendication de ces identités mémorielles condamne à ne pas comprendre pourquoi et comment peut aujourd’hui se poser la question de « l’identité nationale », autant ne pas tenir compte du caractère mouvant, mobile, évolutif, conflictuel et en perpétuelle recomposition de ce champ de forces condamne à n’y intervenir qu’à l’aveugle.

Pour manœuvrer entre ces écueils, il nous faudra la sagesse de l’historien. Mais il nous faudra aussi l’œil du politique.   

Paul Gilbert.

 


(1). Pierre Nora, L'identité nationale et ses avatars, Le Débat, n° 159, mars-avril 2010

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 10:00

Les impasses de M. Moscovici

Fort de son succès aux dernières élections régionales, le PS vient d’établir son plan de campagne pour la préparation des échéances présidentielles et législatives de 2012. Il y aura bien primaires et on sait même qu’elles seront organisées à l’été 2011. Avec qui ? Selon quelles modalités ? On y travaille, répond la rue de Solférino, mais le processus sera dévoilé en son temps. Pas question de bruler les étapes et de relancer les combats de chefs qui usent la base et font perdre les scrutins les mieux préparés. L’heure n’est ni aux candidats, ni aux concours de beauté, ni aux controverses, elle est aux idées. Pour cette partie du travail politique, c’est Pierre Moscovici, l’éternelle tête pensante de la direction socialiste, qui est aux manettes. Le groupe d’experts qu’il préside, et qui remettra ses travaux fin avril, s’est attelé à une tâche difficile : épousseter le corps de doctrine du parti pour se concilier les nouvelles générations, plutôt écolos, sans pour autant faire fuir la base mitterrandiste. La première synthèse de ces travaux – un texte de 22 pages modestement intitulé « vers un nouveau modèle économique, social et écologique » – brasse large sans rompre réellement avec les vieilles lubies du socialisme à la française.

On ne se laissera pas impressionner par le recueil d’idées phares qui figurent en tête du manifeste. Qui n’applaudirait pas à l’idée qu’il faut donner « la priorité au long terme plutôt qu’à la tyrannie du court terme » ? Et qui pourrait ne pas se reconnaître dans des slogans tels que « le bien-être plutôt que le tout avoir », « les biens publics et la solidarité plutôt que l’individualisme », ou encore « la société de la création plutôt que celle de la fausse performance » ?  La philosophie d’ensemble, en revanche, est assez claire et procède d’une analyse plutôt juste de l’état du pays : après une décennie de libéralisme, de compétition et d’affrontement de tous contre tous, les Français aspirent à une société plus apaisée, plus solidaire, où les valeurs collectives retrouvent leurs places. Le modèle proposé s’efforce de conjuguer le meilleur des expériences françaises, du blairisme et des exemples scandinaves. On regrettera que le PS ne lui donne pas une perspective stratégique plus nette : rien n’est précisé sur la façon dont ce modèle doit se mettre en place, sur ses étapes indispensables, sur les rapports de force à faire évoluer, sur les alliances à tisser entre classe moyenne et défavorisée… Voilà pourtant des sujets de réflexion essentiels pour la gauche, si elle veut éviter de retomber dans les improvisations de la période Jospin.

Autre bonne surprise du document : l’accent mis sur le travail, sur les filières de production, sur l’innovation et la création comme moteurs du dynamisme économique et du changement social. Ici, l’inspiration vient visiblement de la « deuxième gauche » : on répudie les modèles macro économiques keynésiens ou post marxistes qui n’ont plus prise sur le nouveau capitalisme, pour rentrer dans la « boite » de la production et répondre aux demandes des salariés. L’importance donnée à l’industrie, aux petites et moyennes entreprises de production, l’instauration d’une sécurité sociale professionnelle – conjuguant les concepts de formation tout au long de la vie et d’assurance chômage généralisée - , la transformation du capitalisme par l’économie sociale, la participation des travailleurs à la décision, l’intéressement, l’orientation des politiques culturelles, de recherche, de formation et de la commande publique vers la création ne sont pas des idées complètement nouvelles mais elles ont le mérite d’être pratiques et d’avoir été testées ailleurs qu’en France avec un certain succès. Après tout, pourquoi ne pas les essayer ?

Ce que ne dit pas – ou peu - le document, c’est que la réussite de ce modèle ne va pas de soi. Elle suppose d’assez profonds changements dans la mise en oeuvre des politiques publiques, la conduite du changement social et le positionnement de notre économie face à la mondialisation. La remise en mouvement de la société française ne se fera pas par le haut, même s’il appartient à l’Etat de donner l’impulsion ; elle réclame une très vaste décentralisation, sans doute une régionalisation de l’action publique, et ce n’est pas un hasard si le modèle proposé par le PS a essentiellement fait ses preuves dans des pays décentralisés ou organisés de façon fédérale ; elle requiert également une autre vision du monde de la production, dans lequel les concepts de syndicalisme de masse, d’organisation par branche, de cogestion, voire d’autogestion ne sont plus tabous ; elle impose enfin des changements assez radicaux dans les sphères de la recherche de l’innovation, de la formation et de la création, où les modèles bureaucratiques ou dirigistes hérités du passé doivent céder la place à un monde universitaire et académique riche, vivant et libre.

De la même façon, il est illusoire de penser que de tels changements pourront se réaliser sous le bombardement intensif de la mondialisation, de la compétition sans frein et de la dérégulation financière. Pas de politique industrielle sans un minimum de protectionnisme à nos frontières ou à celle de l’Europe, pour permettre aux reconversions de se faire sans casse sociale et aux filières nouvelles d’émerger ; pas de filières nouvelles sans un contrôle public fort des banques et des établissements financiers si l’on veut durablement orienter le crédit vers l’investissement et vers l’innovation ; pas de développement durable sans la capacité de réglementer quant il le faut, d’interdire les modes de production non désirables ou d’encadrer très strictement les secteurs à haute valeur sociale comme l’eau, l’énergie, l’agriculture ou les transports. Or, sur tous ces points, le document du PS est muet ou, au mieux, évasif…

On comprend mieux ce mutisme lorsqu’on parcourt le reste du texte, consacré aux mesures d’application. C’est là que les choses se gâtent et que le bas blesse ! Les experts du PS, sans doute exténués par l’effort intellectuel qu’ils viennent de produire, n’ont pas trouvé mieux que de recycler les bonnes vieilles recettes : dirigisme, jacobinisme, fiscalisme, européisme, mondialisme… - Qui sera en charge de remettre la société en mouvement et de réformer l’économie ? Mais l’Etat bien sûr, avec ses ministères stratèges, ses préfets développeurs et ses banquiers publics innovants ! Il est impotent, impécunieux et ne comprend à peu près rien aux réalités économiques ? Qu’importe !  - Qui va rétablir la croissance, favoriser l’innovation et la création ? Une fiscalité plus juste et mieux répartie ! Elle ne corrige à peu près rien ? Eh bien nous la corrigerons ! -  Comment redresser notre industrie ? par des actions concertées au plan européen ! Les traités l’interdisent ? Nous y pourvoirons ! – Comment maîtriser la spéculation et la concurrence sauvage ? Grâce au G20 et à l’OMC ! Hélas, tout le reste est du même acabit. Lorsqu’il s’agit de passer des paroles aux actes, le PS est vite repris par ses vieux démons.

Répondant à une récente enquête de la revue Le Débat [1] sur « le déclin de la gauche occidentale », M. Moscovici conclue par le plaidoyer qui suit : « la dernière « vague » socialiste et sociale-démocrate en Europe s’est produite à la fin des années 1990, dans un contexte de forte croissance, grâce à un renouveau de l’offre partisane et de la communication politique. Elle n’a pas réussi, parce qu’elle est restée exagérément conformiste et s’est vite détachée de ses fondamentaux. (…) La gauche de demain ne sera pas une resucée de la « troisième voie », elle sera une nouvelle voie ou ne sera pas. La gauche, c’est vrai, est au pied du mur. Mais elle a son destin entre les mains. La discussion menée par Le Débat ne m’incite pas à renoncer. Elle montre au contraire les voies d’une rénovation difficile, mais inévitable et possible. C’est la mission de ma génération ». Force est de constater qu’entre cette belle ambition et les vieilles ficelles  du projet socialiste, il y a plus qu’un écart. Celui qui mène aux désillusions… et au discrédit. 

 Hubert de Marans.

  


[1]. Pierre Moscovici, Résister au déclin, Le Débat, n° 159, mars-avril 2010

 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 10:30
Lettres à Marilou                    

d'Alexandre Vialatte
Mis en ligne : [24-04-2010]
Domaine : Lettres
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Alexandre Vialatte (1901-1971) est l’auteur d’une douzaine de romans dont Battling le Ténébreux, Les Fruits du Congo, Le Fidèle Berger. Chroniqueur (notamment au journal La Montagne pour lequel il écrivit neuf cents chroniques), poète, traducteur de Nietzsche et de Thomas Mann, il fut aussi celui qui traduisit et fit connaître K afka en France. Publications récentes : Chroniques de la Montagne (Bouquins, 2000),  Chroniques des Arts Ménagers (Au Signe de la Licorne, 2001), Chroniques de Flammes et Fumées (Au Signe de la Licorne, 2001), Les Amants de Mata Hari (Le Dilettante, 2005),  Fred et Bérénice (Le Rocher, 2007).   


Alexandre Vialatte, Lettres à Marilou, Paris, Au Signe de la Licorne, octobre 2009, 120 pages.


Présentation de l'éditeur.
Vialatte amoureux. Telle est la raison de ce petit volume. C'est l'histoire d'un échec sentimental au sortir de sa vie étudiante, une aventure née en 1922 quand il dirigeait à Mayence La Revue Rhénane. Avec les stratégies de la correspondance amoureuse brillamment analysées par Pierre Jourde dans sa préface, beaucoup de Vialatte s'y retrouve : goût de l'Allemagne romantique et de l'Auvergne aux " chemins pavés d'améthyste ", intérêts littéraires et influences, dilection pour les personnages singuliers et les images.  

La critique de Jacques Aboucaya. - Service littéraire, janvier 2010.
Licorne d'abondance. Commençons par chanter le los des éditeurs de province. Qualifiés souvent de "petits éditeurs", certains sont l'honneur du métier. Parmi eux, "Au Signe de la Licorne", sis à Clermont- Ferrand. Son catalogue est exemplaire. Dominique de Roux y côtoie René Daumal, Maurice Barrès voisine avec Jean-René Huguenin, Jean Paulhan avec Jean Dubuffet et André Hardellet. Entre autres. Rien que du beau et du rare. Chaque volume est un bijou.  Alexandre Vialatte y a sa place depuis longtemps. Aujourd'hui, un Vialatte de vingt-et- un ans. Amoureux de sa dactylo rencontrée à Mayence en 1922. Il y travaille à la Revue rhénane. Elle s'appelle Henriette Maricou. Dans les mois qui suivent, il adresse à celle qu'il nomme Maricou, ou ma chère soeur, ou ma vieille Yetto, de vieilles cartes postales de son Auvergne natale. Et des lettres pleines d'une passion de moins en moins allusive. De déclarations emberlificotées. Vouvoiement et tutoiement alternent. Le ton bonhomme de la camaraderie laisse peu à peu place à celui de la passion. Peine perdue. Elle restera inflexible. Tout Vialatte est déjà dans cette correspondance. Celui des "Chroniques", des pirouettes, des raisonnements par l'absurde. De l'humour omniprésent. Mais aussi le chantre des amours adolescentes, empreintes de nostalgie. C'est dire l'intérêt de cette correspondance et de l'iconographie qui l'accompagne. "Je vous aime, parce que je vous aime". Voilà qui souligne l'inanité de toute justification. L'amour ne se prouve pas plus que l'existence de Dieu.  Il se vit ou on en meurt. Le grand Alex en a, Eros merci, réchappé.

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 08:00
Cannes

 

Près des monts d'Estérelle aux roches écarlates
Que les pas d'un héros ébranlèrent jadis,
Il est, sous le ciel pur, une tiède oasis
Où l'hiver voit mûrir les citrons et les dattes.

Devant ce golfe d'or aux courbes délicates,
Cannes respire. Alerte, elle joue au tennis
Ou regarde cingler, sur la mer de lapis
Vers les îles, le vol élégant des régates.

0 tumulte ! elle accourt et, d'une vive main,
Lance dans l'air oeillet, rose, muguet, jasmin ;
Touchée, elle sourit et rit quand elle touche.

Et le soir, enivrée aux parfums, aux couleurs,
Dans l'ombre d'une loge elle offrira sa bouche
Avec le même élan qu'elle jette ces fleurs.
 

 

Dufy3

Lionel des Rieux (1870-1915, mort pour la France à l'assaut de Malancourt). - La belle saison. (1906)

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N°1 - 2009/01
 
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