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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 14:00
L'étrangère
 
En hommage à Laurent Terzieff 
 
Tu ne sais rien de ton passé. Tu l'as rêvé,
- Oui, sûrement tu l'as rêvé.
Je vois ton visage dans la lumière grise de la pluie.
Novembre ensevelit le paysage et ma vie.
Je ne sais rien, je ne veux rien savoir de ton passé.
 
Tes yeux me parlent de brumeuses villes lointaines
Que je ne verrai jamais
Et dont jamais je n'entendrai le son dans ta voix.
Novembre est sur toute mon âme,
Novembre est sur toute la plaine.
Je te vois inconnue à travers Autrefois.
 
Ce sont des choses depuis longtemps mortes,
- Mortes irrémédiablement -
Des musiques étouffées, des luxures flétries.
Je suis sûr que novembre est derrière la porte.
Je vois vivre en ton coeur ce que ton coeur oublie.
 
Ton âme est loin, bien loin d'ici. Ton âme étrangère
Est une nuit de brume,
De brume et de bruine sale sur les faubourgs
Où la vie a la couleur froide de la terre,
Où des hommes mourront, sans avoir connu l'amour.

milosz 2

 
Oscar Vladislas de Lubicz Milosz (1877-1939). -  Les Sept Solitudes. (1906).

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 22:00
Un prince du théâtre     
 
 
Si l'on chante un dieu,
Ce dieu nous rend son silence

Nul de nous ne s'avance

Que vers un dieu silencieux.

            Rainer Maria Rilke.
laurent terzieff 

 

Laurent Terzieff est parti vendredi, presque en silence, mais sa voix résonne à nouveau ce soir, haute et ferme, dans nos mémoires. Terzieff, c'est d'abord ce personnage de cinéma si particulier, à qui tout sourit et qui ne sourit à rien, c'est le jeune bohème indifférent  des Tricheurs de Carné, le révolutionnaire stendhalien de Vanina Vanini de Rossellini, l'officier désespéré du Désert des Tartares de Zurlini. C'est une pose de dandy superbe qui séduisit et fascina plusieurs générations de jeunes gens. Mais Terzieff, c'est aussi et c'est surtout un certain théâtre dont nous sommes ce soir orphelins. Ce théâtre des brumes slaves, germaniques, anglaises ou irlandaises dans lesquelles il aimait draper sa haute silhouette. Un théâtre de la vérité, où les hommes sont les hommes, jetés par hasard et malgré eux dans ce bas-monde mensonger et atroce, et où la dignité n'est bien souvent qu'au prix de la misère, de la folie ou de la mort. De Tête d'Or de Claudel à Henri IV de Pirandello, de Meurtre dans la Cathédrale d'Eliot à son dernier rôle dans Philoctète de Sophocle, c'est le même personnage que joue Terzieff, c'est  l'être complet en proie au tourment et au doute, sous le soleil de son créateur. Terzieff, c'est enfin une voix et un visage. Une voix pure, juste et sûre d'elle-même, celle des grands comédiens, celle aussi des hommes d'église et des professeurs. Et un visage qui portait, dans un curieux mélange, le regard clair de la jeunesse et les stygmates de la mort. Nous n'oublierons ni l'un ni l'autre. Requiem in pace.

Jean du Fresnois .


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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 10:00
Le laid Paris
   
L'enlaidissement de Paris est à l'ordre du jour. Mais ce n'est pas un programme à la portée du premier venu. M. Delanoë s'y est attelé, sans grand succès. Tout ce qu'il a déparé manque d'ambition : ni son Paris Plage, ni ses choix sculpturaux, ni ses garages à Vélib n'ont dénaturé d'un centimètre la perspective du Louvre, l'alignement des Champs Elysées ou le charmant dédale de la rive gauche. Il faut un esprit autrement plus délié pour dégrader Paris. C'est sans doute pour cela que le chef de l'Etat a décidé de relever le défi.
Il y a un peu plus d'un an, le 29 avril 2009, M. Sarkozy prononçait un grand discours à la Cité de l'architecture et du patrimoine devant un parterre d'élus modernistes, d'architectes à la page, d'entrepreneurs de génie civil et de promoteurs mondains. Sur une petite musique de Bouygues et des paroles d'Henri Guaino, il nous contait la fabuleuse histoire du Grand Paris, cette huitième merveille du monde à laquelle les Français auraient droit parce qu'ils avaient bien voté deux ans auparavant. "Nous allons bâtir la ville du XXIe siècle", prophétisait-il, sans emphase aucune, la ville post Kyoto, la ville post Grenelle, celle sur laquelle le soleil du développement durable ne se coucherait jamais. L'auditoire se pâma d'enthousiasme. Certains d'entre nous commencèrent à s'inquiéter.
La parole d'Etat a d'abord pris la forme d'une exposition permanente au Trocadéro. Une dizaine d'équipes d'architectes, parmi lesquels pas mal de vieilles gloires qui défigurent depuis vingt ans nos villes et celles de nos voisins, furent admises à présenter leur vision du chantier élyséen. "Imaginer la métropole de demain" était le mot d'ordre de la manifestation. Le résultat fut à la hauteur des espérances. Des millions de parisiens, de provinciaux ou d'étrangers défilèrent pendant des mois devant des maquettes sordides, des présentations sans âme, des plans, des dessins et des écrans où le plus laid côtoyait le plus ridicule. Rien, aucun projet qui puisse racheter les autres. Il est vrai que lorsqu'ils pensent à la ville du futur, MM. Rogers, Secchi, Grumbach,  Klouche, Nouvel ou Yves Lion rêvent à Tokyo la monstrueuse, à Brasilia, à Novossibirk, à Manhattan, aux tristes urbanisations de Marne-la-Vallée ou aux barres de Villeneuve Saint Georges, jamais à Paris. Même Christan de Portzamparc et Roland Castro, d'ordinaire mieux inspirés, produisirent d'affreuses copies.  Sans doute pour rester dans le ton. 
Mais on comprit très vite que ce musée des horreurs futuristes n'était destiné qu'à amuser la galerie. Pour donner forme à tous ces projets, aussi laids fussent-ils, il aurait fallu deux choses : du temps et de l'argent. Or on n'avait ni l'un ni l'autre. Exit donc la "Cité Heureuse" et ses architectes fous, on passa à des choses moins oniriques et plus roboratives. Le gouvernement commença par mettre Christian Blanc à la tête du Grand Paris, Christian Blanc et ses cigares, ses copains banquiers et ses amis promoteurs. Le projet prit très vite la forme et la qualité du béton armé: un métro automatique de 130 km de long, reliant entre eux quarante "territoires de projet", comprenez quarante zones d'urbanisation nouvelles, couvertes de cages à poules et de tours monstrueuses, façon Shanghai. M. Blanc prit son affaire très au sérieux. Les côtes des groupes de construction et de promotion flambèrent pendant quelques semaines en Bourse. Certains d'entre nous songèrent sérieusement à émigrer. 
Heureusement la réalité finit par reprendre ses droits. On expliqua à M. Blanc qu'il n'y avait pas plus d'argent pour son métro monstrueux que pour les rêves des architectes, et qu'il était uniquement là pour servir de vitrine et de faire-valoir à la liste de l'UMP aux régionales. On lui laissa la possibilité de faire une loi, ce qui n'engage à rien, et de la défendre au Parlement, ce qui n'engage guère plus. Les godillots firent leur travail, en votant ce texte virtuel il y a un mois. La droite a perdu les élections régionales, en Île de France comme ailleurs. M. Blanc, rattrapé  par sa passion pour les cigares, quittera prochainement le gouvernement. Pour sauver la face, le pouvoir organisera à la fin de l'année un "grand débat public" sur  son projet de métro automatique. Mais qui croit encore à la réalité d'un tel projet, à l'heure de la rigueur, et à vingt mois des présidentielles ! 
Il y a deux ou trois leçons générales à tirer de cette histoire, au-delà de son côté pantalonnade sarkozienne.
La première leçon a trait à l'aménagement du territoire. Dans ce domaine, tout ce qui vient de l'Etat, de ses ministres, de ses bureaux parisiens ou de ses préfets est à fuir. C'est vrai pour nos littoraux, pour nos montagnes, pour nos métropoles régionales comme pour la Région capitale. L'aménagement, l'urbanisme sont affaire de temps, de patience, de connaissance des hommes et des réalités locales. L'Etat jacobin, impotent et ignare, n'a aucune de ces qualités. Chez lui, tout doit être grand, gros et massif, là où la France a besoin de soin, de finesse et de mesure. Laissons l'organisation de l'Île de France entre les mains des élus et d'abord des maires, on verra naître une belle agglomération parisienne, comme il existe aujourd'hui une belle agglomération lyonnaise, lilloise ou strasbourgeoise, on verra aussi renaître des villes, de vraies villes que le gigantisme étatique a étouffé ou laissé de côté, Versailles, Meaux, Melun, Pontoise, d'autres encore... L'avenir de l'Ile de France, ce n'est pas la métropole fourre-tout, monstrueuse et indifférenciée que l'Etat nous dessine depuis quarante ans, c'est une belle marqueterie d'espaces urbains, ruraux, de douces forêts, de villes grandes ou moyennes organisées autour d'une communauté qui réconcilie enfin Paris et sa banlieue. 
La deuxième leçon concerne les rapports entre l'urbanisme et l'argent. Nos villes, nos bonnes vieilles villes françaises et européennes attirent chaque jour davantage les grands prédateurs. On dénigre nos agglomérations parce qu'elles restent à peu près à taille humaine, dans un monde où tout doit être grand pour rapporter davantage. Derrière le Grand Paris de M. Sarkozy, derrière les méga-tours de M. Delanoë, comme derrière le Grand Londres ou le Grand Berlin, se cache toute la voracité du système financier international. Les marxistes pensent qu'en économie capitaliste, la ville est le lieu où les surplus viennent s'investir et prendre la forme de rentes. Ils n'ont pas totalement tort. Lorsqu'on voit aujourd'hui le niveau des surplus financiers mondiaux, on peut se faire du souci pour nos villes.
Troisième leçon, argent et laideur vont de pair. On s'en doutait un peu, on savait que nos sociétés massifiées et démocratisées avaient tendance à faciliter le mariage du pognon et du béton. L'affaire du Grand Paris nous le confirme une fois encore. Que le promoteur, le banquier ou le politicien dénaturé trouvent aujourd'hui leurs cautions intellectuelles chez certains architectes, certains urbanistes ou certains ingénieurs est un signe des temps. C'est pourquoi  la révolution que nous appelons de nos voeux n'est pas seulement sociale ou politique; comme le pensait Renan il y a près d'un siècle et demi, elle devra prendre aussi la forme d'une puissante réforme intellectuelle et morale. Travaillons-y d'urgence.  
  Claude Cellerier.
  
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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 12:56

Eté 2010
Faut-il sauver
la social-démocratie ?
 

Les idées et les livres

- Les satrapes et les voyous, par Hubert de Marans  [lire]
La préciosité est de retour. Madame de Lafayette trouve à nouveau le chemin du coeur des enfants du siècle et Honoré d'Urfé, si oublié, est à la mode. L'occasion de retrouver un charmant texte de Pierre Gilbert publié en 1910 et qui n'a pas pris une ride. Eternelle jeunesse de l'amour courtois.

- Faut-il sauver la social-démocratie ? textes présentés par Paul Gilbert.  [lire]
L'affaiblissement de l'empire américain, l'émergence de la Chine, de l'Inde et du Brésil, le réveil de la Russie et la perte de confiance dans la construction européenne commencent à dessiner les contours d'un autre monde, sans puissance hégémonique, où le jeu s'ouvre à nouveau entre les peuples. Cette réalité, que la crise financière internationale rend soudain parfaitement visible, a été imaginée et pensée depuis une dizaine d'années par des groupes d'intellectuels venus de toutes les disciplines. L'avenir qu'ils anticipent est celui d'un retour des nations. 

- Le dimanche de Bouvines, par Jean Longnon.  [lire]
En 1663, François Le Tellier, marquis de Louvois, devient secrétaire d'Etat à la guerre. Ingénieux, organisé, doté d'une énorme puissance de travail, il permet en vingt ans à Louis XIV de réformer les armées et de faire de la France la première puissance militaire d'Europe. Malgré l'incendie du Palatinat et les dragonnades, dont il ne fut pas seul responsable, son bilan est impressionnant et les effets de sa politique se feront sentir jusqu'au milieu du XIXème siècle. Portrait d'un homme d'Etat.

- Visages de Barrès, par Eugène Charles.  [lire]
En 1663, François Le Tellier, marquis de Louvois, devient secrétaire d'Etat à la guerre. Ingénieux, organisé, doté d'une énorme puissance de travail, il permet en vingt ans à Louis XIV de réformer les armées et de faire de la France la première puissance militaire d'Europe. Malgré l'incendie du Palatinat et les dragonnades, dont il ne fut pas seul responsable, son bilan est impressionnant et les effets de sa politique se feront sentir jusqu'au milieu du XIXème siècle. Portrait d'un homme d'Etat.

Villa d'Este, de Gabriel Faure.  [lire]
Et si La Fontaine avait mal tourné? Et s'il avait ajouté à ses vers, à son goût du libertinage et de la paresse, la rapine, le brigandage et le larcin. Qu'on se rassure : dans ce petit pastiche très XVIIème siècle, Jules Lemaître veille au grain et notre Jean reste dans les immoralités convenables. A déguster.

- Le jardin français, poèmes de J. Dyssord, P. Drouot, J. de la Ville de Mirmont. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Crise en Italie. - Le laid Paris. - Total.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Jeunisme littéraire. - Dumas. - Bernanos. - Un prince du théâtre.

- Idées et histoire par François Renié.
Réinventer la Perse. - Sur Georges Sorel.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
La fin du Monde. - Vacances de papier.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Les intellectuels, le peuple et le ballon rond (Jean-Claude Michéa). - Accélération (Hartmut Rosa). -  La méthode des études de notre temps (Giambattista Vico). - A mes prochains (Antoine Blondin). - Le corps de la France (Michel Bernard). - Montalembert et l'Europe de son temps (Marguerite Castillon du Perron). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:14
John-Antoine Nau
(1860-1918)
 
John-Antoine Nau, de son vrai nom Eugène Torquet, nait de parents français à San Francisco le 19 novembre 1860. Sa famille était originaire de Bolbec, en Normandie. Il arrive en France très jeune, avec sa mère, restée veuve. Il fait ses études au lycée du Havre puis à Paris. Dès 1881, il s’embarque comme timonier à bord d’un voilier pour les Antilles et Haïti. Rentré en Europe en 1886, il commence une existence errante qui durera trente-deux ans et le mènera à Malaga, aux Canaries, aux Baléares, en Corse, dans le midi de la France, en Espagne et en Algérie. Il reçoit en 1903 le premier prix Goncourt pour son roman Force ennemie. Il meurt à Tréboul (Finistère, le 17 mars 1918. Il a collaboré aux Ecrits pour l’Art, à la Revue Blanche, à la Plume, à Vers et Prose, et à La Phalange.
John Antoine Nau est l'un des poètes les plus neufs de sa génération. Il a découvert un symbolisme nouveau : celui de la couleur. Et la couleur chez lui est une musique. Jean Royère, son biographe et son annonciateur, à qui l'on doit la publication de ses œuvres posthumes, le considère comme un créateur au moins égal à Baudelaire. « S’il y a un lyrisme aux épices et un exotisme vanillé, dit Henri Clouard, c’est bien la poésie de Nau qui en porte la cargaison ».
 
Au seuil de l'Espoir (Vanier, 1897); Hiers bleus (Messein, 1904); Vers la fée Viviane (La Phalange, 1908); En suivant les goélands (G. Crès, 1914); Poèmes triviaux et mystiques (Messein, 1924).
 
 
 
Sur l'arc vert...
 
Sur l’arc vert de la plage apaisée
Où le matin mélodieux descend,
Ta maison pâle entre les palmes balancées
Est un sourire las sous un voile flottant.

Ces longs stores sont des paupières affligées;
Des fleurs se meurent dans la nuit des banyans,
Des fleurs du violet velouté si souffrant
De tes doux yeux couleur de pensée.

Ces lourds parfums égarants, confondus,
Des bosquets fragrants comme des temples d’Asie…
… Brouillards embaumés sur l’horizon défendu ?

Est-il vrai qu’il soit cruellement revenu,
Cédant à quelque nostalgique fantaisie,
Trop tard, le trop aimé que tu n’attendais plus ?
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), Hiers bleus (1904)
 
 
La goélette
 
La femme rude, à l'air hagard, aux yeux meurtris,
Qui regarde, penchée à sa haute fenêtre,
Le port, gouffre étroit dans les rocs fauves et gris,
Puis le ciel floral où des étoiles vont naître,
L'exquis et triste vol des goélands dans l'air,
Le doux adieu lilas des falaises voisines,
Les clochers roses qui veillent sur les collines.
Et la ville, au grand jour dure neige de pierre,
Qui darde maintenant sa flèche incarnadine
Vers les nuées où glissent des formes changeantes,

La femme navrée aux prunelles expectantes
Dont le regard, obstinément revient au port,
Ne voit plus, sur les courtes vagues mutinées,
La noire goélette roulant bord sur bord
Ou se cabrant en virevoltes forcenées,
Comme prête à briser la chaîne qui la tient
Mouillée à l'abri des récifs grondants, mais bien
Une âme sombre qui bondit, emprisonnée.
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), Vers la Fée Viviane (1908).
 
 
Plages
 
Il en est d'un blanc pur, brillant, presque argenté;
J'en sais d'un noir roux de feu mort,
Enfers près des candeurs mourantes des jetées;
J'en sais d'or — et d'ajoncs — sous le ciel vert du Nord,
Bosquets nains, micacés par les vagues heurtées.

Et la plage rose, à l'aube incarnat,
Parterre en sable fin, je la suis comme en rêve,
Longue, longue, sous le ciel de grenats !
Et les bulles d'écume en pâles rubis crèvent
Sur la douceur florale de la grève,
Sur la plage rose à l'aube incarnat.

D'autres s'incurvent sous l'enlacement des branches
Flagellées par le vent salin, —
— Dansez, feuilles et fleurs, aux plis des mousses blanches! -
Frigide, un autre dort sous un ciel hyalin,
Dans les parfums brefs, sous les bises franches.

Et la lointaine, si voilée au crépuscule, —
Dont le fier horizon strié d'or violet
S'apaisait lentement sous des brumes de tulle,
La rouge où le sang du soleil coulait,
La blonde où la grotte ouvrait un mauve palais, —
Et la lointaine, si voilée au crépuscule!

J'en sais une douce et tiède, un miroir
De rêves gris et de mélancolies,
Où de tristes beaux yeux se mirèrent un soir
Et qui reflète un si douloureux désespoir
Dans les vagues remous de ses nacres pâlies !
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), En suivant les Goélands (1914)
   
 

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 10:00
Les satrapes et les voyous
 
     Le choeur . - Où sont tous vos amis fidèles? Où sont tous vos satrapes?...
Eschyle, Les Perses.

 

"Affaire après affaire, le poisson pourrit par la tête", pronostiquait en début de semaine le député vert Noël Mamère. C'est en effet ce que confirme notre odorat. On assiste à l'évidence à la fin du sarkozysme, cette maladie de la droite française. Mais le malade empeste et les effluves pestilentielles, qui s'étaient déplacées pendant quelques jours dans la banlieue du Cap, ont  regagné les bords de la Seine. La presse, ou du moins celle qui a compris que le vent tournait, s'en donne à coeur joie. L'Assemblée nationale n'a pas voulu être en reste et la séance des questions s'est transformée, mercredi, en marché aux poissons napolitain. M. Woerth, d'ordinaire si sûr de lui, blanchissait au banc du gouvernement. M. Fillon tenta une sortie mais ses propos, trop convenus, n'ont convaincu personne. L'ombre de Mme Bettencourt et de ses comptes en Suisse plane désormais sur les débats et chacun sent bien qu'avec l'affaire Woerth-Bettencourt, on a franchi une étape dans la décomposition du pouvoir.

Tout cela met en lumière la double nature du sarkozysme. Nous avions affaire jusqu'à présent aux voyous. Aux cigares de tel ou tel ministre, aux logements de fonction mis à la disposition des familles de tel ou tel autre, aux doubles appointements d'une ex-membre du gouvernement, à la voiture de fonction d'une autre, aux salaires de nabab d'une présidente de Haute Autorité, aux passe-droits attribués à tel ou tel enfant du "prince"... Nous étions en face d'une première réalité, celle d'une frange assez malpropre de la bourgeoisie française, d'une bande de nouveaux riches venue des marges de la politique-spectacle, du showbiz  et du monde économique, habituée à taper dans la caisse et à considérer le pouvoir comme sa propriété. On savait par avance que lorsque cette bande quitterait le gouvernement, il faudrait recompter les chandeliers, les rince-doigts et les petites cuillères dans les ministères ! Mais ce n'était pas à proprement parler une affaire d'Etat.

Avec le dossier Woerth, on est peut-être en face d'autre chose. De quelque chose d'évidemment plus grave et qui tendrait à penser qu'on a utilisé l'Etat, non plus pour les futilités de quelques ma-tu-vus, mais au profit de tout un système. Qui est en effet M. Woerth ? Le trésorier de l'UMP, comme il fut pendant des années celui du RPR.  Et qui est Mme Bettencourt ? Une des principales sources de financement de la droite française depuis des décennies. Un sponsor de poids, à qui on peut être tenté de passer beaucoup de chose, y compris des aventures helvétiques. M. Woerth a-t-il eu cette tentation ? La suite le dira. A-t-il été le premier à se retrouver devant cette tentation ? Certainement pas. Mais l'affaire tombe mal. Au moment où l'on annonce à des millions de Français qu'il va falloir se serrer la ceinture, comment peut-on accepter que certains contribuables fraudent aussi ouvertement le fisc ?  Au moment où le même Woerth brutalise des millions de Français sur les retraites, comment expliquer le sort particulier fait à quelques uns ? Ce qui apparaissait déjà comme une injustice avec le bouclier fiscal, apparaît aujourd'hui comme une erreur politique majeure avec le dossier des comptes Bettencourt. Et chaque jour qui passe semble montrer qu'entre les uns et les autres, les relations n'étaient pas de pure convenance. Là nous risquons bien d'être dans l'affaire d'Etat.

Si tout cela devait se confirmer, une autre réalité du sarkozysme serait alors définitivement mis à jour: celle des satrapes. C'est-à-dire d'un réseau d'hommes liges qui veillent aux intérêts du pouvoir. La presse, depuis trois ans, s'est fait l'écho de faits troublants. Les millions retrouvés de M. Tapie, l'étrange confusion des genres née de l'arrivée de M. Proglio à la tête d'EDF, les bonnes fortunes de M. Mestrallet et de son groupe à GDF, les milieux immobiliers qui s'agitent avec gourmandise autour de la Défense ou du dossier du Grand Paris, l'empressement à libéraliser le marché des jeux en ligne pour le plus grand bonheur de M. Courbit et de ses amis, la ténébreuse affaire de la revente de la régie publicitaire de France Télévisions, où l'on retrouve encore, semble-t-il, l'ombre de M. Courbit, celle de M. Minc et de M. Guéant,  l'incontournable secrétaire général de l'Elysée... Voilà bien des d'éléments qui, mis bout à bout, pourraient laisser penser qu'il existe une volonté de mettre l'Etat en coupe réglée. Il n'y aura pas trop de deux ans pour démêler la pelote de ces réseaux,... s'ils existent.

L'accaparement de l'Etat par quelques uns - partis, groupes d'intérêts,... - est un risque permanent de nos républiques. Sous Giscard, sous Mitterrand ou sous Chirac, des soupçons ont existé, ils atteignent aujourd'hui des sommets. A l'heure où l'imagination est au pouvoir en matière institutionnelle, où l'on parle de VIe République, de démocratie participative, de cumul des mandats ou de réforme du Sénat, la première demande des Français, c'est l'indépendance de l'Etat. Si la Ve République, qui a été créée en grande partie pour cela, n'est plus en situation d'apporter cette garantie, il faudra bien un jour imaginer des solutions plus durables et plus expéditives.

  Hubert de Marans.

  

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 10:30
Lectures                                    
Chroniques du New Yorker             
 
de George Steiner
Mis en ligne : [22-06-2010]
Domaine : Idées 
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Né en 1929, George Steiner est essayiste, critique littéraire et philosophe. Il est l'auteur de nombreux essais sur la théorie du langage, la traduction, la philosophie de l'éducation, la philosophie politique... Esprit européen, s'exprimant aussi bien en anglais, qu'en français ou en allemand, détenteur d'une imense culture, George Steiner est membre de la British Académy. Il a récemment publié : Une certaine idée de l'Europe. (Actes Sud, 2005),  Les Livres que je n'ai pas écrits. (Gallimard, 2008), Ceux qui brûlent les livres. (L'Herne, 2008), À cinq heures de l'après midi.(L'Herne, 2008). 

  


George Steiner, Lectures. Chroniques du New Yorker, Paris, Gallimard, mars 2010, 404 pages.


Présentation de l'éditeur.
George Steiner a écrit plus de cent trente articles pour le prestigieux magazine américain The New Yorker entre 1967 et 1997, et il est incontestable que son érudition exceptionnelle y trouve une expression particulièrement brillante et divertissante. Le présent volume en offre un choix significatif et nous permet de suivre l'intellectuel européen dans son intérêt pour des thèmes ou personnages extrêmement divers. Que ce soit le destin d'Albert Speer - son amitié avec Hitler, son rôle dans le régime nazi, puis son long emprisonnement dans la prison de Spandau - ou la singularité du roman 1984 de George Orwell, devenu une véritable jauge de l'évolution de nos sociétés, ou encore l'histoire d'Anthony Blunt - grand critique d'art, spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle, conseiller de la reine d'Angleterre, et espion pour le compte de l'Union soviétique -, George Steiner raconte et analyse tout à la fois. Anton Webern, Graham Greene, Thomas Bernhard, Vladimir Nabokov, Samuel Beckett, Louis-Ferdinand Céline, Walter Benjamin, Cioran, Claude Lévi-Strauss, Hermann Broch, André Malraux, Michel Foucault ou Paul Celan - pour ne citer qu'eux - donnent lieu à d'autres développements passionnants, vifs et nuancés. Ainsi rassemblés dans un recueil pour la première fois, l'ensemble nous offre un formidable condensé de la pensée du grand George Steiner.  

Critique de Antoine Perraud.
La Croix - 19 juin 2010
.
L'oeil orfèvre. L'écrivain, universitaire et critique George Steiner, né à Paris en 1929, d'origine juive autrichienne, ayant grandi aux États-Unis d'Amérique et vivant en Grande-Bretagne, apparaît comme un humaniste pluriculturel de la Renaissance, fort moderne pour autant. Il fut ainsi le premier talent chassé par une presse en crise désormais incapable d'attirer à soi les meilleurs esprits. C'était en 1997. Le New Yorker se privait de ses services, malgré trente années d'une production exceptionnelle. Parmi les quelque cent trente chroniques publiées dans le magazine à la fois exigeant et chic d'outre-Atlantique, en voici vingt-sept qui donnent idée de l'art d'un esprit encyclopédique, moqueur, partageur, amoureux du beau et du vrai, au jugement à la fois sûr et anticonformiste, lorsque libre carrière lui est donnée. George Steiner se lit avec plaisir et profit, tant il ramasse sans fermer, abreuve de références sans pesanteur ni «trissotineries», provoque sans être infécond. Le recueil s'ouvre sur un modèle du genre, l'analyse perspicace de la psychologie, du rôle et de l'enjeu que représenta sir Anthony Blunt (1907-1983), historien d'art britannique scrupuleux, membre des «Cinq de Cambridge», ces étudiants raffinés qui trahirent au profit de l’URSS. Blunt, note Steiner, pose la question de «l'idée fixe chez un intellectuel», avec cette «coexistence, en une même personnalité, du plus extrême souci de vérité et du plus extrême mensonge», avec ces «germes d'inhumanité plantés à la racine même du mérite supérieur». Le courriériste européen œuvrant en Amérique s'avère moraliste, comme lorsqu'il se penche sur le cas Céline : «Si la littérature sérieuse et les arts peuvent éduquer la sensibilité, exalter nos perceptions, raffiner nos discriminations morales, ils peuvent, par la même occasion, dépraver et déprécier notre imaginaire et nos élans mimétiques, les rendre bestiaux. Au fil de quelque quarante années de lectures, d'écriture et d'enseignement, je n'ai cessé de me heurter à cette énigme.» Toutefois, le jugement moral n'interfère jamais plus que de raison dans les éblouissements de monsieur Steiner, qui écrit, à propos de deux auteurs devenus parias pour accointance avec le nazisme : «Ezra Pound et Martin Heidegger sont très probablement les deux grands maîtres de l'humanisme de notre temps. Je veux dire par là qu'ils se sont exprimés avec plus d'autorité, plus d'énergie lyrique qu'aucun autre poète ou penseur du XXe siècle contre les dégâts écologiques, la vulgarisation du style personnel, la cupidité aveugle qui caractérise notre régime de consommation de masse» (novembre 1981). Mais c'est lorsqu'il aborde la langue et le style des écrivains que le charme opère d'emblée : «l'allemand incisif et marmoréen» d'Elias Canetti; «la prose souple et claire» d'un Bertrand Russell comparé à Voltaire, qui se révèle «une garantie contre les brutalités et les mensonges». Qu'il moque le Malraux d'après 1945, étrille Cioran, ressuscite Orwell, expertise Simone Weil ou admire Nabokov, George Steiner nous met de l'or dans la cervelle.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 10:00
Admonestations bourgeoises
 
Mais quelle mouche a donc piqué l'éditorialiste du Monde, samedi dernier (1)? Qu'il se soit mal remis de la défaite de notre équipe de football, on peut le comprendre. Mais qu'il essaie de mettre cette débandade sur le dos de la France et de notre légendaire esprit gaulois, là non, trois fois non !
Non, il n'est pas vrai que cette équipe soit à l'image du pays, et l'origine et la couleur de peau  ne font rien à l'affaire. Si elle est à l'image de quelque chose, c'est plutôt de la  Jet Set politique et médiatique qui nous dirige : nullarde, incompétente, suffisante, fumiste, pourrie par l'argent jusqu'à la moelle. Dans nos banlieues comme dans nos stades, il y a aussi des électeurs de Sarkozy.
Non, cher éditorialiste mondain, il est faux de prétendre que "le sport est un révélateur anecdotique mais impitoyable de l'esprit des nations". Sauf à considérer que l'esprit des nations se confond avec le  bourrage de crâne médiatique, avec la propagande ou avec le fric qui ont toujours été les meilleurs ressorts du sport de masse. Sauf à considérer que les J.O. de 1936 étaient la quintessence de l'esprit allemand, ceux de Moscou l'expression du génie russe et ceux de Pékin le témoignage indépassable de la culture chinoise ! Il n'y a pas un centimètre cube de génie français dans les onze pantins, leurs remplaçants, leurs entraîneurs qui s'agitent en Afrique du sud et couvrent la France de ridicule.
Non, cher échotier de notre quotidien suisse de langue française, il n'est pas vrai de dire qu'on trouve dans cette équipe tous les stygmates d'un pays "qui peine trop souvent à se rassembler, à dépasser ses morosités et ses divisions, à mobiliser ses énergies". Qu'ont à voir les onze braillards du Cap et les millions de travailleurs français, de souche ou d'origine étrangère, qui font tous les jours front face aux lois du marché, au travail précaire, au stress patronal, à la muflerie financière et à la bêtise gouvernementale ? Si ceux là ont parfois un léger, très léger, sentiment de lassitude, de ras le bol ou de découragement, ce n'est ni parce que les hôtels, ni parce que les putes de luxe ne sont pas à leur goût, c'est parce qu'ils ont du mal à retrouver leur pays et ses valeurs dans le Casino mondialisé qu'on leur présente comme la France. Mais que l'on se rassure, cette lassitude se change parfois en révolte, et cette révolte en révolution.
On s'explique mal l'injustice du Monde, sauf à voir dans ces remontrances autre chose qu'un dépit mal placé ou de la mauvaise humeur post-défaite. Et s'il s'agissait une fois encore de s'adonner au sport préféré de nos élites, ce dénigrement, ce clabaudage, ce débinage systématique qui cache en réalité un incommensurable mépris du peuple français ?  "Français, si vos sportifs sont nuls, c'est que vous êtes foncièrement ringards!" cet air-là, nous en connaissons bien la musique, c'est le même qui fait dire à nos patrons et aux économistes qu'ils stipendient "Français, si le pays va mal, c'est que vous êtes tous des feignants", et à nos politiciens "Français, si l'Europe va mal, c'est que vous êtes tous de mauvais européens". Lorsque notre éditorialiste du samedi concède du bout de la plume "qu'il serait de mauvais goût de pousser le parrallèle jusqu'à comparer l'étrange défaite de l'équipe de France de football en Afrique du Sud à celle d'un autre mois de juin, qui, il y a soixante-dix ans, avait conduit le pays à la catastrophe", on sent qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que l'image de la France du PMU, du vin rouge, du pastis et des congés payés ne remonte à la surface. Et avec elle le cortège de tous ceux qui depuis des décennies nous prédisent le pire si nous ne rentrons pas dans les rangs. 
Ce qui est étrange, ce n'est pas que Le Monde  nous serve ce mauvais discours vichyssois, c'est qu'il nous le serve au lendemain du 18 juin. 
  Paul Gilbert.
 

(1). Chronique d'une déroute annoncée, Le Monde. - samedi 19 juin 2010.


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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 18:42
Le hasard fait parfois               
bien les choses
                        

 

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La toute première fois que votre serviteur a lu Sébastien Lapaque, il était loin de se douter que cela deviendrait une habitude. A l’époque, il voulait juste savoir qui était un certain Antonio Gramsci. Ouvrant plusieurs encyclopédies « de référence », qui n’en disaient rien, il s’était alors résigné à chercher une telle entrée dans un Dictionnaire de la contestation au XXème siècle [1]. C’est précisément dans ce dernier qu’un certain Sébastien Lapaque avait commis, pages 245 et 246, un article fort instructif sur ce fascinant Italien, auquel il n’a manifestement jamais cessé de songer, ce dont témoignent les pages 50 à 52 de son dernier et succulent ouvrage : Au hasard et souvent [2].

Entre 1999 et ce « Bloc-notes » largement amélioré, qu'il vient tout juste de publier, et qu’il faut lire, ne serait-ce que pour se délecter de vivifiantes sentences (« s’il y a un seul monument à visiter au Brésil, c’est son peuple » [3]) et des raisonnements qui conduisent leur auteur à les prononcer, Sébastien Lapaque nous aura gratifié, entre autres, d’une curieuse mais non moins intéressante anthologie [4], d’un pamphlet [5] sur ce président de la République qu’il accuse en 2010 de parler un « français désossé, dénervé, dévitalisé » (p 35), d’une compilation de textes de son auteur fétiche [6], dont il aura au préalable relaté les années d’exil au Brésil [7]: ce Lion de Dieu que fut l’écrivain de combat Georges Bernanos.

On ne peut désormais qu’espérer, tant la lecture de ce qu’il produit nous a depuis procuré comme plaisir, que le prochain roman qu’il envisage d’écrire, puisqu’il suggère qu’il y pense fortement page 169, est pour bientôt…

Leon Degraeve.

 


[1]. Emmanuel de Waresquiel (dir.), Le siècle rebelle. Dictionnaire de la contestation au XXème siècle, (Larousse-Bordas, 1999)
[2]. Sébastien Lapaque, Au hasard et souvent. (Actes Sud, 2010).
[3]. Ibid., p 107.
[4]. Sébastien Lapaque, Malheur aux riches ! (Librio, 2000).
[5]. Sébastien Lapaque, Il faut qu'il parte. (Stock, 2008).
[6]. Georges Bernanos, Brésil, terre d'amitié.  (La Table Ronde, 2009).
[7]. Sébastien Lapaque, Sous le soleil de l'exil. Georges Bernanos au Brésil, 1936-1945. (Grasset, 2003).

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 10:40

Eclaircie avant l'orage

 

Comme on pouvait s'y attendre, les irrédentistes flamands ont gagné les élections en Flandre. La Nouvelle Alliance (N-VA) de M. De Wever obtient près de 30% des voix dans la zone néerlandophone de Belgique; elle devance très nettement les partis bourgeois (chrétiens démocrates et libéraux) qui recueillent respectivement 18 et 14 % des suffrages.  Plus grave encore : si on additionne les scores du N-VA, soit-disant modéré, et des deux formations fascistoïdes flamandes que sont le Vlaams Belang (extrême droite, 12,4 % des voix) et la Liste de Decker (populiste, 3,8%), les tenants de l'indépendance de la Flandre recueillent près de 45%  des votes flamands. Depuis la dernière guerre, ils n'auront jamais été aussi puissants et aussi arrogants. Et persuadés désormais que l'indépendance de la Flandre est pour demain.

Côté francophone, l'heure est également à la mobilisation et à la fin des faux semblants. C'est le Parti socialiste qui arrive en tête, en totalisant près de 34% des suffrages Wallons et Bruxellois.  Il devance lui aussi les formations chrétiennes et libérales qui ont ces dernières années dirigées la Belgique dans le même gouvernement que leurs faux frères flamands. M. Elio di Rupo, le chef des socialistes francophones gagne en quelque sorte son pari: son attitude intransigeante face aux provocations flamandes fait de lui et de son parti le rempart de la francophonie. Il semble qu'en nombre de sièges, son parti deviennent la première formation de la Chambre belge, ce qui lui donnerait le droit de revendiquer le poste de Premier ministre.

Au final, le résultat des élections belges de dimanche a le mérite de la clarté. Les partis chrétiens, sociaux-chrétiens et libéraux qui ont fait de la Belgique une sorte de Quatrième République perpétuelle sont défaits et bien défaits, des deux côtés de la frontière linguistique. En Flandre, leurs jeux troubles et leurs tartufferies ont favorisé la montée en puissance des extrémistes. Faut-il redire que c'est la grande banque et les milieux financiers d'Anvers, très largement entre leurs mains, qui est aujourd'hui le premier soutien de la N-VA, du Vlaams Belang et des partisans de la Flandre indépendante ? Il sont en effet persuadés que le nouvel Etat flamand sera totalement entre leurs mains et que les excités et les exaltés disparaîtront, une fois l'indépendance acquise. Tragique aveuglement ! Quant à leurs frères séparés de Wallonie de Bruxelles, leur péché est autre. Ils ont voulu faire croire à la masse francophone, de Liège à Bruxelles, que le danger flamand était une chimère et que, de compromission en compromission, on finirait par sauver l'Etat belge. Ces champions des accomodements, des arrangements, des négociations ratées et des coups de pied au derrière ont fait leur temps. Ils n'auront pas tout à fait réussi à transformer le peuple wallon en un troupeau de moutons bélants.

Le discours des vainqueurs a le mérite de la franchise.  M. De Wever et M. di Rupo ne sont pas de la même race que les Leterme, Van Rompuy, Martens et autres Dehaene, souris le jour, oiseaux la nuit. Ils savent ce qu'ils veulent. Le programme du premier, c'est l'indépendance, mais, comme il le dit lui-même, par "évaporation" de l'Etat fédéral belge, vidé progressivement de tout pouvoir. Son programme, c'est aussi la cogestion de Bruxelles, où vivent pourtant moins de 10% de Flamands. L'ambition du second est tout aussi nette : assurer l'unité du pays, sans compromis batard et sans faux semblants, maintenir la solidarité entre les classes sociales malgré la coupure linguistique. Deux forces, deux légitimités, deux visions opposées de l'avenir belge. Mais il y a assez de puissance, d'assurance, de volonté des deux côtés pour que la Belgique, enfouie dans l'ombre grise des politiques de sacristie, puisse enfin regarder son destin dans la lumière. Une éclaircie propice aux décisions... avant l'orage. 

Ceux qui sont rivés au calendrier de l'Union européenne, ceux qui ne cesse de nous rappeler que la Belgique va présider l'Union à compter du 1er juillet et que ce serait une catastrophe si elle n'était pas en situation d'assumer son rôle, ceux-là ne veulent pas croire à l'orage. Pas plus que ceux qui tremblent à l'idée que la crise politique belge pourrait envoyer de mauvais signaux aux marchés. Mais l'Union européenne n'existe plus que sur le papier et les peuples qui divorcent d'avec eux-mêmes se moquent des marchés. Il y a désormais trop d'électricité dans l'air en Belgique pour que l'orage n'éclate pas. Mais il peut prendre des formes diverses. La confédération de deux Etats, sous la houlette de l'actuelle famille royale de Belgique, n'est pas obligatoirement une mauvaise solution, si les Flamands acceptent d'abandonner leur xénophobie absurde et si une solution acceptable par tous est trouvée pour Bruxelles. Toutes choses qui sont aujourd'hui entre les mains de M. De Wever.

 

  Jacques de Poncheville. 

   

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N°1 - 2009/01
 
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