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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 15:32
 
 
fête
 
 
 
Dans la cité des citronniers
Le jour où les reines entrèrent,
L'azur vert des paons familiers
Rouait au haut des belvédères.

Les baguettes des timbaliers
Sonnaient sur la peau des nacaires,
Le soleil faisait flamboyer
Les tromblons roux des trabucaires.

Les mules des litières closes
Foulaient dans la poussière rose
Des grenades sanguinolentes.

Et lorsque la nuit eut croulé
Sur la ville et ses blancs palais
Il plut des étoiles filantes.
 
 
 
léon vérane (1886-1954). Dans le jardin des lys (1917).
 
 
d’un soir à montparnasse
 
 
 
Chabaneix, vous souvenez-vous
De la gargote à Montparnasse,
De ces flacons de vin d’Anjou,
De cette maritorne grasse.

Et de ces Bretons aux yeux bleus
Qui lampaient le cidre et la fine
En évoquant des soirs pompeux
Sur le Gange et les mers de Chine ?

La fuite des autos dehors
Vibrait du long cri des sirènes
Et les trottoirs monnayait l’or
Du gaz et de l’acétylène.

Nous nous citions Ronsard, Catulle,
Tristan, Théophile et Villon.
Et le mastroquet ridicule
Prenait un faux air d’Apollon.

Reverrons-nous un soir semblable,
Philippe en quelque cabaret,
Ivres, les coudes sur la table,
Tels Saint-Amant avec Faret ?

Et le signe clair de la Lyre
Fera-t-il encor, indulgent,
Luire sur notre beau délire
Vingt et une étoiles d’argent ?
 
 
 
léon vérane (1886-1954). Images au jardin (1921).
 
 
cerf en automne
 
 
 
Pour Tristan Derème.

Ce matin où nul cor ne corne
Aux forêts d'or mort décorées
L'automne somptueux et morne
A toutes feuilles essorées.

Et la perspective dorée
Toute en la courbe de ses cornes
Le cerf apparaît à l'orée
De la solitude qu'il orne.
 
 
 
léon vérane (1886-1954). Le Livre des passe-temps (1930).
 
 

 
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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 21:49
Romulus                                    
Le rêve de Rome                                 
 
de Thierry Camous
Mis en ligne : [30-05-2011]
Domaine : Histoire
Romulus--le-reve-de-Rome.gif
 
Né en 1971, Thierry Camous est historien, spécialiste des origines de Rome. Il est également l’auteur de deux synthèses sur les rapports d’altérité entre les civilisations comme moteur de la violence guerrière, qui ont suscité un certain débat. Il a récemment publié:  Le roi et le fleuve. Ancus Marcius Rex, aux origines de la puissance romaine (Les Belles Lettres, 2004), Orients, Occidents, 25 siècles de guerres (PUF, 2007), La violence de masse dans l'Histoire (PUF, 2010).


Thierry Camous, Romulus, le rêve de Rome. Paris, Payot, septembre 2010, 429 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Personnage de légende, Romulus ne nous est connu que grâce à des écrits bien postérieurs au VIIe siècle avant J.-C. où il vécut. Objet de fascination, il reste pour les historiens une véritable énigme et une sorte de tabou scientifique. Or, des découvertes archéologiques récentes prétendant avoir retrouvé le palais royal de Romulus ou la grotte du Lupercal, dans laquelle la louve allaita les jumeaux, permettent d’éclairer d’un jour nouveau la figure du fondateur de Rome. C’est sur l’apport essentiel de ces découvertes, enfin mises à la portée du grand public, que se fonde cette première biographie de Romulus depuis… Plutarque ! En réalité, Romulus condense plusieurs époques, et donc plusieurs personnages. Quatre, pour être exact : l’homme des bois, enfant sauvage abandonné par sa mère, la vestale violée par le dieu Mars, qui tente de reconquérir son trône perdu ; le fondateur, chef de clan qui s’approprie la colline du Palatin en traçant le fameux sillon délimitant l’Urbs, tue son frère Rémus et enlève ses voisines, les Sabines, pour en faire des épouses ; le roi-guerrier, qui organise la cité unifiée, étend sa domination et finit démembré ; et le héros mythique, descendant d’Énée aux origines troyennes. Cette enquête captivante et érudite nous ouvre les portes d’un monde méconnu, celui de la civilisation des premiers Latins, pâtres belliqueux, de leur métropole mythique au plus profond des bois, Albe-la-Longue, de leur fête sanglante des Lupercales et de leurs terribles batailles contre leurs adversaires étrusques. Au-delà du « portrait en creux » d’un homme, elle nous offre une peinture saisissante de l’Italie primitive, berceau de la civilisation romaine classique. En cela, l’action du roi Romulus, qui se lance dans le Latium à la conquête des voies commerciales, porte en germe un destin impérialiste insoupçonnable alors.Aux frontières du mythe, de l’histoire, de l’archéologie, de l’ethnologie et de l’anthropologie, un essai fascinant sur les origines à la fois tragiques et grandioses de Rome.
 
Recension. - L'Histoire, mai 2011.
Romulus, cette légende. Thierry Camous est trop bon historien pour tomber dans le piège de la biographie impossible. Son Romulus scrute donc la légende du héros en la confrontant aux éléments historiques et archéologiques qui l’éclairent. Cela nous vaut un livre passionnant, qui puise dans l’ensemble des sciences humaines pour reconstituer ce qui a pu se passer dans cette zone de collines environnées de marécages, à l’origine de la Ville par excellence. Thierry Camous se penche naturellement avec soin sur les spectaculaires découvertes d’Andrea Carandini sur le Palatin et le Forum, que les fouilleurs n’ont pas hésité à rattacher à des monuments attestés par les textes à la Rome romuléenne. Il se montre beaucoup plus prudent, même s’il ne récuse pas le fait que l’équipe italienne a mis au jour des éléments « architecturaux » - si un sol de gravier ou quelques traces de murs peuvent être ainsi qualifiés - remontant au milieu du VIIIe siècle av. J.-C., l’époque où la tradition historiographique romaine place la fondation de Rome. Reprenant la légende de la fondation à la lumière de l’évolution possible d’une société « primitive », l’auteur reconstruit patiemment et avec une grande vraisemblance les débuts de Rome, le passage du village isolé à la bourgade qui sait profiter de ses rares atouts (le carrefour de routes, la voie du sel, le marché aux bestiaux) et s’imposer à ses voisins, parfois en les intégrant. Certes la légende a évolué au fil du temps : les sources antiques en conservent de multiples variantes ; mais ces variations mêmes trahissent la difficulté des Anciens à écarter des éléments qui leur paraissaient parfois incompréhensibles, mais dont l’étrangeté même fonde l’historicité. Cette histoire complexe, les Romains l’ont incarnée dans le personnage de Romulus qui s’est ainsi trouvé chargé de multiples pouvoirs, auteur d’actes fondateurs dans tous les domaines de la vie politique, religieuse et sociale que Thierry Camous explore tour à tour avec talent.

 

   
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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 09:53
Soirs d'été   
 
Vois, c'est déjà le soir. Notre table est dressée
Dans le jardin, avec ses assiettes de fruits,
Et les insectes d’or l’entourent de leurs bruits
Et les derniers rayons du soir l’ont caressée.
 
Les grands magnolias répandent leurs odeurs.
Sous leurs rameaux luisants, jusqu'au sol qui [l'accueille,
L'eau qu'on vient de lancer, coule de feuille en feuille.
Le soleil, en mourant, baigne encore leurs fleurs.
 
Au delà du jardin où la terre s'incline,
Avec ses champs abrupts et ses bosquets de pins,
Dans le silence, ainsi qu'un grand autel divin
Où brûlent des flambeaux, s'élève la colline.
 
Le chant de la fontaine emplit la paix du soir.
La lumière s'éteint aux briques scintillantes,
Sous les légers rameaux de roses odorantes.
Auprès de ses bassins monte un grand laurier noir.
 
Voici venir la soupe aux mains de la servante.
Nous allons nous asseoir sous les branchages bleus
Et manger dans le silence religieux,
Le pain coupé par toi sur la nappe brillante.
 
Le vent est tiède ; on sent venir les nuits d’été.
Ton beau geste, ô ma mère, a fait resplendir l'heure.
Le soir est rayonnant et la vieille demeure
Luit dans l’ombre qui croît avec sérénité»

 

RIEDER (Marcel) Soirée romantique

 
Marc Lafarge. (1876-1927), L'Age d'or. (1903)
 
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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 23:43
Vers l'Etat palestinien (2)
 
Comme nous l'indiquions dans une précédente chronique (Revue Critique du 3 mai), l'accord de réconciliation signé au Caire le 27 avril dernier entre le Fatah et le Hamas redistribue complètement les cartes au Proche-Orient. Les Palestiniens, qui subissaient depuis des années le bon vouloir ou plutôt la mauvaise volonté de la droite israélienne au pouvoir, ont repris l'initiative. En se mettant en situation d'obtenir dès septembre une reconnaissance officielle de leur Etat  par l'Assemblée générale des Nations Unies, ils ont imposé leur calendrier et leur stratégie non seulement à M. Nétanyahou mais aussi à ses alliés traditionnels aux Etats Unis et en Europe. Ceux qui seraient tenté de mettre leur veto à cette reconnaissance risquent en effet de perdre une grande partie de leur influence en Orient et dans le tiers monde. Ceux qui, au contraire, seraient amené à la cautionner placeront de facto le gouvernement israélien devant le pire des choix : ou partir ou négocier en position de faiblesse. Voilà un coup parfaitement joué.
L'accord du Caire est une marque de maturité du mouvement palestinien. Mais cette maturité a été un peu aidé, certains diraient même forcé, par les évènements. Elle doit beaucoup au  "printemps arabe" qui embrase tout le sud et l'est de la Méditerranée d'Alger jusqu'à Damas et qui fait qu'aucun gouvernement - pas plus celui de M. Abbas à Ramallah que celui M. Mechaal à Gaza - ne peut ignorer son opinion publique. Or, comme au Caire, comme à Tunis, comme à Benghazi, l'opinion publique palestinienne est unitaire, arabe et nationaliste. Elle a soif des mêmes changements, elle est porteuse des mêmes valeurs de fierté, de liberté, de modernité que dans les autres Etats du Proche-Orient ou d'Afrique du Nord. Et elle suscite la sympathie un peu partout dans le monde. Quoi que cherchent à faire les dirigeant israéliens actuels, le vent de l'histoire est désormais contre eux et chaque jour mesure davantage leur discrédit et leur isolement international.
Mais l'initiative du 27 avril n'est pas seulement un acte politique, c'est aussi une force, un mouvement qui bouscule les lignes. Le 4 mai, l'encre de l'accord du Caire était à peine sèche que la France proposait par la voix de son ministre des Affaires étrangères la réunion d'une "conférence politique" sur le Proche Orient. Le 5 mai, Nicolas Sarkozy annonçait au Premier ministre israélien l'intention de la France et d'une partie des Européens de reconnaître l'Etat palestinien à l'automne si le processus de paix n'était pas relancé d'ici là. Le Royaume uni, qui a horreur d'être en reste, approuvait bruyamment le 6 mai l'initiative de Paris. Le 11 mai, la surprise venait de l'intérieur même d'Israël : le président Shimon Peres, dont on connait l'engagement pour la paix, confirmait dans une interview que les conditions étaient réunies pour de nouvelles négociations, y compris avec Hamas. "Le nom ne m'intéresse pas. Ce qui compte, c'est le contenu", affirmait M. Perez. L'administration américaine ne pouvait plus être silencieuse. Le président Obama profitait d'un discours au département d'Etat le 19 mai pour créer la surprise en déclarant que "les frontières d'Israël et de la Palestine devraient être fondées sur les lignes de 1967 avec des échanges de territoires sur lesquels les deux parties seraient d'accord, afin d'établir des frontières sûres et reconnues pour les deux Etats". Le tabou de l'Etat palestinien était, dès lors, définitivement brisé. 
Le processus va-t-il désormais se dérouler sans heurts jusqu'en septembre ? Rien n'est moins sûr. Certes les amis traditionnels de la Palestine joueront leur jeu. La France, par l'intermédiaire d'Alain Juppé, va metre la pression sur ses partenaires de l'Union européenne pour qu'ils se rallient à son idée de conférence internationale. Elle appelle également à la "tenue aussi rapidement que possible d'une réunion du Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne, ONU)" sur la question de l'Etat palestinien. On sait que la Chine, l'Inde et la Russie militent de longue date en faveur de cette reconnaissance.  Des poids lourds comme le Brésil et l'Argentine ont récemment rejoint leur camp et il faut s'attendre à ce que d'ici septembre le cercle des 150 pays qui ont déjà des relations diplomatiques avec Ramallah s'élargisse à nouveau. Le rapport de force se présente donc plutôt bien pour les Palestiniens.
Rien, pour autant, ne sera possible sans l'Amérique et l'Amérique est loin d'être unanime. Barack Obama et sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, savent que leurs marges de manoeuvre sont assez faibles dans cette partie du monde. S'opposer à la dynamique palestienne reviendrait à s'aliéner définitivement l'opinion publique arabe et à perdre pied non seulement en Palestine, à Beyrouth et au Caire, mais aussi en Turquie, à Bagdad et dans l'ensemble de la péninsule arabique. D'où la résolution et les positions assez courageuses de l'administration Obama. Mais elle a contre elle une grande partie des milieux économiques, traditionnellement liés à Israël, et qui n'hésitent pas à jouer de leur influence politique. On l'a bien vu cette semaine avec l'accueil triomphal que le Congrès, majoritairement républicain, a réservé à M. Nétanyhaou. On l'a vu également dans la presse et les médias américains, qui sont pour la plupart hostiles à la ligne adoptée par M. Obama.
Les  dirigeants palestiniens sont, de toutes façons, déterminés à aller jusqu'au bout de leur démarche. Ont-ils d'ailleurs vraiment le choix ? Ils savent que leur échec se traduirait, plus ou moins vite, par un retour de la violence en Israël. Et que cette violence serait d'autant plus brutale et incontrolable que les garde-fous qui existaient au Caire, à Amman et, dans une certaine mesure à Damas, ont pratiquement disparu. Une violence dont ils seront sans doute les premières victimes mais qui se retournera après contre l'Etat hébreu, au point sans doute de menacer son existence. Les prochains mois seront cruciaux pour le Proche-Orient et il faut faire confiance, une fois de plus, à la sagesse des hommes.
Claude Ares.

  

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 08:30
Le défilé des réfractaires                   
 
de Bruno de Cessole
Mis en ligne : [24-05-2011]
Domaine : Lettres  
CESSOLE--de--Bruno---Refractaires.gif

 

Critique littéraire depuis de nombreuses années, Bruno de Cessole est également essayiste et romancier. Il collabore à Valeurs actuelles et à Service Littéraire. Parmi ses parutions les plus récentes : L'Heure de la fermeture dans les jardins d'occident (La Différence, Prix des deux magots 2008), Le moins aimé (La Différence, 2009).
 

Bruno de Cessole, Le défilé des réfractaires, Paris, L'Editeur, avril 2011, 586 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Un matériau réfractaire se définit par un point de fusion élevé, une haute dureté, une faible vitesse d'évaporation et la résistance à certains milieux corrosifs. Ainsi en va-t-il de l'écrivain réfractaire : sa propension à l'insoumission le rend résistant à toute forme de conformisme et ses écrits demeurent imperméables à l'usure du temps. Voici donc une anthologie subjective, partiale, voire de mauvaise foi, qui, à travers une cinquantaine de portraits d'écrivains français du XIXe siècle à nos jours, décrypte des personnalités hors du commun et dessine une certaine idée de la littérature à contre-courant de la pensée dominante.
 
Article de Baptiste Liger, Lire - mai 2011
Bruno de Cessole recense ses écrivains réfractaires. Aujourd'hui, rien n'est moins rebelle qu'un rebelle, cette plaie de l'époque dont la "panoplie est arborée par tant de courtisans aux gages du système [...] que l'on serait tenté de se revendiquer conformiste ou cynique". C'est la position de Bruno de Cessole, chef du service culture de Valeurs actuelles, qui, pour définir un individu hors du système, préfère utiliser l'adjectif "réfractaire". Soit celui qui possède "une propension spontanée à l'insoumission, la réticence à plier le genou ou ployer l'échine devant les puissances". Cette précision, tirée de la préface, donne une certaine cohérence à la cinquantaine de portraits d'écrivains francophones réunis dans Le défilé des réfractaires, sorte de nouveau Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig, la pédanterie "dandy" en moins. Sachant que Bruno de Cessole n'a rien d'un dangereux trotskiste, cette galerie de presque six cents pages ne laisse certes que peu de place aux bonnes âmes s'étant illustrées dans la défense des droits de l'homme, la lutte contre les discriminations et "autres valeureuses croisades hygiénistes". Il n'est dès lors guère surprenant de retrouver les noms de Céline, Barrès, Léon Daudet, Cioran, Philippe Muray ou Michel Houellebecq. Notre compilateur n'oublie pas pour autant quelques classiques, de Chateaubriand à Rimbaud en passant par Stendhal. Si la plume de ce passionné est toujours alerte, ses articles sur ces têtes courroucées des lettres s'avèrent toutefois assez inégaux dans l'inspiration - mais n'est-ce pas inhérent à un tel exercice ? Etrangement, c'est lorsque Cessole joue le contre-emploi (sa passion pour le "phrasé sinueux" de Guy Debord, ou son affection paradoxale pour Jean-Paul Sartre) ou lorsqu'il évoque des auteurs plus méconnus qu'il se montre particulièrement brillant - comme le démontrent ses élégies d'André Suarès, Joseph Joubert, Victor Segalen ou Pierre Gripari (ce "Martien en exil"). Certains s'étonneront que seules deux femmes (Colette et Catherine Pozzi) aient droit de cité, hors préface. En effet, nulle trace de Marguerite Yourcenar ("pompeuse impératrice du cliché"), ni de Marguerite Duras ("sentencieux oracle des bobos progressistes") - encore moins de "Christine Angot, Virginie Despentes et autres postières excitées". A vous de juger si être "réfractaire" à certaines romancières fait de Bruno de Cessole un affreux misogyne... 
   
Autre article sur ce livre : Entretien de Bruno de Cessole avec Josph Vebret, "Un authentique écrivain ne peut être qu'en réaction à son époque", Le magazine des livres, avril 2011.
  
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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 08:18
Un rapport utile 
 
Le Médiateur de la République a remis, il y a quelques semaines, son rapport annuel au gouvernement. M. Delevoye ne mâche pas ses mots. Il tire à nouveau le signal d’alarme sur l’état social et moral du pays. Dans le rapport qu’il avait remis l’année dernière, il avait posé le diagnostic d’une France "en grande tension nerveuse, comme si elle était psychiquement fatiguée". Il pointe cette année les causes de cet épuisement moral et intellectuel. Beaucoup de Français ne savent plus à quel saint se vouer, nous dit-il. Ils ont le sentiment de lutter seuls contre les démons du chômage, de la précarité, du stress et des licenciements abusifs. Sans soutien, sans projet collectif, sans perspective, ils se sentent abandonnés par les élites qui nous gouvernent. "Jamais l'engagement individuel et collectif n'a été aussi nécessaire, jamais le découragement et la lassitude n'ont été aussi grands", souligne, dans une formule terrible, notre médiateur républicain. 
Il est regrettable que ce rapport n’ait pas fait davantage de bruit dans les médias. Les commentateurs s’en sont tenus, comme l’an dernier, à l’écume des choses, alors que le texte regorge de chiffres, d’exemples et d’analyses qui auraient fait, dans d’autres temps, les choux gras des chroniqueurs politiques. Le réquisitoire du Médiateur a été plutôt mal reçu dans les allées du pouvoir, ce qui était prévisible. Mais il n’a non plus suscité l’enthousiasme dans les rangs de l’opposition. Il est vrai que M. Delevoye pointe des évolutions qui ne datent pas d’hier : l’insécurité sociale, le sentiment de déclassement d’une partie croissante de la population, la montée des inégalités, le blocage de « l’ascenseur social » sont des phénomènes qui ont massivement émergé  à la fin des années 80. Tous les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir y ont plus ou moins leur part. « Les enjeux déterminants pour notre avenir ne trouvent pas de réponse politique à la hauteur », note le Médiateur. Là encore, droite et gauche sont renvoyées dos à dos.
Le diagnostic de M. Delevoye a-t-il été mieux compris par les milieux économiques ? Pas du tout, et l’on devine pourquoi. Le patronat et la presse d’argent n’ont généralement  pas de mots assez durs pour dénoncer la mauvaise habitude qu’ont pris les Français de s’apitoyer sur leur sort, alors qu’ailleurs, les fourmilières du monde regorgent de travailleurs souriants et heureux. Assez de mauvais esprit ! Ne dit-on pas d’ailleurs un peu partout que la France a plutôt bien tiré son épingle du jeu dans la dernière crise, que nos atouts sont intacts, que le modèle social français résiste plutôt mieux que d’autres à la mondialisation? De brillants économistes ne vont-ils pas jusqu’à dire – avec Jean-Hervé Lorenzi – que tous les espoirs d’une « moyenne grande puissance » nous sont ouverts? Alors, pourquoi nous lamenter? Et n’est-il pas paradoxal que des gaullistes, comme M. Delevoye, des patriotes, comme M. Chevènement, et, ici même, des nationalistes et des royalistes tiennent le discours d’une France entreprenante, vigoureuse, renaissante et qu’ils relayent dans le même temps un constat social aussi alarmiste?
Il n’y a là aucun paradoxe. Et ceux qui prétendent le contraire ont mal lu M. Delevoye, comme ils ont mal lu MM. Lorenzi et Chevènement  et comme ils nous ont mal lus. Les Français ne sont pas inquiets pour eux-mêmes. Ils sont parfaitement conscients de leur capacité à produire, à innover, à rebondir dans la compétition mondiale. Nos entreprises tournent, leurs succès sont réels, elles gagnent de l’argent, et, pour certaines, beaucoup d’argent. Toutes les enquêtes d'opinion confirment que les Français ont une vision positive de leur avenir personnel, de celui de leur famille, de leurs proches, de leurs affaires. C'est sur le résultat d’ensemble que leur jugement s'inverse mais le constat qu'ils font est moins celui d'une faillite que d'un formidable gâchis. Comme le dit très justement M. Delevoye : "Le burn out de la société française trahit un besoin urgent de bâtir de nouvelles espérances à la hauteur des efforts fournis". Les Français ont le sentiment que le fruit de leur travail est mal employé, que l'effort accumulé par trois générations depuis la dernière guerre n’est plus mis au service d’un projet collectif, d’un dessein national. Ils ont l’impression que les hommes qui nous gouvernent travaillent à un avenir qui n'est pas pour nous, qu'ils poursuivent des intérêts qui ne sont plus les nôtres.
Non, la France n’est pas ce pays qui a peur de lui-même, qui doute de ses hommes, de ses talents, de son avenir, comme on veut trop souvent nous le faire croire. Ce n’est pas ce que la réalité nous révèle. Le malaise français est d’une tout autre nature : il exprime une perte de confiance profonde, irrésistible, entre la nation, ses institutions et ses élites. Malaise politique, qui conduit des millions de citoyens, élections après élections, à se retirer du « jeu » des partis, à se mettre volontairement en marge des institutions démocratiques. Malaise social dû à la désindustrialisation, au chômage de masse et, d’une façon plus générale, à une organisation du travail qui ne profite plus aux salariés et qu’ils rejettent massivement. Malaise des classes moyennes et populaires vis à vis d'une école publique qui ne joue plus son rôle d'ascension sociale, et que l'on déserte sans faire de scandale, sur la pointe des pieds, lorsqu'on en a les moyens. Malaise enfin vis à vis d'un projet européen qui a perdu tous ses charmes, et que les Français ressentent de plus en plus comme une mauvaise potion qu’on cherche à leur faire avaler de force.
Ces malaises, ces angoisses, ces mécontentements sont-ils susceptibles, à plus ou moins brève échéance, de déboucher sur des ruptures ? Rien de moins sûr, selon M. Delevoye, qui parle plutôt de résignation, de découragement et qui évoque, comme il y a 40 ans, la perspective d’une société bloquée. Il nous semble au contraire que les choses se mettent en mouvement et que la photographie du Médiateur est en train de bouger. Certaines perspectives, impensables il y a encore cinq ans – sortie de l’euro, renégociation de notre adhésion à l’union européenne, nationalisation du secteur bancaire, politique industrielle active  - ne sont plus taboues aujourd’hui. Même si aucun programme révolutionnaire n’est encore sur la table, les premiers éléments d’une alternative à la « société de la désespérance » commencent à s’esquisser. Après l’apathie, le fatalisme et le calme plat, voici que le vent semble se lever et qu’il souffle dans notre sens. Il est temps d’agir.
Henri Valois.
 
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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 23:57
L'hiver de la culture                 
 
de  Jean Clair
Mis en ligne : [16-05-2011]
DomaineArts   

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Jean Clair, né le 20 octobre 1940, est un conservateur général du patrimoine, écrivain, essayiste et historien de l'art. Ancien directeur du musée Picasso, il est membre de l'Académie française depuis mai 2008. Il a récemment publié : Journal atrabilaire (Gallimard, 2006), Malaise dans les musées (Flammarion, 2007), Lait noir de l'aube (Gallimard, 2007), Autoportrait au visage absent (Gallimard, 2008), La Tourterelle et le chat-huant (Gallimard, 2009), Dialogue avec les morts (Gallimard, 2011)
 

 Jean Clair, L'hiver de la culture. Paris, Flammarion, mars 2011, 140 pages.


 
Présentation de l'éditeur.
Promenade d'un amateur solitaire à travers l'art d'aujourd'hui, ses manifestations, ses expressions. Constat d'un paysage saccagé, festif et funèbre, vénal et mortifiant.
 
Critique de Thierry Clermont . Le Figaro, 24 mars 2011.
"Jean Clair : profondément réactionnaire". Pourfendeur du mercantilisme de l'art contemporain et de la massification de la culture, l'académicien publie une autobiographie qui fait la part belle à sa jeunesse, à son amour des livres.  «Je suis toujours en retard d'une indignation.» Voilà une bonne vingtaine d'années que Jean Clair, de son vrai nom Gérard Régnier, nous dit tout le mal qu'il pense du monde d'aujourd'hui, épanchant sa bile aussi bien sur le mercantilisme de l'art contemporain que sur une société dont les valeurs humanistes s'effondrent. L'habit vert et ses soixante et onze printemps n'ont pas étouffé les ardentes, et souvent salutaires, colères de ce mélancolique atrabilaire. Réfugié depuis quinze ans, en compagnie de sa femme italienne, dans un appartement décrépi, à deux pas de la basilique Notre-Dame-des-Victoires, travaillant dans un bureau encombré d'une bimbeloterie bariolée, de piles de livres, de sculptures, de toiles, où trône un bas-relief pastellisé de feu son ami Raymond Mason, Jean Clair publie aujourd'hui Dialogue avec les morts, une manière d'autobiographie qui fait la part belle à sa jeunesse, à son amour des livres. Il y développe ce qu'on avait entraperçu dans ses volumes précédents, La Tourterelle et le Chat-huantJournal atrabilaire. Tout en y mêlant des considérations à bâtons rompus sur les artistes infatués de notre temps et leur «narcissisme mortel», ce qu'il développe parallèlement dans L'hiver de la culture, et sans modération. Fils de paysans de la Mayenne, cette vieille terre de Chouans, et du Morvan, ayant grandi à Pantin, Jean Clair est passé de peu à côté d'une carrière de romancier. À vingt-deux ans, il est accueilli chez Gallimard par l'entregent de Brice Parain et publie Les Chemins détournés. «J'ai été contraint de lâcher la littérature, mon rêve initial.» Un rêve formé par la lecture déterminante, à l'adolescence, du premier recueil de poèmes d'Yves Bonnefoy, un temps pour­suivi par des recherches menées à Bruxelles sur le poète symboliste Max Elskamp. Après avoir lâché hypokhâgne, il suit les cours de Jean Grenier et d'André Chastel. Son sillon est creusé. Bénéficiant d'une bourse, il reste un an à Harvard pour étudier l'histoire de l'art. «Je trouvais la France ennuyeuse. J'avais envie de voir du pays: je sortais de rien», ajoute-t-il. Après un séjour au Québec avec sa mère, il passe le concours de conservateur des musées et se lie avec Françoise Cachin, future directrice d'Orsay. Entré dans la carrière, il en gravit les degrés quatre à quatre, tout en menant la revue Chroniques de l'art vivant, au début des années 1970, avec Duchamp en couverture du premier numéro. Les temps sont chauds. Pour Jean Clair, Mai 68 et son après ne furent que le «fruit décomposé du surréalisme». En 1986, il organise l'exposition «Vienne, l'Apocalypse joyeuse», avec le vif succès que l'on sait, trois ans avant de prendre la tête du Musée Picasso jusqu'en 2005. «Je suis fasciné par la culture et l'histoire de l'Europe centrale.» D'où son attachement à des auteurs tels que Rilke, le satiriste Karl Kraus, aux compositeurs Mozart, Mahler et Schoenberg, à Freud. Ce qui n'exclut pas un goût pour le répertoire italien. Régulièrement, il visite son amie la diva Cecilia Bartoli quand il passe par le Valais: «Son côté paysanne romagnole me plaît bien.» Venise, ce «rêve de pierre», est la véritable oasis européenne de ce «voyageur égoïste», même s'il semble nostalgique de la civilta puttanesca, celle qui avait troublé Jean­Jacques Rousseau et d'autres encore. Jean Clair n'avait-il pas fugué, à l'âge de quatorze ans, parcourant 300 kilomètres depuis le lac de Garde pour rejoindre la Cité des doges? Un demi-siècle plus tard, la ville est livrée aux hordes de touristes, de pèlerins muséaux. Ce qui lui donne l'occasion d'échigner la massification de la culture, consommée par les «automates ambulatoires, à l'heure du marchandisage des musées et de la défection de l'État». Internet en prend aussi pour son grade; il y voit le «summa summarum des temps modernes», lui dont le credo est inspiré des Tusculanes de Cicéron (la fameuse cultura animi). Or, cette culture-là n'est plus au monde, de ce monde. Tout y est devenu culturel. Est-ce pour cela qu'il a accepté d'être intronisé sous la Coupole par Marc Fumaroli, en 2009, alors que «le français ne chante plus guère», constate ce pourfendeur de la «novlangue» médiatique et administrative, d'inspiration énarquiste? Et d'ajouter: «Aujourd'hui, visages et guichets ont disparu. Le face-à-face n'existe plus. Nous sommes traqués, enregistrés, dénudés par les machines, les écrans, perdus dans un monde déresponsabilisé, inquisitorial.» Certains l'ont taxé de poujadisme. «Faux, rétorque-t-il, je suis simplement réactionnaire, profondément réactionnaire. Il y a de quoi, non?» Son prochain opus aura pour thème le portrait et l'anatomie en peinture. Une nouvelle dissection à venir?

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 09:53
La grande ivresse
                                                                                                                                      
Par les nuits d’été bleues où chantent les cigales,
Dieu verse sur la France une coupe d'étoiles.
Le vent porte à ma lèvre un goût du ciel d'été !
Je veux boire à l'espace fraichement argenté.

L'air du soir est pour moi le bord de la coupe froide
Où, les yeux mi-fermés et la bouche goulue,
Je bois, comme le jus pressé d'une grenade,
La fraîcheur étoilée qui se répand des nues.

Couché sur un gazon dont l'herbe est encor chaude
De s'être prélassée sous l'haleine du jour,
Oh ! que je viderais, ce soir, avec amour,
La coupe immense et bleue où le firmament rôde !

Suis-je Bacchus ou Pan ? je m'enivre d'espace,
Et j’apaise ma fièvre à la fraîcheur des nuits.
La bouche ouverte au ciel où grelottent les astres,
Que le ciel coule en moi ! que je me fonde en lui!

Enivrés par l'espace et les cieux étoilés,
Byron et Lamartine, Hugo, Shelley sont morts.
L'espace est toujours là; il coule illimité;
A peine ivre il m'emporte, et j'avais soif encore !

 

MATISSE (Henri)-copie-2 

 
Paul Fort. (1872-1960), Ballades françaises. (1897-1960)
 
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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 23:21
La France qui se bat
 
Samedi 2 avril
- Le médiateur de la République dresse un diagnostic alarmant de l'état social du pays, dans le rapport annuel qu'il remet cette semaine au président de la République. Il y dénonce l'épuisement moral d'une société française soumise au chômage, à la précarité et au stress.
Mardi 5 avril
- L’incertitude est de mise sur l’avenir de l’usine Electrolux de Revin (Ardennes). Le site, qui fabrique des lave-linge, va voir sa production diminuer et l'effectif devrait tomber à 469 salariés fin mai. Cette annonce fait suite à la décision du groupe suédois de transférer la fabrication de deux modèles à Olawa en Pologne. Les élus locaux se mobilisent pour la survie du site.
- L'entreprise Abeil,  spécialisée dans la fabrication de couettes et d’oreillers à Aurillac (Cantal) est mise en liquidation judiciaire avec maintien de l’activité jusqu’au 5 mai prochain. Devant l’incertitude, les 124 employés sont en grève. Des repreneurs se sont manifestés.
Mercredi 6 avril
- le tribunal de commerce de Dijon a mis un terme au plan de sauvegarde du groupe de spiritueux Belvédère (Marie Brizard, vodka Sobieski...), dans la mesure où les dirigeants de l'entreprise n'ont tenu aucun des engagements financiers qu'ils avaient souscrits.
- La totalité des 730 salariés de Sealynx Automotive de Charleval (Eure) est en grève illimitée et bloquent l’usine. Selon la CGT, les cinq repreneurs potentiels de l'entreprise - en redressement judiciaire depuis décembre - laissent plusieurs centaines de salariés sur le carreau.  Le tribunal de commerce de Nanterre doit choisir le repreneur en mai prochain. 
Jeudi 7 avril
- Une solution de reprise se dessine pour la chocolaterie marseillaise Net Cacao. Elle émane d'un particulier, M. Philippe Masson, qui propose que Net Cacao sorte des activités de sous-traitance pour développer sa propre marque de produits chocolatés. Le repreneur dispose d'une semaine pour formaliser son projet. 
Samedi 9 avril
- FO, la CFDT et la CGT appellent à la grève dans les hypermarchés Carrefour pour obtenir une révision à la hausse des augmentations de salaire en 2011. Les propositions de la direction se limitent, pour le moment, à une augmentation annuelle de 2%.
Lundi 11 avril
- Dans un entretien au Monde, le secrétaire général de la CFDT, M. François Chérèque, s'inquière de la montée du populisme et reproche au pouvoir son alliance avec les milieux les plus fortunés, sa surenchère sur l'islam et sa volonté délibérée d'alimenter les peurs.
- Ford Europe confirme aux élus de Bordeaux son intention de fabriquer une nouvelle boite de vitesses sur son site de Blanquefort. CE projet nécessitera plus de 100 M€ d'investissement.
Mercredi 13 avril
Les salariés du groupe Toyota d'Onnaing poursuivent le mouvement de grève engagé le 31 mars dernier pour obtenir une revalorisation décente de leurs salaires. La direction refuse obstinément de reprendre les négociations.
- Un nouveau conflit s'ouvre chez l'équipementier automobile allemand Continental en Midi-Pyrénées. La CGT et la CFDT refusent de conditionner les augmentations salariales à l'acceptation d'un plan de réduction du coût du travail. Ce plan donne lieu à un bras de fer très dur depuis plusieurs mois entre syndicats et direction.
Jeudi 14 avril
- Le plan de sauvegarde pour l’emploi lancé par Aperam (ex Arcelor Mittal) sur son site d’Isbergues (Pas de Calais) touche 223 salariés sur 650. Les syndicats défendent un scénario alternatif qui permettrait de maintenir une soixantaine d’emplois. Début janvier 2011, Aperam entrait en bourse. « Au moment d’entrer en bourse, nous avons renforcé le programme de réduction des coûts initiés par ArcelorMittal », avait indiqué Bernard Fontana, le Pdg du nouveau groupe. 
Vendredi 15 avril
- Dans un entretien aux Echos, le secrétaire général de la CGT, M. Bernard Thibault, tire un bilan très négatif de l'action du pouvoir et s'inquiète de l'état d'esprit du patronat qui refuse de jouer la négociation.
- Après l’annonce surprise de son rachat par le belge Solvay, c’est avec Novacap que Rhodia négocie la cession de sa production de salicylés (composés qui interviennent comme principes actifs dans l’aspirine ou le paracétamol). Ce recentrage concerne 78 salariés en France, répartis entre les usines de Saint-Fons (Rhône) et de Roussillon (Isère). 
Lundi 18 avril
- La cour d’appel de Montpellier attribue une enveloppe de 3,2 millions d'euros à 240 anciens salariés licenciés de l'usine de chaussures Myrys de Limoux (Aude). En tenant compte des 200 salariés précédemment indemnisés, le total des indemnisations dépassent 5,5 millions d'euros.  La saga judiciaire des licenciements chez Myris aura duré près de quinze ans : l'entreprise a fermé ses portes en 2001, après une succession de plans sociaux (de 1996 à 2000).
Mardi 19 avril
- Graves difficultés pour trois filiales du groupe Focast. Placée en redressement judiciaire, la fonderie Pebeco à Port-Brillet (Mayenne) dispose de deux mois pour trouver un repreneur; ses 96 salariés sont inquiets. Focast Normandie à Pontchardon (Orne) a déposé son bilan et Focast Bretagne à Châteaubriant (Loire-Atlantique) voit sa centaine de salariés chômer deux jours par semaine. Le holding luxembourgeois Ogepar qui a pris le contrôle de Focast l'an passé ne semble plus croire à l'avenir du groupe.
Jeudi 21 avril
- Treize mois après sa reprise par l’allemand Riboth, le spécialiste de changes et culottes pour bébés Novacare à Laval-sur-Vologne (Vosges) est une nouvelle fois en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce d’Epinal, devant lequel elle avait déposé son bilan, a accordé à l’entreprise, qui emploie encore 103 salariés, une période d’observation de six mois.
- Après la fermeture de deux sites Ideal Standart, la direction du groupe américain débloque 35 millions d’euros pour financer le plan social. Les indemnités de licenciement s’échelonneront de 32 000 euros pour un salarié récemment embauché, jusqu’à 91 000 euros pour les plus anciens. De quoi soulager les 311 salariés des usines de Dole (Jura) et de Revin (Ardennes),
Jeudi 28 avril
- La SAFE (Société des aciers fins de l'est) est sauvée de justesse de la liquidation. La forge lorraine, qui travaille pour plusieurs constructeurs automobiles, a été reprise pae Farinia,groupe spécialisé dans la transformation des métaux. 258 des 320 salariés de Safe devraient être repris. 
- Après le site d’Arches (Vosges), cédé au groupe suédois Munksjö, c’est au tour de l’usine de Rives (Isère) de faire les frais de la restructuration du papetier ArjoWiggins. La quatrième et dernière machine du site sera mise à l’arrêt d’ici la fin de l’année 2011, entraînant un arrêt définitif de la production et la suppression d’une cinquantaine de postes sur les 200 actuels. Le reste des effectifs sera transféré dans l’autre usine iséroise du groupe, à Charavines (Isère). 
- Nouveau suicide chez France Télécom : un cadre s'immole par le feu à Mérignac (Gironde). 
Vendredi 29 avril
- Les défilés du 1er mai s'annoncent relativement limités, dans un climat social assez morose. 
- Les syndicats de fonctionnaires (CGT, FSU, FO, CFDT et UNSA) décident du principe d'une journée de grève fin mai contre le gel des salaires dans la fonction publique. 

 

Henri Valois.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 10:52
Ubu reine [1] 
Christine Angot, la langue irresponsable 
 
Le dégoût que provoquent les livres de Christine Angot, et que trois ou quatre échantillons de la presse d’endoctrinement sont encore les seuls à ne pas éprouver [2], s’explique aisément : on y trouve tout ce que l’époque produit de mieux dans l’ordre de la haine fanatique de l’art. Cette année, ce ressentiment à l’égard de la beauté a pour titre Les Petits, et il « dévoile », dit le malfaisant qui l’édite, « le côté sombre de la puissance féminine et l’utilisation par certaines femmes d’un pouvoir maternel tentaculaire ». Il s’agit d’Hélène, « mère célibataire », qui tombe amoureuse de Billy, « musicien de vingt ans son aîné, originaire de Martinique ». Le couple aura quatre enfants. « Mais les disputes se multiplient. (...) Jusqu’au jour où, au [3] prétexte que Billy a légèrement tapé Mary et Clara qui se chamaillaient pour une histoire de poussette, sa compagne appelle la police et porte plainte. C’est le début d’un enfer qu’Hélène va faire vivre à Billy, lui interdisant de voir ses enfants, les manipulant contre leur père, l’accusant à tort de violences répétées. »
Comme Le Marché des amants, Les Petits est un roman politique, et même un roman à thèse, d’un rousseauisme rudimentaire, d’un manichéisme social stupéfiant, qui met en scène des Blancs racistes, des Noirs sans préjugés (et accessoirement musiciens, c’est très inattendu), des misérables spoliés que la cupidité n’empêche pas d’être solidaires. Voilà, dans la guerre de propagande qu’elle livre contre la littérature, les kilos de conformisme doctrinaire que la poissonnière préférée de la critique Savigneau [4] (elle-même harengère favorite de la romancière Angot), entasse dans sa cave, cachés sous des stocks de pathos, derrière ses incestes, ses Désaxés, ses amants et leur Marché [5].
En réalité, le sujet des livres d’Angot n’est que médiocrement important, puisque l’on y trouve, dans sa régnante et décervelante production de préjugés, l’invariable correction idéologique qui fait le succès médiatique des Bégaudeau, Onfray, Adam, Sollers, Lévy, and so on. – Aussi, plutôt que de nous en tenir à l’analyse de la morale bien-pensante des livres d’Angot, nous avons préféré étudier le caractère irresponsable de la langue qu’elle utilise.
Comme on dit d’un individu qu’il est responsable de ses actes, un écrivain est responsable de ses phrases ; et ce devoir moral s’exerce notamment par la maîtrise de la syntaxe. Aussi, parce qu’elle est à l’origine de phrases responsables, la syntaxe est d’autant plus morale qu’elle est maîtrisée. Relâchée, en revanche, elle devient, par inconséquence et immaturité, immorale : elle peut signifier n’importe quoi, elle n’a de compte à rendre à personne. C’est la phrase totalitaire des enfants, qui passent du coq à l’âne, reviennent en arrière, s’oublient, changent de sujet et laissent des blancs. – C’est donc exactement la manière d’Angot, dont toutes les phrases, ou quasi, sont totalitaires et sans scrupules ; qui n’ont l’air d’impliquer aucune responsabilité.
 
*
 
« C’est un philosophe. (...) Mais pas dans son coin, il aime bien parler, il aime bien aller leur dire. (...) Il a deux ennemies, la volonté de pureté, qui cherche à assainir, la volonté de guérir, qui cherche le remède. Le malade est toujours imaginaire, et il fait ses comptes pour le pharmacien : [suivent les premières phrases du monologue d’Argan au début du Malade imaginaire].
« Le remède est toujours mauvais, c’est toujours un prétexte à compter. Bientôt les morts, La Barbarie à visage humain, L’Idéologie française, ceux du communisme, de la collaboration, du fascisme, à l’allemande, à la française, à la musulmane radicale extrémiste. Toujours un prétexte pour faire les comptes, chiffrer. Et rafraîchir les entrailles de Monsieur. Amollir, humecter. Il était bon Molière »
« La volonté de pureté, Tartuffe. Ça, c’est la perversité, ça c’est la perversion, ça c’est la barbarie. C’est Molière qui parle, c’est moi, c’est Lévy, on s’en fiche, c’est nous. Avec lui, il ne faut pas avoir peur du collectif. Signer à côté les uns des autres. Parler au nom de. Parce que on a compris ce nom. On a compris cette identité. »
 
On nous pardonnera ce long morceau, mais il était nécessaire pour l’illustration de notre propos. C’est l’extrait d’un texte que l’on trouve sur le site internet de Christine Angot); il s’intitule : « Plexus, solaire Portrait de BHL ». Je l’ai choisi par commodité, mais j’aurais tout aussi bien pu prendre, à peu près au hasard, n’importe quel passage d’un des livres de Christine Angot, et notamment du dernier, Les Petits.
De cette bouillie, nous avons choisi d’isoler, parmi d’autres, trois éléments significatifs de l’irresponsabilité de l’écrivain Christine Angot.
 
« C’est un philosophe. (...) Mais pas dans son coin, il aime bien parler, il aime bien aller leur dire. »  A qui ce leur renvoie-t-il ? On ne le saura jamais : il a disparu aussi vite qu’il est apparu.
 
« Il a deux ennemies, la volonté de pureté, qui cherche à assainir, la volonté de guérir, qui cherche le remède. Le malade est toujours imaginaire, et il fait ses comptes pour le pharmacien : [suivent les premières phrases du monologue d’Argan au début du Malade imaginaire]. » On comprend à peu près l’enchaînement (guérir – remède – Malade imaginaire – Argan) tout à fait significatif de la manière de Christine Angot : elle avance par association d’idées ou d’images, jamais par enchaînement d’arguments. Ainsi peut-on trouver, mis bout à bout, à peu près n’importe quoi, n’importe quelle suite à n’importe quel début : la logique de l’enchaînement importe moins que l’enchaînement lui-même. (Des morceaux d’enchaînement reviennent d’ailleurs, impromptu, par une autre association d’images, plus obscure encore que la première : « Toujours un prétexte pour faire les comptes, chiffrer. Et rafraîchir les entrailles de Monsieur. Amollir, humecter. » On cherche en vain le passage qui entraîne Angot de un prétexte pour faire les comptes, à la citation du Malade imaginaire ; de chiffrer à rafraîchir, amollir, humecter.)
 
« Avec lui, il ne faut pas avoir peur du collectif. Signer à côté les uns des autres. Parler au nom de. Parce que on a compris ce nom. On a compris cette identité. » On voit ici, assez nettement, comment une syntaxe confuse entraîne l’irresponsabilité : entre l’expression parler au nom de et on a compris ce nom, le lien est uniquement dans le mot nom, mais comme on ne sait pas ce que le mot désigne, la phrase suit son cours dans un enchaînement qui échappe au sens. 
S’il y a chez Angot tout ce que le siècle a été capable de produire dans l’ordre de la déchéance du langage et du déclin de l’art, c’est que cette romancière n’a aucune distance avec ses mots : elle ne fait qu’un avec eux, comme sa langue ne fait qu’un avec son corps, comme son corps ne fait qu’un avec son temps ; et c’est pourquoi elle lit, avec tant de succès, ses textes sur scène : sa langue, son corps, son temps, – c’est-à-dire ses mots, ses gestes, son public, – s’y réunissent pour s’y confondre. Jusqu’ici, on s’efforçait de tenir à distance ces différents éléments ; il n’y avait d’art que dans cet écart. 
Des écarts moraux, i.e. syntaxiques (je l’ai dit : la syntaxe est une morale), avec la phrase purement expressive, avec la langue brute du corps brut, il en faut pour écrire : « J’ai peur que mes raisons de t’aimer ne te plaisent pas » ; et lui préférer : « J’ai peur pourquoi je t’aime, ça ne te plaise pas. [6] »
Il faut un écart supplémentaire pour nuancer, pour préciser, pour enrichir, ou pour contredire : « J’ai peur que tu n’aimes pas mes raisons de t’aimer » ; « J’ai peur que tu n’aimes pas les raisons même que j’ai de t’aimer » ; « J’ai peur que tu ne m’aimes pas, et pour les raisons même que j’ai de t’aimer » ; « J’ai peur que tu ne m’aimes que pour les raisons mêmes que j’ai de ne pas t’aimer » ; « J’ai peur que tu n’aimes, des raisons que j’ai de t’aimer, que celles-là même que j’ai peur d’aimer » ; etc.
On s’approche d’une pensée nuancée et complexe en s’écartant de la langue informe ; au contraire, c’est un peu de la richesse du réel, des sentiments, des êtres, de la vie, qui disparaît sous la langue brute d’Angot. Pour le dire autrement : le réel n’est vrai, et beau, qu’à proportion que la syntaxe est riche. 
La littérature commence avec l’écart, qui nuance et précise. La langue brute, et brutalement expressive, anéantit la richesse, et l’écart qui l’engendre. La phrase d’Angot n’écarte rien, elle confond. Il n’y a pas de détours dans ses phrases mais, dans leur absolu, le mot, le corps, et le temps secs : « Je note ce que j’ai l’intention de dire, pour que ça se tienne, bredouillage et elle l’actrice qui domine le langage » [7].
On nous dira que c’est formidable de « ne faire qu’un avec sa langue, avec son corps, avec son temps ». En faisant défiler des mannequins vêtus de hardes, en exposant des poils et des urines, certain couturier, certains plasticiens aussi « ne font qu’un avec leur corps, avec leur temps », avec le sordide et le fécal contemporains.
Angot est la littérature dans un temps où la mode et l’art doivent être avachis pour être compris, et détruits pour être admirés. Entre Galliano et Nebrada, le couturier qui coud des robes dans des chiffons et l’artiste qui fait d’une galerie ses latrines, il n’y a aucune différence ; comme il n’y en a pas entre eux et Angot quand elle écrit comme on maugrée, quand elle parle comme on rabroue.
 
*
 
Le respect de la ponctuation, celui de la concordance des temps, la recherche de l’équilibre dans la phrase, celle de la richesse dans le vocabulaire – et le jeu que ce respect comme cette recherche impliquaient –, c’était la langue même, c’était l’art aussi bien, ou ce vers quoi la littérature tendait.
La phrase d’Angot, purement expressive, bâtie d’estoc et d’excès, où toutes les digues – ponctuation, vocabulaire, syntaxe – ont sauté les unes après les autres pour que se répande la seule boue d’une expression, qui n’a, dans son oralité, d’autre recherche, d’autre attente, d’autre fin, que soi, uniquement, absolument, et définitivement, cette langue, immature et inconséquente, celle des enfants, est aussi celle de la pulsion régressive, celle des fonctions basses du corps.
 
*
 
Les psychologues classiques disaient que, si l’animal est capable de produire une expression (le cri de douleur), un signal (le cri d’alerte), il n’est pas capable de produire une description : contrairement aux deux autres fonctions, la description a besoin du langage articulé, qui seul permet, par la distinction entre l’erreur et la vérité, la pensée. En somme, seul l’homme peut théoriser car lui seul peut distinguer le vrai du faux.
Plus tard, Popper, qui ajoutera une quatrième fonction (l’argumentation), notera l’apparition d’un « langage expressionniste », exclusivement fondé sur l’expression et le signal, donc sans possibilité de vérité ni de mensonge. Ce langage a « d’ailleurs donné naissance, ajoute-t-il, à l’expressionnisme artistique. Moi, artiste, je suis important dans le domaine de l’art ; il faut que je m’exprime, il faut éventuellement que je communique avec les autres. C’est tout ce qui semble importer dans l’art. Et c’est ce qui l’a condamné à sa perte [...] C’est toute la vérité sur le déclin de l’art. » 
C’est à quoi, très exactement, nous ramènent les livres de Christine Angot, dont la haine pour la littérature se voit à ce refus du mensonge, c’est-à-dire à cette langue ramenée à une expression qui n’a besoin de rien d’autre, pour exister, que de coller à elle-même, quand l’amour de la littérature a besoin de détours, de louvoiements, de mensonge, donc, que seules permettent les lois de la phrase à qui en a la maîtrise : la littérature s’infiltre entre les mots et leurs sens, les écarte, les diffère, les nient au besoin, les désavouent s’il le faut (ce que Popper appelle la fonction de « représentation »), et qui revient à une approche syntaxique de la vérité et du mensonge artistiques.
Si Angot incarne la mort du roman, c’est que, comme les animaux, elle ne ment pas, c’est que ses romans ne mentent pas (et c’est en cela qu’ils ne sont pas des romans), c’est que sa plus grande exigence est de ne masquer aucune vérité au lecteur. Les personnages et les situations décrits, elle s’en fait gloire, sont réels : elle a vécu avec les premiers comme elle a vécu les secondes (et ce n’est que contrainte juridiquement qu’elle change un nom, ou qu’elle se contente d’initiales). Or il n’y a d’art romanesque que mensonger. C’est à celui qui ira le plus loin dans la transfiguration de la vérité ; c’est à celui qui mentira le plus et le mieux. Les romans ne peuvent pas se permettre de ne pas être des mensonges, ni la syntaxe de ne pas être morale.
Un art qui ne ment pas meurt. Si les livres de Christine Angot sont moins anecdotiques qu’on le voudrait, mais bien symptomatiques d’une régression esthétique, c’est qu’ils témoignent, dans leur refus du mensonge et leur syntaxe amorale, d’une haine peut-être sans précédent pour l’art, la beauté, la littérature. 
Bruno Lafourcade.
 

[1].  L’expression est du regretté Philippe Muray.
[2]. Dans l’un de ces risibles organes de propagande, une Trissotine hallucinée écrivait : « Le style même, organique et haletant, de la romancière, ses litanies fiévreuses, ses ressassements durassiens se métamorphosent en phrases brèves et coupantes comme des ciseaux, sèches et effrayantes. Autant dire que le Angot nouveau surprend. Et dérange. Et fascine. » (Fabienne Pascaud, Télérama, le 5 janvier 2011) On finit par se demander si tous ces gens (Angot, Pascaud, etc.) n’écrivent pas au « second degré ».
[3]. « Jusqu’au jour où, au... » On voit à ces gracieuses assonances que l’éditeur a un sens très musical de la littérature.
[4]. Du Monde des livres.
[5]. On aura reconnu quelques titres de la production angotique.
[6]. Cette phrase a été tirée, complètement au hasard, de L’inceste ; mais encore une fois on pourrait ouvrir Les Petits ou n’importe quel autre livre d’Angot pour y trouver ce type de phrases qui fait pourtant entrer en lévitation les Pascaud et les Savigneau.
[7]. Nouvel extrait de L’inceste.
 
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N°1 - 2009/01
 
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