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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 23:42
Lettres à Roger Nimier
 
de Jacques Chardonne
Mis en ligne : [9-01-2012]
Domaine : Lettres  
CHARDONNE-Jacques-Lettres-a-Roger-Nimier.gif

 

Jacques Chardonne (1884, 1968). Publications récentes : Pol Vandromme, Chardonne, c'est beaucoup plus que Chardonne (Éditions du Rocher, 2003) - Jacques Chardonne, Vivre à Madère (Grasset, 2004) - Jacques Chardonne, Propos comme ça (Grasset, 2004) -  Jacques Chardonne, Romanesques (La Table Ronde, 2011).
 

Jacques Chardonne, Lettres à Roger Nimier, Paris, Grasset, septembre 2011, 184 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Jacques Chardonne, parrain des "hussards", et Roger Nimier, son plus flamboyant représentant, sont ici comme les deux rois tête-bêche d'une carte à jouer. Ces lettres, caustiques, lyriques, attendries, toujours brillantes, Roger Nimier ne put les lire qu'après leur publication en volume. Jacques Chardonne n'y épargne pas ses contemporains: Gide, Montherlant et Max Jacob font les frais de son humour dévastateur. Il ne fait pas seulement œuvre de pamphlétaire ou de chroniqueur : ce styliste cherche aussi comment vivre, ce rieur cruel saisit aussi des instants de grâce. A déguster comme un verre de Cognac.
 
Recension de  Loïc Lorent, Le Spectacle du Monde - novembre 2011.
Tracassé à la Libération, Jacques Chardonne subit dans les années qui suivirent le pire des châtiments pour un artiste : l'indifférence. Qu'il est désormais loin le temps où, avec Claire et les Destinées sentimentales, ce stoïcien passionné séduisait public et critique. Flanqué de son camarade Paul Morand, lui aussi victime de cette épuration silencieuse, il gémit, moque et persifle. Et si, finalement, son oeuvre, qui n'intéresse plus grand monde, était terminée. C'était sans compter avec les hussards, et en premier lieu Roger Nimier. Le brillant écolier se cherchait des maîtres dissidents. Il jette son dévolu sur ces deux pères terribles. Lesquels, flattés, se disputent l'amitié du prodige. Bien des lettres sont échangées. Mais celles du présent volume ne sont qu'un prétexte à ce qui tient à la fois de roman et du recueil d'aphorismes. On y parle de politique, de littérature, de paysages, d'amour et des drames qu'il draine. On y tacle Gide et Jacob et y caresse Mauriac - Chardonne espérait son soutien pour entrer à l'Académie. Style sec, mordant, authentiquement français, avec en sus ce magistral air de ne pas y toucher. "Il n'y a que des exceptions", assène-t-il. Fertile leçon pour un auteur : plus on fréquente les hommes, moins on les connaît. De là naissent bien des malentendus dont toute vie est la somme. On entend parfois dire que Nimier n'est pas un très grand écrivain. A tout le moins, il savait s'en entourer.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 23:16
Robert Valléry-Radot
(1885-1915)
 
Arrière-petit-neveu d'Eugène Sue, Robert Valléry-Radot, né le 31 juillet 1886 aux Alleux par Avallon (Yonne), propriété de sa famille, descend d'une famille de notaires et de juges du Morvan. Robert Vallery-Radot a vécu, par goût, une adolescence très solitaire. Passionné de lectures, il recherchait le silence. Les Alleux furent le parc somptueux où s'éveillèrent tous ses rêves. C'est parmi les rocs farouches du Morvan, les pins, les chênes gigantesques, qu'il a commencé de balbutier son amour de Dieu et de la nature. Armé de fortes études classiques il débute dans les lettres à dix-sept ans, à l'occasion d'un concours de poésie organisé par la revue La Plume, en 1903 et publie, en décembre 1906, un premier volume de vers. Grand ami de François Mauriac et de Georges Bernanos dès avant la guerre de 14, il anime la revue des Cahiers de l'amitié française. De 1914 à 1918, il est mobilisé comme chef de section et reçoit, à titre militaire, la Croix de guerre et la Légion d'Honneur. Tenté par le fascisme durant les années 1930, il rejoint le régime de Vichy en 1940. Ordonné prêtre en 1953, il finit ses jours en 1970 à l'abbaye cistercienne de Bricquebec (Manche).
 
Les Grains de myrrhe (E. Sansot, 1906), Les Chants de Chryseis. Les Dents du Sylvain. Au seuil de la demeure (E. Sansot, 1907), « In Memoriam », (Plon, 1908), L'Eau du puits,( Plon, 1909).  
 
 
Sur ses yeux
 
Que j'aime tes yeux où s'endort
Une chaude langueur voilée,
Tes yeux d'ombre où brûle de l'or,
Pareils à des nuits étoilées!

Embrasant d'eux tout l'univers,
Ils sont ma clarté coutumière;
Je ne vois le ciel qu'à travers
Leur ardente et douce lumière.

Tantôt graves, tantôt rieurs,
Et baignés de tendresse humaine,
Dans mon royaume intérieur
Ils forment mon plus cher domaine;

Ils me sont les miroirs sacrés
Où, m'allégeant de mes faiblesses,
Je m'apparais transfiguré,
Divin de force et de noblesse!

Je me plais à me perdre en eux
Comme en une forêt profonde
Au silence prodigieux,
Tout près de Dieu et loin du monde;

Forêt où l'infini s'étend,
Et qui me fait songer à celle
Où vinrent Ysolde et Tristan
S'unir d'une étreinte éternelle !

Forêt d'ivre félicité
Où je me confonds en toi-même,
Où je meurs d'entendre monter
Le chant de ton âme qui m'aime...
 
     
 
Robert Valléry-Radot. (1885-1970), Les Grains de Myrrhe (1906)
   
 

femme.jpg

 
 
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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 11:37
Pour la Hongrie
 
Nous somme tous des patriotes hongrois !
 
La situation en Hongrie continue d’agiter tout ce que Paris compte de grandes âmes, de gens d’esprit, de pasteurs méthodistes et de banquiers philanthropes. Hier soir encore, Le Monde consacrait toute la première partie de son éditorial aux « dérives antidémocratiques » de M. Orban, à sa constitution « infâme » et à ses lois « scélérates ». On en appelait évidemment à l’Europe, à l’esprit du traité de Rome, aux mannes de Monnet, de Schumann et d’autres grandes consciences bruxelloises… Et – pour la première fois – on réclamait même des sanctions ! Eh oui, des sanctions, des vraies, des sérieuses, des sévères. On doit bien reconnaître que sanctionner un gouvernement issu d’élections démocratiques n’est pas chose facile. Mais, tant pis. Après tout, qui aime bien châtie bien!
C’est en lisant la seconde partie de l’éditorial qu’on comprenait mieux ce qui mettait notre chroniqueur mondain dans une fureur aussi noire : la politique économique du gouvernement hongrois ! « En vertu d’un curieux credo nationaliste, M. Orban semble avoir décidé  que son pays, pourtant gravement atteint par la crise, pouvait s’en sortir seul. Il refuse de se plier aux conditions posées par l’UE et le FMI pour accorder leur aide»… Ah ! il refuse de subir les diktats de ces messieurs de Francfort et de New York ? Ceux là même qui viennent de saigner à blanc la Grèce et qui s’apprêtent à mettre à plat l’Italie, l’Espagne et le Portugal ? C’est entendu !
Que M. Orban ait des méthodes passablement autoritaires, qu’il soit un peu chatouilleux sur les questions de drapeau, d’ordre et de religion, qu’il apprécie modérément le mot République, qu’il vient d’ailleurs de congédier de sa constitution, passe encore ! Mais qu’il se refuse de se prosterner devant M. Draghi et Mme Lagarde, de se faire mener par le bout du nez par le dernier des eurocrates, là on bascule dans l’aveuglement criminel ! Vous voulez d’autres preuves que M. Orban est un proto-fasciste ? il ne croit ni à l’indépendance des banques centrales, ni à la concurrence libre et non faussée, ni à l’intelligence de M. Van Rompuy, ni à l’honnêteté de M. Juncker !
Un pays qui élit massivement un gouvernement de redressement national pour le sortir d’une crise où l’Europe l’a plongé, qui approuve tout aussi massivement une nouvelle Constitution où les mots de patrie, d'honneur et d'histoire retrouvent un sens, qui a la bonne idée (au passage) de se débarrasser de la République et de toute la verroterie « démocratique » issue de l'époque stalinienne, qui défend ses droits, ses emplois, son économie face à la finance internationale et aux gnomes de Bruxelles. Qu'est-ce que c'est, selon Le Monde, Libération et notre belle presse bourgeoise ? Une quasi dictature !
Et des pays comme l'Italie ou la Grèce à qui l’on impose comme dirigeants, par simple cooptation, sans aucune élection, des employés de Goldman-Sachs, des voyous notoires, des banquiers véreux, qui ont pour certains prêté la main à la faillite de leur pays et qui n'ont été placé là que comme garde-chiourmes des marchés et des prédateurs. Qu'est-ce-que c'est, selon Le Monde, Libération et consorts ? Des pays libres et démocratiques ! A tel point qu’on voudrait qu’il en soit de même pour la France. M. Lionel Stoléru n’affirmait-il pas placidement la semaine dernière dans les colonnes du Monde que « la démocratie est incapable de sécréter et de soutenir des dirigeants politiques qui ont le courage de prendre des décisions impopulaires mais nécessaires » [1] ? Et qu’il fallait songer à confier le pouvoir à «des hommes courageux » comme MM. Camdessus, Trichet, Pascal Lamy ou Claude Bébéar. Et pourquoi pas directement à Mme Parisot ?
La Hongrie est aujourd’hui le symbole de l’Europe qui résiste. Elle le fait au nom du droit des peuples à maîtriser leur destin, comme elle le fit, il y a un peu plus d’un siècle, au nom du droit des hommes à vivre, fiers et libres. Les manifestations d'opposants hongrois, que nos médias passent généreusement en boucle, rassemblent en réalité bien peu de monde. Selon l’homme de la rue à Budapest, on y compte surtout des vieux, des fonctionnaires et, par-dessus tout, des adeptes de l'ancien régime communiste. Ce régime qui prit le pouvoir par la tricherie, le mensonge et par le crime, qui interdit toute constitution, toute vie démocratique, toute expression syndicale, un régime de policiers, de bourreaux et d’assassins qui imposa pendant près d'un demi siècle à la Hongrie une République aux mains tachées de sang. C’est le souvenir de ce passé abject que nos amis hongrois veulent aujourd’hui exorciser, en approuvant une Constitution qui met à nouveau en avant les symboles de leur identité, leur langue, leur territoire, leurs libertés. C’est peut-être aussi d’un passé plus lointain, mais tout aussi cruel, dont ils veulent se délier : celui du Traité de Trianon de 1920, où les puissances alliées, et en premier lieu la France républicaine et laïque, cherchèrent à punir et à humilier la Hongrie catholique et habsbourgeoise en réduisant des deux tiers sa population et son territoire.
L’Union européenne et sa cohorte de politiciens ignares, de fonctionnaires soumis et de banquiers voraces pensent pouvoir se mettre en travers de ce processus de mémoire et de renaissance nationale. Ils rêvent de diktats, de punitions et de sanctions. Qu’ils prennent garde ! La Hongrie ne s’est pas détachée de l’Union soviétique pour retomber dans une autre forme d’empire, mieux camouflé mais tout aussi tyrannique. Elle résistera et sa résistance peut demain en susciter d’autres. En 1956, le peuple français, malgré ses dirigeants de l’époque, apporta spontanément son soutien à l’insurrection de Budapest. Certaines soirées parisiennes de novembre 1956 furent l’occasion de rappeler aux complices français des bouchers du Danube qu’ils devaient se tenir à carreau. Car à Paris, on n’aime pas beaucoup ceux qui insultent les peuples libres. Ce soir, nous sommes tous des patriotes hongrois !
Hubert de Marans.
 

[1].  Lionel Stoléru, « Il faut changer de gouvernement, la crise exige un nouveau Premier ministre », Le Monde du 30 décembre 2011. Il est stupéfiant (et encourageant !) de voir M. Stoléru insulter aussi ouvertement la démocratie dans les colonnes du Monde. Dire que le régime est incapable de secréter des hommes qui ont le sens du long terme et le courage de prendre des décisions difficiles est une vérité première. Encore faut-il que ces hommes aient la légitimité pour le faire et que leurs décisions soient prises dans le sens de l’intérêt national et non pas de celui du capitalisme international. M. Stoléru, encore un effort pour devenir royaliste !
 
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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 17:12
La gauche à l'épreuve
1968-2011
 
de Jacques Le Goff 
Mis en ligne : [2-01-2012]
Domaine : Idées 
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Jacques Le Goff, né en 1949, est philosophe et sociologue. Il contribue à de nombreuses revues, et en particulier au Débat, et préside le club de réflexion Politique autrement.  Il a récemment publié: La Démocratie post-totalitaire (La Découverte, 2002), La France morcelée (Gallimard, 2008).
 

Jacques Le Goff, La gauche à l'épreuve, 1968-2011. Paris, Perrin, août 2011, 288 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
« Ce livre traite des évolutions de la gauche française et des bouleversements sociaux et culturels qu’a connus la société depuis plus d’un quart de siècle. Il ne prétend pas à l’expertise et encore moins à l’audit, mais aborde frontalement des changements problématiques trop longtemps sous-estimés ou déniés ». Dans la première partie : « La gauche n’est plus ce qu’elle était », Jean-Pierre Le Goff passe au crible la décomposition de l’ancienne doctrine de la gauche et ses substituts. Gauchisme recomposé, référence à un mouvement social hétéroclite, néo-management, écologisme, gauche morale et dénonciatrice, modernisme culturel et branché… se sont affirmés, dans le même temps où des socialistes français tentaient d’opérer une difficile réconciliation avec le libéralisme. Trente ans après sa victoire de 1981, la gauche n’est pas parvenue à reconstruire un nouveau cadre cohérent de pensée et d’action. Dans la seconde partie, l’auteur s’attache à montrer que cette décomposition s’inscrit dans des évolutions de la société française qui ont mis à mal les anciennes figures de l’engagement politique. De la « civilisation des loisirs » à « mai 68 », de la fin des Trente Glorieuses aux années 2000, c’est une nouvelle figure de l’individu qui a fini par s’affirmer pour qui le rejet des embrigadements passés s’est accompagné d’une morale des bons sentiments et d’un narcissisme prononcé. Les bouleversements opérés dans la famille et l’éducation alliés au chômage de masse ont produit des effets de déstructuration et de désaffiliation, entraînant un « nouveau fossé des générations », à bien des égards plus problématique que celui des années 1960. La combinaison d’une crise économique, sociale et d’un nouvel « état des moeurs » met en question « l’estime de soi » sur le plan individuel et collectif, entraînant une spirale dépressive. L’exigence d’une nouvelle reconstruction, sociale, politique et culturelle est d’autant plus présente que nous sommes arrivés à une phase d’épuisement des idéologies passées et de la révolution culturelle post-soixante-huitarde.
 
Recension de Jean-Louis Schlegel. - Esprit. décembre 2011.
Avec acuité, l'auteur dissèque ce qui ne va pas, ou ne va plus, à gauche depuis la date symbolique de 1968 jusqu'au premier trimestre 2011 (il est question à la première page de l'affaire DSK). Une des raisons majeures de l'autodestruction de la gauche vient du contraste, du conflit plutôt, entre l'inscription dans une tradition de gauche économique et sociale réformiste et sa déstabilisatioin  constante - allant jusqu'à la culpabilisation - par une extrême gauche radicale et marxisante. S'y greffe de surcroît un discours culturel moderniste ou postmoderniste qui ne cesse de s'aligner sur des thématiques libérales-libertaires, sans réflexion sur les conséquences sociales destructrices pour les individus et la société. La gauche a perdu ce faisant "le peuple de gauche", qui est allé voir ailleurs, au Front national par exemple. On acquiesse volontiers à beaucoup d'analyses impeccablement menées et convaincantes, surtout sur les rapports entre extrême gauche, gauche tout court, gauche culturelle - même si on ne distingue pas toujours superficialités médiatiques et débats de fond. Ce qui manque peut-être, ce sont les dilemmes de la gauche, en particulier socialiste, face aux réalités à affronter : les changements de la société, l'individualisme, le multiculturel, les prodromes de la mondialisation avec ses nouveaux problèmes économiques... Les réponses, polémiques, précèdent parfois les questions.

A lire également : "La gauche en morceaux", entretien avec Jean-Pierre Le Goff. - Royaliste du 12 décembre 2011.

  

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 22:56

Hiver 2011/2012
Des idées pour
la résistance
 

- Résistance et révolution, par François Renié.  [lire]

Les idées et les livres

- Des idées pour la résistance, par Henri Valois.  [lire]
Une floraison de livres conforte l'idée que la France reste un des centres de résistance les plus actifs au libéralisme et à la mondialisation. Régis Debray étrille les "mauvais prophètes" de ce temps. Jean-Claude Michéa dénonce la gauche capitularde. Claude Hagège montre comment la culture anglo-saxonne participe à l'appauvrissement du monde. Hartmut Rosa approfondie ses réflexions sur modernité, aliénation et accélération du temps. Paul Jorion prophétise l'agonie du capitalisme et Jacques Sapir et Jacques Nikonoff celle de l'euro. Des idées dangereuses comme des cocktails Molotov...

- La démocratie désenchantée (3). - Textes présentés par Paul Gilbert.
Post-démocraties à l'est et à l'ouest. Après la phase d'enchantement libéral, qui suivi la disparition du communisme, les pays d'Europe de l'est reprennent le chemin du nationalisme et d'un certain autoritarisme, sous l'effet de la crise. En Hongrie, en Roumanie, en Serbie ou en Bulgarie, les institutions démocratiques sont bousculées par la montée des mécontentements sociaux et des aspirations nationales. En Grèce, en Italie, en Espagne et au Portugal, le jeu démocratique est également entravé. Au mépris des parlements et des citoyens, les dirigeants de l'UE suscitent des "gouvernements de techniciens" aux ordres, afin d'imposer l'austérité et de conjurer le risque populiste. 

- L'Europe au risque du déclin, par François Renié.  [lire]
Le jeu des relations internationales est en plein bouleversement, les acteurs qui vont faire l'histoire du XXIe siècle entrent en scène et l'Europe n'y a toujours pas trouvé sa place. La crise de l'Europe est économique mais elle est aussi éminément politique. Le modèle fédérale qui a prévalu depuis le Traité de Rome, l'euro qui en est le dernier avateur sont en perte de vitesse mais aucun des dirigeants européens n'est prêt à remettre en cause ces dogmes mortels. Combien de temps faudra-t-il à l'Europe pour se débarrasser de ses chimères ? Combien de temps faudra-t-il pour que l'Europe des Nations rentre de pein-pied dans l'Histoire. 

- L'Allemagne et la présidentielle française, par Hubert de Marans.  [lire]
 L'Allemagne est-elle la clé de l'élection présidentielle ? M. Sarkozy ne jure que par Mme Merkel. Au point de solliciter la chancelière allemande et les dirigeants de la CDU pour qu'ils participent à sa campagne. M. Hollande joue, de son côté, la carte du rapprochement avec les chefs du SPD et essaye de leur faire partager sa vision de l'Europe future. M. Mélenchon, comme les Verts se félicitent des liens qu'ils ont tissés avec leurs homologues d'outre Rhin et rêvent de la constitution d'un nouveau front de la gauche européenne. Cette "germanophilie" conduira-t-elle à des désillusions après les élections ?

- Muray et notre temps, par Vincent Maire.  [lire]
Six ans après sa mort, Philippe Muray est toujours parmi nous. Son oeuvre continue à inspirer des lectures de nature diverse, depuis Fabrice Luchini qui le met en scène au théâtre, jusqu'au philisophe chrétien Jacques de Guillebon qui vient de réunir autour de lui, dans un beau recueil, une quarantaine de penseurs, d'amis et d'admirateurs. Si la pensée de Muray se porte bien, si elle commence à susciter en Europe et aux Etats-Unis un puissant courant critique de l'histoire et de la littérature contemporaine, son verbe, fait d'insolence et de sagesse, nous manque terriblement. Pas un jour où, à la lecture du journal ou devant l'écran, on ne songe : "Qu'en aurait dit ? Et avec quel rire se serait-il finalement débarrassé de cette information inopportune ?"  

Le millénaire normand, par Jacques Darence. [lire]
La Normandie fête le 11e centenaire de sa naissance. Alors que les fêtes du millénaire avaient brillé de mille feux en 1911, les manifestations de 2011 ont été particulièrement discrètes. Serait-ce par ce que la Normandie se partage entre deux régions institutionnelles et que la République ne souhaite pas rouvrir l'épineux dossier de la réunification normande ? Ou, serait-ce, plus simplement, parce que le régime n'aime pas les Régions et qu'il n'a pas envie de les voir lui faire de l'ombre ? Raison de plus pour lever son verre en l'honneur de tous nos amis normands, de leur histoire, de leurs paysages et de tous ces Normands qui ont fait le monde plus grand et plus beau ! 

Portrait, une nouvelle d'Alain-Fournier. [lire]
Le futur auteur du Grand Meaulnes publie cette courte nouvelle dans la NRF de septembre 1911. Gide l'accepte sans enthousiasme car Fournier ne fait pas vraiment partie de sa coterie. Le titre du récit est inspiré de Péguy, que Fournier lit à cette époque avec passion et qui restera jusqu'au bout un de ses modèles.  L'auteur écrira à l'un de ces amis que, si la fin du texte est raté, il est satisfait de plusieurs pages et que ces premières nouvelles, malgré leurs imperfections, l'encouragent à écrire un ouvrage plus complet. De fait, on retrouve dans Portrait l'ambiance du lycée de province, la féérie du cirque, les amitiés adolescentes, l'ombre du suicide et de la guerre qui feront plus tard le succès du roman d'Augustin Meaulnes. 

- Le jardin français, poèmes de G. C. Cros, L. Mandin, H. Strentz.  [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Le candidat de l'Allemagne. - En écoutant Mélenchon. - Prudences hollandaises.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
L'Ecosse et son avenir. - Ormuz. - Poutine, tel qu'en lui même.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Proglio et Veolia. - Démagogie dans les usines. - Les syndicats et le piège électoral.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Carrère. - Marceau. - Jünger. - Garcin. - La Varende. - Matzneff. - Jaccottet.

- Idées et histoire, par François Renié et Paul Gilbert.
Camus. - Jeanne d'Arc. - L'Aigle au crépuscule.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
La France déconcertée. - Les tours contre la ville. - Le souvenir de Jacques Laurent - Massenet, l'oublié.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Le socialisme sans le progrès (Dwight Macdonald). - La gauche à l'épreuve (Jacques Le Goff). - Lettres à Roger Nimier. (Jacques Chardonne). - Dictionnaire de la Contre-Révolution. (Jean-Clément Martin). - De l'amour, de la mort, de Dieu et d'autres bagatelles. (Lucien Jerphagnon). - Du dandysme et de George Brummell. (Barbey d'Aurevilly). - Talleyrand (Emmanuel de Waresquiel). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 21:46
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2012 : le souvenir de Maurice Barrès
 

L'équipe de la Revue Critique des idées et des livres présente à Mgr le Comte de Paris, à la Maison de France, à ses lecteurs et à tous ses amis ses voeux de bonheur et de prospérité pour l'année 2012.

 

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 23:43


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La Revue critique vous souhaite

une bonne année 2012

 

 

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 11:50

Décembre 2011
Hommage à
Nicolas Boileau
 

- Le beau, le vrai et le juste, par Paul Gilbert.  [lire]

- Hommage à Nicolas Boileau, par Eugène Charles.  [lire]
Boileau est, parmi nos auteurs du XVIIe siècle, l'un de ceux qu'il est le plus difficile de juger équitablement. Cela tient sans doute à ce qu'il n'a pas choisi les genres les plus faciles : le poème didactique, la critique, la satire. Rien qui ait pu vraiment lui assurer les suffrages des salons et la reconnaissance de ses confrères. En outre, il avait le caractère d'Alceste, sa franchise était un peu vive et il n'a jamais su mentir, ni en vers, ni en prose. Pourtant, que son oeuvre est solide et pleine d'un bon sens et d'une confiance, toute française, dans la raison et les règles du bon goût. C'était aussi un homme de coeur, dont la générosité, l'abnégation et la charité étaient proverbiales. S'il fut parfois sévère pour ses amis, pour Racine et surtout pour Molière, c'est parce qu'il les aimait et qu'il les voulait au meilleur de leur talent. Imagine-t-on Boileau aujourd'hui parmi nous ? Entouré d'une nuée de laquais, bastonnant d'importance les prosateurs débiles et les esprits faux ! Quel réjouissant spectacle !

Enquête sur Boileau 

- Points de vue d'hier et d'aujourd'hui, présentés par Eugène Charles.  [lire] 
Il y a autant d'opinions sur Boileau que d'écoles dans la littérature française. Le Régent du Parnasse a été malmené par les romantiques, négligé par les symbolistes, ressuscité par les néo-classiques et a peu près complètement ignoré par la critique depuis un demi siècle. Voici quelques jugements d'hier et d'aujourd'hui sur un auteur que ne laisse jamais tout à fait indifférent.

- Boileau est-il un poète ? par Claudel, Bonnard, Carco et Valéry.  [lire]
Toute l'oeuvre, ou presque, de Boileau est en vers. Pourtant on hésite à le ranger dans la catégorie des poètes, avec Ronsard, du Bellay et le charmant La Fontaine. Trop sévère, Boileau ? Pas assez indolent ? Trop maître d'école ? Voyons ce qu'en pensaient quatre de ses confrères du XXe siècle, MM. Paul Claudel, Abel Bonnard, Francis Carco et Paul Valéry.

Etudes sur Boileau et son oeuvre

Les épitres de Boileau, par Pierre Gilbert.
Boileau ou l'art de la gravité enthousiaste.

Une enquête (fictive) sur l'Art Poétique, par Henri Dagan.
Les réponses qu'auraient pu faire Philippe Sollers, Amélie Nothomb, Christine Angot, Michel Houellebecq (de gaz), Frédéric Mitterrand, Michel Onfray, Pierre Assouline, Olivier Adam, Jean Clair, Charles-Albert Cingria.

Réflexions sur Despréaux, par Pierre Chardon.
Né d'un père greffier et d'aïeux avocats, Boileau fut d'abord un législateur. Ses règles inspirèrent nos plus grands auteurs.

Boileau rhéteur et critique, par Emile Faguet.
Le caractère, l'esprit et le coeur de Boileau.

Boileau épistolier, par Jean-Marc Bernard.
La correspondance de Boileau fourmille de jugements sur son temps et ses contemporains.

Un hommage, par Anatole France.
Jérome Coignard et son créateur aimaient Boileau parce que sa sagesse aide à vivre dans des temps difficiles.

Boileau Gourmet, par Jacques Cise.
Peu de gens savent que Boileau a exercé une très réelle influence sur la cuisine française.

Boileau aphone, par Charles Foley.
A l'âge de 51 ans, Boileau fut affligé d'une subite extinction de voix. On imagine l'effarement de ce grand discoureur.

Une ennemie de Boileau, Madame de la Sablière, par Anatole France.
Boileau cultiva l'art de se faire des ennemis, en particulier parmi les femmes savantes de son temps.

Petite satire à la manière de Boileau, par Henri Dagan.
Pour saluer ses amis d'hier et punir ses ennemis d'aujourd'hui.

Notes et documents

- Boileau, vu par Brunetière, Thibaudet et Lanson.
Trois visages de Boileau.

- Bibliographie, par Paul Gilbert.

Conte de Noël

- Les sabots du petit Wolff, un conte de François Coppée.

 

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 23:16
Le socialisme
sans le progrès
 
de Dwight Macdonald 
Mis en ligne : [26-12-2011]
Domaine : Idées 
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Dwight Macdonald (1906-1982), écrivain, journaliste et essayiste politique américain. Figure journalistique du New Yorker, Macdonald fut également le créateur de la revue Politics qui fédéra les penseurs de la gauche critique aux États-Unis, après la seconde guerre mondiale. Radical sur la plan politique, il était conservateur sur le plan culturel. "Le socialisme sans le progrès" est sa première œuvre récemment publiée en français. 

 


Dwight Macdonald, Le socialisme sans le progrès. Paris, Editions de la Lenteur, octobre 2011, 212 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Dans cet essai, paru pour la première fois dans la revue Politics en 1946, Macdonald esquisse un bilan sans concession du projet marxiste d'émancipation, et plus généralement des idées révolutionnaires du XIXe siècle, au sortir des deux Guerres mondiales : que reste-t-il du socialisme, et même de la démocratie, après trente ans de guerre industrielle, de dictatures totalitaires, de centralisation étatique ? Peut-on encore croire que la science fasse progresser l'homme, après l'invention des gaz de combat, des camps d'extermination et de la bombe atomique ? Le diagnostic de Macdonald tranche avec l'atmosphère optimiste d'après guerre, alimentée par la victoire des Alliés sur le IIIe Reich, par l'euphorie qui gagne une partie de la gauche du fait du prestige acquis par l'URSS, et les succès électoraux de la social-démocratie à l'Ouest. Sur l'obsolescence du clivage droite-gauche, sur l'impérialisme de la méthode scientifique et de la technique moderne, sur la prolifération du phénomène bureaucratique au sein même du capitalisme dit libéral, cet auteur est d'une clairvoyance exemplaire.
 
Recension de Serge Audier. - Le Monde des livres, 2 décembre 2011.
La gauche moins le progrès. Centrées sur la critique de la civilisation technicienne, les jeunes éditions de La Lenteur font redécouvrir un essai de première importance dans l'histoire de l'antitotalitarisme, publié aux Etats-Unis en 1946, et qui retrouve un intérêt à l'ère de la crise écologique. Son auteur, Dwight Macdonald (1906-1982), l'« Orwell américain », se détacha de Trotski en dénonçant l'URSS comme un « collectivisme bureaucratique » et totalitaire. Fondateur de la revue Politics, qui fédéra la gauche anticommuniste - d'Ignazio Silone à Albert Camus -, il développa sa critique du marxisme, jugé « obsolète ». Sa thèse est que la gauche est minée par une « métaphysique du progrès » qui l'a conduite à un culte des forces productives et à une incapacité à penser les ambivalences du progrès techno-scientifique. Contre ce « progressisme », il prône un « radicalisme » qui formule les tâches politiques en termes de « valeurs » (vérité, justice, amour, etc.) et non de processus historique.

  

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 15:12
Effel Noël
 

La rédaction de la Revue critique des idées et des livres souhaite à Monseigneur le Comte de Paris, à la Famille de France et à tous ses lecteurs un joyeux Noël.

 
Les sabots du petit Wolff
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Un conte de Noël 
 
 
I
l était une fois – il y si longtemps que tout le monde a oublié la date, – dans une ville du nord de l’Europe, – dont le nom est si difficile à prononcer que personne ne s’en souvient, – il était une fois un petit garçon de sept ans, nommé Wolff, orphelin de père et de mère, et resté à la charge d’une vieille tante, personne dure et avaricieuse, qui n’embrassait son neveu qu’au Jour de l’An et qui poussait un grand soupir de regret chaque fois qu’elle lui servait une écuellée de soupe.
Mais le pauvre petit était d’un si bon naturel, qu’il aimait tout de même la vieille femme, bien qu’elle lui fit grand peur et qu’il ne pût regarder sans trembler la grosse verrue, ornée de quatre poils gris, qu’elle avait au bout du nez.
Comme la tante de Wolff était connue de toute la ville pour avoir pignon sur rue et de l’or plein un vieux bas de laine, elle n’avait pas osé envoyer son neveu à l’école des pauvres ; mais elle avait tellement chicané, pour obtenir un rabais, avec le magister chez qui le petit Wolff allait en classe, que ce mauvais pédant, vexé d’avoir un élève si mal vêtu et payant si mal, lui infligeait très souvent, et sans justice aucune, l’écriteau dans le dos et le bonnet d’âne, et excitait même contre lui ses camarades, tous fils de bourgeois cossus, qui faisaient de l’orphelin leur souffre-douleur.
Le pauvre mignon était donc malheureux comme les pierres du chemin et se cachait dans tous les coins pour pleurer, quand arrivèrent les fêtes de Noël.
La veille du grand jour, le maître d’école devait conduire tous ses élèves à la messe de minuit et les ramener chez leurs parents.
Or, comme l’hiver était très rigoureux, cette année-là, et comme, depuis plusieurs jours, il était tombé une grande quantité de neige, les écoliers vinrent tous au rendez-vous chaudement empaquetés et emmitouflés, avec bonnets de fourrure enfoncés sur les oreilles, doubles et triples vestes, gants et mitaines de tricot et bonnes grosses bottines à clous et à fortes semelles. Seul, le petit Wolff se présenta grelottant sous ses habits de tous les jours et des dimanches, et n’ayant aux pieds que des chaussons de Strasbourg dans de lourds sabots.
Ses méchants camarades, devant sa triste mine et sa dégaine de paysan, firent sur son compte mille risées ; mais l’orphelin était tellement occupé à souffler sur ses doigts et souffrait tant de ses engelures, qu’il n’y prit pas garde. – Et la bande de gamins, marchant deux par deux, magister en tête, se mit en route pour la paroisse.
Il faisait bon dans l’église, qui était toute resplendissante de cierges allumés ; et les écoliers, excités par la douce chaleur, profitèrent du tapage de l’orgue et des chants pour bavarder à demi-voix. Ils vantaient les réveillons qui les attendaient dans leurs familles. Le fils du bourgmestre avait vu, avant de partir, une oie monstrueuse, que des truffes tachetaient de points noirs comme un léopard. Chez le premier échevin, il y avait un petit sapin dans une caisse, aux branches duquel pendaient des oranges, des sucreries et des polichinelles. Et la cuisinière du tabellion avait attaché derrière son dos, avec une épingle, les deux brides de son bonnet, ce qu’elle ne faisait que dans ses jours d’inspiration, quand elle était sûre de réussir son fameux plat sucré.
Et puis, les écoliers parlaient aussi de ce que leur apporterait le petit Noël, de ce qu’il déposerait dans leurs souliers, que tous auraient soin, bien entendu, de laisser dans la cheminée avant d’aller se mettre au lit ; – et dans les yeux de ces galopins, éveillés comme une poignée de souris, étincelait par avance la joie d’apercevoir, à leur réveil, le papier rose des sacs de pralines, les soldats de plomb rangés en bataillon dans leur boîte, les ménageries sentant le bois verni et les magnifiques pantins habillés de pourpre et de clinquant.
Le petit Wolff, lui, savait bien, par expérience, que sa vieille avare de tante l’enverrait se coucher sans souper ; mais, naïvement, et certain d’avoir été, toute l’année, aussi sage et aussi laborieux que possible, il espérait que le petit Noël ne l’oublierait pas, et il comptait bien, tout à l’heure, placer sa paire de sabots dans les cendres du foyer.
La messe de minuit terminée, les fidèles s’en allèrent, impatients du réveillon, et la bande des écoliers, toujours deux par deux et suivant le pédagogue, sortit de l’église.
Or, sous le porche, assis sur un banc de pierre surmonté d’une niche ogivale, un enfant était endormi, un enfant couvert d’une robe de laine blanche, et pieds nus, malgré la froidure. Ce n’était point un mendiant, car sa robe était propre et neuve, et, près de lui, sur le sol, on voyait, liés dans une serge, une équerre, une hache, une bisaiguë, et les autres outils de l’apprenti charpentier. Éclairé par la lueur des étoiles, son visage aux yeux clos avait une expression de douceur divine, et ses longs cheveux bouclés, d’un blond roux, semblaient allumer une auréole autour de son front. Mais ses pieds d’enfant, bleuis par le froid de cette nuit cruelle de décembre, faisaient mal à voir.
Les écoliers, si bien vêtus et chaussés pour l’hiver, passèrent indifférents devant l’enfant inconnu ; quelques-uns même, fils des plus gros notables de la ville, jetèrent sur ce vagabond un regard où se lisait tout le mépris des riches pour les pauvres, des gras pour les maigres.
Mais le petit Wolff, sortant de l’église le dernier, s’arrêta tout ému devant le bel enfant qui dormait.
– « Hélas ! se dit l’orphelin, c’est affreux ! ce pauvre petit va sans chaussures par un temps si rude... Mais, ce qui est encore pis, il n’a même pas, ce soir, un soulier ou un sabot à laisser devant lui, pendant son sommeil, afin que le petit Noël y dépose de quoi soulager sa misère ! »
Et, emporté par son bon cœur, Wolff retira le sabot de son pied droit, le posa devant l’enfant endormi, et, comme il put, tantôt à cloche-pied, tantôt boitillant et mouillant son chausson dans la neige, il retourna chez sa tante.
– « Voyez le vaurien ! s’écria la vieille, pleine de fureur au retour du déchaussé. Qu’as-tu fait de ton sabot, petit misérable ? » Le petit Wolff ne savait pas mentir, et bien qu’il grelottât de terreur en voyant se hérisser les poils gris sur le nez de la mégère, il essaya, tout en balbutiant, de conter son aventure.
Mais la vieille avare partit d’un effrayant éclat de rire.
– « Ah ! monsieur se déchausse pour les mendiants ! Ah ! monsieur dépareille sa paire de sabots pour un va-nu-pieds !... Voilà du nouveau, par exemple !... Eh bien, puisqu’il en est ainsi, je vais laisser dans la cheminée le sabot qui te reste, et le petit Noël y mettra cette nuit, je t’en réponds, de quoi te fouetter à ton réveil... Et tu passeras la journée de demain à l’eau et au pain sec... Et nous verrons bien si, la prochaine fois, tu donnes encore tes chaussures au premier vagabond venu ! »
Et la méchante femme, après avoir donné au pauvre petit une paire de soufflets, le fit grimper dans la soupente où se trouvait son galetas. Désespéré, l’enfant se coucha dans l’obscurité et s’endormit bientôt sur son oreiller trempé de larmes.
Mais, le lendemain matin, quand la vieille, réveillée par le froid et secouée par son catarrhe, descendit dans sa salle basse, – ô merveille ! – elle vit la grande cheminée pleine de jouets étincelants, de sacs de bonbons magnifiques, de richesses de toutes sortes ; et, devant ce trésor, le sabot droit, que son neveu avait donné au petit vagabond, se trouvait à côté du sabot gauche, qu’elle avait mis là, cette nuit même, et où elle se disposait à planter une poignée de verges.
Et, comme le petit Wolff, accouru aux cris de sa tante, s’extasiait ingénument devant les splendides présents de Noël, voilà que de grands rires éclatèrent au dehors. La femme et l’enfant sortirent pour savoir ce que cela signifiait, et virent toutes les commères réunies autour de la fontaine publique. Que se passait-il donc ? Oh ! une chose bien plaisante et bien extraordinaire ! Les enfants de tous les richards de la ville, ceux que leurs parents voulaient surprendre par les plus beaux cadeaux, n’avaient trouvé que des verges dans leurs souliers.
Alors, l’orphelin et la vieille femme, songeant à toutes les richesses qui étaient dans leur cheminée, se sentirent pleins d’épouvante. Mais, tout à coup, on vit arriver M. le curé, la figure bouleversée. Au-dessus du banc placé près de la porte de l’église, à l’endroit même où, la veille, un enfant, vêtu d’une robe blanche et pieds nus, malgré le grand froid, avait posé sa tête ensommeillée, le prêtre venait de voir un cercle d’or, incrusté dans les vieilles pierres.
Et tous se signèrent dévotement, comprenant que ce bel enfant endormi, qui avait auprès de lui des outils de charpentier, était Jésus de Nazareth en personne, redevenu pour une heure tel qu’il était quand il travaillait dans la maison de ses parents, et ils s’inclinèrent devant ce miracle que le bon Dieu avait voulu faire pour récompenser la confiance et la charité d’un enfant.
François Coppée,
 
 
Effel Noël 2
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N°1 - 2009/01
 
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