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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 10:00
Chanson
 
Laquais, que l'on me donne à boire,
Je veux m'enivrer aujourd’hui
Je veux que ce vin ait la gloire
D'avoir étouffé mon ennui;
Verse-m'en donc à tasse pleine.
Que je boive à perte d'haleine,
Douze ou treize coups seulement ;
Quiconque aime une fière dame
Jette de l'huile sur sa flamme
S'il pense boire sobrement.

O que cette boisson vermeille
Chatouille doucement le cœur ?
Je veux mourir, chère bouteille,
Si rien égale ta liqueur :
Tu vaux mieux cent fois que Sylvie,
Cette cruelle ôte la vie,
Et toi tu fais ressusciter ;
Aussi désormais l'inhumaine
Ne me doit plus causer de peine,
Car pour toi je la veux quitter.

Toutefois s'il faut qu'elle voie
Que je ne vis plus sous sa loi,
Comme c'est la plus courte voie
Pour tirer une dame à soi ;
S'il faut, dis-je, que cette belle
A mes premiers feux me rappelle
En me promettant guérison,
Souffre, bouteille, que je die
Que pour m'ôter ma maladie.

 

bacchus.jpg

 

 Charles de Vion Dalibray (1600-1650). -  Oeuvres poétiques (1650).

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 22:40

Opportunisme et confusion

Le congrès de la CFDT, qui s'est achevé hier à Tours, ne marque qu'une demi-victoire pour l'aile réformiste du syndicalisme français. Certes, M. Chérèque a été reconduit à une très confortable majorité au poste de secrétaire général (près de 87% des votes) et les instances dirigeantes de l'organisation restent largement entre les mains de ses partisans. Mais si l'on examine les motions votées, c'est un message de fermeté que la base a adressé à sa direction, au patronat et au gouvernement.

Sur les retraites, M. Chérèque a cherché à éviter les affrontements internes, en adoptant d'emblée une ligne relativement dure vis à vis du pouvoir. Fustigeant la précipitation de l'équipe Sarkozy, la fausse concertation et la stratégie des "ballons d'essais" qui distille la réforme dans la presse semaine après semaine, le patron de la CFDT s'est prononcé contre la suppression du seuil des 60 ans. Il a également marqué son refus d'une négociation au rabais qui se limiterait à un marchandage de contreparties, tout en étant plus ouvert sur un nouvel allongement de la durée des cotisations mais sous réserve d'un "vrai partage des gains d'espérance de vie et d'une possibilité de choix renforcée". Ce discours a un mérite, celui de la clarification :  la CFDT ne pourra pas être soupçonnée, comme en 2003, de faire le jeu de l'équipe gouvernementale. C'est pour cela qu'il a été très largement approuvé par la base. Pour autant, il ne change rien sur le fond et n'exprime aucune position originale et crédible sur un dossier qui est pourtant au coeur des préoccupations des Français.

Ainsi, la CFDT, tout comme d'ailleurs la CGT, fait le choix de se réfugier dans une attitude de pure affichage. Pas un mot sur la question pourtant essentielle du  financement des retraites et du partage de ce financement entre travail et capital au moment même où les principaux groupes français annoncent des bénéfices consistants. Pas un mot non plus sur la dégradation des conditions de travail, sur le climat de stress qui pèse dans les entreprises et qui conduit aujourd'hui les salariés à faire jouer dès que possible leur droit à la retraite. Quant à la situation des seniors et aux garanties et avantages qu'il conviendrait de donner à ceux qui accepteraient de rester plus longtemps au travail, il n'en fut pas plus question. Sur tout cela, un autre modèle pourrait être dessiné, discuté, enrichi, opposé aux propositions du gouvernement. Une mobilisation de l'ensemble des salariés deviendrait alors possible, y compris sous la forme d'une grève générale interprofessionnelle qui imposerait au pouvoir un autre cadre de discussion. En refusant de jouer leur rôle de contre-pouvoirs, d'assumer une confrontation idées contre idée, programme contre programme, bloc contre bloc, les deux grandes centrales syndicales prennent un double risque. Celui d'offrir au gouvernement actuel un boulevard pour imposer sa réforme. Et surtout celui de donner bonne conscience à la gauche pour ne pas y revenir, si elle est demain au pouvoir. Dans tous les cas, leur responsabilité politique sera considérable.

Sur les services publics, la direction de la CFDT a cherché à finasser : tout en condamnant formellement la Révision générale des politiques publiques (RGPP), elle n'excluait pas d'accepter des ajustements d'effectifs et de moyens dans certaines administrations Les congressistes ont clairement mis un terme à cette attitude confuse et là encore opportuniste. Ils ont  largement plébiscité les amendements qui appelaient à une attitude dure et résolue de défense du service public. Ce vote démontre à nouveau la phase de radicalisation dans laquelle les syndicats de fonctionnaires sont entrés depuis près d'un an face à un pouvoir qui ne raisonne plus qu'en termes comptables.

Le congrès de Tours a été également l'occasion de mesurer la vitalité de la CFDT. Après l'hémorragie militante provoquée par la prise de position sur les retraites en 2003 (on estime à 80000 le nombre d'adhérents qui avaient alors quitté la centrale), les effectifs ont recommencé à croitre pour atteindre aujourd'hui un peu plus de 800 000 cartes. On reste toutefois très loin de l'objectif de 1,2 million d'adhérents fixé par M. Chérèque en 2002. En outre, les choix stratégiques adoptés par la CFDT depuis les années 80 ont progressivement transformé la centrale en une organisation de militants et de permanents qui sont loin du terrain et qui cherchent d'abord à préserver l'appareil. Cette évolution est très perceptible également à la CGT et à FO. Elle explique pourquoi de nombreux conflits sociaux se sont déroulés ces dernières années sans les syndicats, et parfois même contre leurs mots d'ordre nationaux. Le patron de la CFDT veut visiblement changer de cap et privilégier à nouveau la proximité avec  les salariés et l'action locale. Cette directive sera t-elle vraiment suivi d'effet ? On peut en douter, d'autant qu'elle n'est pas  vraiment relayée au sein de l'appareil. Tant que l'on n'évoluera pas vers un syndicalisme de masse - ce qui suppose  l'adhésion obligatoire à une centrale, sur le modèle de certains pays d'Europe du nord - on n'arrivera pas à casser les dérives bureaucratiques et les jeux de pouvoir interne qui déconsidèrent les syndicats aux yeux des salariés français. Mais aujourd'hui, ni la CFDT, ni la CGT ne sont prêtes à cette "révolution dans le syndicalisme".

 

Henri Valois.

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 18:42
Ici l'Ombre...                          
de gaulle
 

Benoît Duteurtre cache bien son jeu. Dans son précédent roman, Ballets roses, il nous avait replongé dans cette France des années 50 où les hommes politiques étaient gentiment corrompus, les moeurs gentiment légères et les écrivains gentiment plein de talents. On y croisait, sous les ors de la Quatrième finissante, au milieu d'un tourbillon de jolies femmes, l'arrière grand-père de notre auteur en la personne du président de la République, René Coty, le mirobolant André Le Troquer, amateur de corps de ballet et de chair fraîche sur pointes, suivi par un quarteron de ministres défraîchis, et, selon les souvenirs qu'en garde Duteurtre, "des starlettes et des modistes devenues reines de Paris, une fausse comtesse roumaine, des politiciens grivois traînant dans les coulisses de l'Opéra, une République encore accrochée à son Empire, une justice paternaliste, des rues sombres et des maisons closes, des music-halls rive-droite où Maurice Chevalier et Damia chantaient encore, des cabarets rive-gauche où Brassens et Ferré chantaient déjà ; bref, ce monde en noir et blanc, si proche et si lointain, juste avant les bouleversements de notre modernité.»

Et puis, il y eût de Gaulle, et tout rentra dans l'ordre. Le président Coty rendit sa queue de pie, Le Troquer sombra dans l'oubli, les politiciens grivois, les starlettes et les comtesses roumaines prirent leur carte à l'U.N.R. et les Français se mirent au travail. Quant aux rues sombres, aux boîtes de nuit louches et aux maisons closes, elles firent les frais des opérations de rénovation. Paris se transforma en une ville propre et lumineuse, Malraux ravala les façades, les Halles prirent la forme d'un trou et La Défense finit plate comme une dalle. Benoit Duteurtre fait profession d'aimer cette époque, parce qu'elle fut celle de son enfance et qu'à partir d'un certain âge, vers cinquante ans, comme il le dit et s'en amuse lui-même, on regarde ses vertes années avec les yeux de l'amour. Et pourtant, son dernier roman, Le Retour du Général [1], n'est ni un roman de jeunesse, ni une chronique fétichiste des années gaulliennes.  Duteurtre est trop nostalgique pour chercher à faire revivre le passé, il préfère en rêver tranquillement, bien au chaud dans notre époque ennuyeuse. 

  A quoi peut bien rêver un jeune écrivain quinquagénaire dans un monde dominé par de petits cons déjà vieux ? A tout foutre en l'air, bien sûr ! A la révolution, évidemment. Mais pas à n'importe quelle révolution. Pour qu'elle soit vraiment drôle, il faut que cette révolution soit un peu réactionnaire. Et si les vraies révolutions, les révolutions révolutionnaires commencent toujours par de grands évènements, les révolutions réactionnaires ne se nourrissent  généralement que de faits anodins, d'histoires sans importance, de détails presque mesquins. Lorsque Duteurtre découvre un jour à la terrasse de son bistrot parisien préféré qu'on lui sert son oeuf mayonnaise couvert d'une sauce industrielle, c'est la révolte. Et lorsque le gargotier lui apprend qu'une nouvelle directive européenne interdit désormais les mayonnaise maison, son sang ne fait qu'un tour et c'est la révolution. De pétitions en protestations, de manifestations en émeutes, l'affaire de l'oeuf mayonnaise finit par provoquer l'effondrement de la République et... le retour du général de Gaulle. Les premières apparitions du Grand Charles ont lieu comme il se doit sur les ondes, mais cette fois ci sur les ondes de la télévision. Dans des interventions façon Radio Londres, le général pourfend les pouvoirs en place, dénonce l'Europe du renoncement et le capitalisme mondial et appelle les Français à la résistance. Son appel sera une nouvelle fois entendu. A l'issue d'élections régulières, où de Gaulle manoeuvre dans l'ombre, ses partisans arrivent au pouvoir. Et voilà le grand homme à nouveau à l'Elysée, avec Tante Yvonne.

Le meilleur du livre est évidemment ce qui s'en suit et que nous laisserons le lecteur découvrir dans le détail. Qu'il sache seulement, ce lecteur, que tout y est drôle et, pour mieux dire, réjouissant. La révolution gaullienne transforme la France en un pays de Cocagne, où la mondialisation n'existe plus, où les services publics fonctionnent sans concurrence libre et non faussée, où les Français n'ont plus honte de ce qu'ils produisent, de ce qu'ils mangent, du monde dans lequel ils vivent. L'Europe, l'OTAN, la veulerie oligarchique sont rejetés hors de nos frontières. En clair, la France se paye une sorte de mai 68 à l'envers, qui fait enrager le monde entier et qui prend, presque chaque jour, des airs de fête nationale. Comme toute les bonnes choses, tout cela aura naturellement une fin. L'ombre du général finira par disparaître, les nains reprendront le pouvoir et la France rentrera dans l'ordre du monde. Mais pour combien de temps ?

Faut-il en dire plus ? Que Duteurtre dessine parfaitement ses personnages, à commencer par lui-même en éternel jeune homme ? Que les dialogues qu'il invente entre de Gaulle et son entourage, que les discours qu'il fait prononcer au général n'ont rien à envier aux souvenirs d'Alain Peyrefitte ou de Michel Droit, en évidemment plus cocasses ? Que Duteurtre a du talent et qu'il est sans doute un des meilleurs de sa génération ? Mais on savait déjà tout cela. Qu'il continue donc à nous faire plaisir !

Eugène Charles.

 


[1]. Benoît Duteurtre, Le retour du Général (Fayard, 2010).


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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 08:47

La France qui se bat

 

Lundi 3 mai 
- La direction d'Airbus espère trouver un accord avec l'intersyndicale qui avait pris l'initiative d'une grève tournante, la semaine dernière, sur les sites de Toulouse, Nantes et Saint-Nazaire. Le conflit porte sur la hausse des salaires en 2010. Les syndicats réclament 3,5% d'évolution des salaires, ainsi qu'un plan d'embauche.
Mercredi 5 mai 
- L'équipementier automobile Delphi (groupe Steering) fermera son usine de Strasbourg (324 salariés) et son centre administratif de Tremblay-en- France (14 salariés) le 30 novembre prochain. Les neufs repreneurs pressentis se sont désistés.
 
- La société d'ascenseurs Otis est touché par une grève depuis le 30 avril. L'intersyndicale demande des augmentations de salaire. Lundi 3 mai, les salariés les salariés ont investi le siège du groupe à La Défense, où se déroulent des négociations tendues avec la direction du groupe.
- Le groupe d'ingénierie et de robotique ABB la suppression de 150 postes dans sa division, robotique  situéé à Saint Ouen l'Aumône (Val d'oise)
Jeudi 6 mai
- Le fabriquant de wagons, IGF Industries (ex Arbel Fauvet Rail) est mis en liquidation judiciaire. Des contacts sont engagés avec plusieurs groupes internationaux. L'entreprise emploie 230 salariés.
-  la société d'automobile Heuliez demande sa mise en redressement judiciaire. Les discussions se poursuivent avec des repreneurs, parmi lesquels l'homme d'affaires turc Alphan Manas, président du fonds Brightwell.   
Vendredi 7 mai
- La société Intergestion (articles de quincaillerie), basée à Ludres (Lorraine) est placée en redressement  judiciaire. Intergestion emploie actuellement 500 salariés dans ses sites de Lorraine, Pays de Loire et Picardie.
Samedi 8 mai
- Deux dirigeants de l'équipementier américain Molex ont été condamnés à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir consulté les partenaires sociaux préalablement à la fermeture en octobre 2008 de l'usine de Villemur-sur-Tarn (Haute Garonne).

Mercredi 12 mai
- La Société nouvelle de panification va fermer deux usines près de Gaillac (Tarn) et Niort (Deux-Sèvres) qui emploient actuellement 80 salariés.
Samedi 15 mai
- La dirigeante de la société Vigimark Surveillance, retenue par ses salariés dans les locaux de l'entreprise à Meulan (Yvelines) depuis le 12 mai, a été libérée. Alors que l'entreprise est sur le point d'être mise en liquidation, le personnel réclame des indemnités de départ décentes.  Des négociations viennent de s'ouvrir sous l'égide des pouvoirs publics. 
- Le chantier naval STX France de Saint-Nazaire annonce que l'armateur italien MSC vient de lui commander la réalisation d'un paquebot de croisière représentant cinq à six mois de travail. Les chantiers nazairiens n'avaient pas reçu de commande depuis 2007;
Lundi 17 mai
- La société Chalon Photochimie, filiale du groupe canadien Champion, implantée en Saône-et-Loire, est menacée de liquidation judiciaire. L'entreprise, qui fut la première à s'installer sur l'ancien site Kodak en 2006, emploie 85 salariés.
 Mardi 18 mai
 - La conserverie Gillet, propriété du groupe familiale Charles Christ, fermera ses portes fin juin, à Contres, près de Blois. La trentaine de salariés encore présents sur le site se verront selon la direction, proposé un reclassement. Les lignes de production seront regroupées sur le site de Conneré
Jeudi 20 mai
- Après beaucoup d'atermoiements, la société automobile Heuliez se déclare en cessation de paiement. Selon la direction, "cette solution va permettre d'examiner de manière tout à fait transparente un certain nombre d'offres". Parmi les nouveaux candidats à la reprise figure une société anglo-malaise Delamore&Owl. En revanche, l'homme d'affaires turc Alphan Manas s'est désisté.
Vendredi 21 mai
- La direction de Nutréa Nutrition Animale (aliments pour bétail)annonce qu'elle présentera dans les prochains jours aux partenaires sociaux un plan de sauvegarde de l'emploi. 72 suppressions de postes seraient envisagées sur les 490 salariés.
- Le groupe français d'arts de la table Arc International a annoncé  qu'il aura "un sureffectif de 962 salariés d'ici à la fin de l'année 2011 " sur son site  d'Arques (Pas de Calais). Selon le syndicat autonome (majoritaire), il s'agit bien de suppression de postes sans licenciements contraints. Le groupe entend améliorer les conditions de son plan de départ volontaire, favoriser la mobilité externe et renforcer ses efforts de revitalisa du bassin d'emploi.
Mercredi 26 mai
- Le groupe alsacien Lohr Industrie (construction de systèmes de transports, 1500 salariés)  annonce la mise en place d'un plan de sauvegarde de l'emploi portant sur la suppression possible de 150 postes. Le contexte difficile du secteur des transports explique cette décision. Le groupe a déjà connu près d'un millier de suppressions d'emploi dans les deux ans.
Samedi 29 mai
- La compagnie aérienne Corsairfly (ex Corsair, filiale de Nouvelles Frontières) a rendu public un plan de 380 départs volontaires parmi ses 1500 salariés. Corsaifly indique avoir subi une érosion de 13% de son chiffre d'affaires en un an.  

Henri Valois.


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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 10:30
Le croire pour le voir               
 
de Jean-Luc Marion
Mis en ligne : [6-06-2010]
Domaine : Idées 
Jean-Luc-Marion.gif

 

Né en 1946, Jean-Luc Marion est  philosophe. Titulaire de la chaire de Métaphysique à la Sorbonne et professeur à l'Université de Chicago, il  a été élu à l'Académie française le 6 novembre 2008 au siège du cardinal Jean-Marie Lustiger. Co-fondateur de la revue catholique internationale Communio, il dirige actuellement la collection "Epiméthée" aux Presses Universitaires de France. Il a récemment publié : Le visible et le révélé (Cerf, 2005), Au lieu de soi, l'approche de Saint Augustin (PUF, 2008), Certitudes négatives (Grasset&Fasquelle, 2010).

  


Jean-Luc Marion, Le croire pour le voir, Paris, Parole et silence, janvier 2010, 224 pages.


Présentation de l'éditeur.
La foi et la raison, dans le cas de la pensée chrétienne et plus particulièrement catholique, non seulement se contredisent aujourd'hui moins que jamais, mais la question même de leur supposé conflit n'a aucun sens et ne devrait même pas se poser. Peut-être peut-on perdre la foi (selon l'étrange expression reçue), mais sûrement pas parce qu'on gagne en raison. Il se pourrait que l'on perde en foi, parce qu'on imagine la raison incapable de comprendre une part - et une part décisive, la plus décisive même - de ce que notre vie nous fait expérimenter. Très vite, on fait la part du feu : la raison ne comprend pas tout, il faut donc admettre des espaces immenses qui restent incompréhensibles et irrationnels ; on les abandonne à la croyance et à l'opinion ; et, bientôt, on renonce définitivement à penser ce que nous avons déjà expulsé du champ du pensable. De ce sommeil de la raison, surgissent alors des cauchemars - idéologiques. Ainsi la séparation entre foi et raison, trop vite tenue pour allant de soi et toute naturelle, naît-elle d'abord d'un défaut de rationalité, de la capitulation sans combat de la raison devant l'impensable supposé. Mais si l'on ne perd pas la foi par excès de pratique de la rationalité, il se pourrait au contraire qu'on perde souvent en rationalité, parce qu'on exclut trop vite la foi et le domaine qu'elle dit ouvrir (en l'occurrence celui de la Révélation). Nous perdons de la raison en perdant la foi.

Recension de Gérard de Cortanze.
Service littéraire - avril 2010
.
Le Verbe et la Raison. Raison et foi se contredisent. C'est du moins ce qu'on nous enseignait au catéchisme. L'une et l'autre ne pouvant aller  l'amble. La raison, qui méconnaît les intérêts du coeur et n'emprunte qu'une seule voie, doit se dissocier de la foi qui est une sorte de folie et s'altère à son contact - et peut nous chaut alors de concéder que la folie ne gagne rien au contact de la raison. Remplacez "folie" par "foi" et le tour est joué. Aron prétend que toute foi nouvelle commence par une hérésie, et Amiel que l'homme de foi ressemble à s'y méprendre à l'homme sans foi. Certains font même de la foi une obscurité ou la consolation des misérables. L'opposition entre raison et foi est tenace.  Le grand Pascal énonce : "C'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison. "  Jean-Luc Marion, de par sa famille catholique et républicaine, de par ses études, d'ingénieur et de philosophe, est un homme de fidélités, un brouilleur de pistes, un réfractaire métaphysique qui refuse toute forme de capitulation. Après une vingtaine de livres et d'incessants voyages d'un bord à l'autre de l'Atlantique, il nous livre dans "Le croire pour le voir" une pensée nouvelle qui est comme une forme d'aboutissement, nous offrant au passage la possibilité d'un savoir nouveau, d'une renaissance, d'une redéfinition de notre rapport au monde. Dans son cheminement, j'entends Montaigne qui nous rappelle que la vraie raison loge dans le sein de  Dieu, et de nouveau Pascal qui nous met en garde : exclure la raison, n'admettre que la raison, voilà deux grands excès. C'est la belle proposition de Jean-Luc Marion : n'opposons plus la raison et la foi. C'est une évidence qu'on ne veut pas voir: la raison ne comprend pas tout et la foi peut trouver sa place dans une pratique de la rationalité. Des espaces entre l'une et l'autre existent : l'homme peut s'y révéler. Des zones sensibles où l'art existe, où la chair palpite, où des évènements surviennent. Mon grand-père italien, devenu français en pénétrant dans les tranchées de 14, y avait, me répétait-il souvent, utilisant cette étrange expression, "perdu la foi"; tout comme mon père, qui semblait avoir perdu la sienne dans les combats qui opposaient les Forces Françaises Libres, auxquelles il appartenait, aux Francs Tireurs  Partisans français d'obédience communiste...Je suis certain que cet ensemble, habité par la pensée rationaliste et la foi, leur aurait fait recouvrer une croyance en un Dieu qui pense juste, donc en l'homme.
 
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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 22:00

L'Europe d'Habermas et la nôtre.

 

A quelque chose malheur est bon. Dans la tourmente qui secoue aujourd'hui l'Europe et qui balaie toutes les idées reçues depuis le traité de Rome, la bouille effarée, stupéfaite, hagarde de nos intellectuels européistes est une sorte de rayon de soleil. Leur désarroi est réjouissant à souhait, réconfortant, et, dans le même temps, presque émouvant. Ils ont tout du dormeur qui s'éveille d'un long rêve et qui reçoit en pleine figure le choc du monde réel. Nos journaux sont remplis d'articles où des économistes, des écrivains, des politiques, des chroniqueurs en vue semblent remonter à la surface du monde. Leur étonnement, leur surprise devant la réalité telle qu'elle se dessine, l'intelligence qui leur fait saisir brusquement où ils sont, la façon presque mélancolique avec laquelle ils se débarrassent  des vieilles frusques du XXe siècle ont quelque chose de touchant.

L'aveuglement de ceux qui continuent à s'accrocher aux certitudes d'hier n'en est que plus triste. C'est qu'ils ont généralement une part importante de responsabilité dans les errements du passé, par leurs actions ou, le plus souvent, par leurs écrits. Tel est le cas du philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas. Sa pensée imprègne depuis plus de vingt ans tous les esprits qui révent de transformer l'Europe en une démocratie d'un type nouveau, débarrassée de ses racines nationale, uniquement fondée sur les notions de citoyenneté et de droit. Pierre Manent, Marcel Gauchet et, derrière eux, les penseurs de la nouvelle école française de sociologie ont fait justice de ces concepts fumeux qui séparent artificiellement la forme politique - ici la démocratie - et la communauté réelle - la nation - qui lui donne naissance. Il n'empêche que les idées d'Habermas ont séduit et qu'elles séduisent encore. L'adversaire n'est d'ailleurs pas médiocre, ses intuitions parfois justes et son procès de la démocratie représentative ou du nationalisme allemand généralement plein d'intérêt. Raison de plus pour écouter ce qu'il a à dire au moment même où ses rêves s'éloignent.

Le point de vue d'Habermas sur la situation actuelle est parfaitement résumé dans l'article qu'il a donné le 26 mai dernier au quotidien allemand Die Zeit et dont nous publions ci dessous de larges extraits. L'Allemagne de Merkel, cette Allemagne nationale, au prestige retrouvé, qui est présente, ce 9 mai, à Moscou pour fêter avec Poutine et le peuple russe la victoire sur le nazisme, voilà l'image qui ouvre le papier d'Habermas et qui marque sa stupeur. Car, à côté de l'Allemagne renaissante, il y a l'Allemagne médiocre, tatillonne, celle de la crise grecque, celle qui approuve de l'extrême bout des lèvres la création d'un fonds commun pour sauver l'euro. Quel contraste entre la photo de Merkel radieuse avec Poutine sur la Place Rouge et celle des dirigeants européens lors de la conférence de presse sur le sauvetage de l'euro ? "Cette photo grinçante fixe les visages de pierre de Merkel et de Sarkozy - des chefs de gouvernement éreintés, qui n'ont plus rien à se dire. Cette image deviendra-t-elle le document iconographique symbolisant l'échec d'une vision qui, pendant un demi-siècle, à marqué l'histoire de l'Europe de l'après-guerre ?" Voilà le décor planté, celui du drame qui hante aujourd'hui Habermas et ceux qui l'ont suivi dans ses pensées.

Et pourtant l'Europe solidaire s'est mise en place et elle fonctionne, nous dit Habermas.  Ne voit-on pas la Commission européenne multiplier les tours de table pour réunir les sommes colossales - 750 milliards d'euros - qui pourraient sauver la monnaie commune ? Ne voit-on pas depuis un mois la BCE racheter sur les marchés tout ce qui traîne en matière d'emprunts d'Etat grecs ou portugais ? Le fameux "gouvernement économique européen" n'est-il pas en train de se mettre en place ?  Et pourtant ...

Pourtant, pas une trace, nulle part,d'une quelconque conscience d'une rupture profonde. Les uns minimisent les relations de cause à effet entre la crise bancaire et la crise de l'euro, et attribuent exclusivement le désastre actuel à un manque de discipline budgétaire. Les autres s'acharnent à réduire le problème de la discordance des politiques économiques nationales à une question de gestion.

  De la même façon, se désole notre philosophe, la Commission de Bruxelles veut contrôler les plans budgétaires nationaux avant leur adoption, ce qui aurait été salué avec enthousiasme, il y a encore quelques années, par les dirigeants des pays membres. Aujourd'hui, point du tout. Les parlements rechignent, les opinions publiques grondent, les gouvernements font le dos rond. Un comble!  Et qui sont les premiers sur la brèche, les premiers à la barricade ? Les Allemands, les Allemands encore, les Allemands toujours!

Où est donc cette période de Cocagne, où les Allemands, au sortir de la seconde guerre mondiale, acceptaient de jouer les banquiers de l'Europe, les pères bienfaiteurs, sans revendiquer une once de reconnaissance ou de souveraineté ? Disparue et depuis longtemps, à supposer même qu'elle ait jamais existé ailleurs que sous le crâne de Jürgen Habermas. L'Allemagne réelle contre l'Allemagne rêvée, l'Allemagne qui a trahi le projet européen pour son projet national, voilà l'unique objet de son ressentiment :

Aujourd’hui, les élites allemandes jouissent de la normalité retrouvée de leur Etat-nation. Mais c’en est fini de la bonne volonté d’un peuple vaincu, y compris sur le plan moral, qui était contraint à l’autocritique, et qui était disposé à trouver sa place dans une configuration postnationale. Dans un monde globalisé, chacun doit apprendre à intégrer la perspective des autres dans sa propre perspective.Or, notre volonté d’apprendre est visiblement sur le déclin, comme le montrent les jugements rendus par la Cour constitutionnelle fédérale sur les traités de Maastricht [en 1993] et de Lisbonne [en 2009], des jugements qui se cramponnent à des représentations dépassées et dogmatiques de la souveraineté. La mentalité égocentrique, dépourvue d’ambition normative, de l’Allemagne, ce colosse tourné sur lui-même au milieu de l’Europe, ne garantit même plus que l’Union européenne sera préservée dans son vacillant statu quo.En soi, une évolution des mentalités n’est pas condamnable ; mais cette nouvelle indifférence a des conséquences sur la perception politique du défi actuel. Qui donc est vraiment prêt à tirer de la crise bancaire les leçons que le sommet du G20 à Londres a depuis longtemps inscrites dans de belles déclarations d’intentions – et de se battre pour elles ?

A force de refuser la réalité, M. Habermas finit par devenir injuste et aveugle. Oui, incontestablement, il y a en Europe un retour des Nations. Oui, sa puissance économique et sa légitimité retrouvée redonne des ailes à l'Allemagne, au point qu'elle cherche à imposer partout et, s'il le faut, par le truchement d'une Commission européenne et d'une Banque européenne qui sont à ses ordres, la défense de ses intérêts. Mais on ne suivra plus Jürgen Habermas lorsqu'il exonère les marchés de leurs immense responsabilité dans la crise actuelle, et qu'il finit par dire : "les bonnes intentions se heurtent moins à la “complexité des marchés” qu’à la pusillanimité et au manque d’indépendance des gouvernements nationaux". Là, nous ne sommes plus dans l'analyse et le commentaire, nous sommes dans le dépit et dans l'amertume!

De la même façon, M. Habermas perd pied lorsqu'il affirme, contre toute évidence : "Jusqu’à présent, dans aucun pays de l’UE, il n’y a jamais eu une seule élection européenne ou un seul référendum dont les enjeux ne se limitaient pas à des thèmes nationaux. Or, avec un tant soit peu de volonté politique, cette crise de la monnaie unique peut faire naître ce que certains ont un jour espéré que la politique extérieure européenne nous apporterait : la conscience, par-delà les frontières nationales, de partager un destin européen commun." Et Maastricht !  Et le référendum français de 2005 ! Et les référendums sur Lisbonne, là où ils ont eu lieu! Si l'on donnait aujourd'hui, librement, la parole aux peuples d'Europe, c'en serait fini au contraire de l'Union européenne et des rêves de Jürgen Habermas.

Les philosophies des hommes sont mortelles. Celle de M. Habermas a visiblement fait son temps. Ce sont d'autres idées qui permettront d'appréhender les bouleversements en cours, d'y mettre de l'ordre et de construire le destin européen commun qu'il appelle de ses voeux. Un destin qui s'appuiera davantage sur ces réalités que sont les nations, le génie des peuples, les valeurs de civilisation que portent chacun d'entre eux. Il n'en sera que mieux partagé.

Paul Gilbert.

 


[1]. Jürgen Habermas, Notre destin impose l'action, Die Zeit, 26 mai 2010. Texte à consulter ici

  

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 22:00
Rome et l'Occident                   
Gouverner l'Empire                       

sous la direction de Frédéric Hurlet
Mis en ligne : [31-05-2010]
Domaine : Histoire
Rome et l'Occident

 

 
Frédéric Hurlet est professeur d'Histoire romaine à l'université de Nantes et directeur de l'UER Histoire, Histoire de l'art et Archéologie. Il est membre du Centre de Recherche d'Histoire Internationale et Atlantique. Il a récemment publié : Les Empires, antiquité et moyen-âge. (P.U.R., 2008), Le principat d'Auguste (P.U.R., 2009).


Frédéric Hurlet (dir.), Rome et l'Occident, IIème siècle av. J.C. - IIème siècle après J.C., Gouverner l'Empire Paris, Presses universitaires de Rennes, novembre 2009, 528 pages.


Présentation de l'éditeur.
Cet ouvrage collectif étudie les relations multiformes qui se sont établies entre Rome et l'Occident depuis la création des provinces d'Hispanie en 197 av.J.-C. jusqu'à la mort de l'empereur Commode en 192 apr. J.-C. L'espace pris en considération comprend les îles de la Méditerranée occidentale (Sicile, Sardaigne, Corse), la péninsule Ibérique, la Gaule (Cisalpine exclue), la Germanie, les Alpes (provinces alpestres, Rhétie) et la Bretagne romaine. Au coeur des questionnements se trouve le mode de fonctionnement de l'Empire romain. La longue durée retenue - près de quatre siècles - permet de mieux saisir les évolutions qui se manifestèrent dans les régions occidentales en relation avec la conquête romaine et à sa suite, mais aussi les continuités que le passage de la République à l'Empire ne fit pas disparaître. Frédéric Hurlet a réuni une équipe internationale de chercheurs français, allemands et anglo-saxons. Dix-huit contributions ont été rassemblées pour analyser les différents aspects de l'emprise de Rome sur l'Occident dans une perspective qui mêle les approches thématiques et géographiques. Le manuel est divisé en deux parties. La première étudie les structures qui permirent à l'Empire romain de dominer un aussi vaste espace. On y trouve des synthèses sur la loi provinciale, les gouverneurs, l'armée, la circulation des hommes et de l'information, la fiscalité, le cens, l'exercice de la justice et la monnaie. La seconde partie adopte une perspective géographique en étudiant différentes régions de l'Occident dans leurs relations avec Rome. Quatre thématiques principales y sont développées : des synthèses régionales (Lusitanie, Trois Gaules), le statut des cités et des personnes (Gaules), la cité comme cellule de base de l'Empire (Bretagne, Germanie, Rhétie) et la religion (Germanie, Bretagne).

Recension. - L'Histoire, février 2010.
Gouverner l'Empire. On ne résume pas un tel livre, dont néanmoins on comprend sans peine que le fil rouge, pourtant presque jamais nommé, se nomme "romanisation". Comment Rome administre-t-elle ? Et comment les populations de l'Occident s'en accomodent-elles? Sans prétendre à l'exhaustivité, les auteurs font bien ressortir la variété des situations : la Lusitanie n'a pas grand-chose de commun avec la Bretagne fortement militarisée, la Gaule du Sud précocement dominée diffère des Germanies tardivement acquises et pacifiées. A travers dix-neuf contributions passionnantes, le lecteur acquiert la conviction qu'en effet la notion fourr-tout de "romanisation" est bien réductrice, et que mieux vaut voir dans le détail des interactions entre Romains et indigènes, dans le domaine de la culture, de la religion, de l'urbanisme, des hiérarchies sociales. Même l'étude de l'administration provinciale proprement romaine, maîtresse de l'impôt, de la justice, du cens, ne peut oublier que les cités, infrastructure locale souvent créée par Rome elle-même, possèdent une existence politique, expression du pouvoir et de la volonté des notables indigènes. Une somme nuancée et intelligente.

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 18:42
Sauvons la nécropole
des Rois de France !           
necropole-rois

 

Nos amis des Manants du Roi et du Cercle Hernani lancent une pétition en ligne pour sauver la basilique de Saint-Denis, nécropole de nos Rois et haut-lieu de la mémoire française. En cette année de la célébration d'Henri IV, il est inconcevable que la République s'associe aux festivités et que dans le même temps elle n'entreprenne aucune action pour restaurer Saint-Denis et le patrimoine royal. Signez, faites signer cette pétition,  faites connaître partout cette excellente initiative.

La Revue Critique.



Pétition en ligne : Sauvons la nécropole des Rois de France !

  A l'initiative des Manants du Roi et du cercle Hernani.


Peut-on sans inconséquence aimer la France et œuvrer à son rayonnement, en reniant dans le même temps les racines de son passé ? A cette interrogation, essentielle en ces temps où l’inconstance des convictions le dispute à l’incertitude des esprits, il est des renoncements qui en disent davantage que bien des discours.

La basilique Saint Denis abrite une nécropole où reposent 43 rois, 32 reines, des princes et des chevaliers, qui incarnent pareillement les mille cinq cents ans de l’histoire de France. Dagobert, Pépin le Bref, Hugues Capet, Saint Louis, François Ier, Henri IV, Louis XIV, tous les rois qui ont fait France y sont inhumés, dans un commun témoignage de la vocation fondatrice de la monarchie française. Plus que tout autre, ce lieu emblématique symbolise et récapitule, dans une continuité généalogique impressionnante, une histoire de France qui se confond puissamment avec la destinée de ses souverains, dont  beaucoup ont marqué à jamais notre imaginaire national.

Dans un heureux reportage paru dans son édition du 7 mai 2010, sous le titre alarmiste « La seconde mort des Rois de France », le Figaro Magazine nous fait découvrir l’état de délabrement avancé de ce prodigieux lieu de mémoire, laissé aujourd’hui à l’abandon dans la parfaite indifférence des pouvoirs publics. Sous l’effet des travaux de construction du RER B, qui ont profondément modifié le cours de rivières souterraines, le sanctuaire royal est miné par de redoutables infiltrations dont l’action irrésistible se conjugue aux désordres dramatiques nés autant de la dissémination sournoise des sels de salpêtre que de la pollution moderne.

Les conséque nces en sont épouvantables.La solidité des caveaux est gravement fragilisée et, atteints par une inexorable humidité, des cercueils, brisés, gisent éventrés, laissant sans protection leurs précieuses reliques…..

Signe de l’incurie patente du Ministère de la Culture, chargé de la conservation des lieux, aucun plan de sauvetage n’a été programmé pour préserver un site qui, par ailleurs, ne bénéfice plus, depuis vingt ans, des crédits budgétaires qui lui permettraient de financer la reprise d’un chantier de fouilles archéologiques, pourtant jugées prometteuses par tous les historiens. Conséquence logique de ces innombrables inerties, opposées dans la plus grande opacité : le projet d’inscrire la basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale au patrimoine mondial de l’UNESCO demeure plus que jamais en panne.

Que penser de tout ce gâchis ?

Tandis que nos amis russes redécouvrent lucidement la splendeur de l’histoire tsariste de leur pays, en mettant au cœur de leurs préoccupations contemporaines la protection d’un patrimoine historique monumental inséparable de sa dimension religieuse et que, outre-Rhin, nos voisins s’apprêtent à reconstruire à Berlin le Palais des Hohenzollern, en ne se dissimulant plus le rôle décisif de la dynastie impériale dans la construction de la nation allemande, la France tourne  manifestement le dos à une période insigne de son histoire, celle que l’on désigne communément sous le vocable d’Ancien Régime.

En vérité, ce n’est pas tant la France que ses élites qui, malmenant à ce point son identité millénaire, entendent abolir, dans une rage amnésique, un passé jugé encombrant, au nom d’une vision idéologique de l’histoire. Comment en l’espèce comprendre autrement la carence à agir dont, en effet, la rue de Valois fait preuve avec autant de constance, sinon par la volonté opiniâtre, qui anime inlassablement nos innombrables oligarchies, de détourner les Français d’une composante aussi essentielle de leur passé ?

Sur cette question, disons le tout net, une fois de plus : la France n’est pas née sous X en 1789 !! Les Français se doivent de le rappeler résolument, encore et toujours, et affirmer partout, loin de toute conception hémiplégique de leur mémoire, que l’Histoire de France ne saurait débuter aux prémices de la Révolution française.

Défendons le caractère indivisible de notre histoire, en désavouant dans ce registre toute manipulation intellectuelle, et manifestons notre indéfectible attachement au souvenir de la monarchie française.

Dans l’effort incessant des peuples à préserver et à transmettre l’intégrité de leurs identités séculaires, il est des querelles à affronter qui honorent un peuple et qui attestent, en son sein, d’une vitalité en rien défaillante. Le sauvetage de la nécropole des Rois de France est de ces combats valeureux.

Au rendez-vous permanent de leur histoire, il appartient aux Français de rappeler fermement à leurs devoirs les pouvoirs publics autant que l’ensemble des élus de la Nation, en les invitant à agir pareillement, sans plus tarder, afin de sauver définitivement cet extraordinaire berceau de la mémoire de la France.

L’auteur de ces lignes souhaite que cet appel solennel, qui a valeur de pétition, soit entendu, diffusé et soutenu auprès des Français, le plus largement possible.

Karim Ouchikh, Avocat
9 mai 2010


SIGNEZ LA PETITION EN LIGNE...

En lien avec
Le « Cercle Hernani »

http://cerclehernani.over-blog.fr/


Contact :
françoise.buyrebaud@laposte.net
 ou
cerclehernani@gmail.com


Téléphone: 06.76.83.42.75


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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 18:00
Spleen

Dans un vieux square où l'océan
Du mauvais temps met son séant
Sur un banc triste aux yeux de pluie
C'est d'une blonde
Rosse et gironde
Que je m'ennuie
Dans ce cabaret du Néant
Qu'est notre vie.

Fargue (Léon-Paul)

 Leon-Paul Fargue (1876-1947). -  Les Ludions. (1930).


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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 10:00
Un Tartuffe
 
Plus on connaît M. Bayrou, moins on l'aime. Les Français ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : après la présidentielle de 2007, il y a eu une sorte d'"effet Bayrou", on l'a vu sur tous les plateaux de télévision, on l'a lu à longueur de colonnes dans nos magazines et dans nos journaux  et, une fois ses idées mieux connues ou moins mal dissimulées, le résultat ne s'est pas fait attendre : chute libre dans les sondages, scores de plus en plus médiocres au fil des scrutins, crise ouverte au sein du MODEM, départ des nouveaux venus... C'est sans doute pour ces raisons que M. Bayrou a choisi, aux lendemains des régionales de mars, de prendre un peu de champ. Le temps de refaire son image d'homme providentielle et de régénérer son stock d'idées nouvelles, nous disaient ses proches. Le voilà qui reparaît sur la scène politique. Quid novi ?
Si l'on en juge par l'entretien qu'il a donné lundi dernier au Monde (1) , le résultat de la cure de silence est loin d'être probant. C'est en effet un Bayrou des plus conformistes qui nous parle des déficits, de la crise européenne et de la situation internationale. D'emblée, il se range dans le camp des rigoristes, des déflationnistes, des récessionnistes. N'a-t-il pas "inlassablement, depuis dix ans" décrété la guerre aux déficits publics et proposé qu'on les mette hors la loi ? Un bon référendum, interdisant à vie les déficits de fonctionnement, voila la réponse "pertinente" que propose M. Bayrou à la crise qui risque d'emporter les économies européennes. Assorti, bien entendu d'une bonne purge d'austérité.
Certains ne manqueront pas de lui faire valoir que la vertu budgétaire n'a que peu de choses à voir avec la situation qui nous préoccupe. L'Espagne, qui s'est voulu pendant dix ans le bon élève de l'Union en matière de finances publiques, n'est-elle pas passé en quelques mois d'un excédent confortable à un déficit abyssal sous l'effet de la crise? Et les Etats-Unis, champions du monde des déficits budgétaires depuis au moins trois décennies, ont ils cessé de dominer pour autant l'économie mondiale? D'autres rappelleront à M. Bayrou que, si déficit il y a, c'est sans doute davantage du côté des recettes que des dépenses qu'il faut regarder, que les niches fiscales qui font perdre à l'Etat près de 80 milliards par an au profit des plus favorisés, que les dizaines de milliards d'euros gaspillés en pure perte pour compenser les charges sociales d'une partie des entreprises sont plus à incriminer que le budget de l'éducation nationale, celui de la recherche ou de la défense. Que l'Etat dépense mal, qu'il investisse souvent à contre-sens parce qu'il est devenu trop gros et qu'il est mal géré est un fait, hélas trop avéré. Mais il est surtout un mauvais collecteur de la ressource, démagogue et clientéliste à souhait lorsqu'il s'agit d'exonérer, de faire des largesses, voire - comme on l'a vu avec la restauration - de récompenser sans scrupule certaines catégories d'électeurs !
De tout cela M. Bayrou n'a cure. Son combat n'est ni financier, ni politique. Il est d'abord moral. A quoi sont dus nos déficits ? A l'engouement des Français pour les dépenses, l'inflation, la facilité, répond très sérieusement le Béarnais. "Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets", "Dans la culture française, il y a l'idée profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme" "Pour moi, il est bon que notre pays ouvre les yeux devant la réalité". Voila enfin des idées nouvelles : les Français victimes d'eux mêmes, de leurs mauvaises moeurs, de leurs tares incurables, entre la danse de Saint Gui et les écrouelles : la dissipation, la prodigalité et le gaspillage. On n'avait rien entendu d'aussi neuf et d'aussi frais depuis... Pinay, certains diront même depuis Vichy !  Les millions de nos concitoyens qui se serrent la ceinture à la fin de chaque mois apprécieront !
Mais, si l'on suit M. Bayrou, comment nous libérer de tous ces mensonges qui nous ont fait tant de mal ? On ne peut pas dire, là encore, que ses réponses soient très innovantes. Il faut faire comme les autres : réduire les dépenses, les réduire et les réduire encore. Et revenir, s'il le faut, sur les avantages acquis. A cet égard, le Pyrénéen n'hésite pas à souligner ses convergences avec cet autre grand maître de la dissimulation et de la mystification politique qu'est l'actuel directeur général du FMI : "Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là!". On imagine le programme social d'un gouvernement libéral-socialiste comprenant Strauss-Kahn, Bayrou et Cohn-Bendit ! plus besoin d'opposition de droite pendant au moins vingt ans.
Outre M. Strauss-Kahn, M. Bayrou a deux autres modèles, plus classiques. L'Allemagne d'abord. L'Allemagne, à qui nous n'avons pas de leçons à donner : "Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière, Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schaüble, sont des dirigeants de grande dimension qui prennent légitimement en compte la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être, leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé dans l'inflation. Si on ne comprend pas cà, on ne comprend rien". Pauvres Allemands qui ne se sont toujours pas remis de la crise de 1929 et pauvre Bayrou qui croit encore à de pareils bobards !  Quant à la Commission européenne, l'autre modèle incontournable de notre démochrétien, elle a évidemment tous les droits, celui de se tromper sur tout, de n'être sanctionné sur rien et celui d'examiner si cela lui chante les budgets nationaux : "On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens français. Pourquoi pas aux partenaires étrangers ? Je souhaiterais pour aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de garantir la vérité sur les comptes des différents Etats". En commençant, cela va de soi, par les Français, qui sont non seulement jouisseurs, dépensiers et prodigues mais aussi menteurs comme des Grecs! 
  Il faut garder dans nos portefeuilles cet entretien de M. Bayrou. Au  cas où il nous arrive un jour, par extrême faiblesse mentale, par lassitude ou par distraction, d'envisager de voter pour lui ou pour l'un des siens. Nous en avons désormais la preuve : le bayrouisme, au delà des apparences et des coups de menton, est une imposture comme seule la démocratie chrétienne sait en mitonner. Une grosse dose de conservatisme, une louche de libéralisme et d'européisme, le tout recouvert d'une bonne couche de morale à deux sous. Soyons sûr qu'au prochaines échéances politiques on nous proposera cette affreuse mixture comme une alternative au sarkozysme, alors qu'elle en est le prolongement sous d'autres formes. Il nous faudra alors alerter l'opinion sur la réalité de ce nouveau Tartuffe et sur ses tartuffades. Mais, d'ici là proclamons haut et fort, en cette année de célébration d'Henri IV, que tous les Béarnais ont du talent... à l'exception notable de François Bayrou. 
 Hubert de Marans.
 

(1). François Bayrou : "Il faut consulter les Français par référendum sur les déficits", Le Monde. - 23 et 24 mai  2010.


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