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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 22:00
Le poème à la France
 
Toi qui, dans la tourmente et les calamités
Vainquis par la santé de ton libre génie,
Tu tires de ton sol une force infinie,
O France, dans le luxe et la sérénité.

Tu sais ce que tu vaux, Nation immortelle,
La dernière à quitter les vieilles vérités,
La première à goûter les vérités nouvelles,
0 France, douce aux cœurs épris d'humanité

Jadis, t'en souviens-tu, dans l'ombre, côte à côte,
Et dans le sein de Rome, impatients d'agir,
Nos deux peuples, pressés de sculpter l'avenir,
Appelaient, anxieux, les tâches les plus hautes.

Tous deux, forgeant la vie et modelant le sort,
Remuant l'univers jusqu'à ce qu'il fût nôtre,
Nous allions, nous barrant la route l'un à l'autre,
Et les peuples étaient conquis par notre effort.

Et nous avons rempli les océans d'orages,
Pénétré, violents, dans les mondes nouveaux,
La main au glaive et le cœur plein d'un fier courage,
Certains d'être toujours de solides rivaux,
Nous avons parcouru les mers, franchi les âges!

Vous ne reculiez pas. Nous ne reculions pas.
Dites un coin du ciel qui n'ait pas vu nos luttes !
D'autres races, en vain, nous ont tendu les bras;
Toujours nous retournions à nos saintes disputes.

Émules animés d'une pareille ardeur,
Nous aimions la beauté de nos vertus égales,
Le mystère, la crainte et les forces fatales
Quel combat nous eût faits plus riches en honneur!

Nos légions s'arrachaient, comme un suprême hommage
Un cri d'admiration jailli du fond des cœurs.
Nous nous versions ce vin de fureur et de rage
Du sang, des larmes, de l'espoir, de la terreur!
Tout ce qui fait l'éclat féroce de la vie,
Tout ce qui la colore et qui la magnifie
Ah! nous avons vécu splendidement, ma Sœur

Accouplés maintenant sous les mêmes pensées,
Riant de nos griefs et des joutes passées,
Nous pardonnant, tout bas l'inlavable péché
Commis, jadis, sur cette place du Marché
De Rouen, nous allons vers l'Avenir penchés,
Et regardons monter les heures annoncées!

Nous écoutons monter les nouvelles années,
Grosses de plus d'éclairs, de cris et de rumeurs
Que n'en lançaient, jadis, nos foules déchaînées.
Aujourd'hui, nous rangeons en masses nos armées,
Et, narguant le pirate, alignons nos croiseurs!

Nous avons ferraillé, mais pour mieux nous connaître
Dans l'étreinte crispée, et les yeux dans les yeux.
Est-il au monde un jeu plus fier et plus joyeux!
A ce rude contact, les âmes se pénètrent!

Quel sang, quel fer pourraient séparer maintenant,
Ceux qui, cent fois, se sont prouvé même vaillance,
Depuis les temps où résonnait, dans la balance
De Rome, le poignard de Brennus insolent?

Nos cœurs se sont trempés dans l'airain de la guerre.
Demain, ma sœur, sous les lauriers ensanglantés,
Libres dans notre force et notre rareté,
Nous donnerons la Paix adorable à la terre!

Toi qui, dans la tourmente et les calamités
Vainquis par la santé de ton libre génie,
Tu tires de ton sol une force infinie,
O France, dans le luxe et la sérénité.

Tu sais ce que tu vaux, Nation immortelle,
La dernière à quitter les vieilles vérités,
La première à goûter les vérités nouvelles,
0 France, douce aux cœurs épris d'humanité.

 

Jeanne-d-Arc-copie-1.jpg

 

 
Rudyard Kiplng. (1865-1936), adaptation de José de Bérys. (1917)
 
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