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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 22:25
 
 
le départ
 
 
 
Lorsque viendra le temps où l'on vanne le blé
Dans l'air plein de soleil et de poussières claires,
Et que dans la douceur des longs soirs de l'été
La brise de la mer soufflera sur les aires,

Comme nous serons loin de la maison des champs,
Où jusqu'ici nous ramenèrent, chaque année,
Le bel été paré des fruits les plus charmants
Et le calme infini de ses chaudes journées !

Nous ne connaîtrons plus le plaisir simple et sûr
De tourner notre vue éperdument heureuse
Sur un large horizon de collines d'azur
Et d'oliviers légers dont l'ombre est lumineuse.

Nous chassions tous les jours les grands vols des perdreaux
Que nos beaux chiens faisaient lever dans les bruyères;
Le goût du bain réunissait au sein de l'eau
Nos jeunes corps épris de voluptés légères !

France, nous respirions dans toute sa douceur,
L'air du pays natal, l'air de miel et de roses !
Racine et Fénelon enchantaient notre coeur !
Mais le charme de vivre est fait de peu de chose.

Maintenant, dans le port s'agitent les vaisseaux;
Le soir va recouvrir les campagnes de France :
Nous laisserons au fond des bois et des ruisseaux
Notre jeunesse et notre heureuse insouciance !
 
 
 
pierre camo (1877-1974). Le Jardin de la sagesse. (1906).
 
 
la douceur catalane
 
 
 
A Louis Bausil.
 
J'ai perdu pour toujours ma douceur catalane,
Et ma maison de l'Aspre aux murs jaunes et blancs,
D'où mes yeux contemplaient, en la fleur de mes ans,
Les Albères avec la Tour de la Massane.

Alentour s’étendait un pays désolé
De lièges au tronc rouge et de sievas sauvages,
Où tintait le clocher d'un petit ermitage
Dans l'azur sec et chaud d'un grand plateau brûlé.

Le vent marin et le parfum des lauriers-roses
Baignaient d'effluves la terrasse du jardin;
L'odeur du miel et des bouquets de romarin
Pénétrait jusqu'au fond des grandes chambres closes.

Quand revenaient les longs après-midi d’été,
Sous le vieux catalpa, les branches coutumières
Abritaient les chapeaux à fleurs, les robes claires,
Et les propos légers nés de l'intimité.

Des coupes de raisin et de figues sucrées
Tentaient la guêpe d'or et le frelon rôdeur,
Et les alcarazas d'eau vive et de fraîcheur
S'évaporaient dans la lumière colorée.

Le malheur et la mort sont passés en ces lieux :
Il a fallu quitter le paisible domaine,
Et s'en aller tenter la fortune incertaine,
Un soir de grands départs et de sombres adieux.

Le vieux mas et les vieilles choses usuelles
Ne feront plus jamais ma joie et mon séjour,
Et j'ignore en quels bords ira sombrer un jour
Tout ce qui formera ma dépouille mortelle.

Le Roussillon, Bausil, dont vous goûtez les fruits.
Est devenu pour moi la terre de passage
Où fleurissent à peine, entre deux longs voyages.
D'anciennes amitiés sur un passé détruit !
 
 
 
pierre camo (1877-1974). Les Beaux Jours. (1918).
 
 
les adieux au vaisseau
 
 
 
Vaisseau qui vas revoir le rivage de France,
Et la blanche Provence, et le ciel boréal,
Que les vents te soient doux, qu'un flot toujours égal,
O vaisseau de mon coeur, t'emporte et te balance !

Dans tes bois parfumés, fils des forêts du Nord,
J'avais mis, en partant, toute ma destinée,
Et tu m'as bien conduit sur la terre éloignée,
Aux limites du Sud, du large et de la mort.

J'invoquerai pour toi les Déesses humides,
Et les Dieux inconnus des mers de l'Equateur,
Et, par eux, tu fuiras l'ouragan du malheur,
Le pirate africain et les roches perfides.

Je graverai ton nom, avec ces vers d'adieux,
Au tronc de ce manguier sauvage et solitaire,
Et puis je prendrai seul la route de la terre,
Vers les plateaux d'argile et les bois d'arbres bleus.

Adieu, le soir descend, la grande nuit s'avance,
La Croix du Sud déjà scintille au zénith clair,
Et bientôt le phosphore éclairera la mer.
Adieu, mon beau vaisseau, qui vas revoir la France !

Je reste seul, avec le poids du souvenir.
Le vent du sud, chargé de sel et d'amertume,
Qui fait pencher ta proue et s'effranger l'écume,
Rend mon coeur triste et désolé jusqu'à mourir.

Mais la rose fleurie aux portes de la Reine
Et les filles du Sud, belles comme le soir,
Sauront bientôt en moi tenir et prévaloir
Contre ce que je laisse aux flancs de ta carène,

Vaisseau porteur du pavillon à trois couleurs,
Qui fends l'onde déjà pour voir d'autres contrées,
Et retrouver l'automne aux zones tempérées,
Et mes grands bois de France aux mourantes splendeurs.
 
 
 
pierre camo (1877-1974). Les Beaux Jours. (1918).
 
 

fontaine.jpg

 
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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 22:59
Faut-il sortir de l'euro ?
 
de Jacques Sapir
Mis en ligne : [25-06-2012]
Domaine : Idées 
SAPIR.gif
 
Jacques Sapir, né en 1954, est économiste. Directeur d'études à l'EHESS, il dirige depuis 1996 le Centre d'études des modes d'industrialisation (CEMI). Spécialiste des questions stratégiques, de la mondialisation et de l'économie russe, il fait partie de la phalange des penseurs hétérodoxes qui a fait voler en éclat la pensée libérale et européiste. Il a récemment publié : La Démondialisation (Seuil, 2011), La Transition russe, vingt ans après (Edition des Syrtes, 2012). 
 

Jacques Sapir, Faut-il sortir de l'euro ? Paris, Seuil, janvier 2012, 204 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Les gouvernements et la Banque Centrale Européenne ont été aveugles à la crise de la zone Euro qui s'annonçait et qui est devenue inévitable à partir de septembre 2009. Mis devant le fait accompli, ils ont cherché des solutions financières à courte vue qui s'avèrent n'être que de pathétiques tentatives pour gagner du temps et qui ont en fait aggravé la crise. Aujourd'hui, la question est posée de savoir que faire de la zone Euro. Faut-il en modifier profondément les règles, faut-il faire évoluer l'Euro d'une monnaie unique vers une monnaie commune, ou faut-il tout simplement sortir de l'Euro ? Ces questions ne sont plus théoriques mais d'ores et déjà posées. Le débat sur l'euro sera nécessairement au cœur de la campagne des élections présidentielles de 2012, d'autant que celle-ci va se dérouler sur fonde de crise aggravée dans la zone euro. Ce court ouvrage éclaire ce débat capital. Il rappelle les problèmes fondamentaux posés par la monnaie unique et fait l'analyse critique des diverses positions politiques françaises sur l'Euro. Il dessine enfin un programme d'action concret pour le cas où la France devrait se résoudre à sortir de l'euro.
 
Le point de vue de La Revue Critique. Jacques Sapir nous livre à nouveau un puissant argumentaire contre la monnaie unique et contre les doctrines absurdes qui ont présidé à sa naissance. Il analyse longuement la genèse de l'euro, ses dérives, les raisons profondes - économiques et surtout politiques - de son échec. Désiré par les ultra libéraux pour accélérer le basculement de l'Europe dans la mondialisation, l'avénément de l'euro n'a servi in fine que les intérêts économiques d'une Allemagne obsédée par l'inflation et par son volume d'exportation. Le Royaume Uni, bien avisé, s'est rapidement retiré de cette aventure. La France et les pays d'Europe du Sud découvrent aujourd'hui bien tardivement et à leurs dépens les conséquences du monstre qu'ils ont contribué à créer. Pour Jacques Sapir, la crise actuelle ne peut avoir que deux issues : soit la disparition de l'euro qui emporterait sans doute avec elle l'ensemble de l'édifice européen, soit un retour organisé aux souverainetés monétaires, l'euro évoluant vers une forme de monnaie commune. On peut se demander s'il n'existe pas une autre hypothèse : celle d'un recentrage de la monnaie unique sur une zone euromark dominée par Berlin, dans laquelle nos dirigeants risquent par aveuglement de précipiter la France. Les dernières évolutions de la machine européenne semblent donner une certaine réalité à ce dernier scénario. F.R.   
     
Recension de Michel Dévoluy. - Politique étrangère, janvier 2012.
Faut-il sortir de l'euro. L’euro est en crise, faut-il sortir de l’euro ? La réponse de Jacques Sapir est oui, car il existe une vraie alternative. Pour l’auteur, l’euro est mal parti et il est vain de vouloir redresser la barre par des aménagements circonstanciels ou des incantations. La démarche est courageuse et provocante. L’auteur analyse et démontre, mais il assène aussi des avis pas toujours suffisamment différenciés. Le ton, le style et le fond oscillent entre propos académiques et polémiques. Du coup, J. Sapir produit un livre stimulant, documenté, instructif et parfois irritant. À l’évidence, il le sait et l’assume. L’ouvrage est construit en trois temps. D’abord, une présentation critique des origines et des enjeux de la monnaie unique. Puis un exposé des défauts de l’architecture institutionnelle de l’union monétaire et des limites des politiques nationales soumises à la présence de l’euro. Enfin, la démonstration que l’Europe et le monde peuvent, somme toute, se passer de l’euro. L’issue proposée est la mise en place de ce qu’il nomme une « monnaie commune » qui permettrait aux États-nations de retrouver leurs marges de manœuvre. Sur le fond, J. Sapir s’appuie sur les théories des zones monétaires optimales pour rappeler que la zone euro ne remplit pas toutes les conditions requises pour légitimer la création d’une monnaie unique. C’était vrai dès l’origine et cela reste d’une actualité brûlante. La crise qui frappe depuis fin 2007 n’a fait qu’exacerber et rendre plus lisible cette réalité. La grille de lecture théorique utilisée ici est appropriée puisqu’elle éclaire et explique les dysfonctionnements de la zone euro. À ce propos, certains jugements abrupts sur les travaux de Robert Mundell sont quelque peu déconcertants lorsqu’on sait que cet économiste est justement à l’origine de toutes ces analyses. J. Sapir accentue sa vision pessimiste de l’euro en dénonçant également les approches « essentialistes » de la monnaie, selon lesquelles la seule présence de l’euro conduirait à la création endogène d’une zone monétaire optimale. Pour l’auteur, l’explosion des dettes souveraines révèle les faiblesses structurelles de la zone euro et pointe les méfaits du néolibéralisme. Les causes profondes de la crise sont l’hétérogénéité des économies nationales, l’austérité budgétaire installée comme norme, la politique de la Banque centrale européenne (BCE) arc-boutée sur le dogme de la stabilité des prix et la déconstruction des systèmes de protection sociale. D’ailleurs, ce sont les populations les moins protégées qui sont les premières victimes. La Grèce est ici exemplaire. Mais ce n’est pas tout : pour J. Sapir, la crise de la zone euro proviendrait également du comportement de l’Allemagne. La défiance envers cet État parcourt tout le livre. L’Allemagne voulait l’euro pour installer sa suprématie économique. Elle a imposé sa vision monétaire pour sédimenter ses avantages en termes de compétitivité-prix et pour drainer des fonds qui financeront les retraites d’une population vieillissante. Elle n’a jamais voulu de mécanismes de transfert entre les États membres. Le jugement est sans appel, même si l’auteur rappelle plusieurs fois qu’il n’a rien à voir avec une défiance vis-à-vis de ce pays. Ce point de vue offre une lecture un peu grossière du processus d’intégration monétaire européen. Au total, J. Sapir prend dans cet ouvrage le contre-pied du récit d’une Europe vertueuse cherchant le chemin de l’union politique, notamment grâce à l’euro. Il dénonce la mise en place d’un « fédéralisme furtif» qui dépolitise l’Europe et désenchante les Européens. Il propose donc un retour à l’Europe des Nations en remplaçant l’euro par une monnaie dite « commune », c’est-à-dire, pour lui, un système de taux de change fixes et ajustables entre monnaies nationales. Il propose également un contrôle des capitaux. L’auteur fait ici le pari que la fin de l’euro permettrait un nouveau mode de coordination souple, seule méthode raisonnable lorsque les États ne sont pas assez homogènes. Cette solution admet implicitement que la dynamique de la construction européenne peut être réversible et qu’un nouveau départ fondé sur les États-nations est possible et souhaitable : la voie est périlleuse.
 
Autres articles recommandés : Pascal Beaucher "Euro : condamné depuis toujours", Royaliste du 30 avril 2012. - "Entretien avec Jacques Sapir", Politique Magazine, avril 2012. 

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 16:44
Eloge des forêts               TESSON-Sylvain.jpg
 

Quel beau livre que celui de M. Sylvain Tesson ! On n’est plus tout à fait le même après la lecture de ses Forêts de Sibérie [1]. On en sort regonflé, ragaillardi, presque réconcilié avec le monde. Nous suivions depuis quelques temps ce jeune auteur du coin de l’œil. Nous avions aimé ses premiers livres, son Axe du loup, son charmant Petit traité sur l’immensité du monde. Il avait publié il y a deux ans un recueil de nouvelles – Une vie à coucher dehors – qui manifestait déjà une belle maturité d’écriture et un sens du récit peu commun. Mais son journal sibérien est d’une espèce supérieure, c’est une sorte de petit chef d’œuvre à mettre à côté des meilleurs récits de retranchement, de solitude et d’ermitage. On pense à Jünger, à Stevenson, à Stendhal lorsqu’il n’est pas trop bavard, souvent aussi à notre Giono.

Entendons-nous bien : M. Tesson n’a rien d’un herboriste, ni d’un promeneur, ni d’un touriste. Son départ pour le désert ne s’est pas fait sur un coup de tête et il ne faut y voir aucun prétexte à littérature. C’est d’abord un pari, l’un de ces paris réfléchis qu’on se lance à soi-même lorsqu’on s’aperçoit soudain qu’on est au mitan de la vie : « Je m’étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois ». Certains remâchent ce genre de défi toute leur existence, ils se voient l’an prochain à Jérusalem, s’imaginent l’année suivante à Marienbad mais ne quittent jamais leur deux pièces-cuisine. Pas Sylvain Tesson. Aussitôt dit, aussitôt fait, ses malles prêtes, il attrape le premier vol pour Irkoutsk, fonce en camion sur des étendues gelées pour prendre possession d’une cabane sibérienne au bord du Lac Baïkal. « Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de route d’accès, parfois une visite. L’hiver des températures de -30°C, l’été des ours sur les berges. Bref, le paradis ». Robinson, parlant de son île, n’aurait pas mieux dit.

Vivre en solitaire n’est ni un jeu, ni une aventure. L’imprévu n’y est pas admis. Il y faut de la discipline et une bonne dose d’humilité. Un certain goût du confort aussi. On s’y lève de bonne heure. On passe ses journées à casser la glace, à couper du bois, à pêcher, à se nourrir et à entretenir sa cabane. On y dort beaucoup, aussi. Les livres, les cigares et la vodka sont les ingrédients indispensables d’une existence où le froid, la neige envahissante, le vent immense, vous forcent souvent à rester entre quatre murs. M. Tesson n’a  rien laissé au hasard : les ouvrages qui vont colorer, saison après saison, sa solitude ont été choisis avec le plus grand soin : « J’ai Michel Tournier pour la songerie, Michel Déon pour la mélancolie, Lawrence pour la sensualité, Mishima pour les froids d’acier, Daniel Defoe pour le mythe », Giono, Jünger bien sûr, l’indispensable Vie de Rancé de Chateaubriand, quelques philosophes, Lao-tseu, Nietzsche, Schopenhauer, Kierkegaard, les stoïciens. Voilà, comme le dit plaisamment M. Tesson, pour combler la pauvreté de sa vie intérieure !

Dans ce paradis du bout du monde, si le travail ne manque pas, les distractions sont rares. Peu d’animaux, très peu d’hommes. Un lynx, quelques ours dont on relève par instant les traces dans la neige. Un ou deux couples de forestiers, commis à la garde d’immensités neigeuses, et qui viennent, de temps à autre, partager la vodka et l’ordinaire de l’auteur. On évoque les rumeurs qui remontent, déformées, de la civilisation, on échange des nouvelles, on s’enivre et on se quitte au plus vite. Le monde du Baïkal retrouve presque immédiatement sa fixité, sa beauté écrasante, la solitude reprend ses droits et la vie se partage à nouveau entre ses deux pôles, la cabane chaude et maternelle, le lac, nappe liquide, puissante, froide et paternelle.

C’est là, entre ces deux points fixes, la cabane et le lac, que M. Tesson va pratiquer son ascèse. L’existence, réduite à l’essentiel, c’est à dire à l’utile et au fécond, se libère de ses pesanteurs. Elle se déleste et se fait progressivement plus libre et plus heureuse. « Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que dépérir en ville », prophétise notre ermite qui n’est dupe ni des plaisirs faciles de la société de consommation, ni du contre discours alternatif ou écologiste qui empeste la fausse morale et le ressentiment. Le rebelle appointé qui s’exprime à la télévision ne vaut pas plus cher que le yuppie festif. Ils sont les deux faces d’un même monde, sordide, sinistre, minéral. L’ermite, lui, n’acquiesce ni ne s’oppose. « Il ne menace pas la société des hommes. (…) Il ressemble au convive qui, d’un geste doux, refuse le plat. (…) Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité. » La solitude agit en profondeur, elle favorise les gestations, les métamorphoses. C’est le même être, non un autre mais meilleur, plus fort, plus libre qu’elle rend à la société des hommes. Après six mois, Sylvain Tesson quittera sa taïga. A son arrivée au désert, il avait trouvé l’air glacé de l’hiver, les épreuves du grand froid, les doutes affreux, le désespoir et les larmes. Il repartira avec l’été, paisible, maître de son temps, homme neuf, délivré des chimères et des amours anciennes, délesté à jamais du sublime mais stérile cocon de la jeunesse.

 « Le luxe de l’ermite, c’est la beauté », nous confie M. Tesson. Il fait mieux que l’affirmer. Il l’exprime dans des pages somptueuses où le cycle de la nature, le rythme des  saisons, l’harmonie du monde sont mis en scène dans une très belle langue. Comme dans ce passage où « la lune rousse est montée dans la nuit. Son reflet dans les éclats de la banquise : une hostie de sang sur l’autel blessé ». Ou dans cet autre encore : « Le soleil de 6 heures a transformé les marais en pièces d’eau de forêt arthurienne. Une vapeur de légende ouate la surface, y ménage des trouées où se fichent mille diffractions. Spectacle pour écrivain gothique victorien. Dans un monde fantastique de la fin du XIXe siècle, les libellules deviendraient les montures ailées de fées, les scintillements de la lumière sur l’eau seraient les baisers des ondines, les brumes l’haleine des sylphes, les araignées revêtiraient le statut de gardiennes des portes du vent, les eaux dormantes abriteraient le caveau d’un dieu tutélaire, et les coulées de soleil, immiscées entre les crêts, symboliseraient la voie pavée d’or vers le royaume du Ciel. Mais nous ne sommes que des hommes dans un monde d’atomes. Il faut rentrer avant la nuit. ». A cette débauche de nature, nous préférons toutefois d’autres images, plus fortes et peut-être plus belles encore : celles de ces matins de froid sec, ensoleillés, où Sylvain Tesson patine, ivre de joie, sur son lac engourdi. Ces matins-là, Nietzsche et son dieu qui danse ne sont pas très loin de lui.

Eugène Charles.

 


[1]. Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard, 2011). L'ouvrage a reçu le Prix Médicis essai en 2011.

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 15:26
Le refus de Barrès
 
Serons-nous les seuls à parler de Jean-Jacques pour son tricentenaire ? On nous annonçait des festivités et nous ne percevons que des appels lointains pour de pauvres colloques. Quelques rousseauistes rééditent d'anciennes hagiographies ou compilent pour l'occasion des séries d'articles poussiéreux. Mais de neuf, rien ou à presque rien. Le régime, lui-même, n'a prévu semble t-il aucune manifestation d'envergure pour honorer son père fondateur. Aucune cérémonie officielle, aucun hommage au Parlement, en tous cas pour le moment. Le nouveau chef de l'Etat, issu pourtant d'une famille politique où Jean-Jacques trouvait jadis ses défenseurs les plus ardents, a profité de son intronisation pour aller saluer les mânes de Jules Ferry et celles de Marie Curie, mais pour Rousseau rien, aucune allusion dans le discours d'investiture, aucun signe, même du bout des doigts. C'est à désespérer d'être républicain. Mais, à l'exception signalée de M. Mélenchon, qui est encore républicain aujourd'hui ?
Barrès, lui, était, républicain. Et il aimait le poète d'Ermenonville, l'homme des Rêveries, d'Héloïse et des Confessions. Mais il avait le prophète de Genève en horreur. C'est le député Barrès qui monte ce soir du 11 juin 1912 à la tribune de la Chambre et qui met son veto à la glorification de Rousseau. C'est en politique qu'il s'exprime, c'est au nom de l'esprit public qu'il demande à ses collègues parlementaires de ne plus céder aux mauvaises leçons du mauvais maître qu'était Jean-Jacques. Et Barrès d'affirmer : "Ce n'est pas au moment où s'opère dans tous les partis de la jeunesse française un vigoureux travail, dont on voit déjà les fruits, pour enrayer toutes les formes de l'anarchie, que nous pouvons glorifier l'apôtre éminent et le principe de toutes les anarchies". Il ne savait si bien dire. Car il faudra, non pas une, mais trois générations pour venir à bout des erreurs les plus criantes du rousseauisme et redonner à la France des institutions et une direction politique digne de ce nom. Est-ce parce que Jean-Jacques a perdu que son nom ne résonne plus sur les tribunes officielles ? Et pourrons nous enfin nous remettre à la lecture tranquille de ses oeuvres les plus charmantes ? Si le verbe de Barrès y a contribué, que l'auteur des Déracinés - dont on fêtera cette année, le cent-cinquantième anniversaire - en soit loué ! 
Paul Gilbert.
 


Observation présentée à la Chambre des députés,

le 11 juin 1912

à–propos du bi-centenaire de Jean-Jacques Rousseau

   

Messieurs, 

Je ne voterai pas les crédits que le Gouvernement nous demande pour la glorification de Jean-Jacques Rousseau et je voudrais m'en expliquer brièvement. J'admire autant que personne l'artiste, tout de passion et de sensibilité, le musicien, pourrais-je dire, des Rêveries d'un promeneur solitaire, des Confessions et de la Nouvelle Héloïse. L'homme lui-même, cette vertu pauvre et revêche alliée à cet amour lyrique de la nature et de la solitude, non, je ne ferai pas son procès. Et je ne conteste pas que du point de vue social il n'ait eu son moment d'utilité, de bienfaisance même, quand il apportait, dans une société intellectualisée à l'excès, une riche effusion d'imagination et de sentiments. Je sens toute la vérité de cette phrase que j'ai retenue d'un jeune émigré, du fils du général Custine, guillotiné par la Révolution et qui, lisant un soir dans son exil de Darmstadt ce terrible pamphlet des Liaisons dangereuses, où beaucoup voulaient voir le miroir d'une société corrompue, s'écriait : « Que je comprends Rousseau et sa sublime haine pour les vices recherchés ! Après la lecture du livre de Laclos, véritable poème épique de certains salons du XVIII- siècle, on excuse ce qu'a d'excessif l'amour de Rousseau pour la nature; il fait respirer de l'air pur. »

Voilà, Messieurs, la part de mon admiration. Mais vous m'en demandez plus. Vous voulez que j'adhère aux principes sociaux, politiques et pédagogiques de l'auteur du Discours sur l’Inégalité, du Contrat Social et de l’Emile. Je ne le peux pas, et laissez-moi ajouter que la plupart d'entre vous ne le peuvent pas. Il y a un manque de vérité profonde dans la sollicitation que l'on vous adresse de glorifier Rousseau.

A l'heure où nous sommes, avez-vous vraiment l'idée qu'il est utile et fécond d'exalter solennellement, au nom de l'Etat, l'homme qui a inventé le paradoxe détestable de mettre la société en dehors de la nature et de dresser l'individu contre la société au nom de la nature ? Ce n'est pas au moment où vous abattez comme des chiens ceux qui s'insurgent contre la société en lui disant qu'elle est injuste et mauvaise et qu'ils lui déclarent une guerre à mort, qu'il faut glorifier celui dont peuvent se réclamer, à juste titre, tous les théoriciens de l'anarchie. Entre Kropotkine ou Jean Grave et Rousseau, il n'y a rien, et ni Jean Grave, ni Kropotkine ne peuvent intellectuellement désavouer Garnier et Bonnot.

Avez-vous vraiment l'idée qu'il est utile et fécond d'exalter solennellement, au nom de l'Etat, le pédagogue qui a le plus systématiquement écarté de l'enfant les influences de la famille et de la race ? Pour ma part, je considère que le devoir de l'éducateur c'est d'imprimer au plus vite sur une personnalité qui se forme la marque de la civilisation et de déposer dans un esprit encore neuf toutes les pensées, tous les sentiments vérifiés comme les meilleurs par sa famille et sa nation.

Avez-vous vraiment l'idée qu'il est utile et fécond d'exalter solennellement, au nom de l'Etat, l'homme qui a posé comme principe que l'ordre social est tout artificiel, qu'il est fondé sur des conventions, que la famille elle même ne se maintient que par des conventions, et qui en déduit le droit pour chacun de nous de reconstruire la société au gré de sa fantaisie? Eh! Messieurs, nous savons bien tous que la société n'est pas l'œuvre de la raison pure, que ce n'est pas un contrat qui est à son origine, mais des influences autrement mystérieuses et qui, en dehors de toute raison individuelle, ont fondé et continuent de maintenir la famille, la société, tout l'ordre dans l'humanité.

Ce n'est pas au moment où s'opère dans tous les partis de la jeunesse française un vigoureux travail, dont on voit déjà les fruits, pour enrayer toutes les formes de l'anarchie, que nous pouvons glorifier l'apôtre éminent et le principe de toutes les anarchies. Dans tous ses livres politiques, chez Rousseau, c'est la même chimère de coucher la vie sur un lit de Procuste. Sa raison arbitraire s'imagine qu'elle suffit à elle seule pour créer une société plus saine et plus vigoureuse que celle qui a sa racine dans les profondeurs mystérieuses du temps. Quelle orgueilleuse confiance en soi ! C'est que Rousseau ignore les méthodes de la science. Il n'observe pas. Il imagine. A ses constructions purement idéologiques, nous opposons les résultats de l'esprit d'observation et, j'oserai dire, d'expérimentation par l'histoire. Examen, enquête, analyse, cela s'est opposé longtemps à tradition. Mais des maîtres sont venus qui ont examiné, enquêté, analysé, et c'est pour aboutir à découvrir la force bienfaisante de la tradition. Un d'eux, que vous ne pouvez pas renier, car vous lui avez dressé une statue en face de la Sorbonne, Auguste Comte, a résumé ce vaste travail d'un mot : « Les vivants sont gouvernés par les morts. » Les morts sont nos maîtres, nous pouvons adapter leurs volontés à la nécessité présente, nous ne pouvons ni ne devons les renier. Rousseau est par excellence le génie qui essaie de nous lancer dans cette révolte néfaste, et d'ailleurs impuissante, et qui nous conseille d'agir comme si nous avions tout à refaire à neuf, comme si nous n'avions jamais été civilisés. Nous refusons de le suivre.

Messieurs, j'ai le droit de dire que, de la part d’hommes de gouvernement, la glorification des principes de Rousseau est une manifestation sans vérité profonde. Est-ce un geste machinal, un vieil air d'orphéon que vous allez jouer sans trop en examiner le sens ? Ou, pis encore, vous êtes-vous fait à vous-même les objections que je soulève, mais n'osez-vous pas refuser cet hommage à celui qui se trouve classé parmi les saints de la Révolution ? Quoi qu'il en soit, je ne vois rien, dans votre projet, qui convienne à la France de 1912. Je ne voterai pas ces crédits ; je ne proclamerai pas que Rousseau est un prophète que doit écouter notre société. Il est un grand artiste, mais limité par des bizarreries et des fautes que seul l'esprit de parti peut nier. Que d'autres fassent leur Bible de l’Emile, du Discours sur l’Inégalité et du Contrat Social. Pour moi, je l'écoute comme un enchanteur dans ses grandes symphonies, mais je ne demanderai pas de conseils de vie à cet extravagant Musicien. 

Maurice Barres.

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 22:39
S'engager ?               
                                      
 
CAMUS-Albert.JPG
 

Albert Camus-Michel Vinaver, S'engager ? Correspondance 1946-1947 (Edition établie, présentée et annotée par Simon Chemama). Paris, Arche Editeur, avril 2012, 156 pages.

 

« Venez donc vendredi à 17 heures, chez moi, écrit Albert Camus. Et n’y mettez pas tant de façons, je ne suis pas Greta Garbo. » – C’est la phrase qui ouvre la correspondance entre l’auteur de L’Eté et Michel Vinaver  ; et cette remarque pince-sans-rire n’est pas celle d’un faux modeste, c’est celle d’un homme simple, qui dépassionne la célébrité internationale qui lui est tombée dessus sans crier gare : les lettres que Camus échangera avec Michel Vinaver témoigneront jusqu’au bout de cette simplicité, et de l’attention qu’il porte aux autres.

 

*

 

Nous sommes en 1946, aux États-Unis, où Albert Camus fait une conférence et Michel Grinberg des études. Le premier,qui signera bientôt Vinavert, puis Vinaver, aborde le second, que Le Mythe de Sisyphe et L’Etranger ont rendu célèbre. – C’est le temps des Maîtres, et Camus est de ceux-là, avec Sartre, Malraux et quelques autres, dont la jeunesse recherche les conseils, sinon l’autorité : la vie n’a pas de sens, Dieu est mort, il reste la littérature qui fournit des alibis à l’absurdité d’exister.

Vinaver a dix-neuf ans, et c’est un âge très sérieux (d’autant plus sérieux que l’époque est elle-même très sérieuse : l’intellectuel engagé et le roman à thèse commencent leur pénible règne), où l’on dit avec des mines de pasteur méthodiste les choses les plus définitives, ou les plus baroques (« Seule peut-être l’URSS possède la candeur homérique nécessaire pour la genèse d’un poème épique ») ; et en effet, d’emblée, on sent que l’étudiant n’est pas là pour rigoler : le 15 novembre 1946, il envoie à Camus une longue lettre dont Simon Chemama, qui a annoté le recueil, nous apprend qu’elle est « une synthèse étonnante de George Thomson, de Simone Weil » et de Camus lui-même.

« Chaque homme doit, dit-on, “s’engager”, écrit le jeune intellectuel dans cette lettre. Le seul engagement qui ait pour moi quelque signification c’est celui qui consiste à faire prendre aux hommes la conscience de leur situation. » Bien entendu, c’est aux livres que revient cette tâche, à condition que leur auteur échappe au didactisme ; or c’est bientôt le reproche que Vinaver adressera à certaines œuvres de Camus.

 

*

 

Vinaver a vu Les Justes, et il dit en avoir éprouvé une impression de « décalage » : « Je sais bien que vous avez essayé de montrer comment le meurtre abstrait qui nous caractérise est déjà en herbe dans l’évènement que vous traitez (...). Mais c’est une déduction intellectuelle, dramatiquement peu convaincante sinon pas du tout : il y a pour le spectateur si nettement une différence de nature entre la chose que vous présentez et la réalité qu’il vit, qu’il ne fait pas le lien ».

Davantage, cette pièce n’a même pas la valeur d’une « chronique historique » : « le dialogue a un ton qui ressemble à celui de l’éternité » ; c’est finalement une pièce « nostalgique », qui reflète un temps où l’on pouvait encore « situer tel problème entre tel et tel pôle de la conscience », alors que l’époque voudrait que l’on parlât du « chaos », du « vide au sein de chaque conscience ». Conséquemment, la pièce est « sereine », et non « tourmentée » : « la souffrance de chaque individu est secondaire au fait qu’on sent [les personnages], du début à la fin, en situation de salut. »

Mais Vinaver ne s’en tient pas là ; cherchant les causes de l’échec fondamental – littéraire, théâtral, esthétique – des Justes, il les trouve dans la nasse de la célébrité où Camus s’est trouvé pris, soudainement, au sortir de la seconde guerre mondiale : elle n’a pas seulement fait de lui un écrivain connu, elle en a fait un guide – un « phare », écrit Vinaver.

Ainsi, « vous vous êtes demandé si vous n’aviez pas, vis-à-vis des hommes qui se dirigeaient vers vous, une responsabilité. Vous avez cessé de crier n’importe quoi. » Et tout le problème est là : « Je voudrais, de nouveau, vous entendre crier “n’importe quoi”, sans vous préoccuper d’autre chose que de ce “n’importe quoi”. »

 

*

 

La réaction de Camus est à la hauteur de ce que nous connaissons de lui. (Ce qu’il y a de plus frappant, et de plus touchant, dans ces lettres, c’est Camus lui-même, qui confirme ce que nous savions de sa simplicité, aussi naturelle que sa phrase ; de son absence de dogmatisme, au milieu d’opinions affermies ; de son humilité, maintenue dans sa gloire retentissante ; de sa bienveillance à l’égard d’un débutant qui ne le ménage pas ; et de sa disponibilité, lorsque le jeune auteur cherche du travail – finalement, sans l’aide du maître, il en trouvera dans le rasoir [1] –, puis un lecteur et un éditeur pour ses romans – Lataume sera publié en 1950 et L’Objecteur en 1951.)

La réaction de Camus aux commentaires de Vinaver est donc à la hauteur de ce que nous savions du futur prix Nobel : il donne largement raison à son correspondant. Ce devoir, cette responsabilité qu’il se sent, et qui l’encorde, il l’appelle même une crise. Or « la crise est finie », car, dès qu’il aura publié quelques livres qui correspondent encore à ce rôle qu’il perçoit qu’il doit jouer, il n’écrira plus qu’« au hasard », ce hasard que Vinaver appelle le « n’importe quoi ». (Dans ses Carnets, Camus resserrera en deux phrases cette tension entre devoir et hasard : « L’écrivain est finalement responsable de ce qu’il fait envers la société. Mais il lui faut accepter (et c’est là qu’il doit se montrer très modeste, très peu exigeant), de ne pas connaître d’avance sa responsabilité, d’ignorer, tant qu’il écrit, les conditions de son engagement – de prendre un risque. »)

Cette voie nouvelle, l’auteur de Noces n’aura pas le loisir de la creuser : un autre hasard l’attend, le cherche, et le trouvera dans une Facel-Vega lancée contre un arbre. – Dès lors, et c’est la thèse que défend Simon Chemama dans sa préface, peut-être Vinaver a-t-il « écrit le théâtre de Camus, le théâtre que Camus n’a pas voulu ou n’a pas su écrire » ; à moins qu’il n’en ait pas eu le temps.

 

*

 

C’était le temps des Maîtres, nous l’avons dit, et Camus était de ceux-là ; et ce temps, et Camus, sont morts. Adolescents, nous n’en avions pas conscience : nous vivions encore parmi eux, dont nous vénérions les ombres, car nous n’avions pas consommé toute gratitude ; ou, pour le dire avec les mots de Mauriac, nous bercions encore dans leurs tombeaux ces morts bien-aimés [2].

Nos professeurs nous y aidaient qui nous apprenaient que l’absurdité moderne commençait avec un indifférent qui ne savait pas le jour exact de la mort de sa mère, que le suicide était le seul problème philosophique vraiment sérieux, que Meursault annonçait Robbe-Grillet comme « Misère de la Kabylie » la littérature engagée, et qu’entre la justice des poseurs de bombes et sa mère il valait mieux choisir sa mère.

Certes, Camus était mort, et Bernanos avant lui, et Mauriac après eux, mais ils étaient vivants pour nous ; et puis, d’autres viendraient bientôt. Certes, ceux qui étaient venus, notamment dans les années soixante-dix, nous assommaient, mais nous les regardions comme une parenthèse.

Ils ne furent pas une parenthèse. La figure du grand écrivain français qui nous en imposait, que nous pensions éternelle comme la littérature, est morte depuis longtemps, et toute gratitude est désormais consommée. – C’est aussi un des intérêts de ces lettres : nous ramener au temps où un jeune homme cherchait auprès d’un Maître des raisons d’admirer. 

Bruno Lafourcade.



[1] A partir de 1953, Vinaver sera employé par la société Gillette, où il fera carrière. – En 1955, l’auteur des Coréens écrivait d’ailleurs à Camus qu’il continuait de lier sa vie « aux lames de rasoir ». « Arrachez donc aux rasoirs le temps d’un livre », lui répondait son correspondant.

[2] « Ceux qui l’ont lue n’ont pas oublié cette phrase de Beauvoir : “Le tombeau de Chateaubriand nous sembla si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité que pour marquer son mépris, Sartre pissa dessus.’’ Dans cette volonté d’avilir, où il entre une pompe autrement ostensible, et autrement ridicule, c’est un monde nouveau qui naît, celui où l’on conchie les maîtres, avec leur nom et leur mort. Et c’est un Mauriac, désorienté et atterré par ce geste, qui ajoute dans son Bloc-notes : “Et nous, nous bercions dans leurs tombeaux ces morts bien-aimés... ’’ » (Bruno Lafourcade, Derniers feux, Conseils à un jeune écrivain, Editions de la Fontaine Secrète, 2012).


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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 22:45
L'invention de la France
Atlas anthropologique et politique
 
de Hervé Le Bras et Emmanuel Todd
Mis en ligne : [28-05-2012]
Domaine : Idées 
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Hervé Le Bras, né en 1943, est démographe. Directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), enseignant à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il est un de nos meilleurs spécialistes en histoire sociale et en démographie.

Emmanuel Todd, né en 1951, est politologue, démographe, historien et sociologue. Il a récemment publié :  L'illusion économique (Gallimard, 1998), Après l'empire (Gallimard, 2002), Après la démocratie (Gallimard, 2008), L'origine des systèmes familiaux. (Gallimard, 2011). 
 

Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, L'Invention de la France. Atlas anthropologique et politique. Paris, Gallimard, février 2012, 517 pages.

 
Présentation de l'éditeur.  
Une conviction cheville cet atlas : la nation française n'est pas un peuple mais cent, et ils ont déridé de vivre ensemble. Du nord au sud, de l'est à l'ouest de l'Hexagone les mœurs varient aujourd'hui comme en 1850. Chacun des pays de France a sa façon de naître, de vivre et de mourir. L'invention de la France cartographie cette diversité en révélant le sens caché de l'histoire nationale : hétérogène, la France avait besoin pour exister de l'idée d'homme universel, (lui nie les enracinements et les cloisonnements ethniques. Produit d'une cohabitation réussie, la Déclaration des droits de l'homme jaillit d'une conscience aiguë mais refoulée de la différence. La culture est mouvement, progrès, diffusion, homogénéisation bien sûr, mais de nouvelles différences apparaissent sans cesse, aujourd'hui maghrébines, africaines ou chinoises. Il ne saurait donc y avoir de retour à une homogénéité perdue, parce que cette homogénéité n'a jamais existé. Les défenseurs autoproclamés de l'identité nationale ne comprennent pas l'histoire de leur propre pays. Ils sont aveugles à la subtilité et à la vérité du génie national. L'effondrement du catholicisme puis celui du communisme ont engendré un vide religieux et idéologique qui a fini par couvrir tout l'Hexagone. Cette nouvelle homogénéité par le vide explique l'apparition, parmi bien d'autres choses, dans un pays où les Français classés comme musulmans ne pratiquent pas plus leur religion que ceux d'origine catholique, protestante ou juive, d'une islamophobie laïco-chrétienne, qui prétend que la seule bonne façon de ne pas croire en Dieu est d'origine catholique. L'abysse métaphysique de notre actuel moment politique trouve ici sa source.
   
Recension de Valérie de Senneville. - Les Echos, 27 février 2012.
L'illusion identitaire. Le propos. Ceci n'est pas une nation. L'ouvrage d'Emmanuel Todd et d'Hervé Le Bras « L'Invention de la France » est un peu une paraphrase de ce célèbre tableau de Magritte « Ceci n'est pas une pipe », représentant... une pipe. Bien sûr, il ne vient pas à l'idée des deux démographes de contester l'idée de la nation française, mais plutôt de mettre en doute son homogénéité. « La nation française n'est pas un peuple mais cent », écrivent-ils dans la présentation de cette photographie de la France. Déjà, en 1981, dans la première édition de leur étude, ils démontraient, cartes à l'appui que, malgré la société industrielle et une forte concentration administrative, la France conservait une grande diversité et était une exception en Europe. La France est multiple et a dû « s'inventer » en tant que nation. Ils ajoutent ici un chapitre plus politique que démographique visant à allumer un contre-feu aux inventeurs de « l'identité nationale ». Mais ils le font en chercheurs anthropologues, non en politiques. Des cartes montrent la persistance des différences. Rien, ou presque, n'a changé au niveau anthropologique entre 1820 et aujourd'hui. Edifiant.

L'avis de Paul Gilbert. - La Revue Critique des Idées et des Livres
Hervé Le Bras et Emmanuel Todd poursuivent leur enquête passionnée sur la nation la plus étrange d'Europe, la nôtre. En publiant en 1981 la première édition de cet ouvrage, les auteurs avaient retrouvé les interrogations de Taine et de Renan, un siècle plus tôt : à quel miracle doit-on l’invention de la France ? Selon quel long processus, cent peuples, cent cultures, cent langues, cent histoires diverses ont-ils pu donner naissance à une des puissances les plus solides d’Occident ? Pourquoi, dans un monde qui s’uniformise, la France garde-t-elle au fond d’elle-même autant de variété, sans jamais pourtant se défaire ? Ces questions, Todd et Le Bras continuent à les approfondir, aujourd’hui comme il y a trente ans. La livraison 2012 de leur Invention de la France est du meilleur cru. Elle fourmille de données, de chiffres, de cartes et d’analyses qui sont autant de confirmations de cette diversité française, solide et vivace. Tous ceux qui pensent – comme nous le pensons ici – que la France ne peut pas se résumer à une idée, qu’elle ne se réduira jamais à cette triste République « une et indivisible » qui hante nos constitutions et nos manuels d’histoire, que cette pluralité fait sa force et sa richesse, y trouveront de nombreux motifs d’encouragement et d’espoir. Ils y trouveront aussi beaucoup d’intuitions justes et des passages admirables de vérité comme celui qui suit : "La carte idéologique de la France révèle que le négatif doctrinal du communisme n'est pas le libéralisme ou un quelconque fascisme, mais le catholicisme. Jamais (à l'exception de trois départements) les zones de forte pratique religieuse et d'implantation communiste moyenne ou forte ne se recouvrent. Il existe entre communisme et catholicisme un rapport de répulsion. Cette carte est une confirmation empirique de la pensée contre-révolutionnaire française, qui estime, à la suite de Joseph de Maistre, que la Révolution (et sa prolongation idéologique dans le communisme) est moins un phénomène de lutte de classes qu'un conflit de nature métaphysique entre ceux qui croient au paradis après la mort et ceux qui croient au paradis sur terre, entre les partisans de la cité de Dieu et ceux de la cité du Soleil. Le communisme, c'est avant tout, comme la religion, un rapport à l'au-delà." Voilà un beau livre, écrit par deux hommes de grand talent, de vaste culture et qui partagent à l’évidence une même passion pour la France. Deux auteurs également soucieux de porter leurs analyses et leurs réflexions dans le champ politique. On lira avec intérêt les pages qu’ils consacrent à la montée du vote Front National, en particulier dans les régions du nord et de l’est. Prenant le contrepied de certaines enquêtes d’opinion qui laissent entendre que la géographie frontiste serait celle de l’ancien électorat ouvrier ou des conflits liés à l’immigration, le démographe et le sociologue mettent surtout l’accent sur la rupture du lien social, du système familial et des relations de voisinage. De la même façon, à rebours des discours officiels d’une certaine droite, ils insistent sur l’étonnante vitesse d’intégration d’une grande partie de la jeunesse issue de l’immigration. Voilà des données qu’un gouvernement sans tabou idéologique, soucieux du seul intérêt général, pourrait utilement exploiter. Analyse rigoureuse du présent, confiance en notre avenir, tels sont les principes que nous proposent Todd et Le Bras à l’issue de ce nouveau « tour de France ». C’est sans doute la méthode à suivre.

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 23:31
Pierre Benoit
Le romancier paradoxal
 
de Gérard de Cortanze
Mis en ligne : [14-05-2012]
Domaine : Lettres 
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Né en 1948, Gérard de Cortanze est écrivain, poète, essayiste et critique littéraire. Il collabore au Figaro Littéraire, au Magazine littéraire et dirige la collection Folio Biographies chez Gallimard. Il reçoit le Prix Renaudot en 2002 pour son roman historique Assam. Parmi ses dernières publications : De Gaulle en maillot de bain (Plon, 2007),  Indigo (Plon, 2009),  La belle endormie (Le Serpent à Plumes, 2009),  Le Clezio (Gallimard, 2009), Le Roman de Ernest Hemingway (Le Rocher, 2011), Miroirs (Plon, 2011)
 

Gérard de Cortanze, Pierre Benoit, le romancier paradoxal. Paris, Albin Michel, février 2012, 560 pages.

 
Présentation de l'éditeur.  
50 ans après sa mort, l'auteur de L'Atlantide reste, pour la majorité des lecteurs, un écrivain mythique. Célèbre dès la publication de son premier roman, président de la SGDL, académicien à 45 ans, il connut toutes les gloires et la déchéance suprême lorsqu'il fut injustement jeté en prison en 1944 pour " collaboration avec l'ennemi ". Reporter passionné, journaliste prophétique, voyageur invétéré, il fit 5 tours du monde, romancier du bonheur et séducteur impénitent, il écrivit des dialogues de films, des opérettes, des nouvelles, plusieurs centaines d'articles, et 43 romans dont les héroïnes ont toutes un prénom qui commence par un A. A Cocteau qui lui disait qu'il avait " le génie de l'imprévu ", il répondait que " le devoir d'un romancier, c'est d'être de son temps". Le XXème siècle et ses soubresauts lui donnèrent, ô combien, l'occasion d'être ce romancier paradoxal dont cette biographie retrace le destin.
   
Critique de Bernard Pivot. - Le Journal du Dimanche, 4 mars 2012.
Faut-il ressusciter Pierre Benoit ? Mort dans la nuit du 2 au 3 mars 1962 – il y a donc exactement un demi-siècle –, Pierre Benoit eut droit à de gros titres dans la presse et à des émissions spéciales à la radio. Aujourd’hui, pour les lecteurs de moins de 60 ans, son nom ne dit rien. La Châtelaine du Liban, L’Atlantide, Mademoiselle de la Ferté, quèsaco? Des romans qui ont connu des succès fous. Un nouveau roman de Pierre Benoit – il en a écrit une cinquantaine – se tirait d’emblée à 100.000 exemplaires, ce qui pour l’époque – il est né en 1886 et son premier best-seller, Kœnigsmark, a été publié le 11 novembre 1918, jour de l’armistice – était considérable. Il fut si vite oublié que Le Petit Larousse le retira de ses pages. Cela déclencha dans l’association Les Amis de Pierre Benoit une telle colère que le dictionnaire le réintégra. Il y est toujours.Gérard de Cortanze a raison d’intituler sa biographie de Pierre Benoit Le Romancier paradoxal. Car tout chez lui paraît contradictoire, bizarre, antithétique. Ainsi, n’y a-t-il pas plus français que lui – classique dans son écriture, son patriotisme de droite, ses valeurs, son parcours, qui le mena à l’Académie française – et son goût pour l’étranger et les voyages. De son enfance maghrébine, Tunisie et Algérie, il tira une vraie curiosité pour les civilisations méditerranéennes et orientales. Combien de fois fit-il le tour du monde? Combien d’années passées ailleurs qu’en France? La majeure partie de son œuvre est bâtie sur l’exotisme, le reportage, sans pour autant, affirme Gérard de Cortanze, avoir été un chantre de l’épopée coloniale. Il n’y a pas plus mondain que Pierre Benoit. En témoignent son ambition, ses relations, ses affaires, sa correspondance, et même son éternel nœud papillon ! C’est pourtant le même homme qui déménage sans cesse, fuit Paris, s’établit en province, s’installe dans des chambres d’hôtel pour écrire ses romans et ses articles. Pierre Benoit est un anachorète attiré par la lumière du salon. C’est aussi un farceur, au jeu, un tricheur, un pasticheur, un mystificateur. Gérard de Cortanze raconte quelques-unes des blagues perpétrées par cet homme, rescapé de la Grande Guerre et des tranchées, qui sera président de la Société des gens de lettres. Son entourloupe la plus osée? Avoir simulé un premier enlèvement sur les Grands Boulevards à Paris, par le Sinn Féin irlandais, puis un second, place Vendôme, toujours par les indépendantistes irlandais. Plus fort que Jean-Edern Hallier, qui, lui, n’inventera qu’un seul enlèvement ! Pierre Benoit avait manigancé tout cela, qui mit en effervescence policiers et journalistes, pour se dépêtrer d’un imbroglio de trois amantes soupçonneuses. Car ce petit homme engoncé, aux yeux bleus, aux traits sans grâce, a été un fieffé séducteur. Une princesse, des chanteuses, des comédiennes, des dames du beau monde, des mariées ou pas, il a été, dans son œuvre comme dans sa vie, un homme à femmes. Chacun de ses romans est d’abord le portrait d’une héroïne, vamp ou victime, intrigante ou amoureuse, aristocratique ou plébéienne. Et toutes, c’était sa marque, sa manie, ont un prénom ou un nom qui commence par A. Enfin, quoique jalousé pour ses succès en tout genre, Pierre Benoit eut beaucoup d’amis, surtout parmi les écrivains : Cocteau, Carco, Mac Orlan, Bourget, Simenon, Dorgelès, Pagnol, son éditeur Albin Michel. Sa fidélité à Maurras, à Pétain, ses idées royalistes, lui valurent à la Libération beaucoup d’ennuis, quelques imprudences pendant la guerre lui étant imputées à crime. Gérard de Cortanze raconte et décortique ces années sombres avec à la fois gourmandise et indignation. Car Pierre Benoit, maquisard dans le Périgord, auquel Aragon et les intellectuels communistes apportèrent leur soutien, fut enfin innocenté par la cour de justice après plusieurs mois de prison. Antisémite? Il avait fait l’éloge de "l’âme juive" dans Le Puits de Jacob. Excellemment documenté et écrit, le livre de Gérard de Cortanze ouvre pour Pierre Benoit un procès posthume : la cour de justice littéraire lui rendra-t-elle son honneur et sa réputation? "Comme tout ce qui vit très fort, il a beaucoup vieilli. Je souhaite aux autres vivants d’avoir un jour d’aussi belles rides", écrit Amélie Nothomb. Ce n’est pas gagné.

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 09:41
Henriot
 
 
je vous dirai l'odeur
 
 
 
Je vous dirai l'odeur de la campagne après
Que la pluie a trempé l'herbe épaisse des prés,
Le doux balancement des roses sur leur tige,
La forme du nuage au vent qui le dirige,
L'hirondelle et son jeu de navette, et l'azur,
Et l'avoine qui tremble au faîte du vieux mur
Je vous dirai l'heure dorée, et l'ombre lente,
Et la source où bruit la Nymphe diligente,
Et la cloche qui sonne, égale, et chaque instant
Mesure nos plaisirs et notre part de temps...
 
 
 
émile henriot (1889-1961). Aquarelles (1922).
 
 
l'automne
 
 
 
Adieu ! Voici l'automne et son triste présage.
On a coupé les fleurs, on a cueilli les fruits,
Et dans le pâle ciel que l'hirondelle a fui
Déjà monte un néfaste et ténébreux nuage.

Adieu ! L'été n'est plus. Son doux sourire a lui.
Le regard éclatant s'éteint dans le visage,
Et le coeur qui se calme, hélas ! et devient sage
S'abandonne aux langueurs du monotone ennui.

Hélas ! Rien ici-bas ne dure. Tout s'efface.
Seule une éternité de rêve prend la place
Des chers biens qu'on croyait jamais ne voir finir !

Mais non ! l'amour n'eût-il bati que sur le sable,
De nos bonheurs passés le reste impérissable
Ta cendre nous le garde, ô brûlant souvenir !
 
 
 
émile henriot (1889-1961). Aquarelles (1922).
 
 
esquisses
 
 
 
J'aime les frais matins peuplés de tourterelles,
Les ciels purs et lavés comme des aquarelles,
L'azur, tout ce qui chante et tout ce qui sourit,
L'humble lilas qui s'ouvre et doucement fleurit,
L'oiseau, comme un désir, posé de branche en branche,
Et dans un jardin clair, avec sa robe blanche,
Une rose au corsage ainsi qu'un cœur de feu,
Légère et douce à voir, mon amie à l'œil bleu
Qui rêve, et longuement presse contre sa bouche
Une autre rose rouge et dont l'odeur la touche...
 
 
 
émile henriot (1889-1961). Les Temps innocents (1921).
 
 

 
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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 22:33
Le rire de Barbey
 

Comme il est loin le temps où la République fêtait ses héros avec faste et où elle fleurissait avec éclat les autels de la Religion de 1789 ! Rousseau, dont on devait célébrer cette année le tricentenaire, n’aura droit à rien ou à presque rien. La seule manifestation d’importance se tiendra non pas à Paris mais à Genève et elle traitera « des amis et des ennemis de Jean-Jacques », ce qui laisse entendre que notre philosophe pourrait ne pas avoir le dernier mot. La région Rhône-Alpes, qui compte à sa tête quelques amis du prophète d’Ermenonville, s’est bien juré de mobiliser fin juin les foules lyonnaises et grenobloises autour de « pique-niques républicains », mais il y a fort à parier qu’à cette date les candidats piqueniqueurs ressembleront davantage à des touristes en goguette qu’à des sans-culottes. Rien donc d’exceptionnel, rien qui ne justifie en tout cas qu’on bouscule l’agenda d’un ministre ou qu’on prive nos parlementaires de leurs premiers jours de vacances. Aucun discours d’importance ne viendra distraire Rousseau de ses rêveries posthumes.

C’est sans doute mieux comme cela. Paul Bourget ne disait-il pas avec un brin de méchanceté que « chaque fois que nos gouvernants s’essaient à célébrer quelque fête révolutionnaire, qu’il s’agisse de l’un des grands faits ou de l’un des grands hommes de cette moderne latrie, ils se heurtent à l’Intelligence ». Jugement rude, mais au fond assez juste. Que l’on se souvienne de l’échec des festivités du bicentenaire de la Révolution, boudées par tout ce que l’Europe et le monde comptaient d’esprits et de talents et que le mauvais temps acheva de ruiner ! Que l’on en juge également par le bicentenaire de Rousseau que le régime voulut célébrer avec pompe à l’été 1912 et qui déchaina dans tout le pays des polémiques et des manifestations violentes. L’heure était, il est vrai, à la bataille d’idées. La Revue Critique y prit toute sa part. Elle publia le 25 juin 1912 un numéro spécial contre la glorification de Rousseau. Maurras, Bourget, Clouard, Marie de Roux et quelques autres y montaient à l’assaut de l’idole démocratique. Barrès, dans un superbe discours à la Chambre, refusait de voter les crédits destinés à la célébration du bicentenaire. Le 28 juin, la séance solennelle organisée à la Sorbonne en l’honneur de l’auteur du Contrat Social se terminait en émeute et en bataille rangée. Aux cris de « Vive le roi ! A bas Jean-Jacques !», répondaient ceux de « Vive la République ! Vive Rousseau ». Il y eut plus de deux cent interpellations. Le 30 juin, lors de la cérémonie de clôture des fêtes parisiennes au Panthéon, le Président de la République fut conspué par plus de deux mille contre-manifestants.

L’indifférence et le silence qui accompagnent, un siècle après, le souvenir de Jean-Jacques peuvent surprendre. Ils ont pourtant une profonde signification. C’est que le bilan de Rousseau laisse encore moins place au doute qu’en 1912. Si l’écrivain, si l’auteur des Rêveries et des Confessions mérite à coup sûr la place éminente qu’il occupe dans notre littérature, il n’en est plus de même de l’idéologue et du faiseur de doctrines. Qui peut encore lire sans bailler les niaiseries pseudo-naturalistes du Contrat Social, de l’Emile ou du Discours sur l’Inégalité ? Qui peut accorder le moindre intérêt, après Darwin, après Comte, après Taine, après Renan, et tant d’autres plus proches, aux sophismes d’un homme qui place la société en dehors de la nature ? Et qui dresse l’individu contre la société au nom de cette même nature ? Comment une pensée aussi frustre, aussi éloignée des géniales intuitions des Grecs et des trouvailles des modernes, peut-elle occuper encore aujourd’hui autant de pages dans nos manuels de philosophie, au grand désespoir de générations d’étudiants qui en mesurent toute l’irréalité ? Sinon parce que cette pensée fausse, qui repose sur une conception erronée du monde et de la vie, est le viatique du régime que nous subissons depuis deux siècles et dont nous avons inoculé le poison à la moitié de l’humanité. Sans culte de Rousseau, c’est tout l’édifice républicain qui s’écroule, ce sont toutes les singeries de nos démocraties bourgeoises qui disparaissent subitement en fumée. Jean-Jacques est devenu une vieille idole qu’on révère par habitude ? Qu’importe ! Même si son culte est vide, il importe qu’il soit toujours desservi.

Mais il y a pire que le silence et l’indifférence. Il y a la gêne. Il y a le trouble. Car le culte de Jean-Jacques ne s’est pas seulement vidé de son sens, il est aussi devenu embarrassant. Les critiques les plus vives qu’on puisse lui faire concernent moins les écrits du philosophe que les œuvres humaines que ses écrits ont enfantés. On pouvait encore être sincèrement rousseauiste en 1912. Malgré les mises en garde de Proudhon, de Balzac ou de Benjamin Constant, on pouvait continuer à penser que les ennemis de Jean-Jacques étaient avant tout les ennemis du progrès et de la liberté. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. En un siècle, l’histoire, la sociologie, la philosophie des idées ont instruit le procès en responsabilité de Rousseau. Trop de preuves ont été accumulées pour qu’il en sorte indemne. Que sa pensée ait profondément influencé les figures les plus marquantes de la Révolution et de la Terreur ne fait plus aucun doute et les travaux d’historiens comme Pierre Chaunu ou François Furet sont là pour en témoigner. Oui, il existe un lien, un lien terrible, un lien de sang entre l’utopie du Contrat Social et la « société fraternelle » que les hommes de la Convention rêvaient d’imposer, du haut de leurs échafauds. Oui, les massacres de septembre, les noyades de Nantes, les colonnes infernales, les lois terroristes, les tribunaux populaires traduisaient l’impuissance des Jacobins à transformer une société qu’ils considéraient, à l’instar de Rousseau, comme « dénaturée ».

D’autres, par la suite, ont voulu eux aussi « tout refaire à neuf », selon la formule de Barrès, « comme si nous n’avions pas été civilisés ». Ils étaient rouges en 1917 et malgré les conseils des meilleurs d’entre eux, de Sorel, de Gramsci, ils reprirent, vers une société sans classe, elle aussi « fraternelle », le chemin du sang qu’avaient emprunté leurs prédécesseurs jacobins. D’autres encore, un peu plus tard, vêtus de noir ou de brun, devaient rêver, à leur tour, aux formes pures – nation, empire ou race – qui viendraient régénérer notre vieille Europe fourbue d’âge, de sagesse et de civilisation. On sait ce qu’il en fut, de part et d’autre. On sait ce que Nietzsche, un demi siècle avant, avait écrit de « toutes ces choses folles plus qu’à moitié, histrionesques, bestialement cruelles (…) qui, réunies, composent la véritable substance révolutionnaire et qui, avant la Révolution, s’étaient incarnés en Rousseau ». On sait ce qu’en pensait Bernanos lorsqu’il écrivait, le cœur lourd, Les Grands Cimetières sous la lune, ce qu’en pensait Simone Weill, lorsqu’elle dénonçait dès 1940, la machine à terreur jacobine. On connait les terribles essais d’Hannah Arendt sur le totalitarisme et sur la révolution. Partout, dans ces textes subséquents ou prémonitoires, comme dans bien d’autres signés Maritain, Orwell, Thibon, Gabriel Marcel ou Thierry Maulnier, on trouve toujours l’ombre du Genevois. Il y  fait figure d’inspirateur, d’initiateur et de pygmalion.

Toutes ces raisons plaident pour que, comme en 1912, et sans doute plus encore qu’en 1912, la Revue critique fasse, cette année encore, sa fête à Jean-Jacques. S’il est vrai que l’oubli et le silence creusent les meilleurs tombeaux, il ne serait pas juste qu’un aussi mauvais maître parte sans qu’on fasse autour de lui, une dernière fois, un peu de bruit. Nous publierons à cet effet dans les semaines qui viennent un florilège de textes à charge sur Rousseau que nos lecteurs ne trouveront bien entendu dans aucune autre gazette. Nous les invitons d’ailleurs à nous adresser les réquisitoires de penseurs français ou étrangers qui pourraient leur passer entre les mains.

Nous commencerons comme il convient par le rire. Celui de Barbey d’Aurevilly n’a pas d’égal pour chasser les miasmes et disperser les brumes rousseauistes. L’article ci-dessous fut publié en août 1858 dans le Réveil, puis dans le recueil des Œuvres et des Hommes. Barbey, sûr de sa proie, s’en donne à cœur joie. Il s’en prend à Jean-Jacques et à son clapier, qui a fait depuis d’autres émules. Il est des rires qui valent cent bonnes pages et une avalanche de coups de bâton…

Paul Gilbert.

 

Jean-Jacques Rousseau et son clapier [1]
 
I
 

Il va bien, son clapier ! C’est-à-dire qu’il va trop ! Il croît, il multiplie, il fourmille et frétille. Chaque jour nous sommes envahis par des générations nouvelles de Jean-Jeannot, fils de Jean-Jacques. Mais ces enfants, perdus ou trouvés, d’un tel père n’en sont pas pour cela (qu’on nous passe le mot !) de plus fameux lapins ! Il y en a, dans ce clapier, de toute espèce, de tout poil et de toute catégorie. Voulez-vous seulement les compter ?

D’abord, voici la grande portée des philosophes purs, des faiseurs de sociétés comme leur propre père, la portée pesante des Saint-Simon, des Charles, Fourier, des Cabet, des Proudhon, des Pierre Leroux.

Puis celle des Sismondi, des Louis Blanc, des Blanqui, — l’affreuse ventrée des économistes, — et la non moins horrible des hommes politiques, des Ledru-Rollin et des Mazzini !

Enfin il y a la portée des vrais brouteurs de thym, la portée des artistes, comme George Sand, à laquelle il faut en ajouter une autre tardivement arrivée, tardivement aperçue, mais charmante, celle des philologues comme Renan, laquelle commence à dresser de si jolies oreilles en faisant sa cour à l'Aurore.

Tous, en effet, ces fourmillants et ces frétillants dans le champ de la pensée, comme ils disent agréablement, procèdent de Jean-Jacques et en sont sortis. Ils n’existeraient pas sans Jean-Jacques. C’est lui qui leur a réellement donné leur place au soleil. Quels qu’ils soient, impuissants ou funestes, — et cela ne s’exclut point, hélas! au contraire ! ils l’ont bien prouvé ! — ils sont tous les bâtards du génie de Jean-Jacques. Mais ceux-là, s’il avait pu les connaître, il n’eût pas voulu les étouffer !

 
II
 

Certes ! l’individualisme était dans le monde avant Jean-Jacques Rousseau, et cette poudre-là, il ne l’a pas inventée. L’anarchie de l’orgueil humain se date du même jour que la chute. Dans ce monde chrétien qui l’avait dompté, une possession d’Etat avait été, bien avant Rousseau, octroyée à l’individualisme ; et c’est un autre homme que Rousseau, c’était Descartes, qui avait fait le coup, lorsqu’il avait mis dans sa philosophie le Cogito, ergo sum : « Je pense, donc je suis», dont il répondra devant Dieu ! Seulement, de même que celui qui achève un homme est plus coupable que celui qui a commencé de le frapper, Rousseau acheva le mal commencé par Descartes, et le Traité de la Méthode fut complété par le Contrat social. Descartes, ce Robinson de la pensée, qui fait le désert dans l'intelligence pour s’y retrouver, fut continué effroyablement, et jusqu’à l’absurdité, par un autre Robinson sans patrie, sans principes, — la patrie de l’esprit, — échoué à Paris chez les encyclopédistes, qui lui appliquèrent le droit d’aubaine et s’en firent une de ses écrits. Eh bien, c’est ce Contrat social qui est tout Rousseau et sa descendance ! c’est ce Contrat, l’emphythéose du XIXe siècle, hors duquel il n’y a de salut philosophique pour personne parmi ceux qui s’appellent de la libre pensée, mais que nous appelons, nous, de la très servile; c’est ce Contrat social que nous demandons la permission d’analyser en quelques mots. On verra le peu qu’il faut de largeur à l’erreur pour tenir tant d’esprits sous son ombre.

 
III
 

Jean-Jacques, dans son Contrat social, commence par se moquer de l’histoire d’Adam, qu’il ose comparer à Robinson lui-même. Voici ce texte ricaneur ; c’est le rire de Voltaire, avec des dents noires :

« Je n’ai rien dit du roi Adam, ni de l’empereur Noé, père des trois grands monarques qui se par- tagèrent l’univers, comme firent les enfants de Saturne, qu’on a cru reconnaître en eux. J’espère qu’on me saura gré de ma modération, car, descendant directement de l’un de ces princes, et peut-être de la branche ainée, que sais-je si, par la vérification des titres, je ne me trouverais pas le roi légitime du genre humain ? Quoi qu’il en soit, on ne peut disconvenir qu’Adam n’ait été souverain du monde, comme Robinson de son île, tant qu’il en fut le seul habitant ; et ce qu’il y avait de commode dans cet empire était que le monarque, assuré sur son trône, n’avait à craindre ni rébellions, ni guerre, ni conspirateurs. »

Telle est la froide bouffonnerie qui ouvre le Contrat social. A peine l’a-t-il risquée que le railleur d’Adam en invente dix mille d’une seule fois, après le refroidissement de la terre en fusion de Buffon, d’abord essayés, puis réussis. Dix mille Adams, ni plus nimoins, nés où ?... Sous les champignons ou dessus ? Dans les forêts ou dans l’humus en fermentation ? Immergeant un beau matin, après combien d’années ! de la putréfaction et de la moisissure de la terre ? Ou encore sortant d’un œuf; — et l’œuf lui-même, d’où sort-il ?... Mais ceci est obscur ! passons.

Toujours est-il qu’une fois créés, ce fut un événement superbe ! Ces dix mille Adams se donnèrent, spontanément, bien entendu, un rendez-vous commun, on ne sait quand (la date est restée supra-historique et métaphysique, comme il convient à une bonne philosophie de l’histoire), on ne sait comment (car alors il n’y avait ni courriers ni télégraphie : on a mis quatre mille ans, dit Jean-Jeannot Fourier, l’aîné des fils de Jean-Jacques, pour inventer l’étrier), on ne sait où (le point est resté vague sur la mappemonde, et si ce fut partout, ce fut difficile à trouver), et enfin pourquoi? dans quel but?... N’avaient-ils pas l’autonomie ? Et tous et chacun de ces dix mille n’étaient-ils pas l'incarnation vivante de la justice, de la conscience et de la loi ?

 
IV
 

Eh bien, passons encore ! Passons ! On les vit arriver sans boussole, sans route et sans itinéraire, militairement, à heure dite, polis et exacts comme des rois! De moyen connu de s’entendre, ils n’en avaient point. La langue n’était pas faite. Mais ils n’en tinrent pas moins leur première assemblée... préparatoire. Où était-ce ? Sur la place publique ? Ces messieurs étaient nus, sans vivres, sans logements, sans ménage, sans femmes (étaient-elles nées, et comment ?), sans travaux ni chefs. Ils étaient les premiers des égalitaires. Or, en cette qualité, nul ne s’imposant, ils délibérèrent sur l'ordre social qu’ils allaient faire, au scrutin... et dans un bonnet ! Était-il phrygien, celui-là ? A cette première assemblée, fut-ce le doyen d’âge qui présida ? Les secrétaires étaient-ils les plus jeunes ? Où se trouve le procès-verbal de la séance ? Montrez! C’est un monument. Il dut être beau !

N’oublions pas qu’il y eut aussi (préfiguration de l’avenir!) la question préalable. Pour discuter, il fallut un règlement... D’abord, et pour discuter le règlement, il fallait une langue. Par où commencèrent-ils?... Nouvelle délibération impossible. S’ils commencèrent par la langue, il leur fallut un règlement pour commencer la discussion ; et s’ils commencèrent par le règlement, il leur fallut une langue pour en discuter les articles. Difficile de se tirer de là, et l’auteur du Contrat social ne s’en tire pas ; — il y reste !

Et vous figurez-vous le magnifique embrouillamini, comme dit M. Jourdain, qui suivit les dix jours de cette genèse grotesque ? A côté et en comparaison, Gulliver et les Mille et une nuits sont des monuments de haute évidence. A côlé et en comparaison, Gargantua est sage, don Quichotte raisonnable, le Roi de Bohème et ses sept châteaux, de la lumière, et surtout de la réalité ! Mais passons toujours. L’assemblée devint permanente. Tous votèrent, et votèrent sans dis- continuer. Il ne fut question ni d’enfants, ni de pères, ni de majeurs, ni de mineurs, ni de hiérarchie, ni de famille, mais de boules; et l’honneur, la vérité, la conscience, ce fut le scrutin. Inepte et incroyable roman que Rousseau eut le front d’opposer à l’histoire I C’est ainsi, nous dit-il, que la société débuta. Et on le crut, non parce que c’était clair, cet imbroglio d’impossibilités, cet entre-choquement de folies, mais parce que c’était insolent pour Moïse et nos livres saints ! Et on le crut, dans cette race de gens d’esprit, depuis les philosophes qui croient à tout, excepté à l’Église, jusqu’aux gamins intellectuels qui ne croient à rien. Et pour prouver qu’on le croyait, on fit une révolution avec ses idées. Et le clapier de Rousseau, ce clapier qui vit et prospère, pense peut-être à la recommencer !

 
V
 

De telles idées (comme il arrive toujours, du reste) n’étaient en Rousseau que le reflet de ses antécédents et de ses mœurs. Dans l'homme le plus fort, et Rousseau était le plus faible, le génie n’est jamais que le vassal des mœurs. Et si sublime qu’il soit, ce génie, les mœurs ne manquent jamais de lui passer au cou ce collier de cuivre que Walter Scott met au cou de Gurth, le gardeur de pourceaux. Lumière biographique universelle ! Je conçois le mot lâche de Voltaire, qui disait : « La vie des hommes littéraires n’est que dans leurs écrits. » Il voulait y cacher la sienne. Mais il se trompait, s’il ne mentait pas ! Le talent réfléchit la vie, et il nous en renvoie toujours l’ignominie ou la noblesse. On sait ce qu’a été Rousseau. Son Contrat social fut un héritage de Genève. On a dit dernièrement qu’il ne s’appelait point Rousseau, mais Renou, et que, s’il épousa Thérèse ailleurs que devant le soleil de la forêt de Saint-Germain, c’est qu’elle l’y contraignit, la commère!  Cet être d’origine indécise, qui vida ses petits (on dispute sur le nombre en disant qu’il se vante) dans le trou creusé par l’adorable saint Vincent de Paul, qui lui épargna l’assassinat ; cet ingrat monstrueux, qui glorifia l'ingratitude et publia le Vicaire savoyard pour chasser et abolir saint Vincent de Paul, le dépositaire et le nourricier de ses enfants, dut vouloir bâtardiser l’humanité, et son Contrat social n’est que la tentative de l’orgueil malade et insensé, qui crée le monde à son image!

Heureusement, saint Vincent de Paul, chassé, en 1793, par l’école de Jean-Jacques, revint, quatre ans après, avec les enfants, catéchisés et communiants, légitimés devant Dieu par la foi, l’humilité et la pratique des vertus chrétiennes. Les petits du cynique, élevés honnêtement, balayèrent les ordures de leur père en 1804, au 2 décembre, et ses arrière-petits, à la même date providentielle, en 1851. On recommence à croire au testament d’Adam, qui est le vrai Contrat social du pouvoir, à la famille qui est le vrai Contrat social du père, des enfants, de la mère, et à l’ordre, qui est le vrai Contrat social des anciens de la famille, appelés en premier par la vocation, les études, le diplôme, et en second par le pouvoir, qui les fait officiers, évêques, magistrats !

Oui! on reprend la Tradition chrétienne ; mais le clapier... l’ignoble clapier vit cependant toujours.

Jules Barbey d'Aurevilly.



[1]. Jules Barbey d'Aurevilly, "Jean-Jacques Rousseau et son clapier", Le réveil, 14 aout 1958. 


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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 22:19
Inventaires
du communisme
 
de François Furet 
Mis en ligne : [7-05-2012]
Domaine : Idées 
FURET-Francois-Inventaires-du-communisme.gif
 
François Furet (1927, 1997). Publications récentes :  La Révolution en débat (Gallimard, 1999),  Itinéraire intellectuel, 1958-1997 (Calmann-Lévy, 1999). 
 

François Furet, Inventaires du communisme. Paris, Ed. de l'EHESS, mars 2012, 96 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Janvier 1995 : François Furet publie son ultime ouvrage, Le passé d'une illusion, où est dévoilée la stratégie de séduction de l'idée communiste. Quelques mois plus tard, l'historien enregistre avec le philosophe Paul Ricoeur une conversation autour des thèses de son livre. On reproduit ici ces propos de François Furet, qu'il a relus et ciselés peu avant sa brutale disparition en juillet 1997.
   
Recension de Jean Birnbaum. - Le Monde des livres, 20 avril 2012.
Furet, introduction. En 1997, deux ans après la parution du Passé d'une illusion (Robert Laffont), son célèbre essai sur la « croyance » communiste, l'historien François Furet (1927-1997) dialogua avec le philosophe Paul Ricoeur, à l'initiative de l'éditeur François Azouvi. Foudroyé par un accident cérébral, Furet ne put mettre la toute dernière main à ces entretiens. Leur texte est aujourd'hui édité par Christophe Prochasson dans la collection « Audiographie ». Pour les néophytes, ce bref volume tiendra lieu d'introduction à l'oeuvre de l'historien : comme à son habitude, il mêle ici les réflexions aux souvenirs, avec style et sensibilité. Quant aux connaisseurs, ils porteront une attention particulière à quelques passages précis : ceux où Furet revient sur sa relation avec l'historien controversé Ernst Nolte, et se montre réticent à l'égard de la notion de « totalitarisme » ; ceux également où l'on saisit que, par-delà l'espérance communiste, c'est la passion de l'universel en général qui suscitait sa perplexité. L'universalisme ne fournit jamais un cadre valable pour l'action politique, voilà, selon Furet, l'une des vérités du siècle, « vérité dont il existe tant de témoins, qui ne sont pas tous amnésiques ».

 

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